‹ La belle MietteChapitre 146 sur 200 · CV · texte numérisé non relu

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LE FHfcRK ET LA SŒUR

Ernestine était rentrée à Marseille. Son intention avait été d'abord de n'y (^ire qu'un très court séjour pour vendre les meubles qu'elle possédait au moment de son arrestation, et réaliser quelque argent.

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— ,\c nai pas fait ce quo y \oiiliis. pcis:iil-clln, ro siTail Iristp. (r<Mrc pinfée jioiir les hi'-viies ilo Malviin... Dans (pielle silualion doit <>lrc celle-ci avec sa victime qui se promené dans les mai-ons j^arnios de Montpellier, maliirt' 'a ctMulamnation à iierpclnili''?... Quant à moi, il me laul tilerà rtMranL'cr.

I"'llc sonijeait à la llussie. dont elle avait eiileinl i dire lieaucoiip de bien... l'ne de ses amies en ôtail revenue cliargt''e de roubles... Kl cependant celle amie n\Mait pas jolie. Ce qui l'avait mise à la mode là-l>as, c'(''tait une invention ori<;inale... Comme elle avait la peau a'^sez Mauclie, elle avait reçu les amoureux dans des draps de salin noir.

Krnesline se savait de l'imagination. KUc se disait ipi'elle IrouvcraiL aussi quelqut' chose susceptible de lui valoir des succès auprès de cq^ « imbécHes » dliommes...

A S(in arrivée mtMiie dans la cité pbocéenne, elle tomba sur un de ses anciens amis qui se montra très empressé et annonça son retour à ious les viveurs de l'endroit.

Ernesline se vit tout de suite très recherchée. Ce qui aurait dû éloigner d'elle était précisément ce qui lui donnait de la vogue.

Les libeitins trouvaient piquant de s'oiïrir celle femme qui sortait d'une maison centrale et racontait toute sorte d'anecdotes sur sa prison.

— Est-ce que le costume t'allait bien?...

— .\vec mon bonnet et mes sabots, je ressemblais à une femme de la campagne !...

— Des sabots... Ça ne devait pas être commode pour chahuter...

— Je t'en réponds...

— N'importe, j'eusse voulu te voir comme ça.

■ — Merci !... Je préfère les robes de soie aux robes de droguel...

Les anciennes amies pestaient et la déchiraient à qui mieux mieux. Nini resta surtout pour les vexer. *

Sur ces entrefaites, elle fit la connaissance à Marseille d'un jeune lieutenant de vais-eau à qui elle accorda ses faveurs.

— C'est étonnant, dit-elle, comme moi, une fdle de marin, je vais toujours à la marine!

— Tues fdle de marin? lui demanda une de ses amies.

— Je te crois...

— Est-ce que ton père avait une barque pour le Château d'If?

— Tu sais bien, fit-elle dédaigneusement, que je ne suis pas née sur la Canebière...

Elle ralTo'ait de son nouvel amant, à qui elle n'avait pas fait connaître son nom de famil'e.

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— E>;-tu gentil ! lui disait-elle souvent, tu me rappelles quelqu'un dont j'ai gardé le luoilleur souvenir.

Elle ne mcnlail pas. Il ressemblait à Georges de Mersy.

Le lieutenant de vaisseau n'était que pour fort peu de temps à Marseille, où il avait sa famille. Il ne devait pas tarder à rejoindre à Toulon l'escadre, qui allait dans les mers de Chine.

La veille de son départ, Nini demanda au jeune homme de l'accompagner.

— En Chine?...

— Oh! pas aussi loin, jusqu'à Toulon seulement...

— Soil!... Je le ferai faire connaissance avec l'Amiralc.

— La femme d'un amiral?...

— Comme tu y vas !...

— T'imagines-tu que caserait la première fois?...

— En vérité?

— J'ai connu des amiraux, des amirales et même... et surtout des filles d'amiral!. ..

— Je nedis pas...

Le lieulenanl de vaisseau avait l'air assez incrédule, mais Erne-tine n'insista pas.

— L'Amirale, dit le jeune homme, c'est tout simplement une personne charmante que l'on a nommée ainsi parce qu'elle a eu jadis des relations avec un des chefs de la flotte. Elle est très bien logée et donne de fort belles soirées auxquelles assistent tous ceux d'entre nous qui ne détestent pas de s'amuser quand ils sont à terre...

