LE CAMP DE LA T H AN S P G HT ATI ON
L'émotion est toujours vive à bord d'un navire, lorsque, après une lon.:uc traversée, le but du voyage est sur le point d'être alteint.
La terre annoncée par la vigie élait bien la Guyane. Elle apparut d'abord comme une légère brume à l'horizon.
Les forçats s'agitaient derrière leurs grilles comme des rats dans une souricière. Les malheureux regardaient avec avidité et se dispulaienl les places près des sabords.
l.'Allirr eut bientôt connaissance des Connétables. Ce sont d'énormes rocher- qui montrent leurs tètes chauves et inégales au-dessus des llols jaunis.
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Il y a lo u'iMiul el le polil CoiiiK'-lahlcs i|iii scrveiil lnii-> deux d'asilo à des iluanliU's innonibrahles d'oi-t'aii\ df mt'r.
Il est d"iisa^'e, en passant, de salinM* le m'and (^onm'ialile d'un r()ii|i de, canon riiargi'' à niiliMille q li l'ail plus de Itriiil (jne de mil el a pour résuiUl de tau'e envoler les paisibles habilanls du rocher. Us s'ôlèvenl par myriade-: en poussant des cris assourdissant^^.
Cette eoatume, (|ui éiraie les i''ipiipafjes. avertit Cayeum' de rapi)r().'tii' d'un navire d'iùiropi".
Nous ferons 'j^vdco a nos lecteurs des détails du voyage de Y Allifr au milii'U des iles de Remire. Ce srroupe est formé des ilols le Père, la Mère, les Deux- Killes, le Malingre.
La corvelte, pas'^anl devant Caycniie où elle ne pauvail pénétrer à cause de l'enNaseiniMil de la rade, continua sa roule vers le nord-ouosL jusipi'aux îles du Salut qui ollrent un bon mouillage, el, de plus, sont le siège priiici|ial des élal>li.-sements pénitentiaires do la Giiyane.
Les iles du Sahit sont au nombre de trois : l'île Royale, l'île Saint-Josepb el l'île du Diable. Celle dernière est à une demi-lieue au large des deux autres. C'est celle qui a l'aspecl le plus triste et le plus désolé. On ne voit pas la plus petite trace de végétation sur ce grand banc de sable battu par tous les vents de la mer. En i8o4, le gouvernement issu du 2 décembre y Iransiéra cependant les déportés politiques 1
Un canot apportait deux fois par semaine des vivres à ces viclimes du droit qu'un commandant eut un jour la barbarie de railler :
— Vous êtes là entre vo;:s, leur dit-il; c'est une occasion uniijue pour mettre en pratique les dilTéienls systèmes qui doivenl assurer le bonheur de rimmanilé, et vous installer tout à l'aise en république démocratique el sociale, voire même en phalanstère, si les idées de Fourier vous sourient davanlage.
Ce commandant était peut-être un émule du capitaine Delaporte de la Baijonnaise.
Les forçais de V Allier devaient débarquer à l'île Royale qui était le dépôt central où les navires venant de France versaient momcnlanémeat les convois de Brest, Rochefort et Toulon.
Classés ensuite par catégorie, les transportés, c'est le nom officiel substitué à celui de forçat, restaient délinitivement sur les îles, ou étaient diiigés sur les autres élablissemenls de la colonie.
L'île Saint-Joseph était réservée spécialement aux repris de justice.
11 était déjà assez lard lorsque les passagers de la corvelle furent invités à quitter leurs cages. 11 fallait se hâter, car, dans ces contrées, à quatre degrés de léquateur, le crépuscule ne dure guère et la nuit vient vite.
On eut cependant le temps de mettre les 182 forçais à terre et de les
LA in:i.i.i: Mir.i ii;: oin
diriger v.ts le camp de la traiispoi-talion, c'esl-à-dire vers l'ensemMe de baraques où Ie;;r5 confrères, arrivés par les précédoiits transports, rtaicnt déjà parqués par escouades, sous la surveillance de gardiens et de soldats.
Le nombre ofliciel des cond.imiiés, partis pour la Guyane avant ceux do V Allier, était de 1735. Un millier étaient restés à l'île Royale où on leur faisait travailler aux routes, aux constractions, au déchaigement des navires.
H y avait aur^si des forges, une menuiserie et une fonderie où ils étaient employés. Pour les moins robustes, on avait établi des ateliers de confection dans lesquels on faisait des sabots, des eh ipeaux, des eiïets de toutes sortes, des meubles pour le service général.
