‹ La belle MietteChapitre 110 sur 200 · LA HAINE EN PRISON · texte numérisé non relu

LA HAINE EN PRISON

M"* Lafarge sut qui avait pris l'initiative de la sérénade. C'était un jeune Polonais réfugié en France après avoir combattu pour l'indépendance de son pays.

Marie Cappelîe, dans ses Mcmoi?'es, s'incline avec respect devant la crovance de cet ami inconnu.

LA BELLE MIETTH

Voici comiiicnl elle parle de rinsurrcclioii de Pologne :

« Un jour, le tocsin se fit entendre : la Pologne fut dehout, sommant le despotisme de lui rendre sa liberté!... Le despotisme lui répondit par l'insulte et le glaive. D'innombrables légions d'esclaves se précipitèrent sur une plialange de héros. Varsovie eut les prémices du martyre. On compta cent bourreaux pour une victime... Quand la mort fut rassasiée, l'exil remplaça la mort. Quand les cachots ne suffirent plus, le vainqueur prit les lois, les aiguisa comme une hache et acheva d'en mutiler la race des vaincus... Peuple infortuné! Il ne lui fut plus permis dt^ prier Dieu comme le priaient ses pères, de parler la douce langue que ses mères parlaient... La Pologne mourante poussa un cri... iNul ne voulut l'entendre... Sa liberlé se noya dans son sang. 11 ne lui resta plus que sa gloire et sa fcii 1... »

La famille de la prisonnière était entièrement restée étrangère à la manifesiati( n du boulevard de la Prison. Elle n'eut pas de peine à le prouver et on ne lui retira pas la permission de visiter la captive.

On laissa Paula auprès de celle-ci.

Nini fut ai: comble du bonheur, le lundi, de voir i naître la sœur Marie- Louise.

Les autres détenues étaient également fort satisfaites, mais c'était pour un motif tout différent.

Elles avaient craint de perdre celte surveillante à la fois pleine de douceur et de fermeté, qui se montrait d'une bonté exquise en faisant respecter le règlement.

Adèle Penaud ne put cacher son enthousiasme.

— Comment allez- vous, ma sœur?...

Simonne eut un geste de surprise.

— Pardonnez-moi de vous parler sans que cela soit nécessaire, sans que j'y sois obligée par mon travail. Je sais bien que c'est une faute, mais, au ris(iue d'être punie, je tiens à vous exprimer la joie que nous éprouvons toutes de ce que votre indisposition ait été de courte durée... '

— On m'eût remplacée peut-être avec avantage...

— Oh ! non, ce n'est pas possible... .\uciine religieuse ne vous vaut...

— Vous faites erreur.

— Je sais bien ce que je dis... Aussi nous vous sommes toutes dévou'es. Vous pouvez compter sur no is et si par hasard...

La Penaud jeta du côté d'Ernestine un coup d'œil irrité qui prouva a Simonne que la détenue qui lui parlait se doutait de quelque chose. La sœur essaya de la détromper.

— Vous faites erreur! répondit-elle vivement; je n'ai rien à crainlre au milieu de vous. Personne ne peut éprouver contre moi haine ou rancune...

716 I.A l!i:i.l l' Mil I II

('. . vi ,jiio VDiis ignorez «luellf tsi l.i inri-lianci'U'' do corlainos orc'alures...

— l)iiMi iiii' jiiiiti\i;orail contre elles...

— Je ne i.i'y lierais pas licaiiouup à celle protection...

— Vous ailliez toi t...

— Ine fois (pTuii mauvais cdiip est reçu, un le gaidc... La .larqiiet me Si-mltle capaMe lie tout.

Ce fui entre les dents qu'Adèle Penaud murmura ces dernières paro'cs. Klle u'a^na sa place tandis que Marie-Louise monta sur la ciiaire d'où e'ic sirviillait les détenues.

In silence profond régnait dans l'aleli'^r (]ui travaillait à coudre des guùlrcs p Hir la troupe.

Seule, Nini se pencha et parla à sa voisine, qui était la voleuse de l'évôquc. Celle-ci ne répondit pas de peur d'être compromise.

Ernestine demandait un renseignement insigniliant. Elle voulait savoir si la sœur Marie-Louise la punirait.

Simonne lit semblant de ne pas s'apercevoir de celte infraction. Elle se lit donner le livre de l'entrepreneur et se mit à le vérilicr.

La fille Jacquet renouvela son expérience, mais elle eut pour elle un résultat inattendu.

il y a, à la porte de chaque atelier, un petit trou destiné à rendre la surv. illance plus active. Il n'est pas rare que le directeur ou l'inspecteur, en faisant sa tournée, s'assure par ce trou si la tranquillité règne.

