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ui. .iii'en pensez-vous? (P. 6C9.)
" Mais ne parlons plus de cela pendant les instants où il m'est permis de tontretenir.
« Je l'aime !...
(( Tout ce que j'éprouve, tout ce que je ressens quand je pense à toi, est renfermé dans ce mot si doux à prononcer et à écrire même après nos m illiciirs.
LIV. 84. — TIIÉODOIIE niMlY. — I.A IIPI.I F MIPTir. — iU . .1. UnlVV ir C.'». LIV. 8i
OCO I A MF I.l.r. MIKT l'K
«« Cli''ie P;uil;), roiiidlioM la plus graiulc ai;il(' ma iiliiuio... .\c dois le 'iiiiltor.
« Je l'onilMMvvt'. ma fianci''e.
« l'ÉLlX. »
Coite lelliv, fommo loiitos les autres adressiVs par des prisonniers, avail (■•lé lue an ili'';tarl. KI!o ravnit iHé encore à l'arrivcM', puisque c'clail à une prisonnitre qu'elle avait Hc dc^tinfe.
Paula l'avait recu-^ toute froissée. Des yeux de geôlier avaient cliiMclir à découvrir s'il n'y avail rien ta redire dans les scniimcnls exprimés par Félix.
A la maison centrale de Nîmes, des observations avaient été faites évidcminent à ce dernier, et plusieurs mois avaient dû être changés par lui.
C'était ainsi que la <( li\réc de la jmniliun » avail remplacé la « livrée de riîjnominie »>.
Félix aviit dû mettre : « ma fiancée » où il y avail primitivement c ma liien-aimée ».
Toute une phrase avait été raturer. C'était une nouvelle [iroleslalion d'innocence qui avait échappé h Félix et que le règlemenl avail iiil'Tceplée...
M°" La^'arizc fut très touchée jiar le langage de l'amant de Pauki. Elle sr dit que ce n'élait pas celui d'un criminel et elle prodigua ses consolations à la jeune femme.
— Il est une chose, lui dil-cl!e, qu'aucun jUj;ement n'a pu vous enlever : c'est la iranquillité de la conscience. Elle vous aide à traverser les épreuves. Elle augmente votre courage, le sanctifie... Grâce à elle on peut avoir la sereine impassihilité des marlyrs au milieu des plus terribles souffrances.
— Vous êtes donc convaincue que je ne suis pas une voleuse?
• — Je crois que vous avez été aussi injustement condamnée que moi... Nous sommes deux victimes.
— Merci, merci!...
Paula voulut se jeter dans les bras que Marie Cappelle lui avail ouverts mais une pensée lui vint.
— J'oubliais... vous n'avez jamais eu de défaillance vous!... vous étiez \:ne bonnet • femme, tandis que moi...
M""' Lafarge eut un sourire touchant.
— Votre amant vous a proclamée réhabilitée par l'amour maternel... vous l'êtes aussi par FaiTection puissante qu'un honnête homme vous a inspirée. El puis les larmes que vous avez versées, l'emprisonnement que vous subissez... La souiTrance comme le feu purifie en dévorant!
Qu est-ce:
Nous avons laissé Clémentine à rinfirinei-ic. Comme nou> l'avons dit, le séjour en cet endroit est généralement recherché dans les maisons centrales. Aussi le mouvement y est-il considérable.
Les détenues s'y font admettre sous de légers prétextes afin de profiler d'un régime plus doux.
Il ne faut point oublier, en outre, que la population des lieux de punition est une population malsaine, déjà travaillée par les résultats de la débauche et par des maladies antérieures.
Un grand nombre de prisonniers tarrivent dans les i maisons centrales scrofuleux, phtisiques ou atteints de maladies contagieuses.
Pour quelques-uns d'entre eux, la maison centrale est donc, surtout pendant les premiers mois, un hôpital où leur santé se rétablit plutôt qu'elle ne s'altère. Mais il ne faut pas se dissimuler qu'à la longue la séquestration, la privation d'exercice, peut-être aussi l'insuffisance du régime alimentaire, produisent sur la santé un effet fâcheux.
Le nombre des entrées à l'infirmerie va en augmentant avec le nombre des années de détention. Ce résultat est surtout appréciable pour les femmes. En 18G9, celles qui étaient à la première année de détention n'ont fourni que 60, 83 0/0 des entrées à l'infirmerie, tandis que celles qui étaient à leur quatrièiiie ont fourni 143 0/0.
L'écart est moins considérable pour les hommes, ce qui prouve que le régime delà prison estplus nuisible à la santé des femmes qu'à celle des hommes.
L'infirmerie de la maison centrale de Montpellier était sensiblement mieux tenue que l'infumerie de la prison départementale de Marseille, où Clémentine, jcomme nous le savons, avait fait un séjour à la veille de son départ.
