I.A hV'A.lA'] MlKTTl
(■•ire l'uloiiri'r. ailniircV^, pendml que jc resterai pauvre ot (I6ilaii:nr'e?. .. Elle iit'-l ni [)liis l)ell(\ ni plus inlclliircnle, ni plus instruite que moi... Je crois môme l'emporter sur rlle... Ah I pourquoi est-elle la fille d'un amiral et non pas moi?...
Krne-linc parlait ainsi à son fière un peu plus âgé qu'elle et qui. éirvo «ruiie cV'ole navale, avait élé récemment promu enseigne de vaisseau.
— r.ali ! lui répondit celui-ci, Simonne est plus à plaindre que nous... Kilo n'a plus de mère tandis que nous en conservons une excellente... Par.c qu'elle nous a emprunté un peu de la tendresse de la digne femme à qui nous devons le jour, ce n'est pas une raison pour qu'elle iv.t jouisse pas de la fortune qui semble lui avoir élé donnée en partage comme une faible compensation il'avoir été orpheline de bonne heure...
— ('/est bien désigréable d'être pauvre! -— Tout le monde ne peut pas être riche!
— - Avoir un nom noble !
-— Cela me suffit d'avoir un nom honorable*!
— Tu iVe> pas difficile, toi...
— Je le suis au contraire, ma sœur... Je préfère le solide à ce qui brille 'i qui n'est pas d"or...
— Voudrais-tu dire que M. de Miran...
— Oh! non... Le présent elle passé appartiennent à la fois à l'amiral...
— Ne serais-tu pas fier d'être son fils?
— Oui, mais ce n'est pas une raison pour renier mon brave et digne
C'était, on le voit, un digne cœur que le frère d'Ernestine.
Celle-ci refusait de se rendre avec sa mère à la préfecture maritime. 11 lui fallut, pour ainsi dire, Tordre formel de M. Jacquet pour (ju'elle allât voir son ancic:ine amie.
M"" de Miran la reçut avec la plus grande alTabilité et iui adressa d'aiïeclueu\ reproches.
— Ernestine, lui dit-elle avec des larmes dans la voix, tu ne m'aimes donc plus? ..
M"° Jacquet lui i-é[io:idil avec un sourire contraint :
— Mais au contraire, mademoiselle!
— Mademoiselle, mademoiselle! Qu'est-ce que cela signifie?
— Nous ne vivons j)lus ensemble maintenant... Votre père est le supérieur ;lii mien... »
— Je vois toujours une >-irai- va loi...
— Vous êtes bien bonne...
liSi; i..\ i;i:i,i,i: miktt!;
— riiloie-inoi ooiniih.' j.ilis. atiinMiitMil jtMTuirai ijntMii es fài-luM". (jut-! (ii Mis |t!iis irall'olion pour moi...
Ce >oiMil A l.irl...
— - Uiiillt' C)> loi» ,i,'lacial. tlnine-nidi la main... l'romcts-moi do vcw'w soiiveiil à la préfecîure... SiUivciil...
— - Jo ferai ce qui vous sera a!,'réalile...
Krni\<tine ne pouvail, cepeiulanl, lonir rigueur à une amie a'issi cmprcss(''e.
Klle ne larda pas d'ailleurs à comprendre que ce serait m;dalroil. Elle cacha dans son C(eur tout ce qu'eili* (prouvait el se mnnira aussi gracieuse qii'a ilrefois avco Simonne de Mir.m.
M"" Jacquet se lùlicila liienlùl de sa rôsululion, car elle Irouva quehiue agn-menl à vivre à la piéfeclurc, à 'se iiromencr dans les équipnges luxueux de l'amiral, à avoir sa part da;:s le r.'spect dont ce haut dignitaire rtaite;:toiiir.
On ne la désignait plus que sous le nom de Tamie de M"" de Miran, el les femmes des petits fonctionnaires lui faisaient une ro'ir assidue, la considérant comme toute puissanle.
Dans les soir.'es, dan: les féii^^, elle f^ul sa pari d'hommages et de compliments.
Ernestine lii-it pai' se laire illiisii'n.
— On recherche Simonne parce qu'elle est la (ille de l'amiral, moi parce que je plais, se disait-elle...
Peu à peu elle conçut une espérance. Dans celle foule d'adorateurs qui se pressaient autour d'elle, !a jeune fille pensa qu'elle finirait par trouver un maià q :i mettrait à ses pieds la fortune et le nom que le sort lui avait refusés.
— Moi aiissi j'aurai mes voitures, moi aus^i je hrillerai... Simonne de Mii-an, tu ces eras de te croire supérieure à Ernesline Jac(iuet, qui aura une liante position et un nom illustre.
Ernesline. que l'envie aveuglait, se montrait en paranl ainsi d'une injustice rare.
