‹ La belle MietteChapitre 15 sur 200 · AU CHATEAU DE MÉUICOURT · texte numérisé non relu

AU CHATEAU DE MÉUICOURT

Il est midi. Tous les invités à la fête donnée par le baron sont arrivés, excepté un seul.

Diane, la belle Diane, est nerveuse et inquiète. Néanmoins, elle s'elTorce de cacher son chagrin sous le sourire gracieux avec lequel elle accueille les convive?.

Un moment, elle se trouve avec Glaire.

— Qii 'as-tu? lui dit celle-ci à voix bass.'.

— Comment?... Tu as compris?...

— (lien n'est clairvoyant comme les regards d'une aniii-.

— Tu as deviné alors la cause de mon impatience.

— Le chevalier de la Torche n'est pas encore venu, n'est-ce pas?

— Cet homme se moque de moi!

— Loin de toi cette pensée, Diane. S'il n'est pas là, c'est que quelque impossibililé s'est dressée devant !;:!.

— Je voudrais bien en élresûre!

Où LA lîKl.i.K MlKllK

Tranquillis(>-loi,.. noiino-nidi ta main... Tions, elle csli,'luoéo!

Tti sai? Iiieii (jne jo suis toujours ainsi, lorsijui^ j'éprouve une (':mo-

tmn.

— i.'i ^i srai, \c snni; monte vite olicz toi au visai,'»',..

— - Lorsqu'il n'afllue pas au co^iir.

-- Dis-moi... Quoi est ce l)eau jeune liomnio (]ui no le \n'\\\ pas de vue depuis qu'il est entré aveo M. de Menon?

— Ce jcane liommi' n'e>l aulic ijuc M. (îcdiiri^s de Maiillaii. -- Ce nom m'est connu.

— - (hii, c'est celui...

— Je me souviens. Tu m'as racont»"' ce matin qu'il t'avait fait la cour. - — Il me la fait bien encore un peu.

— - Soulomenl tu e< inijralo et cruolle envers lui.

— - Aussi, je veux essayer de Ir.i faire oublier mes rii;ueurs.

— C'est une bonne pensée. Seulement, fais allenlion qu'il ne saporçoivc pas que c'est par dépit.

Diane releva la tête avec lierlé.

— Da dépit 1 dit-elle d'un ton sec, pour qui me prends-tu?...

Claire voulut s'empai-er encore de la main de son amie, mais celle-ci lui tourna le dos en s'éloipnant.

Claire sentit les larmes lui venir aux yeux.

— Tant d'injustice! murmura-t-elle.

Diane était allée vers Georges.

— Monsieur votre père, comment va-l-il? fit-elle avec son sourire le plus gracieux.

Georges rougit comme une jeune lille.

— Très bien, mademoiselle.

— Pourquoi alors n"esl-il pas venu?

• — 11 m'a prié de l'eKcuser... Une affaire très importante l'empêche...

— Monsieur de Marillan, vous savez queje vous retiens tout à l'heure pour cavalier, lorsque nous quitterons la salle à manger.

Georges posa sa main sur le cœur. 11 ne pouvait croire à son bonheur.

— Oh ! que vous êtes bonne aujourd'hui, mademoiselle !

— Ce mot aujourd'hui me fait de la peine. Voudrait-il dire par hasard que je ne le suis pas toujours?

— Non, certes. Vous êtes au contraire...

— Monsieur Georges, je ne peux pas entendre des compliments. Je n'en mérite du reste pas. Vous auriez raison de dire que je ne suis pas toujours très bonne, surtout avec lesgens pour qui j'ai de l'aiïeclion! C'est entendu, n'est-ce

H'»aHlil»Hl«t(UHBIIiWUil!i«ll,il^lliil!!ïi\tl

Ué! ce cher chevalier... (P. 98.)

— Mademoiselle, je n'aurais garde... Une telle faveur!...

— Monsieur de Marillan, craignez que je ne nie fâche. A ce moment, un domestique apparut.

— M. le chevalier de la Torche, annonça-l-il.

Ce nom produisit l'eiïet le plus soudain et le plus imprévu s:ir toutes les personnes présentes. Comme par enciianlcmeiit, les conversations sarrêlrrent.

I.1V. 13. — TIIÉOOOUE HE.NHÏ. — LA UELLi; MIRIIE. — Kl). J. KOLKF El 0'>-'. LIV. \'i

w \.\ iu:i.i.i Mil I ir

(.i,ii!-i> ro.Mrda avec l,i \\ n< \iv.' niiiu-ii. , ^.(•^l|■L•(•^ iiàlit; lli;im' devint pompif.