Or, l'inspecteur regardait juste au moment où Ernestine s'adressait à la voleuse pour la seconde fois. Il jugea nécessaire d'entrer afin de châtier celle violation du règlement.

L'inspecteur était très juste, mais très sévère. Il était de ceux dont on dit qu'ils ne laissent rien passer.

Il alla droit à la chaire de la sœur Marie-Louise et lui dit :

— Vous avez une détenue qui ne se gène pas, ma sœur.

— Comment?

— Je l'ai vue parler bien Iranquillcmenl...

— Laquelle?...

— Tenez... Celle-ci... cette grande fille qui a l'air si effronté. Appelez-la. La sœur Marie-Louise toute troublée fit un signe à son ancienne amie. Ernestine s'avança de mauvaise grâce.

— Quel est son nom, ma sœur?...

— Jacquet.

— Eh bien, Jacquet, je vous ai vue adressant la parole à la détenue qui est à côté de vous.

— C'est vrai... El puis"!*

— Vous l*;ivouez?

-- Oui.

— 11 n'y a pas longtemps que vous êtes dans la maison. Vous n'ignorez pas cependant qu'il est prescrit à toutes les {irisonnières de garder le silence.

— Je ne l'ignore pas...

— ,\lors pourquoi n'observiez-vous pas le règlement?

— J'y étais autorisée...

— Ah!

Sœur Marie-Louise, qui baissait les yeux devant le regard provocateur d'Ernestine, la regarda avec étonnement.

L'inspecteur eut un air goguenard.

— Et qui vous avait donné celte autorisation? La fille Jacquet désigna Simonne :

— Madame...

La détenue était superbe d'audace.

Sœur Marie-Louise voulut avoir un geste de dénégation.

L'inspecteur l'arrêta.

— Oui-dal En êtes-vous bien sûre, Jacquet?

— Parbleu!

— Madame n'accorde guère cependant d'aulorisations de ce genre.

— Comme j'étais en peine pour mon travail, elle m'a permis de prier ma voisine de me donner des conseils...

L'inspecteur parut étonné.

— Est-ce vrai, ma sœur?

L'impudence de la misérable femme stupéfiait Simonne. Toutefois, bien que son émotion fût très vive, elle ne jugea pas à propos de trahir la vérité. Tandis que son ennemie semblait la défier, elle releva la tête :

— Monsieur l'inspecteur sait bien que nous n'accordons jamais de permission semblable.

— Certainement... J'admire l'aplomb de cette fille!...

Ernestine apostropha la sœur Marie-Louise avec une certaine violence.

— Alors vous prétendez que j'ai menti, vous!

En présence du ton menaçant de Nini, Simonne recouvra une partie de son sang-froid.

— Je n'apprécie pas votre conduite, mais je déclare que l'excuse que vous invoquez ne peut être ailmise...

— Je ne me cachais pas cependant tout à l'heure... Vous me voyiez et vous ne disiez rien...

— C'est trop fort: lit l'inspecteur... Ne voilà-t-il pas maintenant qu'elle

718 LA r.l.LI.K MlKTl'l-:

rcprooiie de ne pas la punir toute-; ies lois (ju'elli le mérilo! Tri^vo d'cxplirations, la belle... Je eon.scillc à la sœur de vous prouver (lue vous ne ]ierdre/, rien, quoique ayant attendu... Pour ma pail, je vous innii;c deux ji)Mis de cachot pour voire insolenee... Nous nous nlrouvemn-; demain au préltur.-... Hct-iurnez à votre place et plu< vile que ça...

Li tille Jai-quel hésita. l!^ile ne savait coinuienl cacher si i ni, i ,'.

L'inspecteur la poussa assez riulement.

— Allons !

Elle >e retourna furieuse, mais elle fut dt'sarni'e aussitôt jKir le visav'e froid et railleur de l'inspecteur. Ci»niprcnant qu'elle s'attirerait une nouvelle punition si elle ébauchait scidenient une tentative de rôsislance, elle prit le parti d'ol éir.

— Vous avez là, ma sœur, une mauvaise pièce qui vous donnera du iil à retordre.

— Vous croyez?

— Combien de temps a-t-elle à faire?

— Treize mois...

— Ah! c'< si une correclionnc'le!... Ça ne m'étonne pas alors... Ces femmes qui n'ont à subir que de petites peines viennent troubler nos travaux foicés. la plupart douces comme des moutons. Je suis sûr que si on établissait le quartier que je désin^ on n'y mettrait presque que des cori'ectionuelles.

