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LA FOLLE

On amena un jour à l'infirmerie une détenue subitement prise de folie furieuse. Cette malheureuse poussait des cris épouvantables, voulait se ieter su tous ceux qui l'approchaient.

On dut l'attacher et l'enfermer dans un lieu isolé. Sœur Saint-Pierre trouva un moyen d'être agréable à Clémentine. Elle lui confia la garde de l'insensée.

La sœur eut même un mol d'une méchanceté atroce et qui était bien digne d'une vieille fille haineuse.

— Prenez garde, cette femme mord... Au fait, vous n'en êtes peut-être pas efTrayée, vous ?... Vous avez déjà été mordue une fois el ça vous a porté bonheur!

L'endroit où la folle fut installée était situé dans une cour étroite voisine le l'infirmerie. C'était une sorte de maisonnelte ayant une seule pièce et où ■ leux lits furent placés, l'un pour Clémentine, l'autre pour sa dangereuse compagne.

11 est à remarquer que, lorsqu'un cas d'aliénation mentale éclate dans une prison centrale, un temps assez long s'écoule généralement avant qu'on puisse opérer le transport dans un établissement hospitalier.

c:2 i.A iu:i.i.i: miktti-:

Il osl on effet nécessaire de sonmetlre, pciidant un terlaiii ttMiips, les ddeiHis à lii's observations po; iiiiltaiit ilf rr<-(Min liln*, si l;i folie n'est |ias cluv. eux simulée, ce qui arrive soiveiit.

Toulefois. celte dilïuMillé n'est jias la seule (|ne renconlre I ailminislralion. Les hospices d"alii''iu''s éprouvent une assez vive répugnance a rcrcvuir des individus chez lesipiels la perte de la raison ne suffit pas à faire oublier la rondanination infAmanto dont ils ont été al teints.

Les diieetoars de ces hospices redoutent les léi;ilimes léclaniations que font entendre les familles des aliénés iihres, offensés de <ellc promiscuité retire ttal.le.

Ou a piis récemment un parti qu'on aurait dû prendre il y a longtemps. On a élalili, à r.aillon pour les hommes, et à Doullens pour les femmes, un (juai tiiT spécial où les détenus aliénés reçoivent le traitement que leur état nécessite, sans que cependant l'établissement perde complètement son caractère pénitentiaire.

La folie dans les prisons, la folie criminelle, voilà de redoutables problèmes (jue les iiommes spéciaux, moralistes et médecins, peuvent seuls se pcnncllre de discuter. Et encore, la lumière sera-t-elle jamais faite?

Jusqu'à quel point la déviation absolue du sens moral supposo~t-elle la déviation partielle du sens intellectuel? A quel degré commence Tiiiesponsabilité? Dans quelle rpesure la volonté morale est-elle influencée par la manie, par le délire, par la passion même?

Le rapporteur de la commission d'enquête nommée par l'Assemblée nationale, en posant ces questions, déclare qu'il ne peut y répondre. Il se borne à faire une observation générale et à signaler la déclaration du docteur Bancel, médecin de la maison centrale de Melun.

Le plus souvent, l'état mental des détenus n'est pas sain. Parmi eux se trouvent un grand nombre d'individus qu'on peut appeler des demi-intelligences. Ces individus ne seraient pas irresponsables de leurs actions, mais ils n'auraient pas non plus celle perception nette et rapide des choses qui ne laissent planer aucan doute dans la conscience.

C'est parmi ceux-là que, dans les maisons centrales, les cas de folie se développent fréquemment.

M. d'Haussonville fait observer que celte folie, late;ite en quelque sorte, sera plus ou moins aisément constatée, suivant que le régime auquel les détenus sont soumis se prête avec une plus ou moins grande facilité aux minuties d'une surveillance individuelle.

Un fait curieux peut être cité à ce sujet.

Lnrsqu'en 1863 le pénitenlier cellulaire de Louvainfut ouvert en Belgique, il fut rempli en partie avec des délenus qui provenaient de la maison communede

Lu iiisiaiiL idui lui'd, il Otail doLuul sui

vl*. GiiU.j

Gand. Tous les délcims de celte dernière maison furent soumis, à cette époque, ;i un examen très attentif au point de vue de leur état mental, et l'on découvrit alors, parmi cinquante-trois d'entre eux, des symptômes de folie qui, dans la promiscuité de la vie commune, avaient échappé à la surveillance des gardiens. Nous nous garderons bien d'en conclure que cette oliservati in prouve la supériorité du système cellulaire.

UV. 85. — TUÉODOHE HENRY. — LA UELLE MICTTE. — ÉD. J. HClV^V r^T c'«.