Vno sejilo por>oiuio po.il-t'tri' ii ("«proiiv.i nucunc iniprcssion. ('c fui M. de Mt^rii'durl.

Il se li'va et s'avanra vers M. dt' la Torrlic. «pii av.iii jin r<>iiili\' -^a loiiuo irrcprothalil(\

lit''! ce rlior clicvalu^r sur loiiiu'l nous imku»ii< pliis roiniiler! .If vous prie, monsieur \o liaion. de vouloir liion recevoir mes excuses. De quoi, de quoi? Vous <avez Itien qu'avec nou< c'e^i ^^an- ftcui K^i-ce que \ous avez des nouvelles de tnon ami Séricnon? Il doit bientcM ôtredo retour.

— Tant mieux, il me larde tanl de le revoir! Mais (piarrive-l-il donc?

Claire avait poussé un lép;er cri et avait perdu connaissance. Diane, vivement alarmée, essaya de la faire revenir à elle. Tous les assistants étaient en émoi.

— De l'air, de l'air! C'est sans doute la chaleur! - Voyez comme son visage est pâle.

— Claire, ma pauvre Caire! disait Diane avec douleur.

— lin peu d'eau serait nécessaire, fit une personne qui s'était montrée des plus empressées auprès de la malade.

— Vous avez raison, monsieur d'Aimard. un peu d'eau et de vinai.crre po:ir baigner les tempes.

L'amie de M"" de Méricourt eut un soupir. Il y avait en ce moment sur la ligure de la jeune fdle une vive expression de teneur. Des mots sans suite s'échappaient de sa bouche.

— Transportez-la dans ma chambre, dit Ihane à un domestique. C'est cela, le plus dMicat'ment possible.

Le chevalier de la Torche n'avait pas laissé que d'être fort déconcerté de tout le tumulte qui avait accueilli son entrée. Sa stupeur avait été profonde lorsqu'il avait reconnu Glaire. Tandis que tout le monde portait secours à la jeune tille, il était resté immobile et muet, incapable de prendre une résolution. Sa présence d'esprit habituelle lui faisait entièrement défaut.

— Décidément, je ne suis pas en veine aujourd'hui, pensait-il. La fatalité m'accable. Qui m'eût dit que je rencontrerais précisément chez M"*deMéricourl l'autre...? Ma position est diflicile; pourrai-je en sntir?

Lorsqu'il eut vu les domestiques emporter Claire inanimée, son courage ne tarda pas à lui revenir.

— Bail! je me suis tiré d'impasses aussi fâcheuses que celle-ci!

Diane avait accompagné son amie. Il ne restait plus dans le salon que M. de Méricourt et quelques-uns des invités.

LA \U-.\AA-: .MlKTTi:

Le chevalier s'approcha de leur groupe.

• — Voilà qui est bien lùcheux, lît-il au baron.

— En clTet, dit ceUii-ci, en mordillant sa moustache blanche, ce qui était chez lui le signe d'une violente contrariété.

— Ma présence n'a pas porté bonheur à cette pauvre demoiselle.

— Il est de fait, chevalier, que vous n'avez pas à vous féliciter jusqu'ici...

— Ce n'est pas ce que je veux, dire, monsieur le baron.

— Vous êtes trop poli pour vous plaindre.

— Je n'en ai vraiment pas sujet. Mais celte jeune personne, il me semble que c'est la première fois...

— Oui, il est possible que vous ne l'ayez jamais rencontrée ici; cependant c'est une amie de ma fille. Il est vrai que, depuis quelque temps, elle vient rarement. Il a fallu l'occasion de l'anniversaire de la naissance de Diane pour qu'elle ait pu quitter un grand-père paralytique, auquel elle se dévoue.

^ Ahl

— M"* Claire est un ange pour lequel nous avons la plus vive admiration.

— Celte admiration, monsieur le baron, je la partage en tout point, après ce que vous venez de m'apprendre.

Un domestique se montra et dit quelques mots au baron.

— Messieurs, si vous voulez bien, nous allons passer à la salle à manger. L'amie de ma tille va mieux, mais celle-ci n'ose encore la quitter; elle descendra aussitôt qu'elle le pourra. En attendant, elle me charge de l'excuser auprès de vous.

■ — Nous acceptons d'autant plus volontiers les excuses de M"^ Diane, dit le chevalier d'Âimard, que nous aurions été désolés si elle s'était dérangée pour nous.