— Quel quartier?

— 11 est question d'installer dans chaiiue maison centrale un quarlior d'amendement et de préservation alin de réunir les détenues que l'on croit susceptibles de redevenir honnêtes... Je ne suis pas partisan de ce quartier-là... Ce que je voudrais au contraire, ce serait que l'on fit la part du feu, qu'on isolât les femmes pour lesquelles il n'y a am-un espoir de repentir, qu'on mit ensemble les brebis galeuses. En enlevant ainsi trente ou quarante créatures dont la corruption est irrémédiable, dont le conlact est dépiavant, ça marcherait comme sur des roulettes...

— C'est bien possible.

— C'est certain... Par exemple, ma sœur, je ne vous propo-crais pis pour veiller sur mes rebelles...

— - Pourquoi?

— Vous êtes trop bonne.

C'était un reproche qu'adressait l'inspecteur à la sœur, mais il le faisait sans acrimonie, car, comme toute la maison, il aimait et estimait Marie-Louise.

11 s'en alla après ces paroles.

Ernestine ne broncha plus pendant le reste de la journée, mais, le lendemain au prétoire, elle se défendit avec violence.

LA BliLLE MIETTE 719

Marie-Louise fut aussi vivement allaqu/c par la dùlenne, qui lui n'prDcha d'avoir des préférences, notamment pour une !iîle Penaud.

Précisément, cette dernière était dans la salle pojir s'expliquer sur une légère punition qui lui avait été infligée au réfectoire. Elle se leva et donna un énergique démenti à Jacquet.

Les deu\ femmes se servirent l'une envers l'autre d'expression- liasses et menaçantes.

Le directeur mit fin à cette scène en punissant Penaud, qui s'était mêlée à un débat auq lel elle devait rester étrangère et en portant à quatre jours les deux jours de cachot infligés par l'inspecleur.

— Simonne, Simonne, murmurait Erncstine, tandis qu'on la conduisait en rellule, tu me revaudras cela!

Dans le trajet, elle eut le désagrément de rencontrer Pauia, sa rivale auprès de Félix.

Elle cacha son humiliation sous un air insultant.

— Je la déleste bien aussi celle-là, pensa-t-elle, mais je crois que ma haine est encore plus vive pour la fille de l'amiral!... En tout cas, elle est plus aiicienne...

Le bruit apprit à la sage-t'emme qu'elle avait une voisine et elle s'occupa de savoir qui c'était.

Miette interrogea la sœur gardienne avec qui elle avait repris ses bons rapports, mais les renseignements qu'elle obtint n'ét:^iient pas s.iffisants. Elle souhaita d'être en relation directe avec: la nouvelle arrivée.

Gomment s'y prit-elle pour réaliser ce désir?... Une heure ou deux après on entrée en cellule, Ernestine entendit un léger bruit à sa porte sous laquelle ■Ile vit passer un petit rouleau. Elle sauta immédiatement de son lit de camp our s'emparer de ce message inattendu.

Le rouleau se composait d'un peu de papier autour d'un bout de crayon. Elle lut ce qui était écrit sur ce papier. Miette avait tracé péniblement les lignes suivantes d'une grosse écriture irrégulière :

'! Qui ètes-vous?... Pourquoi avez-vo:is été pinie?... Répondi'Z-moi -i v(iu= savez écrire...

« La détenue de la cellule n° 7. »

Miette n'était pas forte eiv orthographe, et avait bien mal prolité des lirons que M'" de Méricoiirt lui avait jadis fait donner. Dans ces quelquL'S molil y avait vingt fautes.

Nmi haussa les épaules à celte question: « Si vous savez écrire ».

— Il serait malheureux pour moi que je ne fus>e pas plus instruite que ■tt'' femme.

720 LA lii-ij.r: MiKiri:

Elli^ allait mettre sa rt"'ponsc sur le rcvors du papiorlorsqu'eIliM-t''nôcliit : — Si c'iHail iiii pii\ce.'... P.ali!... Oiiol avanlago aurait-un. ' Je iif dirai d'ailleurs que ce que je voiuiiai...

Kilo n'^pondit en ce-; li rmes :

«< Je nie lumiino .laciucl... J'ai ('W' punie jtour iiifrai'lion à la r('::k' du silence dans l'atelier de la sdMir Maiio-Loiiise. la jiMis nuSdiaiile s.imii- (|iii soit. Kt vous, (j;ii i^!es-V(iiis?. ..

