I.A IIKI.I.K MIKTTK
ont vu l'ombre de la mort s'allonger sur leur coin'lic. H, survivants de l'agonie, ont pu (Ml r.'tcnir les suprêmes leron-... A ce nninienl solennel, PiMn; se drdoul)le, régoïsme se diminue, la peisonnalité s'elïace, l'unie jette sou lesU.coniine le nautonier que la tempc^te pousse au part, et la cendre humaine (jue n'clinie la tcrie se détache, liumiliée, du rayon immortel que le ciel attend... »
Nous ne uoih lasserions jamais de citer M"" Lafaige analysant et dr-crivaiit M's sensation--.
L'ahhé Cornai, en quittant la prisonniC're, avait ordonné qu'on la laissiU seule. Il crai'jiiait que des émotions trop vives ne ramenassent aux angoisses du regret cette âme qu'il croyait doucement endormie dans la paix. de son Dieu.
L'apai<eme:it subit qu'il avait remarqué en Marie Gapellelui faisait espérer <ju"olle se laisserait faucher par la mort sans révolte et sans lutte... Il se Ironipiil...
Iji pénitente était plus résignée que forte.
Elle se prit à ti'embler quand le tintement aigu de la clochette qui précède le viatique vint peupler d'échos mourants la solitude profonde où elle était ensevelie. Ce moment de faiblesse ne fut pas long.
M"' Lafarge vit bientôt, comme à travers un voile, toutes les sœurs s'avam er proressionnellement vers son lit, un chapelet d'une main, un cierge allumé de l'autre.
Arrivées devant la table où reposait le crucifix, elles fléchirent le genou et allèrent se ranger au fond de la cellule, en récitant d'une voix .sourde les psaumes de la pénitence.
La famille de M""" Lafarge était agenouillées -à ses côtés.
Un groupe de prisonnières s'arrêta au seuil de la porte...
— Ça pue la mort ici! dit Malvina à Adèle Penaml.
Eh bien non, la mort n'était pas dans cette cellule... Quelques heures après, Marie Gapelle revint à la vie pour souffrir plas que jamais.
En sortant de son repos extatique, des crampes atroces agitèrent tous ses membres. La lièvre la brûla, elle fut en proie au délire et aux hallucinations.
Les médecins estimèrent que, si la malade smérissait, sa raison resterait probablement obscurcie.
Les médecins se trompaient encore... Il fallut de longs mois pour que la captive redevînt elle-même, mais elle le redevint...
Un après-midi, Paula veillait auprès de M""" Lafarge. Une obscurité [)ie<rpie complète régnait dans la C(dlule où un large rideau de lustrine noire était appendu devant la fenêtre pour intercepter les faibles jets de . lumière qui iiiraient pu filtrera travers les interstices des volets. La seule clarté. était pro- ■ urée par une veilleuse dont la ll.imme vacillante flottait sur la surface huilée d'un verre d'eau.
r36 l,.\ ISKl.l.K MIT. ri'K
.M"' LariiiTO cnl un soupir.
l'ailla, assise il vdU' d'elle, s'empressa lie se lever.
L'hiVoïiie (lu GlaiuliiM- la re. oiiiiiil.
— Pailla! miinnma-l-elle irime vdix faible...
— Oui. moi... Ne parlez \k\<... Cela vous raliL,'ii(M"ait...
— Il y a une chose que je veux vous dite rcpeiKiaiit. Pailla... ('ela vous consolera peiit-iMre. cela vous dunnera (1(> l'esitoii. ..
— Ma.lame.
— l'.foulez-iiiiii.. . J i-imi'e M e (■>! un rêve ou autre chose... Il m'a seniMé (]ue jetais en présence de Dieu .. Il nrécoulail cl ic me plaiL'iiais à lui de l'iniquilé des hommes... J'ai pensé soudain à vous cl je me, suis souvenue de la promessi^ (pie je vous ai faite de prier pour que votre innocence fiil reconnue... Celui qui est tout-puissant me ra-sura à votre sujel .
« — Paula. dit la voix divine, ne laidera pas à voir sou àiiie s'ouvrir à I espérance... L'heure de la réhabilitation sonnera pour elle cl l'homme à qui elle a donné son cœur.
" — Tant mieux, tant mieux, » m'écriai-je... Je vous vis alors Paula vétuc d'une robe blanche... Je voulus aller vers vous, niais nous étions séparées par un abîme...
Une douleur aiinié vint interrompre M™" Lafarge.
Du reste, elle avail terminé le récil de sa vision.
Sa tante entra dans la cellule et essaya avec la maîtresse de Félix de c.ilmer les souffrances de la pauvre femme.
Paula avait été assez impressionnée par les paroles de la malade.
