QLI LES AVAIT LIVRÉS
M. Mé!:ort ne fut pa^ ])0ursuivi pour oo:nplicilé dans Téva-^ion d'ime détrni:e de la maison centrale de Montpellier, mais il n'en fut pas moins révoi|ué de ses fondions de médecin adjoint.
Comment avait-on découvert l'endroit où il cachxit Clémentine? Ce n'était cependant ni la Jacquet, ni Malvina, ni sœur Saint-Piei-re qui avaient parlé.
Cette dernière avait même bien peur d'être dénoncée pour l'appui que, contrainte par les menaces de la Miette, elle avait pi'été, d'ailleurs de foi-t mauvaise grâce.
Malvina craignait également qu'on n'ajiprît que c'était elle qui avait fi-appé l;i Menet. Elle se sentait l'objet d'une surveillance toute spéciale de h part de rinspe''teur.
Quant à Nini, nous ne taiderons pas à la retrouver à Marseille, prolitant de la liberté, songeant fort peu à la prison qu'elle avait quittée et à ce qu'elle avait appris dans la tour de Ncsle.
M. Mébert dut, pendant quelque temps, se borner à des conjectures. Que lui importait du reste qui les avait livrés? Il était brisé par la pensée qu'il ne reverrait plus Clémentine, qu'elle était perdue pour lui à jamais...
Sa mère avait beau redoubler ses soins. multi|ili(M ses marques d'allacbemcnt, il restait sombre et dé<olé.
Sa position était laiiiiée à Montj)elliei-, car son avi'ulure. sans \\\o\r l'ail trop de Itruit, n'en était j)as moins connue de ses clients.
— Vous ne pouvez plus désormais vous présenter dans uni* mai;on honnête I lui dit, en le congédiant, une pi-rsonnc qui avait eu jusqiio-l.i i'ciim--; à ses soins <,'t cliez qui il avait i-ru pouvoir retourner.
\ Paris, on oublie vite, en {)r(jvince jamais. Le scandale tue irrevuciideuieul. M. Mébert comprit qu'il ne pourrait plus gagner sa vie dans la ville on.
87(*. i.A i;i:i.i.i-, Mil iTi-:
ci>|HMi(lanl, il avait coinnioiirt'' (l(''j;i à so faire ihk^ cliciilt'lo, i,M;\co au iiuMlcriii on ihef di* la maison oonlrale (jui lui avait porté tant d'inlriiM.
Il oui une lonirne fnnvorsalion avec ce dornicr iini. nialu'ir huit ce (jni s'était pasM". le liaila avec liienvcillance.
— I.e^ rrnuiie< ne vtuis iiardtinneroni pas des aninnrs «prcllcs considi'reronl connue dri^radantes. Ali! si votre aventure, vous l'aviez eue avcîc une dame du monde, mi^me mariiS', si, au lieu d'avoir maille à iiarlir avec la justice, vous aviez eu >implrmcnl alTaire à ua mari, vous seriez iircsipie un [n'-ros, et votre niaitresse seule im'iI eu (jueNpic peu à souiïiirde l'opinion [jubliiiuc. Il vous serait facile de rccommencei' vulie frasque si vous en avii'z la moindre envie; vous passeriez pour compromettant, mais charmant... Qu'avez- vous fait, au contraire?... Vous avez choisi une de ces mallicuieuses que la co'ir d'assises a condauHuVs à finir leur vie dans la captivité et le travail. Vntre C(eur s'est énni parce qu'elle était séduisante encore, parce que le cœur est un grand havard qui parle surtout lorsqu'il est défendu de parler... Ce qu'il y a de plus fâcheux c'est que cette liaison est connue précisément de tous ceux qui devraient l'ig-norer... Comment diahie vous y étcs-vous pris pour que l'on découvrît si vite votre retraite et d'une manière aussi hruyantc?...'
M. Méhert soupira.
— J'avais pris toutes mes précautions...
— Jamais assezl... l'ar qui donc avcz-vous été trahi?...
— Je ne sais pas...
