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LA FUITE

Enicstine mentit lorsque, dans une scène admirablement jouée, dans une explication amenée avec adresse, elle fit à M. de Morsy tout étourdi un tendre aveu. Les projets qu'elle avait fondés sur lui, elle les eût tout aussi bien fondés sur un autre, s'il lui eût semblé devoir obtenir sa préférence.

Le jeime liomme crut se trouver en présence d'une victime. Sans être fat, il s'imagina qu'il avait fait une conquête que l'annonce officielle de son mariage faisait dévoiler.

Cette conquête était, à la vérité, embarrassante ; toutefois, il était difficile do la repousser entièrement.

Georges de Mcrsy donna quelques conseils, mais il était lui-même bien ému, tindis que cette jolie créature fixait sur lui ses regards pénétrants.

Quand il cherchait à échapper à ce feu dont il comprenait le danger, il voyait les rondeurs d'un sein que la douleur semblait oppi-esser.

Il quitta précipitamment Ernestine, non sans lui avoir pressé la main d'une manière très tendre, et il se promena assez agité dans les salons.

Il ne retrouva guère le calme auprès de M"° de Miran. Celle-ci lui posa diverses questions inspirées par le> soupçons qu'Ernestine avait fait naître en elle. Georges y répondit de son mieux et réussit à satisfaire sa fiancée, mais lui, il resta à se demander ce qui se passait en son âme.

La réflexion dicta au lieutenant de vaisseau une ligne de conduite fort sage; toutefois on sait que les résolutions sages ne sont pas toujours irrévocables. Ce sont même à celles-là que, le plus souvent, on ne reste pas fidèle.

Deux ou trois jours après, Ernestine reçut une lettre dans laquelle Simonne la priait de venir à la préfecture.

M"' de Miran croy.iit avoir une bonne nouvelle à faire connaître 'à son amie. L'amiral avait trouvé un parti pour elle.

11 s'agissait d'un capitaine de frégite qui venait d'être attaché, dans un emploi sédentaire, à un grand port de l'Océan, et (|ui n'était pas éloigné de choisir une compagne.

C'était un loup de mer, mais pas du tout farouche. Il approchait de la cinquantaine; et n'avait pas été trop dégradé par les Ibit-^.

M. Maunin passait pour un très brave homme. Il et il rdimu des deux jeunes filles, qui avaient remarqué son humeur enjouée.

092 i.A iti ii.i; Mii;rTK

Krnestine l'avaii il. olaiv à Siinonno, un jour, fort sympalliique et celleci, sans penser à rien, loi avait dit on riant :

— - Il est can'on... l.e proiulrais-tn jtoiir mûri?

Pouniuoi |)as? avait rôponilii M"" .1 iiN|iii't.

Il a li-ciil(' an< do j^liis qno toi.

(J'riiiipoito!... J'.ii ontcndu dire qnv ic n claitMil pas les pins jcinies (■•poiu qui faisaionl le bonheur... au contraire...

Ces propos iMaiont nvslo.s, dans la niômoirc de M"" de Miran, et, Iors(iue sinp"'re lui avait jnrlô df M. !\Iuniin, (>lle avait frappé joyeusement des mains.

— .Ml ! c"osl luon ourioii\...

— Que siiinifio?

r.Ile raconta la réponse que lui avait jadis faite Ernesllne.

— Tant mieux ! dit le prôfet. Cela prouve que je n'ai pas la main trop mallieurouso. Voilà deux liaiicôs que je trouve et ils plaisent. Car enfin, ma Simonne, le lien est de ton goût aussi, n'est-ce pas?

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