LA lîKi.I.K MliMTi;

némentint', -pÀrv ;i la sn'iif Saïui-l'iene, arait donc et* chargée dW© lui^Tibic U'sojnie. Toaiefoi<, rhoz la folle qui lui avail été confiée, la pt'îioJc ti'agitatioa fut asi^z court»*.

Otlc femme n« lu la ^as à hmilii t «laiis un aflaisNemcnt moroe, dans «no imb^ilité muette.

1^ tâche de Ci» iik ntmc n-Ma jH'iiibli'. mais du moins elle ne sendiiail jiiliiis rien avoir à crai(i«lre.

la mist'ralile créature dont on i'avait faite garJicune avait été condani^jnée pour iufantiri>l<\

Rlle avait pour mari un huniiôle hummc dont elle avait eu déjà deux enfants. Kll»^ venait den metlr.' au monde un troisième lorsque, proritiant d'u& moment <<ù e!le était seule, l'idée lui vint de tordre le cou au nouveau-né.

Ce criuie, que rien ne motivait au premier aliord, fui aussitôt exécuté.

Quind on interroçrea celte malheureuse, elle répondit qu'elle ignorait ce qui l'avait poussée à tuer son enfant. Son avocat plaida la folie, car jusqu'alors elle avait été honne more. Mais l'aliénisle qui l'avait examinée conclut à la complète rjsponsahilité.

Le ministère public s'ingénia à expliquer l'acte odieux qui avait étécorami . Il n'avait aucune preuve. Il n'en déclara pas moins que cette femme sciait débarrassé du petit être qui avait fait dans la vie une si courte apparition^ parce qu'il augmentait les charges de famille, parce qu'il allait, pendant quelques mois, éloigner d'elle son mari.

Le jury fat entraîné, convaincu. Il admit à peine les circonstances atténuantes, et la condamnée fut conduite à la maison centrale.

Trois mois après, un nouvel accès avait lieu, mais cette fois bruyant, furieux, laissant derrière lui la prostration et l'impassibilité gâteuse.

11 pouvait être prouvé maintenant que l'avocat avait eu raison, et que le procureur du roi et l'aliéniste avaient eu tort; mais la justice avait prononcé...

M. Mébert expliqua avec franchise cette opinion à M. Chapput, le directeur. Du reste, le jeune docteur suivit avec le plus grand intérêt ce cas pathologique. Il se rendait plusieurs fois dans la journée auprès de cette malade et restait assez longtemps à l'examiner. Il y avait décidément chez lui un goût particulier pour les études qui concernent le dérangement des fonctions intellectuelles.

Il adressait de nombreuses questions à Clémentine, surtout lorsqu'il était

seul avec elle. On eût dit que la présence de la sœur Saint-Pierre ou de toute

autre sœur infirmière le gênait, et il s'en allait plus tôt quand elles étaient

présentes. Dans ces longues visites, "il arriva forcément au jeune homme de

irler d'autre chose que de la folle.

Un matin, où celle-ci était très agitée, il remarqua que le visage de Clémentine était d'une pâleur extrême.

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— Sericz-voiis fatiguée, lui demanda-t-il?

— Un peu seulement...

— - Elle vous a emprcliéc de dormir celle nuit?...

— Eneiïet...

. — Si votre santé doit soutTrir des soins que vous donnez à cette femme, je demanderai que vous soyez remplacée.

— Oh! non... Je ne désire pas...

Elle fil cette réponse avec un empressement qui étonna Môbert. 11 n'insista pas, lui non plus, car il sentait qu'il eût regretté cette infirmière. Le lendemain, il lui donna une nouvelle marque d'intérêt.

— Ce ne doit pas être chose bien gaie, l'existence que vous menez ici... Vous passez toute la journée seule avec cette infortunée dont vous devez vous méfier sans cesse...

— C'est vrai, c'est triste...

Clémentine dit ces paroles avec une certaine expression.

— Avant d'être à l'infirmerie, où étiez-vous?... -- Dans un atelier de couture.

— Le travail y était-il pénible?...

— Non

— Un dédommagement vous est dû puisque votre tâche est devenue plus lourde... Je vais vous signer un bon pour une ration de vin... Il faut que vous conserviez vos forces... Vous boirez du vin jusqu'à nouvel ordre.

M. Mébert, se relira en eiïel, autres avoir signé le bon qu'il avait promis.

La sœur Saint-Pierre fut très irritée de cet adoucissement qu'elle prétendit contraire au règlement. Elle eut même une explication à ce sujet avec le jeune docteur qui lui prouva qu'il avait parfaitement le droit de prescrire à l'infirmerie tout ce qui lui faisait plaisir...