— On s'amuse donc chez elle?...

— Beaucoup quand on est garçon...

— El quand, comme toi, on a une liaison?...

— On s'amuse moins, mais tu sais que je ne suis pas trop jaloux...

— C'est peut-être parce que tu ne m'aimes pas...

— Je t'adore au contraire... A côté de moi tu n'es qu'un petit gliçon...

— Béta, va!...

Nini accompagna donc son amant à Tuiilon et fut conduite par lui a une fête de TAmirale.

II est à remarquer que, de même que le lieutenant de vaisseau ignorait à quelle famille elle appartenait, il ne savait pas qu'elle avait séjourné aussi récemment à Montpellier.

Le marin ne faisait pas partie du cercle des viveurs dont nous avitns parlé.

Chez l'Amirale, les choses se passaient exactement comme dans le grand monde. .\ peine si un peu plus de laisser-aller trahissait le caractère interlope de ia réunion.

89i LA liKl.I.l'; MIKITH

l/uiii»-ier de marine juvsoiita solennellement M"" Ernesline, sa femme, à la niditresse de hi maison, cl crrc-ci remercia avec lieaiicoiip dainahililc'', la noiivcl'e vomie.

L'Amirale n'avait pas plus de Irciilc-ciiiii ans, liicn que depuis plusieurs années elle s'en donnât vinjl-liuil. C'i-lail une blonde un j)eu massive qui avail des épaulrs superbes. Klle les niontiail, du reste, couiplaisarnnicnt, en toute occasion.

File avail eu un instant des vues sur l'ami de Nini cl des pouiparlcrs avaient mt^me commencé, mais ils n'avaient pas abouti. Elle avait assez d'esprit pour rester bien avec ceux (jui l'avaient aimée et avec ceuv qui avaient failli l'aimer.

Kniestine ne lui dei)lut pas; elle lui prit l' bras d (il avec elle un lour dan< ses salons pour la renseigner sur les autres invitées.

r.eaucoup d'entre elles ne porlaii^nt que des prénoms, tl y avait M'°* Eugénie, M'" (ieorgeltc, M"' .Vmanla. Toulefois, plusieurs de ces dames avaient des noms assez l'onllants, Nini eut quelque peine à croire à leur aullicnlicité.

L'.\mirale lui montra cependant M"" la comtesse d'A..., en lui allirmant qu'elle était l'épouse légitime du chef d'une des plus anciennes familles de Provence.

— Elle l'a quitté alors? fit naïvement Ernesliue.

— Mais non.

L'.\mirale voulut bien expliquer que ]\P° d'A... avait été très mal accueillie par les parents de son mari, à cause de son humble origine. Celui-ci l'avait en eiïel remarquée dans une antichambre.

— Comme elle n'a aucune relation dans le monde aufiuel elle devrait appartenir, ajouta-t-elle, elle ne dédaigne pas de fréquenter le nôtre. Du reste, elle n'est que de passage à Toulon. Elle m'a été présentée par M""" des Trois- Fours, avec qui elle est inséparable

Ernesline se fit désigner M""® des Trois-Fours, et elle eut de la peine à étouffer un violent éclat de rire.

— Qu'avez-vous?... demanda l'Amirale.

— Rien... rien...

M"' des Troi— Fours, c'était Adèle Penaud.

Nini et l'aventurière se tendirent la main sans se rappeler qu'elles n'avaient pas été très d'accord à la maison centrale.

— Tiens, vous vous connaissez? fit la maîtresse de la maison.

— Oui... oui... Nous nous sommes rencontrées à Baden-Baden.

■ — 11 est inutile de parler ici de l'atelier des tricoteuses et du prétoire où nous nous sommes si ma' traitées, dit un instant après Adèle à la Jacquet, que l'Amirale venait de laisser.

LA BELLK MIKTIM-: 895

— Oui, oui... mailamc des Trois-Fom-s.

— N'est-ce pas qu'il est h'mn trouvé ce nom-là?... Il ui'r-t venu on diligence... On voit avant d'anivei" ici un village appelé Si\-Fours..

— Vous lui en avez pris trois en passant?...

— Comme vous dites...

Elles rirent franchement, mais M"' d'A ne tarda pas à se montrer. On

eût dit qu'elle était jalouse.

La Jacquet venait à peine de quitter M"' des Ïrois-Fours quand elle se trouva en présence d'un jeune homme debout devant une cheminée.

