‹ La belle MietteChapitre 16 sur 200 · LIV · texte numérisé non relu

LIV

lue l.,\ liKLI.i: Mir.lTK

Alors, qufti moyen?

Il n'en oxi^tP nu'un, criiii do \o\\< soninottrc à me? volontés.

Jamais!

Prenez i^ardo dabiiser do ma patience.

— 0'< ordonne/.-voiis. monsieur, qu'exliiez-vous de m

— Dt'-mrnloz tout co. que. vous avez dit. Allez trouver M"" de M(^rironrr, prétendez a"Voir fait erreur ;\ cause d'une ressemblance as>e/. orrande, il est vrai, mais nnll-^m-nt impossilde. Du reste, vous ave/ reconmi mamlenanl ;i des silènes certain^ qu'il n'existe aiKun rapport réel entre le clievilier di* la Torche et M. Marcel.

— Mais c'est une perlidie que vous me conseillez... Vous vouhv, (fue je trompe ma meilleure amie ma sœur.

— Ne préfërc'z-vous pas votre amoureux? Choisissez entre elle et lui... Claire tordit ses mains.

— Éloignez-vous, dit le chevalier de la Torche, il est de notre intérêt ù lousles deu?; que l'on ne nous voie pas ensemble. Allez rejoindre votre amie, êl rassurez-la.

L'amante d'Auguste s'était assise dans un fauteuil. Épuisée, elle ne bougeait pas.

— ■ N'étes-vous pas heureuse? dit Jeannot. Les obstacles qui existaieni entre tous et Auguste ne sont plus, puisque M. Marcel se retire. Il vous sera facile de persuader à vos parents que votre bien-aimé n'est pas coupable. Ils lui donneront votre main pour le dédommager. AllonsI plus de larmes! que diable! Vous n'avez donc pas peur de ternir l'éclat de vos jolies yeux, car ils sont beaux, ▼os yeux, très beaux môme? La meilleure preuve que je vous dis la vérité, c'est que j'ai essayé de les avoir en ma possession, ainsi que votre charmante personne, et que si vous le vouliez encore...

Le jeune homme s'élait doucement rapproché de la pauvre enfant qui, le regard fixe, accablée par le chagrin, était loin de prêter attention à ses discours

Enhardi par le mutisme de Glaire, le chef des Incendiaires se laissa tomber à genoux. Son bras entoura la taille de la jeune fille.

L'amie de Diane, épouvantée, poussa soudain un cri et se leva.

— Qu'avez-vous? dit le chevalier surpris.

— Vous êtes le plus méchant et le plus vil des hommes. Vous joignez l'in- >uileà la cruauti'I Je vous hais autant que je vous méprise!

— Ah!... Moi qui me laissais attendrir! Dites après que c'est une bonne cho>e que d'écouter parler son cœur!

— Vous raillez encore?... Dieu vous punira!

— La bonne plaisanterie!... Peu m'importe qu'il me châtie, pourvu que vous m'obéissiez, et vous m'obéirez...

LA ni:i.i.i': MiKTiK iût

Le chevalier avait quille son air leiidrc pour devenir de nouveau menaçant.

— V'ous m'obéirez, répéta-t-il encore une fois, avaiil de quiller le salon. Claire resta seule. Son désespoir était immense,

— Troniper Diane, jamais! disait-elle. La laisser aimer ce misérabl'', l'épouser peut-être, non, je ne le ferai pas! C'est mon devoir de la prévenir, c'est mon devoir de découvrir la vérité entière !

Absorbée par ces tristes pensées, Claire ne s'apercevait pas de la présence dans l'apparlemcnl d'une personne qui venait d'y entrer.

La nouvelle venue n'était autre que la MicUe qui, surprise de voir Tinfortunée se lamenter, s'était arrêtée à quelques pas d'elle et restait silencieuse.

Miette connaissait Claire qu'elle avait vue plusieurs fois au château en compagnie de M"" de Méricourt. La nièce de Glaniart éprouvait même quelque amitié pour celle qui, en ce moment, se désolait.

Nous n'avons pas fait connaître au lecteur comment il se faisait que la petite mendiante était admise chez Diane. Il nous suftlra, pour tout expliquer, de rappeler une anecdote que nous avons racontée au commencement de cie récit et qui nous avait semblé nécessaire pour dépeindre !e caracLcrc de notre siuLTulière héroïne.

Un jour, Miette, dans ses courses vagabondes, était passée près du château de Mericourl. Elle eut la fantaisie de pénétrer dans le jardin, d'où elle monta sur la terrasse.

