V UKI.I.K MIKTTH
''i .1 ic-l.oui-c, ilr [y.\i- l'ii plus >iir[Misc. iir s;i\ail ij'.ic s iiuau'iiiiT.
Vous avez -^oiilTtrl oi vous soniïiv/, oiicon'... lli» liornmo vous a-l-il tn!ii ? Mèprisez-lo, et c.oulicz-\>':is à qiiL'l(|iriiii (jiii vous conipivndra cl iio vous ti-iliirn |i.îs.
Qaeile est celte personne ? 1 alliutia la sdMn .
— - Moi qui ai vu vos lan.U's tout à l'Iieure el (pii dc-iro me con<arrer à v.^iis tout entière... Disposez de moi... Picnez-moi...
Marie-Louise, liien qu'encore inijuiètc de l'ardeur avec laquelle la Penaud avait prononcé c.^s paroles, fut loin de comprendre cr din^ ravcuturi, rf von lii dire. Klle se sentit même un p.Mi rassurée.
Il est des vices hideux q ::i ne sont même pas souproiine- par Urs civaitMcs privilégiées. Dans le milieu délétéro où clic vivait, il y avait une chose qur sa'ur Marie-Lo-iise avait continué à ne pas connaître.
— Vous m'offrez, dit-elle à Penaud, de vous joindre à moi, de demanùcr à Dieu pour moi la force et l'oubli? Eli bien, j'accepte I
-- Vous acceptez?
— A çcnoux !
Adèle Penaud était stupéfaite.
Etait-il possible que Marie-Louise se ti-uràt qu'clh; n'avait que Tambitioi) de prier avec elle, et que sa déclaration enflammée n'eût pas d'autre but ?
La réponse do Mlle de Miran fut pour elle comme une douche d'eau froide. Elle comp.rit tout de suite qu'elle était en présence d'un être qui ne savait pa • le mal et à qui il ne pouvait inspirer que de l'horreur.
Vaincue par la sœur, elle tomba à genoux en efTet, mais devant Maric-Loaisc, en murmurant :
— Pardon! pardon ;...
LE PGKTLER
Une surprise attendait Adèle Penaud quand elle quitta la cellule de Marie- Louise pour rentrer au dortoir.
En passant devant la niche, elle eut l'idée de voir si le pain et la vl'ini; qu'elle avait déposés s'y trouvaient encore. Ces provisions avaient dispai ii.
— La Miette est donc par ici? fit-elle avec stupéfaction.
Du reste, elle put rejoindre son lit sans encombre, personne ne s'étail aperçu de son absence.
Le lendemain, il y eut pour le personnel de la pr;=nn nm- ''iTiotion d'i genre de celle qu'avait causée la disparition de la Miette.
LA nVAA.E MIKTTK 770
?.i. ('Jn[tpiit oriit qm- la famille de M'"' i.alai-Lic avait essaye de i i;-' évader ;!e-ci. Son alai-me fut vi\e.
Le portier de la maison centrale semble avoir joiu^ un assez vilain rôle •lis toute celle affaire.
Nous avons déjà dit que ce personnage avait ins[)iré, à première vue, une vive répilsion à l'héroïne du Glandier, (juL en avait fait dans ses fie; '
]iriso7i un portrait peu llalté. Il prit à tâche de justilier cette opinion.
Cet homme était, comme le gardien Gérard, :iiécnntenl de sa situation. Il ^e considérait comme mal payé, et il ne cessait de chercher avec sa femme le moyen de gagner de l'argent.
Un jour, en fumant sa pipe, il crut avoir trouvé comment il pourrait s'y , .endre pour loucher une forte somme et il en fil part à la portière.
Il songeait à proposer aux parents et aux. amis de M"*" Lafargo une vision.
La portière était prudente.
- Ks-tu sûr qu'ils accepteront?...
— Je l'espère...
Mais comment la feras-lu sauver?...
Par la porte, parbleu I
Pour arriver à la porte, ne faut-il pas passer par la grille?...
— Ce n'est pas indispensable... Il y a dans le chemin de ronde des ouvertures dont j'ai les clés...
— On te soupçonnera...
— j\r,a-t-pn soupçonne pour réva>ion de l'empoisonneuse qui s'est échappée 1 ne sait, comment?...
— On ne pouvait croiie qu'elle t'avait payé... Pour W^° Lafarge, ce serait le cjjose...
-- Eh bien, que me ferait-on?
— On te traduirait en justice.
— J'en serais quitte pour quelques mois de prison... Peut-être serais-je ([aitlé, car celle aiïaire regarderait le jury... Devant la cour d'assises, avec
un bon avocat, on se tire souvent d'ilTaire, suri ait pour des choses comme ça... - Tn perdrais ensuite ta place...
