LE DIMANCHE
Ilien n'est plus triste que le dimanche à la maison centrale. Dans !a semaine, le mouvement des ateliers fait ressembler, en quelque sorte, la prison à une manufacture-
i.lV. b9. — IlillODOKE ntSKY. — LA DEI.LE MiETTE. — EU. J. ROIKF ET C'«. LlV. 89
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Un cuni|);eiKl la Néritr de celle (li-liiiiliiui. » L's maisons ce.ilialt's so;il des mauuiaclures où les onviieis ne sunt p is lil.ie<. >
Les détenues peuvent jusqu'à uncerlain point s.' laite iliusinn sur leui' sort et celles qui appartiennent à !a classe lal)orieus(> ne pas trouver i,'raiul changement à l'exislenct' (piellcs mènent.
Les disliaclions sont rares, au contraire, dans le j<Mir consaci'r au repos. Les catholiques vont à la messe et assistent aux offices pend int lesquels les élèves de l'école de chant font entendre des cantiiincs.
Les cha:.tenses admises au clneur sont cénc'iralement des prisonnièi'is menant une bonne conduite. Elles portent, àMont[)clliei', comme marpie distinctive, un cordon jaune.
Le reste de la journée s'écoule dans des lectures faites à haute voix et écoulées avec ennui.
Les promenades au préau sont, il est vrai, un peu plus fréjuentcs, mais nous avons déjà dit ce que sont ces promenades accompagnées d'un claquemenl monotone d>^ sabots.
Ernestine Jacquet regretta vivement ((ue le lendemain du jour où, à sa vue, Simonne s'était évanouie lût un dimanche. La détenue n'avait pas, en elTet, à ^e rendre à l'atelier que dirigeait la sœur dont elle était curieuse de connaître l'altitude à son égard.
.M"" de Miran, transporlèe a rinliruicrie, n'avait plus reparu. Après son indisposition subite une autre sœur avait exercé pour elle la surveillance.
Nini se demandait avec inquiétude si elle la reverrait.
Celte misérable créature av.dt encore des sentiments de haine à l'égard de SnuLinne.
— Malheur à elle si je la retrouve dans la vie I avait-elle dit devant le cadavre de Georges de Mersy.
Elle oubliait qu'elle avait tué le bonheur de la fille de l'amiral pour se rappeler seulement que la mort de son amant avait servi à ven-er l'injure faite à celie-ci.
— Sans la colère de son supérieur, mon frère se fût contenté de la réparation qu'offrait Georges et qui était !a meilleure puisqu'elle consistait à ni 'épouser. Sans cette lille que j'ai rencontrée sur mes pas, avec laquelle mes parents m'ont élevée, je serais riche, honorée, aimée... Au lieu de cela, j'ai roulé dans la lanL-c, je suis maintenant en prison.
Nous n'avons pas besoin de faire ressortir toute l'injustice de ce langage.
Simonne loin d'exciter son père à la vengeance, loin de le pousser à se mettre à la poursuite des fugitifs, l'avait au contraire supplié de rester auprès d'elle.
El!e avait pleuré Georges de Mersy quoiqu'il eùl été bien coupable envers elle. Cet ange avait même pardonné à Ernesline.
Quel sentiment avait éprouvé Ui sœur Marie-Louise en se trouvant en face de celle qui l'avait trabic et qui avait osé la regarder d'un air menaçant?..
Elle n'avait pu supporter cette redoutable épreuve. En même temp-; que ses forces l'avaient abandonnée, sa raison avait éprouvé comme un cboc.
A l'infirmerie, le nom d'Ernestine fut sans cesse sur ses lèvres et, pendant toute la nuit, elle eut présents à l'esprit le visage pâle et le regard enflammé de son ennemie.
Elle entendait sa voix sèche et dure lui répéter :
— N'ai-je pas été ton amie, Simonne?
C'était d'un ton suppliant que Marie-Louise lui avait demandé de solliciter son changement d'atelier,
EMe s'y était refusée.
La religieuse devait-elle subir le supplice de la revoir?
M"" de Miran eut d'abord l'idée de demander qu'on éloignât d'elle la fille Jacquet, mais il eût fallu fournir des explications.
Or, Simonne avait obtenu de la supérieure générale des sœurs de Marie- Joseph que son nom cl son histoire fussent soigneusement cachés. Elle avait voulu éviter d'être l'objet d'une curiosité indiscrète.
