I.A lil'.I.IJ- MI1:TTK
Mal on prit à lancien gardien, car la vonve avait des parents. Ceux-ci, qui avaient vu >on mariage d'un 1res mauvais œil, s'einprossèrcnt do inellrc en cir- <• ilation des bruits d'em[)oisonnenient.
GtVard fi;t arrêté et l'autopsie prouva que les soupçons liaient fondées.
Ce fui en vain qu'il protesta de son innocence, il ne réussit qu'à échapper à l'écli ifaud. On l'envoya au bagne de Toulon, où il tut accouplé à Donne-la- Mort et où il porta, comme lui, le bonnet des condamnes à vie.
Les autres misérables, entassés dans la salle ii° 3, ne méritent guère de lixer l'altention. Sur la plupart de ces visages flétris se voient les sliginutes des passions les plus dégradantes.
Au bagne, il y a des hommes de tout âge, apparlenanl à ti)ules le< conditions sociales, mais que l'infâme livrée confond.
Les regards sont hypocriles ou auùacieux, pleins d'effronterie ou de basse humilité. Le vice qui se montre vaut encore peut-être mieux que le vice qui se lérobe. Les bouches ont souvent un rictus de damné.
On n'eniend que blasphèmes, expressions immondes. Dans l'argot de la chiourme, il existe plusieurs mots qui signilient assassiner et un grand nombre pour désigner toutes les manières de voler.
Comme Gérard, beaucoup de forçats se disent victimes d'erreurs judiciaires. Us racontent alors des histoiies invraisemblables.
On citait, à Toulon, un vieillard à cheveux blancs condamné à mort pour assassinat à Grenoble, le 5 décemlire 1835, et dont la peine avait été commuée en celle des travaux forcés à perpétuité. La loi sur la transportation n'ayant pas eu d'effet rétroactif, il était resté au bagne et en était devenu le doyen.
Le récit qu'il débitait sur les motifs de sa condamnation était bizarre.
— Il y avait eu, disait-il, un homicide. J'étais cité comme témoin, et pourtant je ne savais rien de l'alTaire. Naturellement, je n'ai pu nommer le cou- [lablc. .\'ors on m'a condamné tomme si c'était moi.
A côté de Gérard et de Donne-la-Mort se trouvait un forçat assez, beau ■arçon et qui devait être arrivé récemment au bagne.
Il a\ait écouté avec beaucoup d'attention les terribles renseignements de Donne-la-Mort sur la Guyane et en avait paru très impressionné.
Cet individu prolita de la première occasion pour adresser la parole à l'ancien marin.
— Est-ce sérieux ce que vous avez raconté tout à l'hc ire sur la Guyane ? ■- - Ça te tourmente ?
- Je mentii'ais si je |)réteiul lis que cela m'a fait p'aisir...
— Tu étais de ceux (]ui se figurent que li-bas les forçats, bien nourris, bien liabil.'és, n'ont pas autre chose à faire qu'à en contera des femmes sauvages do/it le costume est à peu près celui de notre mère Eve.
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— Je nclais pas assez naii |>o;ir oroirt' ci'la...
— V.h Widn, alors?...
— Si vous avez d'il vrai, lieaiii-oiip d'iMilri' nous s'en vont à la niorl,
— F)!^ la oiMpii'i' lie nioiiH à noiiri'ir... l,e t,'i»iiveriieiiieiil fera drs éconoinie^...
— Je coiiipi-i'iuls (pi il sdii maiire de l'existence do ceux (jiii soni pour la vie... mais... les aulrc-;... oeiix qui ont demandé à partir... qui ont cvn..
— Tu j)riH'lies pour ton saint, loi !... Je vois, en elTcl, que lu n'es coudamné qu'à temps... Ptinr coniltien en as-tu'.^..
-- Tour six aïK...
— Kl qu'as-lu fail?...
— Presque rien...
— Ce n'est pas cependant comme récompense nationale qu'on l'a envoyé ii-i.
— Une signature maladroite...
— J'entends, dit Gérard qui s'était approché, tu as commis un faux.
— Oui... ou du moins on l'a prétendu...
— - Une peccadille !... Et quel est le jury qui t'a reconnu coupable?...
— Le jury des Bouclies-du-Rhône.
-- Ça ne m'étonne pas, fil dédai;,'neusement Pierre Maillone, un jury d'épiciers de Mai'seille... Tu es donc de ce pays-là?...
— J'en suis, murmura le faussaire...
Et quelle profession exerçais-tu?...
— J'élais chez un notaire.
— Ah!...
— Mon pauvre vieux, tu peux faire tes adieux à la Canebière, tu ne la reverras plusl...
Le faussaire baissa la tête d'un air consterné.
Ce forçat nous est, du reste, aussi connu que Gérard. Ce fut lui que Comté, l'habile policier, convainquit d'être l'auteur du vol pour lequel Félix et Paula avaient été condamnés à la réclusion.
Alexis Médard, après avoir ruiné son père, après l'avoir fait mourir de douleur, avait fini par trouver le juste châtiment de ses crimes.
Vers le soir, on apporta aux forçats leur nourriture. Elle consistait en gourganes, fèves sèches, cuites dans l'eau salée avec du beurre ou de la graisse.
Un seau contenait la ration de cinq hommes.
Gérard, Maillone et Alexis Médard étaient au môme seau ainsi qu'un forçat loustic, qui se mit à vanter toutes les délicatesses de cette cuisine.
— Ma parole de grinche (voleur), je n'ai jamais été aussi bien servi... C'est presque aussi bon que la soupe de cailloux...
— Est-ce que tu en as goûté ?
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J'en ai niangù une fois avec nu largue (maîtresse). Par exemple !
— Elle lit i)Ouillir l'eau, moi j'y mis trois ou quatre grosses pierres et ciu] ou six tranches de larlon savonné (pain blanc). C'était exquis!...
— Je te crois sans peine...
— Dame, à celte époque-là, Louisetle et moi nous n'avions pas beaucoup H'œils-de-perdrix. . .
— Vous étiez heureux, car les œils-de-perdrix c'est gênant...
— Ah! ah!. .
ïoui le monde se mit à rire.
Pour apprécier toute la saveur du jeu de mots que venait de faire Maillone, il faut savoir que l'on appelle dans l'argot du bagne les pièces de vingt francs des œils-de-perdrix.
On supprima, ce jour-là, la carte aux forçats enfermés dans la salle n' 3.
La carte, c'est la ration de quarante-huit centilitres de vin. Elle ne leur est donnée que lorsqu'ils travaillent.
P.is de travail, pas de vin, ainsi le veut le règlement.
Le lendemain matin on procéda à l'embarquement. On obligea les forçats à se déshabiller, et ce fut littéralement nu que chacun d'eux sortit de la salle à l'appel de son numéro d'ordre.