‹ La belle MietteChapitre 13 sur 200 · ASSASSINAT · texte numérisé non relu

ASSASSINAT

— Etienne revit donc la lille du garde-chasse?

— En vérité, la question que vous me faites là est Lien nmlile. Où serait riiisloirc si l'amour des jeunes gens n'avait pas eu de suites?

— Mais vous m'avez parlé d'un drame?

— Oui. C'est celle aiïeclion d'abord si pure, dont je vous ai aj)pris la nais -ance, qui en a été la principale cause.

— Voire récit m'intéresse beaucoup, conlii.uez, mon cher monsieur.

— Je continue donc.

M. de Menon. après s'être un instant recueilli, racontaà Georges de Maiiilan la suite de l'histoiie de la fille du garde.

— Etienne n'eut rien de plus pressé que de se rendre le lendemain à la maison de Jacques.

<( Les amoureux ont un tel instinct qu'il y alla à une heure où Fortunée était seule.

" 11 se jeta à ses genoux.

' — Je vous aime!

« La jeune hlle, elîrayée de celte action iiTiprévue, poussa un cri. Etienne te releva et l'enlaça dans ses bras.

" — N'ayez pas peur! C'est moi.

1' Fortunée n'était guère plus rassurée.

« Elle repoussa l'amoureux.

« Elle était même ?ur le point de prendre la fuite quand celui-ci la retint de nouveau.

Il mit un genou en terre, et les ajusta. (P. S?,.)

LIV. 11 - THÉODORE HE.MtY — LA nEI-LK MIETTE — ÉD. J. nOL'FP KT C'»

« — Est-ce que Je vous ai offensée, mademoiselle? Pardon!

« La voix d'Etienne était suppliante. Fortunée détournait cependant toujours la tête.

- Pardon d'avoir cédé à la violence de la passion que vous m'avez inspirée. Voyons, regardez-moi, ne m'en veuillez plus. Soyez indulgente !

(( Etienne était retombé à genoux. Il devenait de plus en plus pressant.

>( Fortunée se laissa peu à peu gagner par ces accents si doux.

« — Pardonnez-moi, dit encore une fois Etienne.

« Elle lui abandonna cette fois sa main sans résistance.

« — Je vous pardonne 1 iit-elle avec un sourire.

w La glace était rompue pour toujours. Alors commença une de ces causeries charmantes où les regards ont encore plus d'éloquence que la parole et complètent les aveux.

>< Inutile de dire que cette conversation fut suivie de plusieurs autres. Etienne revint les jours suivants.

« Jacques fut longtemps sans soupçonner que sa fille avait un amant. 11 avait tant de confiance en elle, il était tellement persuadé qu'elle ne pouvait rien lui cacher, qu'il n'avait pas fait attention à certains changements qui s'étaient produits dans son caractère et qui auraient dû le rendre plus clairvoyant.

-( Clamart, au contraire, savait tout.

« Il avait surveillé Fortunée et l'avait aperçue plusieurs fois avec Etienne. Il ne s'était pas trompé sur la nature de leurs relations. Un jour, il avait suivi les deux amants et les avait vus s'embrasser.

« II avait son fusil à la main. Il mit un genou en terre et les ajusta.

" Au moment de faire feu, il changea d'idée.

n — Je ne pourrais pas les tuer tous les deux à la fois. Si j'avertissais cet idiot de Jacques? C'est cela.

« Clamart se leva et se dirigea vers le côté de la colline où se trouvait le garde-chasse. Tout en marchant, il réfléchissait.

' — Qu'est-ce que je vais faire? Lui dire que sa fille a un amoureux?... Et puis .\.. Il est capable de lui pardonner... Qui sait encore?... Peut-être cssayeral-il de la faire épouser par son amant et celui-ci y consentira-t-il? Non, non, laissons faire ; le hasard, j'en suis certain, servira mieux ma vengeance.

« A quelque temps de là, Clamart eut, à propos de ses fonctions, un diilérend avec le père de Fortunée. La cause fut portée devant M, de Méricourt, qui donna raison à Jacques.