Seule, la supérieure de Montpellier connaissait quelques particularités de l'existence de Marie-Louise. Celle-ci lui eût confié soa alarme.
Malheureusement, la supérieure venait de partir pour la maison-mère où elle avait été appelée. Elle était remplacée dans ses fonctions par la sœur assistante dont les allures brusques inspiraient quelque eiïroi à Simonne et, en tout cas, ne la prédisposaient pas à des confidences pénibles.
— Mon Dieu, fit la pauvre jeune fille, quelle est l'utilité de cette nouvelle épreuve?
Il y eut ens';ile chez Simonne, un sentiment de révolte.
Pourquoi s'elTrayait-elle de la présence d'Ernestine?... Pourquoi songeaitelle à l'éloiLrner ou à lui céder la place?...
Laquelle des deux était la coupable?... Laquelle des deux se trouvait en présence de l'autre dans une position humiliée et pénible?
Tandis que la fille de l'amiral portait la livrée de la charité, la lille Jacquet portait celle de la honte. L'une exerçait une mission bienfaisante, l'autre subissait une peine pour vol.
M"" de Miran releva la tête. Le sang de l'amiial se réveillait en elle... Elle regrettait l'émoiion profonde qu'elle avait manifestée à la vue d'Ernestine et la défaillance qui avait suivi.
Elle laissa donc ignorer à tout le mon.le les motifs di- son indisposition
- ^ \.\ liKI.I.K MIIMIK
.., M..i.> ,-L'- iih..'-, I 1 i' iiu|hOi,i 1.1 l'ort't' cl lo coiir.u'o ilc ri'liii (jui po;ivail seul lui venir en aidi".
Cotlt> jourru'-c du diinaiirlic fui d'ailItMirs inarqure daii^ la mai-^on coiitralo par divers incidonis.
Mii'lle y terminait pri'cist''nii>nl la \)o'\v,c dt> quinze jours de cachot à laquelle eile .ivail été condaninéi» pour ses accusations nien-^ongèie.s à l'ôi^ard de Croix- Rou-e, la diMenue qui servait M"" Grouvclle.
— Prenez garde de revenir ici. lui dit en lui ouvrant sa ccllul<' la sumiidont elle avait conquis l'amitié.
)li Ht' ne montra pas une joie trop vive de sa sortie.
— .le ferai tout mon possible, mais, si l'on se mnnli-c encore inju-li' avec moi. je ne puis rc^pondre de rien.
— En sa qualité He dùtenue employée au service général de la maison, elle fut iramédiatenipnt adjoint.^ par la sœur assistante à un(; escouade de balayeuses.
la première préoccupation de Miellé fut de s'inlormcr de ce qui pouvait s'être passé pendant son absence. Elle n'avait été tenue qu'imparfaitement au courant par sa geôlière qui avait bien voulu causer quelquefois avec elle.
Que faisait Clémentine?...
Elle sut que sa lille était inllrmière et elle en éprouva un sentiment d ' jalousie, car elle avait, on se le rappelle, désiré ces fonctions.
— Allons! elle réussit toujours, tandis que moi...
Elle s'informa aussi de Paula, mais, celle-ci étant moins ancienne et moins connue dans la prison, elle eut de la peine à obtenir quelque renseignement.
On finit par comprendre cependant qu'elle désignait la détenue qui co;.chait depuis quelque temps dans la cellule de M"" Lafarge...
— Elle a donc remplace Basson?
— Non, elle est trop aristocraie, celle-là, pour servir de domestique... C'est seulement une dame de compagnie!
Mielte se montra fort irritée.
— C'est trop fort!... 11 n'y a de ch.ince ici que pour ce qu'il y a de plr.s crapule !...
La colère de l'ex-sage-femme l'avait sans doute emportée .sur sa raison, car elle avait parlé presque à demi-voi.\.
La sœur assistante l'entendit et s'empressa de lui infliger une piivation de cantine.
Sœur Philomène ajouta :
— Vous êtes incorrigible... Il y a à peine une heure que vous êtes sorti} du cachot et déjà vous m'obligez à vous punir.
Mielte ayant marmotté quelques paroles, la sœur décida que, pendant la
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prochaine récréntion, elle resterait immobile dans la cnur, le vi<:a;^e tourné du côté de la muraille.
— Je crains fort pour elle qu'elle ne tarde pas à tHre mise de nouveau en cellule.
Sœur Philomène était prophète.