Simonne, en efTet, ne songeait nullement à se prévaloir d;'s avantages qu'elle avait sur son amie d'enfance. Douée d'une nature exquise, elle était incapable d'un seul mauvais sentiment et ne cherchait qu'à être agcéal)le à Ernesline, dont elle faisait sans cesse l'éloge.
— C'est drôle, disait l'amiral à sa tille, je n'aime pas beaucoup celle petite créature avec son air précieux et son sourire pincé. Elle ne tient pas de son brave homme de père, qui a le cœur sur la main et que j'ai toujours vu se conduire comme un honnête m^i'in.
— Ernestine est bonne aussi...
— Un je ne sais quoi me dit qu'elle n'a pas grande affection pour toi...
— Elle est peu expansive, voilà tout...
LA rîKLLK MIETTE 0s7
— Enfin, je di'siro me tromper...
— - Vous faites erreur assurément et pour vous punir...
— Ah! tu m'inllii^es une punition...
— Certainement. Je vous oondamnc à trouver un mari à ma protégée...
— Par exemple !...
— Vous qui êtes amiral, vous devez savoir que l'on ne raisonne pas quand on est cliargé d'un service.
— En voilà une corvée!...
M. de Miran adorait si lille et ne savait ri(Mi lui refuser. Pour lui être agréable, il se mil en quéto d'un personnage assez courageux pour épouser une fille sans dot.
Il } a des hasards singuliers. L'amiral, en cherchant un mari pour Ernestine, lencontra un lieutenant de vaisseau qui lui sembla convenir parfaitement à Simonne.
Georges de Mersy avait tout pour lui. Officier d'un bel avenir, il appartenait à une excellente famille et possédait une grande fortune, ce qui ne gâte rien.
C'était une vocation irrésistible qui l'avait entraîné vers la marine où ses ancêtres avaient tenu un rang glorieux.
— Oh! oui, dit le préfet, les Miran peuvent s'allier avec les Mersy. Ce ne sera pas d'ailleurs la première fois et, si je ne me trompe, nous sommes petits cousins...
L résolut de connaître les dispositions de sa fille. Elles répondirent à ses espérances.
Simonne avait remar.|iié M. Georges de Mersy dans les bals, dans les fêtes où d'ailleurs il s'était montré fort empressé auprès d'elle. Elle avoua en rougissant qu'il ne lui déplaisait pas.
L'émotion de sa fille fit même croire à l'amiral que le brillant lieutenant de vaisseau occupait déjà une place dans le cœur de la charmante enfant.
— Tiens, tiens, ce n'est pas seulement pour l'avancement que mon jeune homme obtient le choix. Et moi qui me figurais l'avoir découvert... Avant moi Simonne avait jeté son di'volu... Eh bien, tint mieux!
Les choses marchèi-ent à merveille". l>e longs préliminaires ne furent pas nécessaires pour que Georges de Mersy devint le fiancé de M"" de Miran.
Ce fut Simonne qui annonça à Ernestine son prochain mariage. Ne se doutant pas que son bordu^'ir m'it .imi^'r so;i amit\ elle lui fit ['.art do i-i'llf noiivt'lle un |ieu brusquement.
— Ernestine, devine île qui je dois devenir la femme?... M"" Jacquet pâlit sans savoir pourquoi.
— J'ignore...
C8S i.\ l'.iM.i.i: Mii:r ri:
-- ('oinilU'lil, lu lif II- (litulrs |i;is? • — Non, on vriilo...
Ne ros-lu i>;i> aiM-inic i|i:i' (iiiiMi|ii'iiii ^t" iinMilr.iil foi l a>>i(lii ....
— Je n'ai jtas fiil allention...
— Kli liirn, rV<l M. ilf M.isy «|i;i^ mon lyran (!<' |i;'r(.' m'inijuisc c\ (\r.-:. j'a.Yopt.'...
Klu' s'intiMToinpil xiiidain.
Krmvlini^ (M lit niainliMiant lividi'.
— Q ;tM'arrivi'-l-il?... Qn'as-in?...
— IliiMi... rit'ii...
("icoruos d*- Mcr-y ('Mail jir(''iiM'im'nl fclwi de sos adnralniis sur Iiipicl M"" Ja((]uel coniplail le plus pour la rralisalicui de siîs rOvcs.
Klli' avait pi'is dt.'S renseiirnenuMils sui' lui cl savait pai'failrnicMl a (pioi Vn tiMiir sur l(Uil ce qui je concoiMiait.
!■".;!{' avait (Jr^s-r ses hatlorii-s ot, couinic le liiMilenanl de vaisseau riail ft)rt assidu, elle se orovait des cliani'es sérieuses de succè>.
El voilà (pic Simonne dctiaiisail ses espérances, cl voilà (pic celte jeune iiile, si favorisée par le sort, lui volait l'homme auipiel elle désirait appartenir I
Kn réalité, Krnestine s'était fait, jusque-là, illusion sur les sentiments de Georges de Mersy. L'ofiieier avait admiré la beauté de l'amie de M"" do Miran, avait Irouvé de ragrémenl dans sa société, mais son cieiir était resté lilue.