« — Rira bien qui rira le dernier ! dit Clamart en sortant du château.

u De;ix ou trois jours après, au moment de servir le déjeuner à son père, Fortunée fut prise d'un étourdissement et tomba évanouie.

84 I.A lîKl.l.K Mil: Il F.

" Jacques, alarm(''. s't'lanra v<ts sa lillo. Tandis (lu'il la relevait, il entcn-

ilil 1111 tS-lat de rire sanioiiiciiie. Il n-u'arda i»ar la feiirlrc passer son ennemi.

« Forlunt^e ne tarda pas cependant à recouvrer ses sens.

« — QuYpriuives-tu? lui demanda le ^arde.

>« — Pres(jiie rien... J'iu'nore comnieut il se fait...

« Les couleurs lui revenaient.

« Tn nouvel éclat de rire rctcnlil au dehors. Celait Claniarl(iui repassait.

« Jacques devint furieux.

« — On dirait qu'il se moipic de moi!

« — Laisse faire ce méclianl homme, lit la jeune lillc.

« — Je préférerais le châtier!

« Mais déjà Glamart s'était éloigné en chantant à tuc-léte :

Dodo, l'ciifaiil do Dodo, ri'nfiiiit do.

« Fortuiiée était redevenue pâle.

« — Est-ce qu'il aurait deviné, murmura-t-elle, est-ce qu'il saurait?... Mon Dieu!

« — Il faudra que j'aille trouver M. de Méricourt, dit Jacques; la vie n'est plus supportable avec cet individu. Ma foi, il m'avait jusqu'à ce jour répugné de me plaindre, mais puisqu'il n'est pas possible de faire différemment...

« La fille du garde perdait de nouveau connaissance.

<( — Encore ! dit le père. Je vais appeler une voisine, ma pauvre Fortunée, puis j'irai avertir un médecin. Des soins te sont nécessaires si tu es malade!

« La jeune fille s'était relevée d'un bond.

« — C'est inutile! Cela se passera... Tenez, déjà je me sens mieux.

« Le garde, alarmé, ne voulait pas partir pour sa tournée habituelle. Il fallut que Fortunée le suppliât presque de ne pas se déranger, pour qu'il consentît à quitter la maison.

« L'amante d'Etienne avait un but en forçant ainsi son père à ne pas négliger ses occupations habituelles. Elle tenait à voir celui qu'elle aimait le jour même, et la présence de Jacques n'eût pas manqué de rendre cette entrevue impossible.

« Èlienne vint à l'heure habituelle. Il ne quitta Fortunée que vers le soir. Les amants avaient eu une longue conversation.

« — Tu dis que ce Clamart a compris?...

« — Je le crois, fit la pauvre Fortunée, toute tremblante.

<( — II a osé t'insulter peut-être?

« — Non, non.

« — Ne me cache rien, parce que tu serais vengée, ma bien-aimée.

LA BELLE MIKTTI': 83

« — Etienne, lu me fais peur...

« — Je saurai bien forcer ce maraud à se taire.

« — De grâce...

« — Me jures-tu, si jamais un seul de ses regards t'offense, de m'avcrlir?

« — Je te le promets.

<( — Maintenant, je te quitte. L'heure approche où ton père va rentrer.

t< Etienne et Fortunée eussent voulu rester encore longtemps ensemble, mais le temps pressait. Us ne tardèrent pas à s'arracher des bras l'un de l'autre.

« Etienne, mon cher Georges, prit ce sentier par lequel nous sommes venus jusqu'ici. Fortunée resta à la fenêtre. Avant de se perdre de vue, ils s'envoyèrent un dernier baiser.

« Le jeune homme avait déjà fait quelques pas, lorsqu'il entendit soudain un bruit derrière lui. 11 se retourna, c'était Glamart. Le garde avait l'air moqueur.