■ Que m'importerait, si j'étais bien payé, el ccrtaiiiemenl je ne me méleis delà chose qu'à celte condition.
Le portier finit par convaincre s:i femme, (jui se cjiargea de lâtur le tcri'ai!;. i;t,' cousine delà détenue accueillit assez bien les premières avances, mais, celle (-(tusine ayant consnlté M"" La large, celle-ci la dissuada elle-même de ' :' tentative qui aurait pour but sa délivrance.
lao I, A i;i:i.i,;: Mil. i ri':
M*' Lnfargo soriail a jwmt' ti.' la iiiaiadir a lai|iiollo elle avait miranileiisemoiil l'ohappi''. Elh' jouissait lie diviTses iiiiimmiN's qui avaitMil tHr peu à peu acconli'os, alors (jue l'on jxMisait qu'elle riait jieriliie.
Il lui n'-puL'nail fttil de S(> servir des faveurs dont elN' rlail l'olijel |)()ur eouiliiner une invasion.
Maiie (".appelle ne s'éiail. en .lulie, jamais nimitrét> d("<ireuse de re.-ouvrcr la liliorté de celte iiMiiièn>.
Kilo OUI pu cerlaiiiemenl quitter la France avant son arrestation au Glandier. mais, conlîante m snn innocence, elle avai'. repoussa la fuite comme une lâ>-liel.\
Lors de sa iranslaiion de Tulle à .Montpellier, sa feuiiiic de chambre lui avait propo^t^ de prendre sa place et de lui céder ses vt^tcments et son passif port. Eilc avait au<si l'ofusé.
I.e portier ne se tint pas pour hallu. Il lit des olTres à M. Collani, i,Tand oncle de Marie Cappelle, qui ne crut pas devoir accepter son concours.
Le gardien avait alors modifié sa ligne de conduite, il avait imaginé de, faire demandera M"" Lafarge des lettres de lecommandatioii.
Il avait l'intention, disiit-il, d'aller à Paris, pour essayer de s'y ca^cr, et il espérait qu'il y arriverait, grâce à la protection de celle à qui il était tout dévoué.
Le portior obîint ainsi une lettre dont il se servit d'une singulière manière.
Il partit pour Paris et se présenta à l'amii^ à qui M"' Lafarge l'avait adressé. Il l'entretint de sa position, de son dévouement, de projets mystérieux, de myslérie:ises confidences.
A la fin de son exorde, paraissant se Iroublei", il conclut à u!ie de;iiande de dix à quinze mille francs pour l'établissement d'un hôtel garni dans le quartier latin. Il rencontra un nouveai refus. La personne à qui il faisait celte demande avait récemment éprouvé des revers de fortune; elle était, en ce moment-;à, très gênée.
Le malencontreux visite ir en éprouva une extrême irritation et rentra à Montpellier résolu à se venger.
Il imagina tout un plan d'évasion qu'il i)rétendait avoir surpris. Il y avait un déguisement, des fausses clés, une chaise de poste qui devait stationner sur le boulevard de la prison, un paquebot à G':!tte, de l'or pour lever les obstacles, des amis pour braver le danger.
L'évasion de Miette se rattachait à celle projetée. Oa avait voulu faire un essai, et il avait réussi, bien que les difficultés fussent plus grandes et que la sage-femme ne jouît pas des mêmes avantages que M"" Lafarge.
L'assertion d'une entente entre la mère de Clémentine et la famille Collard était absurde. Elle fournit au portier l'ocasion de dire :
LA HI-LLE MIKTTli: 781
— Eiili-t> einpoisoiinoiises on ?o iiitH facilomont d'ari^ordl
M. Cliaiipul crut à iiii coitaiii jioiiit le portier. Il ouvrit aussitôt une cnqui^le ei niaiHia les parents de M""" Lafartre dans son caliiiiet.
Ceux-ci racontèrent ce qui avait eu lieu.
I.e portier avait eu soin de dire qu'on l'avait nienaoô de le calomnii^r et de lui faire perdre sa place s'il découvrait la vérité.
Qui croire? M. Chaïqmt n'avait aucune raison de suspecter la bonne foi (le son subalterne, et la famille de la détenue lui semblait au contraire sujette ;i caution.
Basson et Paula furent également interrogées.
Elles déclarèrent tout ignorer.
Ou n'eut pas de peine à s'assurer de la sincérité de la première qui passait pour assez inintelligente et qui pouvait très bien n'avoir rien compris.