— Pour les malades, soit!

— Pour les personnes aussi dont je réclame un travail exceptionnel.

— Exceptionnel... exceptionnel... ce n'est pas si exceptionnel que ça, ce que fait cette détenue.

— Elle n'a aucun moment de repos.

— Eh bien, elle n'est pas ici pour s'amuser et se reposer... Elle y accomplit une peine qui ne doit finir jamais...

— Qui sait?...

— Perpétuité!... Cela ne veut-il pas dire toute la vie?... je ne comprends plus peut-être le sens des mots.

— Oui, mais une grâce peut intervenir...

— Le crime de celte femme est trop abominable. . Elle n'a aucune pitié à espérer... Elle la mangera toule sa condamnation!

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l.;i S(i';ir jti(moiii;;i re< ili'riiit"MO> paroli's aver iiii acci'iil impiloyahlt' (|iii lit mil' jir >fon(]t^ improssion sur M. McMum-I.

l.c liMuitMiiain. il t'(M(Mi\a une vive (Miiolidii en se tniuvaiit en prrscMioc de r.liMiitMilino. Il ni> |n!l s'ciMpi'chcr di' la i-c^ai-dci- avci' plus (rallonlion (pic (riial)ilud(\

Il se diMiiaiida (MicoiT commtMit il se faisait ipi'iint' telle iréatiire cûl raspc( I aussi stVluisant.

Il s'élait assis atiii d'éiM'ire une ordnniianee, el la Mlle de Mielt(> était deNoiil devant lui.

Si Sieur Sainl-Pieri'e eût été là en ee moment, elle eût sans doute liouvé. à redire sur la manière dont la jeune fenimc s'était iiahillée ce jour-là.

Nous av(uis décrit le e(^stunie de la prison, composé d'une jupe eld'un éjiais corsaj^e en laine izrise qui laisse à peine apercevoir la taille

Eh bien, il est une manière spéciale de mettre ce costume qui prou\e ipu" la coquetterie dt> la femme ne perd jamais de ses droits. On tire les jjlis du corsage d'une façon particulière, on relève et on allonge la robe pour (lu'clle soit moins disgracieuse.

Le jour où celui qui écrit ces lignes a visité la maison centrale de Clcrmont, il y avait eu un véritable scandale dont les sœurs ne s'entrelenaicnl qu'avec indignation. Une détenue avait trouvé le moyen de se ménager une traîne.

C'est surtout à propos de la coilTure qu'une lutte sourde a lieu contre le règlement. Les condamnées arrangent leur cornette ou leur madras de telle sorte qu'un étroit bandeau de cheveux blonds ou noirs apparaisse.

Les surveillantes sont incessamment obligées de les leur faire rentrer, et cette infraction à la discipline leur vaut une foule de punitions.

A qui ces malheureuses veulent-elles plaire?...

Elles vivent entre elles, ne sont guère vues que de leurs compagnes ou des sœurs, car des mois s'écoulent sans qu'un visiteur pénètre dans les maisons centrales, le ministère accordant très difficilement la permission nécessaire.

Clémentine avait, elle, probablement un motif d'essayer de diminuer la disgrâce de son costume. Néanmoins, c'était sans se rendre compte encore qu'elle cherchait à montrer sa beauté.

M. Mébert considérait donc la femme Barbe, et elle, sentant cette attention, restait les yeux baissés. Quand elle les releva, elle surprit un tressaillement chez le jeune docteur.

Ni l'un, ni l'autre ne parlèrent cependant tout de suite.

Chacun d'eux s'interrogeait.

Le jeune homme qui, rcelleme.nt, n'avait jamais aimé, qui n'avait rien eu à cacher à sa mère, cherchait à savoir ce qu'il ressentait.

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CommoMt (lélinir cette force (|iii le poussait, vers une. oréalure dont le visage le charmait. maiN dont le crime lui faisait horreur?...

11 t'prouvait uii iiesoin incroyahle de presser dans scîs hras l'empoisonneuse, de lui diio de douces paroles.

Et il lui semblait néanmoins qu'en agissant ainsi il serait le complice de cette malheureuse!

Cette aiïection côtoyait bien un abîme, car elle était pleine de périls. Elle pouvait lui coûter sa position, sa tranquillité.

Le bonheur de sa mère était lui-même on jeu...

II se rappelait ces paroles de 1\P" Mébert :

— Tu vas aller en cet endroit où l'on enferme des créatures ignobles!

Elle craignait un danger instinctivement, sans trop savoir lequel, car elle ne pensait pas que son lils pût devenir amoureux d'une prisonnière de la maison centrale.