« Quoique Etienne sentit une sourde colère gronder en lui, il essaya de se contenir. Il se rappela que ce misérable possédait sans doute leur secret et il se dit qu'il était prudent de le ménager.

« Glamart s'aperçut vite que le jeune homme hâtait le pas pour éviter sa présence. Il crut qu'il avait peur de lui et fit entendre ce même rire ironique qui, le malin, avait tant irrité Jacques et effrayé Fortunée.

« Etienne se contint encore, mais Glamart sentit son audace redoubler.

« — Hé ! l'amoureux!

« Etienne crispa les mains d'une manière convulsive, mais continua sa route.

« — Hé ! l'amoureux de la Fortunée! fit le garde d'une voix de stentor.

« Pour le coup, Etienne n'y tint plus.

« — Est-ce à moi que vous parlez? demanda-t-il à Glamart d'une voix altérée par la fureur.

« — Oui, mon petit monsieur I

« — Je vous ordonne, entendez-vous, de vous taire.

« — Ah! ah! elle est bonne, celle-là! Et s'il me plaît, moi...

« — En ce cas, vous recevrez la pareille à celle-ci.

« Glamart poussa un hurlement de douleur. G'était en plein visage que le jeune homme venait de le frapper.

« 11 chancela, mais la rage lui rendit un peu de ses forces. Il voulut se jeter sur son ennemi.

« Gelui-ci l'attendait de pied ferme. Quoique le garde eût son fusil à la main, il le terrassa, puis saisit l'arme, qu'il envoya à une quinzaine de pas.

« Malgré son apparence délicate, Etienne était d'une force herculéenne. Il mil son genou sur la poitrine de Glamart.

« — Infâme, dit-il, je ne sais ce qui m'empêche de te punir couime tu le

LA i;i:li.i; mii; m;

mérilcs, mais, s'il t'arrivo d'insulter ma bicn-aim»''!'!, je t'(5crascr;ii cùiiiino on écrase une l)iHe dannereiiso. Fiiteiids-ln?

<« Claiiiarl poussa un uil'missemont rlnulTi''. car, pour mieux acconliier ses paroles, le jeune liommi^ lui avait fait senlir une forte pression.

« Etienne se leva ensuite et se remit en mari-lie, mais, rctlc fois,'^ans avoir à supporter les lAclies insultes de son adversaire.

« Quelque temps s*t''COula. Fortiuiée allait McntAt cMre mèri',

« Di'jà, quand oIli> sortait, on commeneaità la regarder en souriant. Le secret n'en était plus un (jui> pour Jac'pies, qui iMail loin de se douter de ce (| ni .s.^ jiassait.

« Le brave homme, depuis plus d'un mois, passait son lenijis hors de chez lui. Occupé de la co ipe d'un bois situé à quelques lieues, il ne rentrait (pie fort tard et se couchait aussitôt, jaccablé par la fatii,'ue d'une journée bien remplie,

« Il manquait, du reste, de clairvoyance, et ])uis il avait tant de couiiance en elle!

« La situation de Fortunée n'était plus supportable. La pauvre enfant, un peu revenue de l'ivresse des premiers moments de son amour, pleurait ou priait pendant des journées entières.

« Elle n'éprouvait quelque soulagement que lorsque Etienne était préseul. Elle le suppliait alors de trouver un moyen pour la sauver, et le jeune homme, qui avait toujours un profond allachemenl pour elle, ne lui répondait que par un mot : fuir!

« Fortunée baissait la tête et ne répondait pas.

« Fuir, quitter son père qui l'aimait tant, et qui pouvait mourir de douleur! Fuir, abandonner lâchement celui qui aurait tout sacrilié pour elle! Fuir, se montrer infâme et ingrate!

« — Il me semble que je ne pourrais pas vivre avec sa malédiction, murmurait-elle.

« Mais, aussi, rester, n'était-ce pas s'exposer à être traitée en iillc criminelle? La vérité, elle présente, serait-elle moins cruelle pour Jacques que si elle était loin?