Les détenues avaient cependant à souffrir du caractère dé-agréal.le d'une sœur infirmiiT.', vieille fille acariâtre, que nous avons vue critiquer les décidions du médecin.
Il n'y avait qu'un seul moyen d'être moins persécutée par la sœur Sain - Pierre, c'ét:iit d'affecter les dehors d'une dévotion exagérée.
Ce fut à elle que M""" Lafarge entendit dire sur son compte :
— La plaindre! pourquoi?... Si elle a fait la faute, c'est un bonheur pur.r elle de faire pénitence, etsi, par miracle, elle n'o>t pas cou[)ablo,elleesttrop lie.ireuse encore que les juges l'ait condamnée. Que faisiit-cllc d.ms le monde?...
«>C8 LA in:i.I.E Ml HT il-:
Kllc damnait son Ame. loi elle la sauvera, rioii (ju'eu suiilTraiit son mal pour l'amour de Dieu.
Trop heuHMise diMre condamnée innocente parce (|ue cela procurait le bonheur de faire son saint dans une maison ceiitralo... Il fallait iHrc congri\i;aniste pour dire celai
Malvina avait presipie eu les l>unnes i^ràces de la sn'ur Sainl-lMcrre. A Clémentine elles tirent totalement défaut parce qu'elle n'était guère capable de peindre des sentiments qu'elle n'éprouvait pas et ne multipliait pas les signes de croix et les génullexions quand la steur passait dans l'inlirmcrie, quille à rire aux éclats ensuite. La souir Saint-i'ierre trouvait (|ue la lille de Miette se mettait à genoux avec tiop de lenteur quand il s'agissait de prier. El cela arrivait souvent car, en dehors des prières réglementaires, l'inlirmiére avait l'habitude de faire dire par les détenues chaque quart d'heure :
» Mon Dieu je crois en vous, mon Dieu j'espère en vous, mon Dieu je vous aime de tout mon cœur. »
Elle avait un faible pour ce résumé des trois actes de foi, d'espérance et de charité.
Un jour il lui sembla que la voix de Clémentine ne s'était pas mêlée à celle de ses compagnes ; elle s'emporta et lui donna un soufllet.
— Tenez voilà, mauvaise peste!...
Clémentine eut la velléité de se jeter sur la sœur, mais elle se retint. Elle baissa la tète sous l'humiliation, puis se mit à pleurer.
En ce moment M. Mébert entrait dans l'inlirmerie. 11 vit les larmes de Clémentine, et ne put résister à lui demander ce qui causait son chagrin.
— Oh! ne faites pas attention, dit la sœur Saint-Pierre, c'est ce qu'il y a de pire cette femme-là. Elle est irréligieuse et indocile.
— Quel acte de désobéissance ai-je commis?
— Vous voyez bien que vous raisonnez.
— Vous m'accusez.
— Dès que vous serez rétablie, vous serez punie pour infraction réitérée à la règle du silence.
Le jeune médecin manifesta son indignation.
— Ma sœur, vous n'avez pas le droit d'être injuste... Vous accusez cette femme et vous ne lui permettez pas de se défendre.
— Si vous saviez comme elle est menteuse.
— Vous ne la laissez pas même répondre à la question que je lui ai adres-sée.
— Vous n'êtes pas chargé de la surveillance ici.
— J'ai cependant le droit de prévenir M. le directeur de ce qui se passe à l'infirmerie.
LA BKLLK MIKTTK gGO
— Je dirai, moi aussi, que vous y apportez le désordre, que vous excitez les malades contre moi...
— Oli! ma sœur, n'ouliliez pas que c'est un péciié de caloiimicr son procJKiin.
La sœur Saint-Pierre eut un geste d'impatience.
— C'est aussi un péché, ajouta iM. Mébert, de se mettre en colère.
Il s'éloigna en laissant en proie à l'irritation la plus vive la religieuse de Marie-Joseph qui jela un regard furibond à Clémentine, cause de toute celte scène.
— Vous me le paîrez ! lui dit-elle entre ses dénis.
A partir de ce jour, la sœur Saint-Pierre, sous prétexte que Clémentine pouvait se servir d'une main et était à peu près valide, affecta de réclamer son concours pour des besognes répugnantes.
Elle eût bien voulu la faire sortir de l'infirmerie, mais ça lui était impossible, puisque l'avis du docteur était contraire au sien.
La sœur vit avec plaisir le médecin en chef reprendre son service. Elle espéra qu'elle persuaderait à celui-ci que Clémentine pouvait rentrer dans les ateliers.
— Je ne suis pas de cet avis, lui répondit-il. 11 est nécessaire que sa main soit entièrement rétablie.
Pour se venger, la sœur Saint-Pierre continua à accabler la femme Barbe de corvées désagréables. Elle la fit même assister à des opérations.