— Alors, messieurs, à table, dit le baron avec cette brusque courtoisie qui lui était habituelle, et lâchons d'oublier l'incident pénible qui est venu jeter un voile de tristesse sur notre gaieté !

Pendant ce temps-là, Diane prodiguait des soins à Claire, qui recouvra bientôt ses sens. Elle poussa un profond soupir.

— Qu'as-tu, ma chérie, que t'est-il arrivé? Claire avait l'air épouvanté.

— Je me souviens, murmura-t-elle.

Elle regarda ensuite avec tendresse M"" de Méricourt.

— Pauvre amie !

Celle-ci sentit l'effroi s'emparer d'elle.

— Que veux-tu dire?

Mais déjà sa compagne se repentait d'avoir jeté du trouble dans son cœur.

I A i;i:i i.K MM i rh

— IVion, ncii.. . je ne s;i\;iis. ..

— Tu mo lromi>("s, tu inc cachet (|U(l(|iin cliosc?

— Je t'assurr !

— Jurr-iiloi (inun m;illiriir \\c iin' iin'ii.n'c pa*^ ! C.lairi' baissa la IrU» et ne ri-iKHidil pas.

Je voux tout savoir, nilcnds-lu? dit M"* de Mériconrl avec une sorte driiiporlnnciit. Aussi liiou r'csl (''Iran.uo que tu te sois (^vannuic juste au momoni où le rlicv.ilici- di- la Tor.-lio cuirait. Allcuds, oui, c'est cela. Tu le reirardais luisrpie tu as pâli vl rliamolé. Claire, il se passe quelque chose d'cx- Iraordinaiif (pic lu m* dois |ias me laisser ii,'norcr et que je te conjure de me faire connailre tout de suile, au nom de l'alTeclion que nous avons l'iinc pour l'autre, au nom de l'amilii^ qui nous lie!

— C'est impossililc !

Diane eut un geste de colère. FJI(« cessa de jiarler un instant, puis elle reprit :

— Aie pilié de moi. Cet riat d'angoisse est celui (pie je puis supporter le moins.

— Du couraL'e alors !

— J'en ai !

— Kh l»ien ! M. de la Tdrchc et M. MarrcI ne sont qu'une seule et mi^me personne !

— Que signifie?...

— Je ne me trompe pas... Je ne suis pas victime d'une rcssemMancc. L'homme que lu aimes, mon amie, est le m^'uie qui veut m'i'ipouser et qui est la cause de mes malheurs.

Diane s'était levée. Elle était m proie à une at^itatioii fébrile.

— Mon Dieu, est-ce que je rêve? Claire, sais-lu bien ce que tu dis?

— Hélas! j'ai toute ma raison.

— Mais, alors, c'est moi qui suis folle, car je sens... Oh! cela ne se peut, cela ne se peut.

— Avant qu'il tournât la léle de mon côté, j'avais reconnu sa voix. Je doutais encore, mais son visage... Du reste, il m'a reconnue, lui aussi, car j'ai vu en lui de la terreur, en même temps que l'élonnement le plus profond.

— 11 faut confondre cet imposteur, il faut démasquer ce misérable, il faut nous venger. Viens.

Diane était superbe dans son courroux. Ses yeux lamjaient des éclairs. Klle avait le teint enllammé, les narines frémissantes.

— Calme-toi. dit Claire. Avant tout, il Tant être prudente.

— Que m'importe!

LA ni: 1.1. H Mll.TI'K 101

— Il importe beaucoup. Si la ne l'es pas pour loi, sois-le nu moins pour ton père. In soanilale dans sa maison raflliiierail beaucoup.

— Un scandale!

— On serait suipris (pi'il ail admis dans son iiiliiiult'' un lioiiimi» (pie tout indi(iue comme un aventurier. Il faut agir avec jirudeuce. Tu l'avertiras tout à riieuro et il verra ce (pi'il aura à faire. Ton rA!e el le mien, (-'('sl de dissimuler en attendant.

— Tu crois?

— C'est indispensable.

Claire s'expriuiail avec fermeté. Elle semblait maiuleuaut t^ut à fait remise de son indisposition passai:;ère.

La colère de Diane tomba vile pour faire place à de l'accahlemenl.

— Je ne m'attendais pas à un pareil malbeur!

— Un malbeur, as-tu dit?

— Qui est-ce donc que ce cbevalier delaTorcbe?

— 11 n'est sans doute pas plus cbevalier de la Torcbe que (ils du correspondant de mon père. Nous ècbappons, l'une el l'autre, à un épouvantable danger et il faut remercier Dieu au contraire...