« Du moins, en partant, elle n'assisterait pas àrexplosioii d'une grande douleur. Etienne la suivrait, elle le verrait à l'abri de tout danger.

« Ces considérations sérieuses finirent par la décider. Le jour du départ fut fixé. A l'heure dite, son ami vint la prendre.

« Les adieux à la maison paternelle furent déchirants.

« C'était là qu'elle était née, c'était là qu'elle avait vu mourir sa mère, dont les dernières paroles avaient été une suprême recommandai ion de rester sage et vertueuse.

« Pauvre fille séduite, comment avait-elle tenu sa promesse?...

LA IlELLD MIETTL:

« Une voiture, (jui devail les transp'trler ii Marseille, atleiulait les jeunes gens sur la giamle route. Pour la rejoindre, ils devaient suivre le sonliLT dans toute sa loniiueur.

« Devant cet arbre (luo vous voyez là-bas, ils se trouvèrent face à face avec Clamart. Il n'osa rien leur dire, mais il les regarda d'un air Iriomphant.

u — J'ai peur, dit Fortunée quand le misérable fut passé.

» — Peur!... De ([uoi?

« — N'as-tu pas remarqué cet homme?

u Etienne avait été frappé, lui aussi, de la joie cruelle qu'il avait lue sur la figure du garde.

" — J'ai le pressentiment qu'un malheur va nous arriver?

.< — Pourquoi te forges-tu ces chimères?... Hâtons le pas!

« Le jeune homme essaya d'entraîner sa maîtresse, mais celle-ci sentit, au contraire, ses jambes fléchir sous elle. Les veilles, les larmes et sa position l'avaient mise dans un tel état de faiblesse qu'il n'était pas étonnant qu'elle n'eût plus de force à cette heure.

« Etienne, désolé, la fit asseoir sur un banc de pierre.

« — Souffres-t:i?

« — Non, je ne souffre pas, mais je suis entièrement privée de courage.

« — Il faut en avoir, cependant. C'est tout à fait nécessaire, ma chérie. Voyons, regarde-moi,

'( — Tu me trouves pâle, n'est-ce pas?

(( — Pas plus qu'à l'ordinaire.

« — Tu dis cela pour ne pas m'épouvanter !

' — Je l'assure!... Mais comment faire pournous éloigner d'ici? Ah! si je n'avais pas mon fusil, j"; te porterais bien.

(( — Pourquoi as-tu pris cette arme?

" — A cause de mes parents. Afin qu'il ne conçussent pas d'inquiétude, je leur ai dit que j'allais passer quelques jo'irs à la chasse. Tu vois? Je suis entièrement équipé ! J'ai pu me débarrasser des chiens et les confier à un ami. Malheureusement j'ai négligé de faire la même chose pour ce fusil... Mais que je suis bon! Je vais le cacher dans ce champ... Qu'importe si je ne le trouve plus!

" — Pourras-tu supporter mon poids?

« — Sois tranquille. Tu sais bien que je suis robuste?

« Fortunée passa son bras autour du cou de son bieu-aiiné.

« — Je sais que ton bras est fort.

« — 0 mon âme!

" Mais le temps pressait... Élieiuie alla déposer son fusil et son carnier dans un fourré, puis il revint et souleva la jeune fille.

88 i.A i;i:i,i,H Ml Kilt:

« Celle-ci poussa soudain un cri (MonlTt''.

<> — Mon piTc !

<» Au di'loiir du ch.Muin, Jacques venait d'apparaîlre. 11 iMail pâlf coniuu) un nioil. Tandis qn'Klienne dêjiosail la joune tille, il s'avaiiri et, croisant les bras, il s'arnMa ;i deu\ ou trois pas.

« Muets, intiTciiis. les jeunes gens restèrent immobiles. Jac(pics, lui aussi, garda un moiutMit le silence.

« Il y avait cliez lui quolipic cbose de terrible et de douli)ureu\ à la fois. Le garde-chasse avait toute la majesté du père outragé.