Elle avait repoussé avec indignation la supposition du médecin en chef que son Edouard fût capable d'essayer de faire une conquête autour de lui.

M. Mébert eut toutes ces pensées, lorsqu'il eut reconnu qu'évidemment le sentiment né en lui était de ceux contre lesquels il est difhcile de lutter.

Clémentine, maintenant, savait bien à quoi s'en tenir sur ce qui se passait dans le jeune homme. L'expérience ne lui l'aisait pas défaut. Chose bizaire I il lui était beaucoup moins aisé de délinir ce qui se passait en elle-même.

Elle se livrait à des comparaisons.

Ob! non, il n'y avait jamais eu en elle trouble semblable, et cependant elle s'était crue épri>e de ce Milano avec lequel elle était jadis partie la première fois que sa mère avait voulu lui faire épouser Barbe.

M. Jean, le teinturier du chemin de Saint-Pierre, lui avait aussi inspiré quelque chose. Puis Félix s'était emparé de toutes ses pensées.

Elle n'avait, nous le savons, cédé aux conseils de la Miette, versé le poison à son mari, que parce qu'elle avait cru supprimer tout obstacle entre elle et le contremaître.

Trop tard, elle avait su les liens du sang qui l'unissaient à l'amant de Paulal... Si la lumière se fût faite plus tôt, elle n'eût sans doute pas commis le crime qu'elle expiait actuellement.

Cette passion pour Félix avait laissé des traces profondes. Il faut bien le dire, elle avait survécu pendant quelque temps à la révélation que le jeunehomme avait faite à Clùmentino à travers les grilles du parloir de l;i piison départementale de Marseille.

Un feu de ce genre ne s'éteint pas tout de suite. La femme lîarbe avait gardé dans son cœur des charbons ardents, et sa pensée, même depuis son

CT8 i.A lu'.i.i.i: MiKirr.

t^ntrée dans la maison rcnlrale. iMnit alK'-n rhorrlior p:\rfois Félix sans s»^ d'ssimnicr ce qu'il y avait do cuninlilo dans rctlt' rocliorclio.

Chez ClùnuMiliiio. le Ition cl \o mal cincnl inrlani^.^s à une do-^c i)ros(iiio à^a]e. Kijo lonail de son ju'mv, mais la Miellé avait fail iiaitre en elle loule sorte d'idées perverses. \jx sa.ue-fenime se souciait peu de la morale.

A propos d'un inceste, la femme Harbc lui avait niicudu dire :

— Kl puis après?... Ça c'est passé en famille, viùlà tout 1

La jalousie de CJéuientinc à i'ëirard de l*aida n'avait pas cessé immédiatement. Klle reirrella un moment d'avidr léuui les deuv amants, sans trop se l'avouer c. 'pendant.

M. Mébert fut un dérivalif à ce (jui restait ilc cette alTeclion criuiinellc. Il lui seinlda que l'eau pure de son nouvel amour achevait de noyer les dernières flammes de l'ancienne passion.

Ce ne fut pas dans cette entrevue que M. Méhcrt et Glémenline échangèrent des aveux.

Le jeune docteur garda le silence sur ce qu'il éprouvait. Quand il fut loin de la détenue, il se. promit même qu'elle ne saurait jamais rien, et résolut de prendre un parti héroïque. Il sollicita un congé pour aller, disait-il, régler avec sa mère des affaires de famille dans son village.

Le médecin en chef à cause de sa santé toujours mauvaise, ne lui accorda mallie ireusenaenl pas la permission qu'il sollicitait.

— Mon jeune ami, je ne puis me séparer de vous plus de quarante-huit heures. Envoyez votre mère en avant et ne partez que, s'il y a quelque signature à donner, pour revenir immédiatement.

Cela ne faisait pas l'affaire de M. Mébert, qui resta à Montpellier cl continua ses visites à la maison centrale.

Toutefois, pendant trois ou quatre jours, il s'abstint de se rendre auprès de la folle. Il se bornait à s'informer d'elle et de laisser des ordonnances aux sœurs infirmières.

Ce ne fut que lorsqu'il jugea sa visite indispensable qu'il se dirigea vers la maison écartée, en priant la sœur Saint-Pierre de l'accompagner.

Celle-ci le considéra avec élonnement :

— Avez-vous quelque plainte à faire au sujet de la détenue qui garde celle femme?

— Non...

— Alors pourquoi... N'avez-vous pas l'habitude?... 11 chercha une explication.

— Ma sœur, j'ai songé que j'aurais peul-ptie des observations à présenter au sujet de l'installation défectueuse...

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