« l.a détenue de la cellule n" !). »

Elle plia en quatre le papier, le mit sous la porte et attendit.

Un instant après, le papier disparut. Nini avait gardé le crayon, mais ce!a n'empiîcha pas Miette de s'en procurer un autre, pent-<?(re avait-elle conservi' un morceau du nii^me.

Miette, dans un nouveau billet, lit connaître cpii elle était. l'^lle laconla qu'elle était en prison pour s'iMre battue avec une détenue appelée Crni\- Rouge, une propre-à-rien qu'elle ne manquerait pas de retrouver un jour, la sage-femme ajoutait :

'< L'ne seule muraille nous sépare. Quand vous voudrez me dire quelque chose, vous n'aurez qu'à l'rapper trois coups. Cela indiquera que vous aurez placé sous la porte un billet que je m'arrangerai bien pour retirer. De mon coté, je vous préviendrai de celte manière si j'ai l'intention de commiini(]uer avec vous. ■-

Une correspondance s'établit ainsi entre les deu.x femmes, corrcsi)ondance qui fut une distraction pour tontes les deux. Ernestinc no s'expliquait pas comment la Miette s'y prenait pour sortir de sa cellule et venir retirer ou déposer les lettres.

Elle interrogea à ce sujet la sage-femme, mais celle-ci ne lui donna aucune explication. Le matin du quatrième jour, la fille Jacquet commit une imprudence qui vint mettre fin à la correspondance, tout en lui attirant encore une punition. Elle imagina de se servir de son crayon pour tracer sur la muraille une inscription injurieuse à l'égard de la sœur Marie-Louise.

Elle espérait sans doute que l'obscurité qui régnait dans le cachot malgré la fenêtre grillée empêcherait la sœur gardienne de lire une inscription destinée à divertir les détenues qui lui succéderaient.

Nini « ommença donc à écrire :

La sœur Marie-Louise est une...

Malheureusement pour elle, elle fui surprise avant qu'elle eût terminé.

La geôlière, étant entrée brusquement, lui retira le ciayon et lui annonça qu'elle allait référer au directeur de la nouvelle faute commise.

LA r.rr.i.r mii:tti-.

Lir. 01.

Il fui iinpossiblo à Niiii de coulimiei" son coiiinierce l'pislolaiie avec Mielte, et cependant elle avait reçu de celle-ci lui billet 1res curieux, sur le [uel elle eût désuè demander quelques renseignements.

Ce billet ?e lerniinail par ces mots :

« Avanl [)e;i il y aura bi-a ;coup de bruit dans la maison et Ton parlera de moi!.. »

l'amour en prison

Nous avons quitté Glémenlinc et M. Mcbert au moment où ce dernier laissait éciiapper Taveu d'une affection que la jeune femme avait d'ailleurs devinée. Elle n'entendit pas moins avec ravissement ces paroles :

— Clémentine bien aiméel...

Et les baisers du jeune doi:teur, comme ils lui paraissaient doux! Il lui semblait qu'elle n'en avait jamais reçu de pareils ni de Milano, ni de M. Jean, le teinturier du chemin de Saint-Pierre, ni des autres amants qu'elle avait eus.

La sensation qu'elle éprouvait était nouvelle pour cette âme (lélrie.

Son cœur était gonflé par une émotiun délicieuse... Et c'était en prison qu'elle la ressentait, alors qu'elle subissait une peine perpétuelle pour avoir commis un odieux assassinat, alors qu'elle s'était crue morte à jamais pour tout ce qui n'était pas le châtiment!

Oh! elle était encore bien vivante... Elle pouvait bien rendre les caresses passionnées qu'elle recevait, boire à longs traits dans la coupe enivrante de l'amour.

M. Mébert ne savait plus, lui, ce qu'il disait, ce qu'il faisait. Il ne songeait qu'à baiser la bouche charmante de Clémentine... Il oubliait qu'il était dans uiie maison centrale de femmes et quelle créature il avait enire ses bras.

Il entraîna la femme Barbe jusqu'au banc où elle était assise un moment auparavant.

— Vous m'aimez aussi? lui demanda-t-il, à voix, basse.

— Oui, répondit-elle, les yeux baissés.

Ils gardèrent un instant le silence.

— Il y a longtemps que, lorsque je vous voyais, mes regards ne i>o: valent se détacher de vous... J'éprouvais une émotion dont j'essayais en vain de me rendre compte.