— Oui, lit Diane d'une voix sombre, il faut le remercier, bien (pi'il eill pu nous éviter des douleurs...

Elle mil la main sur son cieur...

Claire la regarda avec compassion.

— Tu souffres?

Pour toute réponse, Diane se jeta dans ses bras. Les deux jeunes fdles s'embrassèrent,

— Je l'avais demandé d'avoir du courage, Diane, el tu m'avais promis...

— Je tiendrai ma promesse, car lu es mon bon anj^e... Mais que faut-il faire jusqu'à ce (juc mon i)ère soit avei'li?...

— Agir exactement comme si nous n'avions rien appris... aller retrouver les invités el attendre le moment propice... Et pui^, qui sait?... il ne serait pas étonnant que déjà le prétendu cbevalier de laTor.-he, se croyant dômasipié, eût saisi un prétexte el se fût enfui...

— Nous n'aurions alors plus de doute...

— Est-ce (|ue tu en aurais encore?...

Diane rougit à la question de son amie.

— Hélas! non!...

Celle-ci la regarda avec inquiétude.

— J'agirai d'ailleurs comme tu voudras...

— Tu as raison, Claire, caclions noli'e émoiion... Descendons à la salle a manger. Scras-lu loi-mémc assez forte?

i.A iu;i.i.i: MiKiir

-- Oui...

r.«'I>eiuiaiit loiil à rii.Muv...

C'i'Uiil la suij)iiso. ..

— .\iioiis :

Diane et scm amie se n'uilin'nl il;uis la salle où loiis les convives ôtaient iTuni>.

Leur apparition fui très sympalhiqiiemiMit saliiôi'. Kn raison de son iiitli — position. Claire fut l'objet de noiiibrcuses marcjucs dinli'ivl.

Le clu'vaiier de la Torche n'était pas parli. Le hasard fil que Claire fui justement placée à cùtù de lui. Son autre voisin était le curé de Saint-Loup, souni au confessionnal el muet à table.

Diane était à côté de Georges de Marillan, pour lequel M. de Méricourl avait décidément une préférence marquée. Son autre voisin était Élienne d'Aimard, dont M. de Menon avait raconté les amours avec Kortunée, la lille du parde.

M. dWimard n'avait pas encore quarante ans. Son beau et noble visage, bruni par le soleil des pays chauds qu'il avait visités, portait l'empreinte d'une profonde tristesse.

Elait-ce le souvenir de Fortunée qui lui donnait cet air de mélancolie ? Quoi qu'il en fût, si ce n'était pas un des plus gais convives, c'était toujours un des plus spirituels.

Le repa> se p is.>a connue si rien n'avait eu lieu. Le chevalier de la Torche se montra superbe d'audace. Il fut on ne peut plus empressé et galant auprès de Claire, qui avait de la peine à garder son san^^-froid.

Elle se dirait, en effet, que le misérable qui était à côté d'elle était la cause de ses malheurs. Elle se dirait qu'elle n'aurait qu'à élever la voix pour le faire chasser ignominieusement. Nous savons pourquoi elle ne le faisait pas.

Claire pensait aussi à Diane, sur la ligure de laquelle elle voyait toujours l'inquiétude et la pâleur. Enfin, le repas toucha à sa fin. Avant de se lever de table, le chevalier se pencha vers sa voisine.

— Vous m'avez reconnu? dit-il.

— Misérable!

— Silence! Si vous me trahissez, si vous ne dites pas à M'" de .Méricourt que vous avez été victime d'uue ressemblance, malheur, malheur à vous !

— Je vous brave !

— La vie d'Auguste me répond de votre obéissance. Claire devint horriblement pâle.

— Que dites-vous? balbutia-t-elle.

— Ah ! ah ! c'est à votre tour de trembler.

— Non. Vous ne savez pas même ce qu'est devenii celui que j'aime.

LA KKLI.K MIKTTK 103

— Je vous jure i\n"\\ t'st on mon poiivoii'!

— Infâme !

— >Iodércz votre courroux. On nous observe. Si vous me perdez, je nie fais vciiser par mes compagnons sur votre amoureux.

— Mon Dieu, mon Dieu, je ne puis croire cet liomme, et cependant... Le chevalier semlila avoir une idre subite.

— Voulez-vous une preuve de ce que j'avance?

— Donnez!

Le bandit sortit un portefeuille à la dérobée et en retira la leltre que Claire avait écrite à Auguste et qu'il avait lue dans le souterrain, tandis ifue Miette écoutait.