Dans une superbe cage se trouvait une tourterelle blanche qui faisait les délices de Diane et que la jeune fille aimait beaucoup.

Cédant au fatal penchant qui là poussait à s'emparer du bien d'autrui, la Miellé ne réfléchit pas. La cage fut bientôt ouverte et la tourterelle volée.

On se souvient du reste. La nièce de Clamarl lit voir le gracieux oiseau à son ami. Pierre, et, comme celui-ci était honnête avant tout, il obligea l'enfant à rendre ce qui ne lui appartenait pas. Miette montra le jour suivant au cordier une pièce d'or qui lui avait été donnée pour sa récompense.

Diane avait aussi engagé la petite a venir la voir et celle dernière avait obéi Volontiers. La belle et jeune demoiselle fut si bonne à son égard que la lilletle passa bientôt des journées entières auprès d'elle.

Diane était généreuse à l'excès. E;le lit habiller plusieurs fois la mendiante, qui ne lardait pas à être déguenillée, car ses habitudes s'opposaient à ce qu'elle gardât des vêlements neufs. Elle aimait par goût ii courir pieds nus dans la poussière. Agile comme un écureuil, elle grimpait sur les arbres, escaladait les murailles le plus souvent poir son plaisir, mais quebiuefuis aussi [lour voler des fruits ou s'emparer d'un objet à sa convenance.

Diane s'était attachée à celle créature bizarre qui avait (pielque ciiw-c de la nature capricieuse de la chèvre.

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— Le jour de ranniversaire de ni;i naissance, ul' iiiani[iie pas de venir, je veux te faire un cadeau, avait-elle dit à Miellé.

Celle-ii n'avait eu garde de inantiuor au rendez-vous.

Nous savons tout ce qui lui est arrivé avant son entrt'e an chàieau. Elle n'avait pas encore vu son ami et sa proleclrice. Le chagrin de Claire Tùtonnait lort dans cette denieuie où elle ne s'altondail qu'à trouver K- conltMilcMirnl cl la joie.

L'amie de M"* de Méricourt continuait à verser des larmes de désespoir. Soudain, elle semMa avoir pris une résolution. Elle passa rapidement son mouchoir sur les yeux et se leva. Ce fut alors qu'elle se trouva face à face avec la lillelt.'.

— Toi, iMielle! dit-elle avec une sorte de frayeur.

— Oui, moi!

— Que viens-tu faire ici?

— Rien, j'entrais par hasard, mais je voudrais bien vous apporter une consolation.

— Pauvre petite, il n'est nul remède à ma douleur

— Qui sait! Confiez-la-moi.

— Non... il me faut partir !...

— Où allez-vous, mademoiselle?

— Je rentre à Marseille. Je suis inquiète pour mon grand-père.

— Avez -vous prévenu M"" Diane?

— C'est inutile. Je chargerai quelqu'un de ce soin. Toi, par exemple!

— Moi en qui vous manquez de confiance?

— Ma mignonne, à quoi me servirait-il d'en avoir? Claire embrassa avec tendresse Miette.

— Ne m'empêche pas de quitter cette maison... Adieu!

La nièce de Clamart rendit son baiser à Glaire, qui monta ensuite à la chambre de Diane. Quelques minutes après, ses préparatifs de départ étaient faits el elle redescendait dans la salle du rez-de-chaussée.

— Me voilà prête à m'éloigner, dit la fiancée d'Auguste. Triste, bien Iriste fêle que celle-ci! Et dire que j'espérais y trouver quelques consolations à mes maux ! 0 mon Dieu! vous êtes impitoyable! Lorsque vous frappez vos créatures, votre bras tout-puissant ne s'arrête plus... Allons!

Claire s'approcha de la porte, mais elle recula bientôt. W" de Méricourt venait d'apparaître. Elle était suivie du chevalier de la Torche.

A la vue de Claire, elle eut un geste presque impérieux.

— Enfin!... Mon amie, dit-elle, il faut que tu m'aides à démasquer cet homme.

LA BELLE MIETTE iOJ

La fiancée d'Auguste recula pâle, épouvantée.

— No t'('tail-il pas connu avant de le rencontrer ici?...

L'amie de Diane sentit encore ses forces l'abandonner. Derrière M"" de Mérii'ourt, elle voyait le visage menaçant du misérable.

Le chevalier s'élança vers elle comme pour la soutenir et lui prit la main.

Diane répéta sa question.

Le chevalier étreignit tellement le poignet de l'infortunée qu'elle élouiïa un cri de douleur.