E'Ie pâlit et le jeune homme manifesta, lui aussi, une vive émotion.

C'était son frère!...

Erncstine s'éloigna précipitamment. Elle lencontra son amant, qui l'interrogea.

— Qn'as-tu^...

— Je me sens fatiguée, malade...

— Tu n'as rien de sérieux, au moins?

— Non. mais je voudrais partir...

— Partons I

Les deux amants rentrèrent à V Hôtel de la Marine, où ils avaient une chamhre.

C'était le lendemain que l'escadre devait appareiller. Nini passa une nuit fort agitée. Elle avait de sombres pressentiments et se rappelait que son frère lui avait dit :

— Eroestine, je te tuerai comme j'ai tué celui qui t'a cidevée!...

Elle était épouvantée de se sentir dans la même ville que lui, car elle le savait implacable.

A plusieurs reprises, elle avait écrit au meurtrier de Georges de Mcrsy pour le railler ou lui annoncer qu'elle descendait de plus en plus dans le bourbier de la honte, mais elle le croyait loin d'elle alors.

Elle ne l'eût pas bravé en face car il était sa seule î'rayeur... Elle a\ait fui devant lui lorsqu'il était venu à Paris pour la chercher.

I.e ha-ard le lui faisait rencontrer pour la pi-emièrc fois depuis Londres. Pourrait-elle lui échapper de nouveau?...

Le malin elle tremblait comme une feuille au moment de ses adieux avec son amant. Celui-ci attribua à la douleur de le voir s'éloigner ce qui était chez elle une sensation nerveuse inexplicable...

— Allons, mon petit rat, lui dit-il, ne te i-liagrine pa':... Nous nous reverrons et je t'aimerai bien si lu ne m'as pas été trop inlidèle. . Tu vas rentrer à Marseille, n'est-ce pas?...

— Tu peux y compter, va!...

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— (Vi'sl luen... Kl inaiiitoiiaiit.. . W temps prcssr... Adieu!...

Il n'avait pas voulu (pi't'llo as^islAl an di''pail de rcscadn', et elle, (pii en av> il parle d'al»oid, n'avait plus rien dit ilepnis qu'elle savait son frèi'c à Toulon.

l'.lle se mit oepeiulanl à la fenêtre de Thôtel ])our voir s'éloiiL^iier son ainanl. Aiuès lui avoir envoyé de la main un dernier haiser, elle i-ef(>rma la fenêtre. Krnesline pous<a un cri... Son frère avait pénétré dans la cliaudtro sans qu'elle rentemiit. il portait son rostnme d'oflicicr de marine.

— Que me voalez-vous, (pie me voulez-vous? dit-elle précipilaïunienl.

— Vous vous en douiez l)ien...

— Viuis ne pouvez avoir qao ûc mauvais desseins, cl c'est pi»ur ce motif que vous avez attendu que je sois seule, sans défense... Vous ôtes un lâdie!...

!1 i)âlil, mais il se contint.

— Vos injures ne sauraient m'altcindre... D'ailleurs, vous savez ipie je ne crains pas de me battre avec un homme...

— Vous faites allusion à votre duel avec Georges de Mersy... Je ne vous conseille pas de vous vanter... Il était déjà fatigué de sa lutte avec l'amiral quand vous avez croisé le fer avec lui et vous l'avez tué... Ça a été un assassinat...

— Misérable!...

— C'est votre crime qui m'a faite ce que je suis... C'est pour me venger que j'ai traîné dans la boue votre nom... Vous avez beau gagner des galons, des épauletlcs, la croix d'honneur... Vous n'en serez pas moins le frère de la Jacijuet, une prosiiluée et une voleuse. .

— N'étcs-vous pas autre chose encore?

— Quoi donc?...

— Je ne vous parlerai pas des infortunés que votre fatal amour a conduits au désespoir, au suicide, au poteau d'exécution. Notre père n'est-il pas mort de douleur, ainsi que notre mère?

— Ma mère!...

— Elle n'a pas survécu à son époux cl elle l'a suivi dans latoud)e pendant que vous étiez à Montpellier.

Ernestine était vivement émue par le nouveau malheur que son frère lui annonçait.

— Ma mère! répéla-t-elle.

— Vous voyez quelle ignoble créature vous êtes...

— Je le répèle, c'est vous qui êtes cause de tout...