Quant à Paula, le portier avait prétendu qu'elle faisait aussi partie du complot. Elle l'ut envoyée au cachot pour avoir refusé d'avouer qu'elle savait quelque chose, lorsqu'on réalité elle ne savait rien.
M"" Lafarge a raconté quelles furent pour elle les suites de cette alTaire.
« La calomnie du portier, dit-elle, tout à la fois ambitieuse et méchante, en ouvrant l'esprit du directeur au soupçon, ouvrait à l'espionnage les oreilles et les yeux de tous ses employés.
« Avant de donner suite à la dénonciation, on voulait grouper autour d'elle tous les faits, toutes les circonstances qui pouvaient l'accréditer. Une serveillance plus active, plus minutieuse, fut recommandée aux gardiens, et, comme ces pauvres gens craignaient beaucoup plus d'être accusés de négligence que soupçonnés d'exagération, comme ces infimes courtisans de leurs maîtres savaient très bien qu'une des conditions de leur métier est d'avoir la langue trop longue et l'ouïe trop fine, ils s'y prirent si bien que chacune de mes paroles, passées, présentes ou à venir, devint l'âme d'un complot, et chacun de mes gestes le signe mimique d'une télégraphie suspecte.
(« Lire un journal à ma fenêtre, regarder à travers mes grilles, essuyer mes yeux, avoir un mouchoir à la main, reculer et m'avancer, tousser doucement ou avec éclat, m'étaient également imputés à crime.
« Tout et rien servaient de pâture à l'épouvantable espionnage qui m'en- M'rrait de son réseau de plomb.
« 11 faut avoir été prisonnier, et prisonnier d'un ordre exceptionnel ; je veux dire gardé à double vue, enfermé sous doubles clés, rivé à doubles chaînes; il faut s'être vu exposé comme un point de mire à tous les soupçons, ù tous les intérêts, aux imprudentes sympathies des unes, aux haines sagaces des autres, pour comprendre les tortures incessantes d'une surveillance sans frein, (jui, à 'léfaiil de réalité, crée dan- le vide et s'abat sur des ( himèi'es.
7S2 LA m:i.i,i; mihiti:
" .-^ m- uiMiic, i.l |ii-i|ii-, i| Il .1 |i()ui ,lii .\IImii !•:< i-i ]Miiii ;ii|r! ■ i|-,-ifs ili's
lioinines, pciil so troraptM" ou frapper liop forl. Satis (loiilf, il csl alTriMix dr rc \tiir murer vif dans lo ihmiiI d'une geùle... Mais ce n'est pas l(; Icr (pii ciiveiiiiiii' Ir ; |daii'<. (•(! siml l(N rojps ni'iels, les piiplres d'iiiseelcs ou ilc ;r|ilili .
•< la dtuiîeur violenli' cl lilue, eu s'exlialanl, so soula},M\
>« Ce <pii tue, r'rA la douleMir couipriiniV, cl sans ce-sc initcc. c ci !«• Ir.iil 'pii déchire el en luéiiie lemps df^sarme; c'rsl l« ctnilacl «pii Idesi^n, el (pi'à toiili' ln'iire on sul'il. r.'i'sl tour à lour la menace, la drialion el rinsullc pciij.iut de leurs dards I iniortuné captif. »
M"' Lafargc fui mise au sct'rel, r'esl-à-dire (pr(dle ri<i renit j»!ns aucune Visite pendant (|i:elqne temps.
Elle avait eu jusipi'alurs s;i fiWKHrc simplement f^rillri^ el oii lui avait \n\>~<r la facidli' de voir au dehors.
A droite et à izaichc de la prison, elle aperce. ait les heaiiK marroniii iv a j anai-hrs roses du rh;\teau Farci, el les ^raiids puis au tronc nu cl gris, à raigrellc toujours verte, d'un parc voisin.
Celte consolation lui fui hienlôl refusée.
M"" La'"argc lisait sur son fauteuil lorsque des pas lourds, des voix rudes, le hruil d'un fardeau qui allait frapper le fei" rrijird d-' li iinuw ri ,,i r.icne su wde (lu mur la lircnl tressaillir malgré elle.
-- Ou'.st-cc d(jnc, lîasson? s*écria-t-ellc en n'osaal s appruclier dv la jiorle.
Hasson sortit et revint toulc émue.
• - - Je veu\ savoir ce que c'csl, reprit M"'" Lafarge avec angoisse.
nas>on, frappée de la pâleur de la prisonnière, l'enleva de son fauteuil i)our la porter sur son lit et s(î tint devant tdle pour l'empéchcr d'être témoin de ce qui allait se passer.
On était entré dans la eellule et M'"" Lafarge put. entendre le dialogue >:iivanl :
Avcz-vous les clous el les emlirasses de fer?