— Et moi, avant de compiondrc que je ne vous étais pas indiiTér('nti\ j'ai

T24 i.\ liii i.i; MU m-:

fjMouvi' les l'iTtHs de vdlre Intiih'... \ Ou^ m'avez aciMirclé vniic jncili'clioii ooiilre la SdMir Saiiil-I'ii'iii'.. .

<>|i ; la iuati\ai^c sain '....

Jf 110 lui ai oept-nilaiil ncii fait...

— Klle a coinine ra do- raiuMinos (luelle assouvit el qui sont n^ps on i;^iioiv de (jut'llo manièro... Il est f;khcux d"(Mre sous sa di'pendancc...

M.illitMiieusemenl. j'y suis!...

Je Nousiléfe idrai, Clémeiiliiie...

Je ne veux pas (|ue vous vous couipidiiiellic/, iKUir luii... C'est liiiMi a^sez iléjà si on vou< siirjirenail...

Tant pis!...

Il (luMiait tuul, même sa mère à qui sou renvoi de la maison ccnti'a'e perlerait san- nul doute un coup terrible, rdémontine était prudente pour lui.

— Songez, lit-elle, ipie vous ne me revi'rriez plus!... Il la regarda comme terrilié!...

— C'est vrai!...

Il était navré par cette pensée.

— Que devicndrais-je?...

Clémentine hocha la léte.

— Cela vaudrait sans doute mieux...

Pour vous?...

-Non, pour vous... Est-ce que mon existence à moi serait susceptible de changer?... Qu'ai-je à redouter? Quelques jours de cachot... (juelques privations de nouriiture... On ne me renverrait pas d'ici, allez, puisqu'on doit m'y garder toujours...

Navez-vous donc aucun espoir de grâce?

— Aucun.

Elle prononça ce mol d'une façon qui remua profondément Edouard Mébert.

Peu à peu, cependant, cette impression mélancoliijue se dissipa et ils lecommencèrent à s'embrasser.

Tout à coup la jeune femme se leva brusquement.

— Où croit-on que vous êtes maintenant?

— .V mon laboratoire.

— Jusqu'à quelle heure y restez-vous habituellement?

— Que vous importe!...

— Quiltez-moi, je vous en prie, quiltez-moi... El puis, d'ailleurs, je me sens brisée...

— Vous souiïrc/.?...

— L'i'inolion... J"ai besoin d'èlre soûle...

Il reprit avec peine le chemin par lequel il était entré clans la cour. Du l)aut lie la muraille il lui envoya un baiser qu'elle lui rendit de la main avec passion.

Le jeune docteur et la fille de Miette se revirent le lendemain et les jours suivants, d'abord olTiciellement, puis à peu près de la môme manière.

Us recommencèrent l'heure d'amour dans laquelle ils avaient échangé des aveux... Chose étrange ils oubliaient maintenant leur situation...

Us ne songeait qu'au bonheur de se trouver ensemble, de se dire de douces choses...

La maison centrale disparaissait pour eux avec ses murailles, son personnel de gardiens et de sœurs, ses salles de travail et ses cachots. M. Mébert ne voyait même plus de quel costume Clémentine était revêtue. Il ne restait plus pour lui que la femme jeune et belle qu'il aimait.

Et quand lui venait la pensée du crime horrible qu'avait commis Clémentine, il chassait cette pensée!...

La folle ne les troublait guère pendant leurs entrevues. Il lui arrivait cependant de les arraiher par des cris farouches à leur extase, à leur suave contemplation.

Un jour, celte malheureuse, qui ne marchait pas, qui restait dans son lit, réussit à se lever et à faire quelques pas en se cramponnant à la muraille.

Elle sapprocha d'eux sans qu'ils s'en aperçussent et fit entendre un rire ironique.

Us crûrent avoir été surpris et ne furent rassurés qu'à moitié en la voyant.

Elle les considérait d'un air stupide. Pour la première fois, depuis longtemps, quelques paroles s'échappaient de sa bouche.

— Que c'est drôle! disait-elle, que c'est drôle! M. Mébert alla vers elle.

Elle était en chemise. Ses cheveux noirs flottaient sur ses épaules. Son visage grimaçait horriblement.

— Pourquoi avez-vous quitté votre lit? Qui vous en a donné la permission? Elle répéta :

— La permission...

— Oui...

La folle rit de plus belle...

— Ne me battez pas... ne me battez pas !... Sinon, je dirai tout.

Elle désigna d'un geste le banc où Clémentine et M. Mébert étaient assis quand elle s'était montrée à eux.

Il y avait, en ce moment, dans son regard une lueur de raison qui les effraya, mais cette lui^wr s'éteignit vite.

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