« il porta la main à son front comme pour s'assurer qu'il ne rôvait pas. Etienne voulut faire cesser celte position cruelle.

« — Monsieur! . .. lît-il.

(( Jacques lui ferma la bouche aussitôt.

t' — Taisez-vous!

« Le malheureux partit ensuite d'un éclat de rire.

« — Ce misérable Clamart ne m'a pas trompé. Un moment plus tard et je ne trouvais plus personne. Oh! je les tuerai et je tuerai aussi Clamart, qui, pour me railler, m'a appris le premier mon déshonneur!...

« Etienne essaya de prendre de nouveau la parole.

« — Je vous dois des explications, je vais vous les donner. •

(. — Je n'en ai pas besoin. Soignez plutôt votre maîtresse qui va s'évanouir.

<' — Ma maîtresse!... Dites plutôt ma femme !

<- — Ah! oui, je sais : votre femme devant Dieu, mais la créature perdue devant les hommes.

« — Monsieur!

(' — Est-ce que vous me menaceriez? dit l'infortuné père.

« Sa face s'était empourprée... Il porta la main à son cou, comme si quelque chose l'étranglait et chancela.

" — Mon père!... Mon pauvre père ! dit Fortunée en s'élançant vers le garde.

« Celui-ci eut un geste de répugnance.

« — Du secours! du secours! s'écria Etienne.

« Tout <à coup la jeune fille et lui poussèrent un cri de terreur... Une détonation s'était fait entendre, et Jacques avait roulé à terre, le crâne fracassé. Fortunée, quoique n'ayant pas été touchée, était tombée, elle aussi.

« Etienne ne savait plus où il en était.

« — k l'assassin I à l'assassin!

« 11 s'élança dans le champ et fit quelques pas. 11 ne tarda pas à s'arrêter. Une main ferme l'avait saisi au collet.

Mais je suis innocent... ^F- 90.

« — Où allez-vous comme ça, mon bon jeune homme? Vous ne répondez pas?... Que diable! ce n'est pas bien de tuer son semblable .

« Elicnne était tellement stupéfait qu'il ne pouvait parler. Il tenta de se

dégager.

« — Allons, allons, pas de résistance, mon agneau. Je v;iis, du reste, prendre mes précautions pour que cela ne vous arrive plus.

LIV. 12. — THÉODORE IIEMIY. — LA UEU.I- Mir.TTE. — Kf.. J. HOL-FF FT c'». LI^- ^'

90 LA i{i:i.i.r. MM r i i:

» 1.» j.-mi. M.M.Mii. .n .iNi, , ,MMi».ii.u .ju. . '('lait on grnd;irmn qui s'tMaii cmpart^ de lui.

.. — Gnkc! lil-il.

«» — Il fallait lie tuer jifi-soime, je ne vou^ .iiirais |)as arn'lê, a^sa>^siii I

" Ce mot assassin jeta une liotTiMe clarté dans l'esiiril de rainant de l-'ortun^\

- Mais je suis innocent, monsieur, je suis iunoceiil !

X — Vous dites tous la même cli()><«\ Li, j(> suis sûr maintenant <]ue v«iii< ne m'échappcreï pas!

u \jc irendarme avait mis les menottes au pauvre Etienne. Ceci avait eu liru derrière un petit monticule d'où personne n'avait pu les voir.

« A ce moment des voi\ retentirent. C'éliiienl celles des autres gendarmes.

<• - Jacol» ! Jacol»! criaienl-iis. où es-tu?

' — Ici! ici!

« - Nous avons trouvé le lusil (jui a ser\i à faire le coup.

« — Moi, i*ai bien mieux, j'ai le nieartricr!

»' Etienne croyait être en i)roie à un monstrueux cauchcniar.

«" -- Comm nt l'a-^-tQ pris?

Il s'enfuyait. J'ai couru après lui et yi lui ai mis la main au collet. I*as plus malin que ça.

« — Tu es dëcidémenl heureux, Jai-oli.

«^ — Oui, et je compte hien ijuc ceci me fera attraper mes galons...