Peu après cet incident, la mère de Clémentine rencontrait Groi.\-Rouge et s'imaginait voii- sur son visage une expression railleuse. Elle proféra une injure et s'élança sur la servante de M"" Grouvelle.
Comme la surveillante était à quelque distance, Miette eut le temps de lui donner une piire de soufllets.
— • Tiens, attrape!...
La pauvre Croix-Rouge tout étourdie ne songeait pas à se défendre ; l'empoisonneuse allait lui donner un coup de pied quand on parvint à la retenir,
— .\u cachot !.,. dit sœur Philomène.
— .\li ! je m'en tiche pas mal...
— Vous y resterez cette fois un mois...
— C'est ce que je désire...
On prit cette réponse pour une forfanterie, mais elle était peut-être sincère, car Miette, qui était sortie sans enthousiasme de l'endroit où elle avait passé quinze jours, montra une satisfaction extrême quand elle y fut encore seule.
Elle était pai'lirulièremenl contente de se retrouver dans la même cellule.
— Si j'eusse tardé, une autre Teût probablement occupée et on m'eût enfermée ailleurs. Cela n'eût pas fait mon affaire.
Elle écouta un instant pour s'assurer que personne ne viendrait la troubler, puis elle se baissa et, retirant une planche du lit de camp sur lequel elle couchait, elle découvrit une ouverture.
Elle introduisit la main dans cetle cachette et murmura avec l'accent du triomphe :
— Tout y est!... Rira bien qui rira le dernier dans la maison centrale!... C'était le dimanche que M'"" Lafarge avait l'autorisation de recevoir la
visite de ses parents. Ces entrevues avaient lieu d'habitude de midi à une heure.
Il y eut ce jour-là une sorte de conflit entre laine des cousins de Marie Cappelle et une sœur que la prisonnière désigne, dans ses Mémoires, sous l'initiale de sœur Sainte Z...
Il s'agissait d'un sac de bonbons dont sœur Sainte Z... e-saya d'empêcher la remise. Le direi-teur donna, malgré elle, son autorisation.
Cet incident causa inie vive impression à M""" Lafarge qui, apiès W d('[)art de sa lamille, écrivit les lignes suivantes :
MO I. \ l!i:i l.K MIKITK
" '.i'.ii Di.M ; . . i .' i.MinuV' ilii lii i lii. 11.- i.tiii ii. MM ■. foUfi lionro do midi, rc'vée si oonsolaiito ol si douce, oollc luillc dans ma doiilour, cd insiaiit lu :ilif qui devait animer lo vide de toute une semaine d'isoIciniMil et iralleiile, mon Dieu! relie réunion avec les miens qui devait retremper mon cnui'a;^'c, cet éclat de joie ne sera-l-il donc désormais (la'un prélexlr à siipplirc. (pi'iini' lorlnre ajoulée à mes tortures?... Je ne les verrai jamais seuls!... Je ne leur parlerai jamais sans contrainte I On pissera les larmes (juc je verserai dans leurs co-urs; on comptera les baisers qu'ils déposeront sur mon front...
« Si ma conscience laisse échapper son SC'TCI dans un cri, ou dans un sanplot. le regard froid d'un tiers sera là pour me rap, e!cr à l'ordnî. De quel droit protester de mon innocence? Je suis la chose lugée, la coupahh'. de par la loi!...
« Si c'est la tendresse des miens qui s'oublie, s'ils viennent à me parler d'espoir, le même recrard froid et perçant sourira de pitié à leur folle espérance. De que' droit me promettre l'avenir?... Je suis la chose condamnée, je suis la morte à perpétuité!... »
Le soir de ce même jour, >l™* Lafarge raconta à Paula et à Passon, assises à ses côtés, qu'une bohémienne lui avait jadis, à l'âge de quinze ans, prédit sa destinée malheureuse.
Cet lit à Villers-Hellon où, ainsi que nous l'avons di!, elle était née et avait été élevée. La jeune fille rencontra le campement d'une tribu nomade.
Une vieille femme vint à elle, et, portant brusquement la main à sa mante, lui saisissant le bras d'un geste impératif, s'écria d'un ton d'inspirée :
(( — Quand le père ne chante plus sur le rebord du nid, dans le nid la couvée soufïre et s'alanguit. Le premier deuil est comme la première neige : bien d'autres le suivent... Entre le premier jour d'hiver et le dci'nier, qu'y a-t-il?... »
La vieille s'arrêta, interrogeant Marie Cappelle de toute la ri\ité de ses grands yeux caves et noirs...