— Oui, major, mais je ne sais pas si j'aurais assez de cordes.
— Deux sulliroiil, je pense.
— Je ne sais pas trop : la machine csl de taille, depuis surtout qu'on me Ta l'ail exhausser de ce cran noir à cei autre.
Il se lit un moment de silence : bientôt M°" Lafarge entendit percer la i>iei-re jiouf y enfoncer des .oins de bois et y placer des cramjtons en fer.
lly avait plusieurs ou\riers : les uns frappaient, les autres sci lient. ')e Icmji.^ en lemps, celui qui paraissait le j)alron réclamait divers outils.
Ce supplice dura un quart d'heure, un siècle pour la pau\:i- i'-iDiii-.'.
Enlin la machine fut [dacée.
LA lUAAAi MlKTTl': 78:i
-- \ (»y.'ii.'>, iiii 11- iiiajdi . il iciiit qu'on no puisse plus ii.n vun- sm- |r Idiiilevaid.
— - CoiiiiiK'iil, diable, cela se pourrait- il, répondit le meiniisicr, on rn'a dit >]o i){) presipie pas laisser de jour cnire les laïucs, et, au lieu de les disposer
iinii' à l'ordinaire, de les incliner à rebours. Tenez, major, cela me lait mal au cceiir que Ton crève ainsi los yeux à celle pauvre daine qui soullVc déjà bien assez...
Le i;ardien-chef no répondit pas. Il se borna à s'assurer do rcxéculion di' sa consi.ni\
(Vosl bien, lit-il. Se .Icment serrez un pca l'embrasse gaucbo, car, en pressant, on pourrait se ménager une lissure.
— Qu'est-ce que cela ferait, si là-bas on ne le sait pas?,..
— Cela ferait que je serais puni. Quatre coups de marteau remédieront :ï la chose.
Des coups de marteau se tirent entendre. Puis le major dit :
— C'est parfait... Madame n'aura plus maintenant de commiuiication avec le deiiors...
— Il en y avait donc?
— Quand elle s'approchait de la fenêtre, un tas dvî gens la saluaient... C'est contraire au règlement...
— Votre lèglement est donc bien sévère?
— - Ce n'est pas pour leur plaisir que l'on enferme les gens ici...
-- On s'en aperçait, pécaïré! Nous venons de changer cette chambre en une tombe.
— - Vous regrettez d'avoir gagné votre journée?
— - Ma foi, il me semble que j'aimerais autant mourir de faim que la gagner souvent de celte manière-là... Je veux être fusillé si ce n'est pas à contre-cœur que j'ai accompli cette besogne...
M"" Lafarge bénit dans son cit-iir celle voix généreuse. Elle eût voulu liorcier l'homme qui parlait ainsi, mais elle craignit de le compromettre ou lui faire perdre tout au moins les travaux de la maison centrale.
Quand les ouvriers se furent retirés, la prisonnière écarta Basson et poussa
Cl'i.
Le jo;ir ih! pénétrait plus (juc laiii.eai'Mii (ian> la cellule.
'< Une sorte d'entonnoir de bois, cerclé en fer, dit M"*" Lafarge, se cramponnait aux gi-illes de la croisée avec celte grimace méchante que les peintn-s donnent au cauchemar. Cet entoimoir, moitié persienne, moitié volet, n'arrêtait pas le regard ; il le repoussait. Loin de révéler l'intention honnête (et que j'aurais louée) de proléger mon malheur contre la cnriosilé blessante des passants, il . semblait trahir la pensée de m'arracher une dernière consolation, de disputera
:84 l.A i;i;i.i.i'. mikitic
mes re.^ards les sourires de la nalure et les sijîiics comj)alissaiils de mes amis. » reisèlaient les rtVsullal-; de la déiioi»iialioii du porlicr.
Paula resta luiit jours au oaclml cl lut eiisuile envoyée à l'alelicr des tricoteuses, où elle devait rrir.uiver Nini.
Klle l'iail dé^olée de ne plas revoir M"'° I.afar^'e à (|iii elle srtail alla' lu'C. Tuilefois une iirande consolation lui était réservée. Au miliru de son chaj^rin, son ûmc devait s'ouvrir à l'espérance. Une nouvelle \c\[\-c dr l-'élix lui apprit (ju'il était izracié à cause du co ira'.,'e liéroïiiue dtmt il avait l'ail preuve ilans l'incendie de la mais tn centrale de Nîmes.
« Comme je te l'ai i)romis, disait le jeune homme, je vais pouvoir travailler à ta délivrance et à notre réhalùlilalion! »