— Je sais qu'une chose vous console... C'est que vous pensez que des méfaits du genre des vôtres ne tombent pas sous le coup de la loi... Vous espérez rester impunie... Vous vous trompez... L'heure du châtiment sonnera bientôt...

LA H KL lu: MIKTTK

i-,riv>uii'' luiiiua cumini' tuu'lr

.VJ'.l.j

Elle se redressa.

— Vous me menacez !...

— Nalieineiit... Je vous ]irédis votre sort...

— Si vous me touchez, je crierai... J'appellerai au secours.

— C'est vous qui serez perdue...

— C.ommeiil?...

UV. 113. — TllÉOUOIIE llKNnT. — LA IIKI.I.I: MIKTTE. — ÉD. J. noUFP KT C'<>.

UV. 113

8î»S LA UKI.I.K MIKTTK

— Je (liiai ([Ui \on< (Mos cl l'on Vdiis ;irrL^I(M';i.

— Moi!...

— Oui, vous, la dôlcmn* (]iii la veille de son (lt"'pnrl de la maison centrale a été CDinplii-e de l'assissiual d'une de ses compa;:nes de oaplivité... Vous \ouiie7. aussi lucr la sicur Marie-Louise, (lui s'appelle de son vérilahle nom S.monne de Miran.

— Ah!

Ernesline «Hail Icniliée.

— Comment savez-vons?...

L'oflicicr de marine lira un journal.

-- TiM'.ez, lisez... Il est de ee matin, et c'est le hasard qui l'a placé sous mes yeux.

Nini, éperdue, jeta un coup d'œil sur le jotuMial.

L'inspecteur de la maison centrale n'avait pas dû être étranp;er à la •.édaction de l'article que l'on reproduisait d'après une feuille de Montpellier, car il était dit que c'élait grâce au zèle de ce fonctionnaire que le crime de Malvina avait été découvert. Celle-ci venait de faire des aveux complets desquels il résultait qu'elle avait été aidée par une fille Jacquet, aujourd'hui libérée, qui avait projeté elle-même de donner la mort à une religieuse nommée Marie-Louise. On ajoutait que, si la fi:le Jacquet n'était pas encore arrêtée, elle ne larderait pas à l'être.

Ernestine était verdàtre. Ses jambes se dérobaient, sous elle. Elle fut obligée de se cramponner à un meuble pour ne pas tomber.

— Si vous étiez restée à Marseille, vous seriez déjà entre les mains de la justice, mais elle ne peut pas tarder à être sur vos traces...

11 semblait à Nini que tout s'écrou'ait autour d'elle.

— Je suis bien perdue, murraura-t-elle.

— Vous voyez, lui dit son frère, que je ne vous trompais pas en vous annonçant que vos victimes seaaient vengées... Votre culpabilité sera trop aisément démontrée pour que vous échappiez à l'échafaud ou à la prisun perpétuelle.

— Je ne veux pas, je ne veux pas...

— Vous ne m'avez épargné aucune honte, mais du moins je ne vous verrai plus exerçant votre infâme profession de courtisane... Le supplice que j'endure aura une fin...

Elle ne l'écoulail pas et elle murmurait comme abîmée :

— La guillotine ou la maison centrale, toujours, toujours I... Cela ne se peut... Fuir! Fuir!... oui... mais comment?. .

— Votre signalement est donné partout...

— Je me déguiserai... Aidez-moi et je vous jure que vous n'entendrez plus parler de votre sœur.

— Vous priMor mon appui, jamais!... D'aiUiiii s, il serait trop tard... Ententlcz...

Il y avait on elTel un br ;it inarroutumè dans l't;sc'ilit>r... On se dirigeait vers la chambre. L'oflicicr alla former rapidement la porte...

— Que faites-vo is? demaîi !a Krnestine.

Il ne répondit pas. Au môme instant, on frappait.

— Au nom de la loi, ouvrez.

Le marin sai>it sa sœur par le poignet.

— Vous entendez, (it-i! d'une voix brève et sifllanlc. Je ne vous; ai pas trompée... On vient vous prendre... Demain l.i cour d'assises vous frapperait impitoyablement... J'ai prévu le cas où vous ne seriez pas tout à fait vile, où notre sang s'éveillerait un peu en vous... J'ai apporté du poison... Le voulezvous?.. .

Elle releva la tête et le regarda d'une étrange manière. Puis elle répéta :

— Du poison !