— J'ai vainement interrogé M. (-happul sur la manière dont il avait appris l'endroit où était la femme Barhe, il s'est refusé à me le dire, ce qui me fait supposer que ce sdence a été posé comme condition...
— tn vérité!...
— C'est quelque ami que vous avez eu l'imprudence de mettre dans la confidence.
— J'ai soigneusement caché...
— Croyez-moi... La dénonciation n'a pas été faite par une détenue ou par quelqu'un de la maison centrale... Elle est venue du dehors...
— C'est surprenant...
— Mais ne considérons pas le passé... Songeons à l'avenir... A votre place, j'irais m'inslaller ailleurs...
— - J'y ai songé, mais où?...
— A Marseille, c'est une grande ville où il y a beaucoup à faire... Je pourrai vous donner des recommandations...
— Que vous êtes bon!...
— Ça ne m'a pas réussi la première fois... On a aujourd'hui l'air de me reprocher de vous avoir fait entrer à la maison centrale, mais, que m'importe?...
— Pardon, pai'duii de tous les dé-agréments...
— Acceptez-vous de vous éloigner?...
— Il le faut l)ien...
— Voire mère vous accompagnera?...
— Que ferait loin de moi la pauvre femme?... .le regrette cependant de l'obliger à un déplacement...
— Soyez persuadé ([u'elie aimera mieux cela que si vous laviez délaissée pour. . .
— J'eusse été toujours un fils dévoué...
— Croyez-moi, elle eût bien souffert...
Le jeune docteur ne répondit pas...
M°" Mébert, loin de regretter Montpellier, se réjouit à l'idée d'aller habiter Marseille.
Elle se hâta de faire les préparatifs de départ.
Ce voyage était encore assez long à celte époque. Le chemin de fer de Montpellier à Nîmes, qui fut un des premiers établis en France, ne fonctionnait pas encore. Il fallait effectuer tout le trajet en diligence.
Les ressources de M. Mébert et de sa mère étant fort modestes, ils furent obligés de se contenter de deux modestes places de rotonde.
Au moment d'entrer dans la voilure, le jeune docteur apprit que le coupé élait retenu par deux jeunes dames fort élégantes. II put voir l'une de ces voyageuses et son visage ne lui sembla pas inconnu.
C'était une brune au regard vif, dont la lèvre était ornée d'un léger duvet. Elle riait et le jeune homme remarqua la beauté et l'éclat de ses dents.
Du reste, elle parut reconnaître aussi M. Mébert, car elle eat un léger mouvement. ,
Une fois dans la diligence, le jeune homme passa un temps assez long à chercher où il avait connu cette élégante. Soudain, il se frappa le ÉVont.
C'était à la maison centrale.
Son souvenir devint même précis. La première fois que cette femme lui élait apparue, c'était avec Clémentine. Il l'avait visitée le même jour, elle élait arrivée avec la femme Barbe dans le lieu de détention.
Celte coïncidence le trouhla profondément.
Sa mère l'interrogea :
— Qu'as-tu, mon enfant?...
— Ilien. . . rien.. .
Elle hocha la tétt-, car elle savait birn qu'il pensait à celle dont il avait élé séparé pour toujours.
A un des relai>, M. .Mcberl dexcndit un insl anl, et revit les daines du coupé. L'ancienne détenue h; (ixa i.'lTruiilrmeut ri cul un inani'l é'Ial de lire.
Fl!e s»> |i('nolm vim's sou ami»» à laipirllt' clN' dit (iU('|.]iio>< innts à l'oieilK'. (^cllcli rocarda Ip jouno lidinmc. CVtail une rcmiiu' d'iiiit* trciilaiiic (i'aiini''i's, mit; Itlondo au juirl inajoslinMix, à lair dilingiuV
M. M(''litM-l ohorrlia iiiacliiiiali'iiuMil s'il n»' l'avait \k\< vik; eiicoiv à la maison coiitralo.
1! dut nn'onnaitro qnt\jainais colle lieaiilé imposante, mais froide, ni' lui était apparue avec la cornelle, les sabots, la robe do droîriiet.
