I-a sœur hocha la IlHc cl murmura
— Mauvais sentiments!,..
Krneslinc entendit.
— Vous préféreriez me voir entrer à Naziretli !...
— - Pourquoi pas?
— Je m'en garderais bien...
— Il est vrai qu'on ne vous y voudrait pas...
— Une brebis galeuse comme moi serait un exemple déplorable pour ce ')ieux troupeau.
Ces paroles méritent une rapide explication.
Nous avons parlé des vertus évangéliques de l'abbé Gourai, aumônier de la maison.
Ce digne prêtre s'était préoccupé du sort qui attendait un grand nombre de libérées que leurs familles et la société repoussaient.
Faute de secours, faute d'appui en quittant les lieux de détention, la plupart retombaient dans le mal.
Malgré SI pauvreté, l'abbé Coural avait entrepris de fonder un asile où les lillcs ou femmes condamnées seraient recueillies, à leur sortie de pi-ison, lorsqu'elles manqueraient de gîte et auraient donné des marques certaines de re])enlir.
Il était allé de maison en maison quêter pour son œuvi-e, il avait lutté contre l'indifférence des uns, le défaut de charité des autres. Quelques per.;onnes le comprirent cependant et l'approuvèrent.
Il récolta des offrande ? qui lui permirent de louer une blanche demeure entourée d'oliviers, de lauriers et de vignes que M"' Lafarge apercevait jadis de a fenêtre de sa cellule avant qu'on lui interceptât toute vue.
LA nEI,I,i: MIETTK 83a
Nnzarcllil ain?i s'appelait ce refuge qu'Ernostinc avec I(>^ u],''o< mi'ou I li coimail uo pouvait que dédaigner absolument.
Sur le premier feuillet des statuts qu'il avait rédigés, l'aMié ('-(iiiral avait :vnt :
« Vous qui frappez, il vous sera ouvert.
« Vous qui cherchez, demandez, et vous aurez trouvé. »
La misérable fille, qui s'éloignait de la maison centrale avec le regret de ne pas avoir commis un assassinat, allait rechercher de nouveau l'agitation du plaisir au lieu de la solitude où l'on se repent et où l'on se sauve.
Cela produit un elTet bizarre au détenu, lorsque la grille, toujours fermée, s"ouvre devant lui, quand il est maître de porter ses pas où il lui plaît.
Il peut parler, marcher, agir comme il l'entend. A l'horizon borné de la prison succède l'horizon immense de la vie libre. Il se grise d'air et de lumière.
Ernestine avait cette sensation, et cependant elle venait de subir une peine relativement minime!
Que doit-on éprouver après quinze ans, vingt ans de captivité?...
On a raconté à l'auteur de cet ouvrage les étonnements d'une femme qui, après avoir été condamnée aux travaux forcés à perpétuité, s'était vue graciée .iprès être restée trente-six ans dans la maison centrale.
Elle était entrée jeune. Elle sortait avec les cheveux blancs, les pas alan- -uis, mais, tandis qu'elle en était restée sur les impressions d'autrefois, le monde avait marché.
En lui remettant son pécule, on dut lui expliquer la valeur des monnaies. On fut obligé de lui confectionner d'autres vêtements, les siens eussent été trop ridicules.
Elle ignorait l'invention de la vapeur, et, quand elle demanda le bureau de la diligence qui devait la transporter à son pays, on la conduisit à une gare où, non sans effroi, elle fut obligée de se confier à une machine de fer que l'eau cl le feu faisaient marcher et qui jetait des tourbillons de fumée !
On comprend les ahurissements de la libérée. Combien d'autres surprises l'attendaient 1 Un arrêt de trente-six ans est une chose énorme, tant n^ms allons vite !
Ernestine partait pour Marseille, qu'elle habitait avant sa condamnation. Elle se promettait de ne pas beaucoup y rester, bien qu'elle eût a-snrê Malvin.i du contraire.
Ses adieux avec celle-ci n'avaient été ni longs, ni louchants.
Après le crime du promenoir, elles avaient regagné le dortoir et avaient pu se coucher sans éveiller 1" attention de 1 1 [)révole qui, décidément, n'était pas des plus zélées.
Une seule personne avait vu l-".riit'~^linr et Malviiia.
8J6 i.A i;i 1.1.1 : MiKT n:
C'clMl Ad'le INmkuuI, «ihi ik' (I.mimiuI \\a- .mi c.' mniiu'iil.
— D'où vciiaitMit-ollo-^ .'...
l.;i tlrloimo s'a^iti sur -mu lii.
— 11 est (l(\;i fort iHi-il. Oii'oiil fait jusiiu'à rrt''' lnMur^-n ce-, ,|,'ii\ f,'iiiiiir. iloMt ji^ nii> inrlii*'.'
(lotlo piMisiM» iiniiDitnna assez loncrhMiips la Prnaiil. ipn limi pir .-c dii'c :
— Hall! (ino in'irnporlc! Cela ne me rc^'ardc pas.
r.rno-tini^ ol Malvini gnùlèrcnt-ollos quoique repos pendant le resle delà nuit.' 11 est jierniis dendo'iter poin* la diM-nièi"e, car le tnaliii un rryclc lilouàti'c s'était foruu' autour de ses yeii\.
Avait-elle été déjà poursuivie par le spectre de Clénieulinc?
Quanta la Jac(]uet, elle était parfaitement calme.
Elles s'attendaient ;i ce ipie la nouvelle de la mort de. la lille de la Miellé circulât dès le malin. Leur surprise fut grande de n'enlendre rien dire. Danl'atelier, au préau, au réfectoire, on jzarda le plus profond silence sur rri événement.
C'était au sortir du réfectoire q'riunesline avait été appelée alin d'cMilenilre la mercuriale de M. Cliapput.
Elle avait ï^lissé ces simples mots à Malvina :
— Dans aucun cas, ne parle de moi.
— Sois tranquille 1
— Si tn peux, par un moyen quelconque, m'indiqucr ce que devient Marie- Louise, n'y manque pa^.
— Je te le promets.
Ce fut toat. Il n'y eut aucun échange d'amabilités, ni rien qui indiquât leur amitié récente.
Leur alliance n'avait été basée que sur le besoin qu'elles croyaient avoir d'agir ensemble pour l'accomplissement de leurs projets. Si elles eussent éprouvé quelque sympathie l'une pour l'autre, ce sentiment eût été détruit par la complicité.
Malvina resta toute la journée aux écoutes. Ce ne fut que le soir qu'on lui dit en confidence que quelque chose avait eu lieu du C(Mé des folles.
— Quoi donc?... fit-elle en pâlissant.
— Je ne sais pas... On aura sans doute tordu le cou à la Clémentine. C'est un métier bien dangereux qu'elle fait là... La Menet, avec son air tranquille, n'est pas moins à craindre que l'autre...
— La Menet 1...
— Oui... Son cuirassier lui faisait perdre la tète depuis quelque temps... Elle vit maintenant avec l'infanticide...
— J'ignorais...