— Oui...

On entendait de noiiveau :

— Au nom de la loi, ouvrez!,..

— Donnez, dit-elle.

Il lui tendit le flacon et recula d'un pas.

On essayait pendant ce temps-là d'enfoncer la porto, qui ne résistait, que faiblement aux etTorts.

L'ofticier eut un geste impératii et soudain elle approcha le poison de sa bouche. Sa résolution était prise ; elle but avec une sorte d'avidité sauvage.

Presque aussitôt la porte céda.

Ernestine tomba comme foudroyée.

UN RAYON d'espérance

M. Comté, ayant la preuve de l'innoceiico de Paula et de Félix, s'ompros^i de faire part de ce qui avait eu lieu au parquet de .Marseille.

("-elui-ci accueillit de mauvaise grâce cette révélation. On demanda pn'> pio t l'ancien chef de la siirelé de ijuoi il s'était mêlé. Néainnoins il fallut i|uo l'on procédât à une enquéti'.

Un fils ne pou\ant être poursuivi pour avoir volé son père, Airxis .Médard échappait ;i la loi. Il avait d'adlour- essayé de nier et d'accuoillir d'un air hautain

les aciUi<alions ^\c sou cousin Mli.Mim», pit'U'iulaiil i\\\c ctM oiifaiil lui vu voulait pour l»N corrt^clious (ju'il lui avait inlli^''es.

— Jo n'asais aucun iic-^uin tlarf,'enl, dit-il... Quo siM-ait dcviMiuo la somme ()i:e l'on ju-i'lond (jue j'aurais il('rolM''e?

M. Comté fut ol iijzr ilo fournir la prouve (|uc le jeune homme avait c(ui- Iracté (les emprunts usuraires el menait une existence de dé'.iau'^lir'.

Il sut ijufl èlail le nom de la maîtresse dWlexis au momrnt où il avait forcé l'armoire de son |ière. Il se trouva que ciMte fciiimi\ (pii avait hraucoup c\ii:é de lui parce qu'alors elle jouait et perdait, n'élaii autre (pie Ni:ii.

Décidément cette créature portait l>ien malheur à tous ses amants. Le (ils Médard n'échappait pas plus à la loi commune que le lieutenant d(> vaisseau (pic nous avons vu partir et ipii péril peu de temps anrés dans le naufiai^'O de son navire.

Le lils du confectionneur continua à ne pas faire d'avcax, mais la justice était maintenant convaincue.

Si Ernestine eût vécu, peul-êlre Teùt-on poursuivie pour complicité, car, dans les vols commis par un lils chez son père, une femme chez son mari et vice versa, la loi, qui épargne les auteurs principaux, veut du moins que les complices aient des comptes à lui rendre.

Mais Krnestine était morte. Son cadavre avait été trouvé dans nne chamhre de VHôtel de la Marine, à Toulon, et l'enquête avait étahli qu'elle s'était empoisonnée avec de l'acide prussique.

Les innocents que la justice avait flétris n'eurent pas la première satisfaction de voir condamner les vrais coupables.

l'aula ne fut graciée qu'après de longues démarches. Quant k la revision de leur procès, les deux amants l'attendirent bien plus lon.'tcraps encore. Il est si diflicile aux juges de reconnaître leur erreur.

Ils étaient d(^jà mariés lorsqu'il fut solennellement proclamé qu'ils avaient été injustement flétris. Félix avait réussi à vaincre les résistances de celle qui avait souffert comme lui et que le malheur et l'amour avaient refaite honnête lemme.

Les jeunes gens ne savaient comment exprimer leur reconnaissance à M. Comté, mais celui-ci était déjà assez content d'avoir prouvé que ses successeurs n'avaient pas son habileté. Le fidèle Pomponne et lui se réjouirent longtemps dans le petit café du Cours.

Le confectionne ir, qui était un brave homme, avait oiïert une place à Félix dans sa maison pour essayer de le dédommager autant que possible du préjudice que lui avait causé la conduite de son fils, mais il refusa. Grâce encore à M. Comté, il avait pu trouver une position de comptable assez avantageuse.

Le jour même où Paula quittait la maison centrale, Malvina comparaissait

dovant la cour dassisos de l'IIéiMult el était coiidamiuM' aux. Invaiix fon-és à perpétuité.