— Parle, Claire, parle, mon amie. Cet homme-là n'est-il pas un imposteur?

— Non...

— Comment?... Que signifie?... Ne m'avais-tu pas dit que lui et M. Marcel ne faisaient qu'un?

— Je m'étais trompée.

— Alors, rien n'est vrai?

— Rien n'est vrai.

L'infortunée Claire baissait les yeux comme une coupable.

— Pardon! disait-elle, pardon!

L'agitation de Diane, quoique ayant une autre cause, n'était pas moins grande.

Elle alla vers le chevalier :

— Moi aussi, j'ai à vous prier de me pardonner, monsieur. Je vous conjure d'oublier mes injustes accusations, je vous supplie de ne pas trop m'en vouloir de mes dures paroles. Je vous avais cru indigne de moi, c'est moi qui suis indigne de vous, parce que j'ai ajouté tout de suite foi à une fable absurde. Vous êtes le plus noble et le plus généreux; des hommes, car, au lieu de vous indigner de mes paroles, vous vous êtes contenté de dire que j'étais la victime d'une erreur et vous aussi.

— Mademoiselle!

— Il faut que je me recueille un moment; j'ai besoin d'un peu de repos. Nous nous reverrons à la fin de la journée, n'est-ce pas? Vous ne vous en allez pas de sitôt, monsieur.

— Non, car je voudrais rester jusqu'à la fin de ma vie...

Diane tendit la main au chevalier. Celui-ci se mit à genoux pour la baiser.

— Céleste Diane !

— Au revoir, monsieur de la Torche, au revoir!

M"°de Méricourt était sortie pendant que Claire avait achevé de s'alTaisser sur un fauteuil.

Jeannol eut une exclamation de triomphe.

— Je suis vainqueur, dit-il, grâce à mon audace. Oh! le proverbe est

no LA i5i:i,i I. MiinTi-:

bion vrai! Tout autre que moi eût recardè la puilie coiuiiii' penlue. J";ii lniti', el Mtila quVile est plu< l.»olie »iin> jamais !

Les regard:? du chevalier se poi tèrenl sur Claire.

— Peste soit des feniines, di'-il, <\n\ s'évanouissent anssilAI. Je ne jinis jias Iai>ser celle-ci en cet rlat. Son amie n'aurait ([u'à revenir en mon ah^'iice. Il serait bien facile de lui faiie avouer qu'elle a incnli pour sauver son aniaiil. Mais comment la rappelerà elle? Si je la portais sur la t<rrasse, l'air pounail peut-être...

Le chevalier se baissa.

— La belle taille, les beaux cheveux! lit-il. Due que j'avais rêvé aussi twus ces trésors... Vrai Dieu ! c'est domiuage !

Il souleva Claire pour la transporter au dehors. Seulement, il la j)ril de telle manière que sa bouche eflleurait le cou de la jeune lille. Il ne put srmpccher dr^ céder à la tentation de l'embrasser.

L'amie de Diane frissonna comme si un serpent l'eût piquée.

Ses yeux se rouvrirent.

— Vous, encore vous! fit-clie.

— Ne vous elTrayez plus, ma belle amie, j'ai de vous tout ce que je dé>iruis, c'est-à-dire la rétractation...

Claire frissonna.

— Vous étiez évanouie, je vous secourais par humanité. Vous pouvez maintenant vous retirer.

La ni!e du mercier voulut so: tii-.

Le chevalier de la Torche la retint une dernière fois.

— Surtout, de la discrétion!

Claire eut encore un geste de dédain, puis la porte se referma sur elle.

— Elle me méprise, elle me hait, mais elle me craint... Elle se taira, e c'est tout ce qu'il me faut! En tout cas, je veillerai de ce côté! C'est égal, mon baiser a produit un drôle d'effet sur cette suave fille, car elle est suave... 11 l'a fait immédiatement revenir à elle. Jeannot, Jeannot, mon ami, ton plan primitif n'était pas désagréable. Tu voulais deux fortunes et deux femmes : AI"" de Méricoiirt pour épouse légitime, Claire pour maîtresse. J'adore les cheveux bruns et les cheveux blonds... L'une a la chevelure presque noire et l'autre presque dorée... Que faire à présent?

A ce moment, un valet du château pénétra dans l'appartement. Ce, domestique n'était autre que celui à qui le chef des Incendiaires avait, à son arri-. vée, confié son cheval.

— Monsieur, dit-il. il y a un homme qui vous demande.

— Moi!

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