Clémentine, loin de murmurer, montrait tant de zèle que le médecin en chef dit un jour à la sœur :
— Je comprends... Vous en avez fait une élève infirmière... Vous voulez la garder ici après sa gucrison... Je crois qu'elle serait très utile...
— Ce n'est pas mon opinion...
~ Je pense, moi, qu'elle n'est capable de rien...
— Elle a l'air au moins remplie de bonne volonté.
— Ne vous y liez pas...
— Que vous a-l-elle fait, ma sœur?
— Elle est insolente...
Le bon docteur, qui connaissait le faible de la sœur Saint-Pierre, demanda :
— Est-ce que par hasard, elle serait impie?...
— Certainement... N'est-ce pas le plus grand des défauts?
— Oh ! j'en connais d'autres...
— Ne pas aimer Dieu..., c'est horrible!...
— Ne pas aimer son prochain, ma sœur, qu'en pensez-vous?
670 i..\ r.i'.Li.K Mii'iri':
Le iiii'dcciM m cljof a\aU ilil ces paiolos d'iiiii' Icllc iiianioie iiiic la sci'ur comprit (jii'il faisait allusion à t'lK'-mi\iic cl se lui. Quand elle fut seule, ell-^ miiniiuiM :
— Me (Itmner celle feiniuc cdiiiiih' ai(i(>. me comlamiier à l'avoir lonjoiirs ii'i... Je n'en veux pas cl je ne l'auiai pasl...
La S(eur se Irompail.
Il arriva i)rùcisémenl que, pendml une relraile qu'elle lit peu de temps après, une détenue, employée à rinlirmerio, lut ,i,'raciéc à cause de sa bonne conduile et de son (lévouemcnt dans une (''])iilémic de {lelilc véi'ule (pii avail éclalé l'année prétèdenle à la maison centrale.
11 lallut pourvoir aussitôt à sou remplacement, et M. Méhert parla au médecin en ehef de Clémentine (pii élait tout à fait rélahlie.
— Ce serait, en elTel, un bon tour à jouera la sieur Saint-Pierre, si ses assertions étaient fausses et si elle ne disait du mal de cette femme (pie par malveillance.
Les médecins prirent des renseignements, et les autres sœurs assui'èrent que Clémentine s'acquitterait parfaitement des fonctions qu'il était question de lui coniier.
Tout le monde semblait désireux d'être en cette occasion désagréable à la sœur Saint-Pierre, qui l'avait été si souvent à l'égard des personnes avec qui elle se trouvait en relation.
L'inspecteur lui-même, qui avait eu à se plaindre du mauvais caractère de la religieuse, participa au complot.
Clémentine fut donc installée dans ses nouvelles fonctions.
Il y eut d'ailleurs une déception générale quand la sœur infiimière rentra de sa retraite. Sans doute, elle avait été prévenue et avait résolu de cacher son mécontentement, car elle ne fit aucune observation.
Son visage ne devint pas plus renfrogné à la vue de celle qu'elle détestait d'une façon toute particulière.
E:le affecta de ne pas même s'apercevoir de ce qui s'était passé, et donna des ordres à Clémentine comme cils en eût donné à sa devancière.
Le soir cependant, quand sœur Saint-Pierre rentra dans sa cellule, une sauvage expression de haine et de colère crispait sa bouche.
— Malheur à elle 1 murmuiM-t-el!e. Ah ! on m'a bravée, eh bien, on verra. .. Dui'anL qiiclques jours, la sœur infii-miére continua à dissimnlor son ressentiment.
Clémentine avait dans l'idée que tout n'était pas terminé pour elle, que de nouvelles épreuves l'attendaient, mais elle ne pouvait guère faire part de ses craintes.
Une seulepersonnc, parmi celles qu'elle voyait journellement, lui inspirait
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quelque confiance, mais il y avait entre cette personne et elle une dislance énorme.
Da reste M. Mébert, car c'était de lui qu'il s'agissait, ne lui avait jamais parlé que devant témoin, ne lui avait manifesté qu'une bienveillance sans signification.
Clémentine n'avait pas pu recueillir un seul mot sur le sens duquel elle pût baser des commentaires. KWc ne se trompait pas ce;jendant sur l'expression de son visage.
Il lui semblait aussi que le jeune docteur était plus souvent à la maison centrale que son service ne le comportait.
Divers indices bien légers qui écbappaient aux autres lui faisaient connaître que quelque chose existait déjà entre M. Mébert et elle?
Elle s'interrogea sérifuseraent. Qu'éprouvait-elle? Et lui que pouvait-il éprouver? Que ressent-elle? Que ressent-il?
Au fond du cœur endormi de Clémentine, l'empoisonneuse condamnée aux travaux forcés à perpétuité, il y a un sentiment qui naît... Qu'est-ce?