Marie était glacée...
La vieille reprit :
— Oui, qu'y a-t-il?... Uya des jours qui ne sont ni desjours de printemps, ni des jours d'automne... Ce qui commence s'achève... Hiver dur, moisson mûre... malheur long, haut renom...
« — Sans rien comprendre à ces phrases paraboliques, disait M"° Lafarge à ses auditrices, elles m'eiïrayaient; mon cœur battait lourd comme dans la suite je l'ai senti battre aux approches des grandes douleurs.
« La sybille tenait une baguette de noisetier dépouillée 'de son écorce, à l'exception d'une bande qui s'y enroulait en forme de serpent.
« Au moment où j'essayai, de m'enfuir, elle me prit par la main, l'ouvrit
grande au soleil, en suivit les lignes du boni de son bùlon, et, sans daigner s'apercevoir de mon trouble, elle continua ainsi :
« — Le soleil ne se cou;be pas où il se lève... Si la liu'ne de vie est longue, à deux endroits, je la vois tranchée comme par la serpette du trépas.
« Je repris un peu de courage, et je dis :
K — La ligne de vie est longue : est-ce à dire que je vivrai longtemps?...
<• — Les chemins plantés de croix vont loin.
« — Oh! mon Dieu!... me faudra-l-il quitier la France?...
« — 11 n'y a pas loin de fortune à miscre, de bonlieur ;i désespoir... Apr>^'s les cliaiiies d'or, les chaînes de fer... où la prison commence, la patrie nnit.
(• — Laissez-moi, m'écriai-je épouvantée, c'est assez... vous parlez comme Cagliosiro... par pitié, laissez-moi...
« La bohémienne ne parut pas même m'entendre, et regarda ma main plus alkntivement encore.
» — Long le vie, longs orages... Lignes de vie et de mort, courant parallèlement, l'une au bonheur, l'autre au néant.
.< — Vivrai-je au moins jusqu'à trente ans?.,.
» — Les enfants, dans leurs désirs, y voient aussi clair que les fous. Ils aiment tous la jeunesse, et cependant écoutez bien : soleil d'été mûrit la foudre; — soleil d'automne mûrit les fruits.
« Ma fraye, ir redoublait. Je voulais retenir mes larmes ; elles éclatèrent en sanglots.
« Ma douleur parut un compliment pour la vieille gipsy. Adoucissant alors son regard faux et sa voix métallique, elle se mit à chanter quelques couplets rythmés dans une langue étrangère, puis elle fit tourner sa baguette sur sa m.iin, et, coupant une petite branche de la haie, elle me la présenta en disaii: :
" — Les épines lleurissent... courage... le malheur (loui-ira au-si... »
Paula et Dasson écoutaient avec une attention profonde cette singulière histoire.
M""* Lafarge continua :
« La balte raison de ma mère m'intimidait. Je n'osai lui conlier mon aventure. Ce fut dans le cœur de mon grand-père que je cuurus en déposer le récit.
« Le bien-aimé vieillard se mit à rire, et, pai- de diMirrs (mi','s>(\n, ralma mes fi'ayeurs.
(« — Bien sûr au moins, grand-père, lui dis-jc en le couvrant de bai^-s, vous ne me croyez pas condaumée à des malheurs épouvantables?
(' — Non, ma (ille; et, si tu le perjnels, je continaerai de voir on toi une
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t'tifaiil iirili-i', |iliil(M qu'une vii-liini;. Ijas-ure-lui : j'ai cU' heureux ; la ,::;iaiulinère a ék'' lunireiise; la mère el tes taiilos oui a-^sez de bonheur aussi pour en rèpan hv autour d'eMes ! Quels malheurs aurais-lu donc à eraindrc, à parties deuils inévilaliU^s de hi vie et ces petits chagrins (jue se rt^vcnt les jeuiK^s lilles, pnur se donner le j)lai<ir de pleurer? Sais-tu ce que c'est que cello vieille sorcière?... Elle voyait le clu\leau à dix pas d'elle, et, ta main dans sa main, elle a v-ulu recommencer les prédictions de Cazolte. Elle t'a traitée en grande dame d'autrefois. san< se douter qu'en la qualité de hourgeoise d'aujourd'hui lu n'as pas de révolution à redouter.