Elle répéta néanmoins d'un air de doute :
— Je verrai bientôt mon âme s'ouvrir à l'espérance... Qu'est-ce qui pourrait opérer ce prodige?
Comme elle disait ces mots, on lui remit une lettre. Elle était de Félix et la vue seule de cette écriture chérie fut accueillie comme un heureux présage.
Cette lettre était d'ailleurs particulièrement intéressante. Un grave incendie avait éclaté à la maison centrale de Nîmes. En peu de temps, le feu avait dévoré l'atelier de cordonnerie et avail attaqué les dortoirs.
Les pompiers de la ville avaient lutté avec courage, mais ils étaient impuissants à se rendre maîtres des flammes, lorsqu'une escouade do délenus s'était jointe à eux.
A la tète de ces détenus, se trouvait un homme dont tout le monde avait reconnu l'énergie et qui avait même failli périr victime de son dévouement. Un plafond s'était en effet écroulé près de lui et une poutre embrasée l'avait même atteint à l'épaule.
Cet homme était l'amant de Paula qui avait été félicité et avait reçu avis
LA lîKI.I.K Mir.TTE
Elle iiitroiluisit la iiiaiu ilaiis la caviié. (P. 739.)
que sa gràoc allait ûlic suHicilée cinnine ri^compen^c de sa belle cniulnil"'.
« Si la libellé m'est ai-cordée, disait Féli\, ma première piéoccupatiuu sera de demander à le voir, clièrc bien-aimée, mais, lièlas ! ce sera encore à travers la grille d'un parloir de maison centrale que j'apercevrai ton vi-;i;^'e ciiéri...
« Du moins il me sera permis de songer à ta délivraine.
IV. 9!. — xnÉODOitE nE>nv. — i.a iiEi.t.i; MiKiit. — II), j. iKii ; I i r c'". uv. 03
u |)(> qiiolli' niaiiUMv \ lia\.iilU'r.ii-jr .'
«i Kii chcivhaiil à prouver que muis .nous fU- inju.slcnuMil coiuiaiinu'Mvs, on essayaul do découvrir le vniicoiiiiablo du vol dont onnoiisadi'clarôs coiipaltlcs...
«' Jo lie sonvroais pas à iini> rôrompen-o lorsque j'ai payé do ma jx-rsoiiiic, inai^, puisque la récompense qu'un mmU lu'tillVir est la siMile que je sois capable d'arabilionner, je s'ii» diM-idi' à l'acrepItM- afin di' liiUcr poiii- Ion linnnenr rt pour le. mien. »>
Dccidéraent Félix avait lif-rili» de l'iK^roïsmc de son père que nous avons vu, I -alemcnl dans un incendie, sauver jadis le grand-père de Glaire l.ombard.
inutile de dire que Paula lut ravie par ces nouvelles.
— Le bon Uiea. fit-elle, a récllemenl parlé à M"" I-afar^e... Quel doinru;ii:e que je ne puisse lui annoncer mon bonheur !
La malade, en elTet, quand ses doulenr> se furent calmôes, retomba dans u:i^ sorte de léthargie.
LE ritOJET DE MIETTE
« Avant peu il y aura ici beaucoup de bruit et l'on parlera do moi ! » avait écrit Miette à la (ille Jacqui-t. Quel était donc le projet de la mère de Clémentine?
Elle préparait une évasion.
Les tentatives de ce gcarc sont excessivement rares dans les maisons centrales de lemmes où cependant elles seraient plus aisées que dans les maisons cenlra'e> d'hommes.
La surveillance e^t moins grande. Il n'y a pas de poste do soldats et le* murailles ne sont pas aussi élevées.
Mais, outre que les aptitudes physiques de la femme l'empichent de se lancer dans les entreprises vio'enles, elle manque d'audace, et n'est pas souvent prête à tout pour recouvrer sa liberté.
Des exceptions se sont produites néanmoins. Parfois des détenues ont osé espérer qu'elles réussiraient à sortir du lieu de délention et elles ont alors employé pour atteindre leur but une persévérance extraordinaire.
Une année api'ès l'entrée des sœurs de Marie-Joseph à la maison centrale de Montpellier, une condamnée aux travaux forcés à perpétuité se procura un costume de religieuse.
Comment s'y prit-elle? On n'a jamais pu le savoir...
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Lt; jour qui lui sembla le plus favorable, elle rev(Hil ce costume et passa (ii'iomeiit devant le gardien qui lui ouvrit la première grille.
Le porlier ne fit égalemont aucune diflicuILù pour la laisser pas'^er.
Mallieurcu einent pour elle elle fut rencontrée en ville par la supérieure qui était précisément sortie et qui jugea ù propos d'interroger celte sœur de son ordre qu'elle ne connaissait pas,
La condamnée, mal préparée, ne sut guère que répondre... Ses hésitations ses rélicences donnèrent des soupi.'ons à la supérieure qui s'empressa d'avertir la police.