V* Le pauvre ami de la lilie du garde regarda machlnalemeul l'arme que les gendarmes avaient ramassée et reconnut celle qu'il avait cachée.

•' — Mais c'est mon fusil?

^. — Parbleu! nous le savons bien, dit Jaob. C'est égal, il nous faut prendre note de l'aveu. Le fusil était encore fumant, n'est-ce pas?

«> — Oui. Lorsque nous l'aVons découvert, on voyait que l'on v.'nail d'en faire usage.

- — Mais cela ne peut être! dit Etienne éperdu. — Cela est, cependant.

« Les gendarmes conduisirent Etienne <à l'endroit où avait eu lieu le meurtre et où un grand nombre de paysans étaient déjà rassemblés.

«( — Voici le coupabie, voici le coupable! dit-on à sa vue.

« — Tiens, c'est M. Etienne, l'amant de Fortunée!...

u — C'est heureux qu'on l'ait arrêté.

t< Le pauvre Élienne eût mieux aimé mourir que d'entendre toutes ces conversations, que de subir tous ces regards.

(( 11 lui fallait cependant boire le calice jusqu'à la lie. 11 resta ainsi près

LA UEIJ.L; MIETTl-:

d"nne ilemi-lieiire exposé à la curiosilé, laiulis (|ue les gendarmes cliercliaiiMit nue carriole pour !e transporler à la ville.

« Enfin la carriole fut trouvée et prête. Etienne eût bien voulu s'infonnor (le ce qu'étaient devenus le garde et Fortunée. Il ne pouvait croire que ruii fût réellement mort. Quant à l'autre, il se demandait comment l'avait laissée une pareille secousse.

« Le moment du départ arriva. Le m;i!iieureu.\. jeune liomme fut jeté dans le véhicule au fond duquel on avait mis un peu de paille, et ce fut là qu'il dévora, pendant le trajet de Saint-Loup ;i la prison, sa honte et son désespoir.

« L'affaire de l'assassinat du garde lit grand bruit à Marseille. Personne ne douta qu'Etienne ne lut réellement le meurtrier.

« Du reste, le bruit courait qu'il avait été pris le fusil encore fumant à la main, et qu"il avait fait des aveu.x complets.

<(■ On se racontait la suite de cette histoire. 11 n'était que trop vrai, Ja^ques avait déjà rendu lame lorsqu'on avait relevé son corps. Fortunée n'était pas dans un état plus satisfaisant. Elle avait voulu d'abord prendre la fuite. On avait cu;;ru après elle et on n'avait pas tardé à s'en emparer.

« L'état dans lequel elle se trouvait était navrant. Son air était égaré, ses yeux lançaient des éclairs. On essaya de rassurer la pauvre fdle, elle répondit pur un éclat de rire déchirant. Elle était folle ! »

— • Voilà, dit Georges, un bien triste récit. Etienne fut condamné?...

— Attendez.

— Fortunée recouvra peut-être la raison pour déclarer l'innocence de son amant?...

— Non. La pauvre enfant est restée insensée, ou du moins on le croit.

— Est-elle encore vivante?

— On l'ignore.

— En vérité, c'est une élrange histoire que celle que vous venez de me la.onter, et qui n'a pas de dénouement.

— - Elle en a bien un.

— • I)ites-Ie-moi,aIors,car je suis réellement impatient... Fortunée était sur ' point de devenir mère...

— Oui, et elle mit au monde une enfant, trois joirs après la mort de son père et l'arrestation d'Etienne, sans retrouver pour cela sa raison perdue.

— Qui avait rerueilli la inalheareuse tille?

— Un ange dont je ne puis prononcer le nom qu'avec l'admiralion la jilus profonde : >P° de Méricourt, la mère de Diane et l'épouse du baron. Sans faire nltention à lasitualion particuliéi'e de Fortunée, elle la prit au château et ce fut '■■' que la pauvre créature donna b^ jour à une lille.

— Inc lille, dites-vous?

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