- — Et ces orages, ces croix, ces épines, (ju'est-ce que cela veut dire?... • — Ces croix et ces épines demandenl du pain et un a!)ri, voilà tout.
Je vais envoyer à souper à la rusée sibylle, et lui faire ouvrir une grange... et demain elle aura troiivé un m-acle qui te, promettra la rirliesse, la jiuissance et la félicité.
« Les jiaroles de mon grand-père me parurent plus sensées que les sentences de la bohémienne. Jy crus; seulement, comme j'avais quinze ans et de l'imagination, je piquai la branche d'épines sur le premier l'eaillet de mon album, et j'écrivis dess mis nn vers admirable de Schiller, dont je ne me souviens plus. »
" Plus tard, la petite bi'anche et l'album ont reposé sur ma table à écrire du C.landier... Plus tard, hélas! album et oracle ont été vendus à la criée, avec mes pauvres dépouilles, au profit de je ne sais qui * ... »
-Maiie Cappelle dit d'une voix vibrante :
— Tout ce que les hommes ont pu me prendre, ils me l'ont pris... Silence! II Celui qui fait fleurir la branche d'épines peut faire fleurir aussi la verge du malheur!... »
Elle ajouta :
" — Je n "ai pas encore aperçu de roses sur mes ronces!... »
Comme elle venait de dire ces mots, une sorte d'harmonie s'éleva sur le boulevard de la Prison, du côté duquel se trouvaient les fenêtres de sa cellule.
C'était une sérénade que l'on donnait. Mais à qui?...
11 y avait des violons, des harpes. Les personnes qui jouaient de ces instruments étaient des musiciens de premier ordre, car il n'y avait pas une seule note discordante.
L'air était doux et tendre. C'était comme une sorte de caresse, une exhortation à l'espérance, une consolation...
M°" Lafarge se leva, vivement émue.
— Qu'est-ce que c'est? qu'est-ce que c'est? \ . Heures de prison
Les ex'LUlaiiis s'élaioiU arrûlés. (P. "1+.)
M. Chapput, (lirccleur de la maison contrale, eiUra pn'cipilamiiieiil dans la cellule.
— Oh! madame, c'esl trop fort!...
— Comment, monsieur?...
— Voilà qu'on vient vous jouer des morceaux de musinuel...
— A moi !
LIT. 90. — îllÉUbollK IIKMIY. — r,.\ B !.M; MllîTrK. — ÉD. J. UOUKK KT c'' . UV. 00
714 lA lir.i.i.i' MU rn:
— '.■'.11! oui, n'oiileiulcz-voiis pus?
— J'iu'norais que oc fût pour la pi-i-oiiniôrt»...
— Il n'y a pas i\ s'y Irouip'T...
— Je doute, niiM...
— Ils oui l'audace de vous appelé;-... Quel scmdaltM...
U>s exêoulanls s'iMaicnl en elTel arriHi-s... Il-; criai. miI m rrih-n lul : « Vive M"' Lafarge!... Vive riiiiioccnlel »
1. a foule, allirt^e par leur conccrl, s'élail sans doulc joiulc a eux, car les voix étaient Irè^ nombreuses.
— i'iadame, une cn<iuôle aura lieu... on saura si c'est vous qui avez proNoqué celle manifestation...
— Vous êtes injuste, monsieur; mieux que personne vous savez que je n'ai aucune communication avec le dehors...
— Oui, mais vos parents viennent ici... Justement aujourd'hui... vous avez pu vous entendre...
— On ne me laisse jamais seule avec eux... Il y avait la s(eur Sainle-Z... toat à Theure.
A bout d'arguments, le directeur de la pri-^on se borna à répéter :
— C'est mal, c'est très mal!...
Les rumeurs étaient devenues menaçantes.
— A bas le jury de. Tulle! A bas les geôliers!...
M. Chapput sortit de la cellule en s'écriant qu'il fallait aller prévenir la force armée. Derrière lui la porte fut fermée à double tour.
Pa lia était re-tée seule avec M""" Lafarge.
Les deux femmes comprirent bientôt que la police était arrivée et faisait évacuer les abords de la maison centrale. Tout rentra bientôt dans le calme.
Malle Cappelîe avait écouté ces bruits avec avidité.
Lorsque le silence régna entièrement, elle se tourna vers sa compagne. Sur son visage il y avait une expression de triomphe.
— La sorcière, dit-elle, a raison jusqu'au bout... Le malheur fleurit!...