Ladétenue fut bientôt réintégrée dans la maison (cntrale, où elle expia au cachot sa courte promenade extérieure.
Peu après, du reste, cette femme tomba gravement malade et mourut,
A ses derniers moments, la prisonnière qi;i la soignait l'cnleiidit murmurer :
— C'est dommage, j'aurais pu m'échapper encore...
On l'interrogea, mais elle refusa de s'expliquer et emporta dans la tombe -on secret.
Or, le cachot oîi la défunte avait séjourné ét;.it celui où avait été enfermée Miette.
Une niiit, en s'agilant sur son lit de camp, l'ex-sage-femme avait déplacé une planche, qu'elle avait remise tant bien que mal.
Le lendemain matin, à la lueur douteuse qui pénétrait dans la cellule, elle s'aperçut que cette planche recouvrait une cacliettc.
— Qu'est-ce?
Elle introdiisit la main dans la cavité et ne tarda pas à reconnaître qu'elle renfermait des effets.
— Diable!... Diable!
Elle retira des vêtements d'homme.
Rien ne manquait: ni pantalon, ni gilet, ni veste, ni chemise, ni coiffure, il y avait même une fausse barbe artistiquement préparée. Miette ne pouvait en croire ses yeux.
Au fond ('e la cachette, se ttouvait aussi une clé grossièrement faite.
— Je suis persuadée que ce doit Cire celle de celte cellule.
La mère de Clémentine alla essayer avec beaucoup de précaution. La clé pouvait ouvrir la serrure du cachot.
— Oh! oh! il faut que je rélléchisse.
Miette avait entendu raconter Thi^toire de la condamnée qui s'était évadée en religieuse. Il y a comme ça dans les maisons centrales des légendes que toutes les règ'es prescrivant le silence n'empéclient pas les détenues de connaître.
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Elle savait aussi qu'en mourant la prisoniiicii' ivait rd\'{'U' qu'elle eût i>u renouveler sa tentative d'évasion si elle eût mS ii.
— Aurais-je mis la maiii ^nv \.\ raclirllf de Maiioii.' Manon iMait le miin de la dcfiiiite.
Miette renfiTiiii h-s clVeU et questionna sa i^eôlière (l«'s qu'elle la vit.
(Vêtait bien dans cette cellule que Manon était restée pendant trois mois: elle ne l'avait (initiée (pie pour entrer à l'Iit'qiital d'où on l'avait transportée au rimeliére.
Klle n'avait pa< menti, l'inlui-liinée, en di-ant (pi'elle avait fait de nouveaux préparatifs pour essayer de quitter sa |)risiui. Os préparatifs n'avaient élé iiHitiles que parce qu'elle avait retrouvé tout d'tu» coup la liberté d'une autre manière et que cette liberté suprême, nul désoimais ne piuivail plus la lui ravir! Le hasard avait donc choisi Mietle |M>ur bérittM- de Manon.
Klle fut d'abord embarrassée de >a deiiiuverl(>.
— Un costume d'homme!...
Le costume de religieuse avait sa raison d'être, car il devait faire ouvrir les portes... Mais les gardiens ne seraient-ils pas étonnés de voir se présenter un homme à la grille alors qu'il n'en serait pas entré?...
Dans la maison centrale, aucune personne appartenant au sexe masculin ne pénétrait, à l'exception du directeur, de l'inspecteur, de l'aunuMiicr, de-; médecins et peut-être d'un ou deux commis connus du personnel.
En rélléchissant bien, la mère de Clémentine crut se rappeler que, nniin» de deu.x ans auparavant, des réparations importantes avaient eu lieu.
Des maçons, des plâtriers, des charpentiers, s'étaient emparés de toute une aile de la prison.
C'était sans doute à cette époque que Manon avait espéré êtie prise ptnir un de ces ouvriers et se glisser au dehors.
Mais maintenant...
Miette profita cependant d'un moment où elle savait ne pas être dérauLfée pour essayer le costume.
Il lui allait à merveille et l'ex-sage-femme se dit qu'il devait la reniliv méconnaissable.
— Ahl si j'arrivais à franchir cette enceinte... La supérieure aurait beau me rencontrer, elle ne se douterait pas... Manon avait réellement du génie!
Elle tomba dans une méditation profonde.
Elle se souvenait que, pendant qu'elle était attachée au service généial, elle avait souvent remarqué plusieurs endroits où l'évasion serait facile pour une personne que ne gênerait pas le costume féminin.
Il y avait, entre autres, du côté de l'infirmerie un mur qui lui avait toujours paru assez aisé à franchir.