LE CHEVALIER DE LA TOUCHE
Tandis que Miette se rendait au château de Méricourt, un cavalier sm\ait la môme route que la jeune fille avait suivie avant le jour, c'esl-à-diro que, venant de Marseille, il allait à Saint-Loup.
Ce jeune lionime était celui que nous avons vu dans le souterrain voisin de la maison des Sipl Cercueils, celui que Miette avait entendu désigner sous plusieurs noms et pour lequel elle avait déjà un faible. Nous avons suflisamnient indiqué le chevalier de la Torche.
Monté sur un magnifique alezan brûlé, il avait de la peine à modérer le bel animal, qui voulait l'emporter, plus rapide que le vent.
Le chevalier ne permettait, au contraire, qu'une allure fort douce. Il tournait souvent la tête comme s'il attendait quelqu'un.
Soudain il eut une exclamation de joie.
— Enfin, le voici I
Un nouveau cavalier venait d'apparaître à l'horizon. Ce cavalier allait à toute vitesse.
Ce ne fut qu'arrivé près du chevalier qu'il ralentit son allure.
— Hermana ! dit celui-ci.
— Jeannot !
— Eh bien?... Pourquoi ce retard?... Ne devais-tu pas être à l'entrée du chemin à sept heures, et voilà qu'il est près de neuf heures?...
Hermann respirait bruyamment et essayait en vain de réptmdic. Il put enfin recouvrer la parole.
— Si vous saviez ce qui est arrivé!
— Eh bieni quoi?... Tu as l'air eiïrayé....
— Parbleu! il y a de quoi...
— Dépêche-toi, butor!
~- Tout est découvert.
— Tout ! Je ne comprends pas.
— Oui, notre refuge, le souterrain!
— Ah!
— La police y a pénétré <ette nuit!
— Et les camarades sont arrêtés?
— Je ne crois i)as...
— Alors le malheur est moins ;rrand.
70 i.\ lîKi.i.t; Mii: ni:
Miiis II* cailuviv tl»'...
- Idiot, crois-tii iiu'il iKUiimciM son niciii-lri- i- .' A niniiis ([ikMii ne vcuilhs le livrer?
— Pas iji> iii.iii\.iiM-> l'I ii^aiilfi K'-;. .Iciiiiioi, jcvoii en [tiic. \ i'i(lé(' seule je Irissonue...
- Poltniii:
— 11 \ a (les eircdnstances où je vous ai vu moins brave ([ne moi.
— Trt^vt» (le r(Mlexioiis ! Doiiue-inoi (l(>s ilélails. ('oinimnil siis-lii... ?
- C.o matin, j'allais donc m'aequiller de la commission (]iic vous m'.r. icz donn(;'e : dire à Clainart qu'il n'y a rien à faire aujourd'hui, lorsi]uc j'eus l'idi-c d'entrer auparavant dans le souterrain. Je fiic hissai sur la muraille «jui est du C('Ui'> de la itremière Calade, et jTMais prêt à enjamber, quand il me sembla entendre un l(\i:er bruit. Je me mi< au<<i[(M à (''coiitcr et je constatai qu'il y avait plusieurs personnes qui parlaient dans la cave.
- Ail!
- Une des voix était celle de M. Comli^ le chef de \a rousse. « Hùtczvous, disait-il à trois individus qui semblaient snn< '^es ord?es, nous les prendrons tous comme dans une souricière. »
— C'est parfait.
— "Vous trouvez?
— Et tu dis qu'il n'étaient que trois?...
— En me retirant, j'ai pu, sans C'tre vu, apercevoir leurs silhouettes de croque-morts.
— N'as-tu pas entendu d'autres paroles?
— >lais, oui...
— Continue, alors !
— C'est que je n'en ai pas bien compris le sens.
— Peu importe! raconte!
" — Dire, fit l'un des agents, que c'est le sac de pièces d'or qui nous a mis sur la trace!
« — Bonne aubaine, répondait son compagnon, si ce n'avait pas été faux ! »
Le chevalier se frappa le front.
— J'y suis! Quelque maladroit a sans doute tenté àe faire pas-er un sac de fausse monnaie. Il a déterré un de ceux qui restent de notre ancienne fabrication; seulement, il n'a pu trouver de dupes, et il a été arrêté. L'imbi'cile, il a sans doute fait des aveux, puisque...
— Hein!
— Nous serions alors tous perdus!
— Attendez, il me semble qu'ils disaient qu'ils avaient trouvé la sacoche.
LA I)I:L1.K miktti.
— C'eslmoius sérieux, mais CDCore où l'ont-ils ramassée;'
— J.' crois qu'il serait bon de quitter celle ville.
-- Partir de Marseille, jamais: J'ai trop d'inlércl ii y rester.
— Alors, il faut s'y laissai arrêter ei peul-ètie même, puisque la mèilie csi éveillée, s'y laisser gail.otiner?
Ce lui au tour du chevalier de ia Toiclie d avoii un mouvement nervi-ux.
— Tu as toujours de gros mots à la touche I
— Cela vous fait donc de l'effet?
— Il est vrai, mais c'est ta faute... Après avoir écouté le? propos des pr liciers, où es-tu allé?
— Je me suis risqué. Je suis entré dans m rue Maucouiual et j'ai passé devant la maison de Glamart. Elle était entièrement fermée.
— Quelle heure était-il?
— Huit heures I
— C'est étrange. Clamart est toujourt pius matinal que ça. Est-ce que l'on aurait découvert le passage du puits?
— Je n'ai pu avoir d'autres renseignements. Je me suis rappelé que vous m'atlendiez. ..
— Une idée... Et la folle?
— Je le répèle... j'ignore tout à fait...
— C'est qu'elle me connaît, cette femme, et qu'au besoin elle pourrait être un terri! de témoin à charge.
— Elle me connaît aussi... J'en reviens à ce eue ;'e disais il y a uninslant. filons I
Jeannol prit un ton résolu :
— Va-t'en, si tu veux, moi je ne change pas de résolution, je reste I
— Alors, je reste également.
— Je continue ma roule vers Saint-Loup. Il faut que je sois au châloau de Méricourt. Je ne dis pas que mon absence pourrait donner des soupçons, mais, en cas d'accusation directe, ce qui n'arrivera pas, j'espère, je crois qu'elle pourrait me nuire.
— Et moi, où dois-je aller?
— Retourne en ville aussi vite que tu en es venu, débarrasse-toi de ton cheval, et tâche de prendre de nouvelles informations. Si quelque chose de grave venait à ta connaissance, tu essaierais de m'en prévenir.
— Soyez tranquille 1
— As-tu compris, au moins?
— J'ai compris.
— Adieu, Hermannî •— Au revoir, Jè'annot!