Lor.sqn'uii de ses parents lui avait dit (ju'il puurrail ulilcair la lil!e de son amiral, ses regards s'étaient tournés de ce côté avec plaisir cl il n'avait eu rien à oublier, aucun sacrilice à faire.
M'"' Jacquet avait donc tort de croire que Simonne lui causait le muindre préjudice.
Son irritation était cependant des plus vives.
Quand elle rentra chez elle, après son entretien avec M"" de Miran, son visage contracté exprimait les plus mauvaises passions.
— Obi je le lui arra<'herai. Oh! elle ne l'aura pas!... Rien ne me coûtera pour cela... Il faut que je triomphe!...
Le lendemain, il y avait une soirée à la préfecture maritime.
Ernesline tint à y aller pv)ur commencer la lutte.
Elle se para de son mieux pour que ses charmes l'emportassent sur ceux de sa rivale, et elle parvint, en effet, à faire naître un murmure d'admiration quand elle entra dans les salons de l'amiral.
Ernestine était, comme nous l'avons dit, d'une taille assez élevée. Ses yeux étaient noirs et vifs, ses traits réguliers, sa bouche petite. Il y avait peut-être chez elle quelque chose d'impérieux et d'un peu dur; mais elle savait, quand elle le voulait, donner à sa physionomie une expression plus douce
L'amiral entre. Il prend la lettre... (P. G'J6.)
Simonne de Miian vint aii-dcvant d'elle avec empressement. Un coup d'œil suflit à Krncsline pour la persuader qu'elle aurait de la peine à vaincre la fille de l'amiral.
Colle-ci, qui eût pu aisément faire choix d'une riche toilette, s'était contentée d'une robe blanche montante. []nc llenr élail iilacée dans sa chovolnre d'un blond cendré. Elle était ravissante ainsi.
I.IV. 87. — TllÉODOIlE HI-NRY. — I,A BF.I.I.K MIKTTE. — ÉD. J. ROVff ET c'«. UV. 87
Enit^sliiie compril-elle roolltMiuMil que ctMto loilctlo Hài\ île mciiKvir goût que la sienne, ou choisit-elle simpIeiiKMit ce prôlexlo ;i t•omplilmM>l^. iiiii^; elle loua fort M"* de Miran tio la m;ini»'re ilotit elle s'étuit lialùliée. Ello ajoita cependant une rt^flexion iiitV hante.
— Esl-(*e que la (ille tl.^ l'inniral aurait voulu donner à ses suhordonn s une îeçûn de modestie?...
— Non, ma chère Kmesliiie, lu sais i)ien que je me sui^ t mjours pe:i pr»>occupt^e de ce (;':e faisaient les autres... Pour ma part, je n'ai jamais uinié le luxe...
— C'est vrai... Il arrive souvent que l'on ne désire pas une chose, parce qu'il vous est aisé de vous la procurer...
— Je ne crois pas que, si j'étais pauvre, je serais autre que ce <iue je s.iis...
— Tu n'en sais rien... Le caraclî're chan.iro avec les situations... tout change... La richesse modille tout et il est nétcssaire de ne pas se faire illusion... ïele chose q-:e tu as, tu ne l'as qu'à cause de ta fortune..'. Tel sentiment que l'on t'exprime ne te serait pas exprimé si tu n'étais pas M^'" de Miran... 11 t'est diiïicile de croire à la sincérité, même pour ce que tu désires le plus qui soit sincère...
— Tu m'elïraies...
— Si autour de toi tu voyais ce qui se passe réellement, tu serais moins optimiste, moins indulgente... Tu ne prendrais pas pour de la générosité ce qui n'est souvent que de l'indifférence, pour de l'amour ce qui est le résultat de bas calculs...
— Tu m'expli |ueras plus clairement...
Quoi donc?...
— Tes allusions... tes conseils de méfiance... Tu as appris quelque chose... M. deMersy?...
— Moi, je parle en thèse générale...
— Je t'en supplie, ne fais pas naître en ce cas le doute et l'inquiélude dans mon cœur, qui ne demande qu'à croire, qu'à avoir confiince!...
Eraestinc affecta un air de commisération, mais Simonne ne put lui demander de nouvelles explica'ions. Ses devoirs de maîtiessa de maison la réclamaient. Elle dut s'éloigner pleine de trouble et d'angoisses.
M"" Jacquet chercha alors à causer avec le fiancé. Avec lui, elle joua un tout autre rôle.
Était-ce dans sa jalousie, dans sa colèro, que cette jeune fille puisait ses inspirations vraiment diaboliques?...
Elle réussit dans cette soirée à enlever à son amie sa tendre confiance en M. de Mer.sy. Q lanl à celui-ci, elle lui déclara qu'elle l'aimait I...