La jeune fille fut accablée.

— Oh! vous l'avez tué, dit-elle, car il n'est pas possible que vous ayez pu lui prendre vivant...

De grosses larmes brillaient dans ses yeux. M. de la Torche eut peur de cette douleur.

— Prenez garde, murmura-t-il, ou vous êtes perdus tous deux. Cette lettre lui a été dérobée de vive force, mais il vit.

A ce moment. Diane s'apercevait d;i trouble de son amie. Le repas était entièrement terminé; elle se leva et s'approcha d'elle.

— Que t'arrive-t-il ?

— Rien, rien, répondit la jeune fille, à qui Jeannot avait jeté un nouveau regard menaçant,

— ïu me caches encore quelque chose. Serait-ce un autre chagrin?

— Cette fois, je n'ai rien de plus à t'anpi-endre. C'est moi qui...

— Tu disais que tu serais si lorte!

— Hélas!

Tous les convives s'étaient levés.

Georges de Marillan s'approcha de M'" de Méricourt.

— Vous avez été assez bonne pour me dire, mademoiselle, que vous accepteriez mon bras...

Diane n'osa pas refuser.

— Volontiers, monsieur.

Le chevalier d'Aimard s'avança à son tour vers Claire.

— Mademoiselle veut-elle m'accorder la même faveur?

— Merci, monsieur, mais je me sens fatiguée et j'ai besoin encore d'un peu de repos. Je demande, au contraire, à Diane la permission de me retirer dans sa cbambie.

— - Tu n'as pas de permission à me demander ici, Claire. Tu •'< di.'/ toi. Te sens-tu donc encore indisposée?

i.A lu.i.i.K Ml Kl ri:

— Non, dans un momont. j«^ serai là.

— Ne te i;«ine pas. je r.Mi pri.' !

Ktiennc d'Aimard sinclina cl sorlit ù la suile de Diane el de ficorges.

Claire, acaldre, sr laissa lomlier sur un sii>i;e. lOlle allait se relever (|iian(l I<^ chevalier de la Torche s'aj^procha d'elle.

Je veux hnjt savoir, dit-il d'nii ton bref. (Jii'avez-vous raconté à M"" de Méricourl?

— Je lui ai raionté ce (pi'il m'a plu.

Jeannot saisit Claire par le hras, ipi'il serra forlenienl. Celle-ci poussa un cri.

— Cel.i \ou> apprendra à faire l'insoltMite !

— Likhe î lâche !

— Parlez, ou sinon... Songt'z-vous à cecjue je vous ai dit?

— Vous êtes assez infâme pour commettre un crime !

— Je l'avoue, je suis assez infâme.

— Comme vous avez su tromper la conliance de mes parents!...

— N'est-ce pas que je suis habile? Mais on dirait rpie vous voulez gagner du temps et ce n'est pas ce qu'il me faut. Ilâtez-vous de me lôpondre. De t\wn est donc instruite la lllle du haron?...

— Elle n'ignore rien. Je lui ai dit qu'il y avait une vipère qui s'était glissée dans ma famille sous un nom volé, sans doute, et que cette vipère, c'était vous.

Le chevalier affe^ ta un air riant.

— Et puis?

— Je lui ai dit qu'un vol avait été commis chez nous et que ni mou grandpère, ni moi, ne nous étions trompés sur son auteur.

Le misérable ne put retenir un mouvement de colère.

— Vous avez dit cela?

Claire soutint le regard du chef des Incendiaires.

— Je l'ai dit. Est-ce que nous avons fait erreur? Le chevalier croisa les bras.

— Continuez!

■^ La vérité ne vous blesse donc pas?...

— Je méprise des injures dont je me vengerai.

— Ah ! faites-moi tout ce que vous voudrez!

— Vous n'avez rien à craindre, vous, mais votre amant?...

— Eh bien?

— Je le tueiai !

Claire bondit comme une lionne

— Vous ne ferez pas cela!

Mrs camarades se chargeraient de ma vengeance. iP. IT" )

— Je le ienii.

— Je saurai bien vous en empêcher.

— De quelle manière?

— Ne puis-je vous livrer à la justice?

— Je vous l'ai déjà dit. Mes camarades se chargeraient de ma vengeance. Ils poignarderaient Auguste!

Claire, désespérée, dit machinalement :

LIV. 1 i. — TnKODORE HENRT. — r.A BELLE MIETTK. — ÉD. J. ROUFF ET c'«.

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