Pendant liiistraclion, elle avait simulé la folie, mais l'exaiiieM médical avait prouvé qu'elle jouait la comédie.

Tout crime commis dans une maison centrale doit être e.\pié, d'aiirès les usages établis, dans l'établissement où il a été commis. Une loi récente a mémo consacré ce principe.

Néanmoins il y avait un danger réel à ce que Malvina pût se rencoiilier a\ec Clémentine. Elle fut donc envoyée à Clermont, où la règle est la méiue qu'à Montpellier, sauf quelques légers détails.

\ers celte époque, Marie-Louise fut rappelée par la maison-mère des religieuses de Saint-Joseph. liO bruit courut qu'elle avait manifesté rinteniion de changer le voile bleu des gardiennes de prisons pour le voile blanc des sœurs de Sainl-Vincent-de-Paul. Nous saurons plus tard ce qu'il y avait de fondé dans ce bruit.

La sœur Saint-Pierre attendait impatiemment la fin de ses vœux. q;iand souilain le beau Gérard donna sa démission et disparut. Il avait trouvé mieux que la revêclie infirmière qui crut devoir rester dans son ordre. Personne ne se félicita de celte décision, car elle fut pbis désagréable et plus méchante que jamais.

Elle avait toutefois quelques égards pour Clémentine el pour sa mère, car celles-ci eussent pu la dénoncer. N'avait-elle pas favorisé leur fuite? N'availclle pas ouvert la porte du chemin de ronde par laquelle les deux femmes étaient sorties ?

Clémentine ne se servit pas de ce secret, mais il est permis de croire que Miette en profita pour obtenir quelques douceurs.

Nous avons assisté à plusieurs scènes de la captivité de M"" Lafarge, cette femme que la justice a déclarée coupable d'empoisonnement, mais que lanl de personnes ont crue innocente.

Elle était entrée dans la maison centrale de Montpellier le 11 ortobre 1841. Kn 1848 elle y était encore. On sait qu'elle avait déjà failli mourir. Son état était devenu si alarmant, que l'on dut charger quatre professeurs de la Faoïillé de médecine de la visiter et de signer une consultation.

Us conclurent à la mise en liberté; c'était, scion eux, la seule cliance de giiérison. La consultation fut considérée comme non avenue.

La traiHlatiun dans une maison de sa-it} ne fut accordée que le 21 février 18.")1. M°" Lafarge partitpour Saint-Remy, où des soins intelligents iiarvinrent à prolonger quelque temps cette existence qui s'éteignait. .M. Gollard, son onde, ayant adressé une nouvelle supplique au président de la Uépublique, Louis- Napoléon accorda sa grâce le 1" juin l8o2.

902 I.A lU: I.I K MIFTTK

Marit* C;ipclli* so riMrniivail liliri\ \\\:û< amdixnmco. à mort par un arnH plus iiTt^vorahle (iiu^ roliii (!»>-; lii)iiim(>s. Islle vinnil encore (|iiol(iiio>^ mois, si a.;tini<er lenioment r(<la jioiil s'ap|)o'tM- \ivre. Klle iviidil k* dcriiiiM" soiipii- aii\ eaux (l'Us<at.

Ainsi q !o nous l'avon^^ dil, Clt^nuMUino. Wavho oi sa mère (''lai(Mit (Milr(''Os à !a maison crnlrale le .? soplenihie \S^'^. Klles yt^aient, par consiMpienl, depuis près de dix ans, lorsipi'iin di'crel du 27 mars 1<S'»2 vint diiércr la liaii-Uirniation complète de nos hagnes.

Ce dètTel portait ipie lt'>^ individus tl\'^ deux sexes condamnés aux iravaiix forcée à p,>r|>:'tiiité on à temps pourraient î^lrc transportés à Caycniir.

Le I.ruit courut dans les maisons centrales de femmes qu'un certain nombre d'entre elles seraient pe'il-èlre appelées à allrr sur une teir.'. lointaine pour y contracter mariaire et y trouver presque la liberté.

Ce bruit arriva-t-il jusqu'aux oreilles de ClènKMitinc, qui irélait ^uère so; tie de l'état presfjue macliiiial dans lequel nous l'avons vue api'ès sa seconde arrestation ?

l'n rayon d'espérance luit-il alors pour cette âme flétrie? Vil-elle dans ses rêves, comme beaucoup de détenues, les blanches voiles du navire qui l'emportait vers la Guyane?...

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