Le basard, pendant le voyai:o, lui lit savoir d'un de ses compagnons de rotonde que celte dame (Hait la comtesse d'A... Ce nom était celui d'une de> familb'S les jiliis nobles de l*roviMir.>.
Comment se faisait-il que la comtesse était Tamic d'une lihérée...
Or, cette libérée était la Penaud.
I/aventuiière, qui avait tant compté sur ses protecteurs, avait été déçue dans ses espérances. Aucun d'eux n'avait songé à demander sa grâce, à faire diminuer la peine de trois ans de prison à laquelle elle avait été condamnée.
Vue seule personne ho l'avait pas oubliée, une seule personne avait fait des démarches en sa faveur, quand, à son tour, la ro;;c de la fortune l'avait élevée d'une position inllme à une brillante position sociale.
Celte personne, qui avait réussi enlin à la faire sortir de la maison centrale, n'était ajitre que la femme de chambre pour qui Adèle avait eu tant de bonté-^ que son amant lui-même en avait été jaloux.
C'est le cas ou jamais de dire qu'un bienfait n'est jamais perdu.
M. Mèbert eût été étonné d'apprendre que M°" d'A... était une ancienne soubrette qui avait eu la chance de rendre un grand seigneur d'un certain acre assez amoureiix pour qu'il lui donnât son nom.
Comme le jeune docteur l'avait remarqué, la comtesse avait lière mine, Marton s'était transformée en changeant d'emploi.
Ses démarches n'avaient concerné, du reste, que la Penaud. Elle ne s'était pas occupée le moins du monde du complice d'Adèle, évidemment destiné à terminer sa peine à la maison de Nîmes.
M™° d'A... avait poussé la bonté jusqu'à venir elle-même chercher son ancienne maîtresse à Montpellier. Elle l'emmenait à Aix, dans un vaste hôtel où elle avait passé pendant quelques mois une existence monotone. Elle se proposait de l'y retenir le plus longtemps possible et de vivre avec elle dans une union parfaite.
A l'amour d'un époux un peu mûr elle prierait l'alTection d'une amie qui ne l'avait pas dédaignée quand elle était humble servante.
La Penaud, qui avait accueilli avec des transports de joie la nouvelle de sa délivrance, ne marchandait pas les marques de reconnaissance à sa libi-ratrice qu'elle félicitait vivement de son changement de situation.
l.A IU:i.l.i: MIKTIK
— C'est la première fois lui «iisail-elle, que je vois réussir quelqu'un q;n le iiiérilc...
— Vrai?...
— Je me iiixnrais que la canaille se .le avait du liiuiiiciir...
Penaud, ([ui sortait d'une maison centrale, aurait pu ce[)cnilanl y C(jn^latei (pie le vice était quelquefois puni.
Les deux femmes n'allèrent pas jusqu'à Marseille. Elles s'arrêlèi'enl un ou deux relais avant cette ville. Une calèche vint les prendre, pour les transporte! à .\ix.
Adèle, en s'en allant, daii,'na iionorer M. MéliC!t d'un geste rempli d'une amicale protection.
Trois heures après la diligence arrivait à Marseille et s'arrêtait sur le Cours, où se trouvait le hureau des voitures.
Le médecin dut attendre assez longuement avec sa mers que les bagages fussent déchargés.
C'était le soir. Le ciel n'avait pas cessé d'être nuageux pendant la journée et maintenant il pleuvait avec une certaine abondance.
Ils s'étaient réfugiés dans une salle tapissée de grossières cartes d'images et d'illustrations de journaux.
M. Mébert se sentait le cœur serré sans savoir pourquoi. Il lui vint à la pensée que c'était dans celte ville que Clémentine avait commis son crime.
Soudain il tressaillit.
Parmi les gravures de toute sorte, il voyait, à la clarté douteuse d'une lampe, une grossière lithographie représentant deux malheureuses au poteau d'infamie. La ressemblance avec la femme Birbe et sa mère était fort contestable, mais il ne pouvait y avoir de doute sur l'intention de l'auteur du dessin, car il y avait au-dessous en gros caractères :