Maillone et ses compagnons apprirent que la rémunération variait de .0 â 10 centimes par jour. Us firent la grimace,
— Si jamais nous amassons ici des rentes, cela ni'étonnera bien, fit Donnela-Mort.
— Malheur! dit le Roulottier, on nous exploite.
— Ça t'étonne?
— Non, par exemple!
• — Eh bien alors ! Et puis quel besoin avons-nous d'économiser, puisqu'on s'est engagé à nous loger et à nous nourrir à perpétuité?
— C'est vrai que nous avons des gourganes sur la planche.
— Et des coups de bâton!
Jusqu'ici, la Guyane ne répondait guère à l'idée que l'ancien marin lui-même s'en était faite.
11 connaissait les Antilles et avait admiré le splendide panorama qui frappe le navigateur quand il aborde ce florissant pays. Rien n'est saisissant comme CCS grands pitons dont les cîmes boisées se perdent dans les nuages, rien n'est agréable à voir comme les immenses cliamps de caimes qui déroulent jusqu'à la mer leur riche tapis de verdure !
La côte de G ivenne n'est formée généralement que de bancs de vase, siii lesquels poussent, noyées en partie à la marée haute, des plantes grasses, au maigre feuillage, appelées palétuviers. A pirt quelques collines peu élevées qui se montrent de loin en loin, la terre n'est dessinée à l'horizon que par celte ligne de chétifs arbrisseaux'.
De l'île Royale à la C(Me la plus voisine, celle de Ivourou, il y a quatre lieuc^. On va à Cayenne en cinq heures de bateau à vapeur.
L'ile Royale se compose de de ix mamelons de forme conique. Une étroite vallée les sépare. Si le niveau des eiux s'élevait de quelques mètn.'s, il v au ait là deux îlots.
Le déboisement a été opère M uoc i.iiuu trop cm m-MVi;. La i.oalcai ioii:;f brun des terres alterne a\ei- le veil lo.icé ipii est la nuance de 1 1 véu'élation de
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la Guyane. Touios les maisons sont constniites en Ixms. Une seule avait nn aspocl un peu nionumonlal, c/iHait celle du coiiinandant siiijrricur. La chapelle, dont la llt'olu» pointue douiine Ihorizoïi, n'rlait jias encdie ("■diliÔL'.
1,»' camp de la tiansporlatioii ("lait construit sur ut» vasle pl.iWMu. Pour s"y rendre, il fallait gravir un sentier crcMi-r dans le roc, aux pieds duiiucl riait la pelilc valli^e d'une pauvreté navraiitr, Ouelques maigres arlirissoaii\ v poussent, (lotit les racines chercluMil eu vain, entre les cailloux, un peu di' Ifirc vcgétale et dont les branches sont continuellement fouettées par un vent violent '.
Le camp est divisé en cinquante cases on planches et disposées sur do glandes aviMiues tirées au coi'deau. La première de ces avenues est haliitée par les bœii/s du travail qui elTectuenl les travaux exigeant le plus de vigueur. Les autres sont réservées aux industries (pie nous avons déjà citées. A chaque bout d'atelier se trouvent les pelotons ou habitations des condamnés.
Dans chaque case, des barres étaient scellées d'un bout à l'autre avec des crochets pour tendre les hamacs. Au-dessus était un rayon où les transportés mettaient leurs sacs. Au milieu, une aulie planche servait à ranger les |)lals et les gamelles.
Les forçats n'étaient guère mieux en cet endroit qu'aux bagnes de France. Ils n'avaient que l'avantage de ne pas avoir la chaîne, portée seulemeni par le peloton de correction avec le costume traditionnel rouge et jaune -.
Ce peloton se recrutait parmi les hommes incorrigibles, les évadés, les paresseux; il était chargé de la besogne la plus ingrate et la plus pénible, des plus rudes corvées; c'était une punition plus ou moins longue qui, avec le cachot et les coups de corde, formait le système répressif.
On sait qu'actuellement la bastonnade est abolie dans les péniîenciers de tous genres.
L'uniforme des transportés ordinaires se compose d'une chemise, d'un pantalon de toile grise et d'un chapeau de paille.
Les forçats de V Allier furent peu charmés de leur nouvelle condition. Ceux qui avaient volontairement quitté le bagne de Toulon, sur les promesses qui leur avaient été faites, se montraient surtout navrés.
— .\vais-je raison? disait Maillone.
— Je n"ai pas encore vu de serpent boa.
— Attends, attends, Roulottier.
— El les femmes dont on nous avait parlé ? fit Gérard.
— Comment ?... Il te fa:it des femmes !
— Évidemment, puisqu'on veut nous marier...