LIV. 117. — TnÉODOriE oenhy
i.A nRi.r.r. mirite. — éd. j. iiofFc et c'«.
930 i.A I5i;i.i.i: Mii;rrii
— On l'a aoquillfi'?
— Le crrand diable de jtroi-iiieiir (pii paiiait cdiilit' ikmis a on btMii se dènu'iuT... la Irailcr cominc pas une. — l".n \'li un qui, si jamais je l'ai à portée de ma main, passera un vilain (luarl dlicure. — Ïj's jurés l'ont crue Manche comme neige... Le président a eu l'air lr'>s einuiyé (rdrdomier sa mise en liberté, mais il lui a fallu s'y décider, quoique ra nuisit à son avancement do n'avoir qu'uiu^ tdndamnation dans cette alTaire...
— - Tu crois ça?
— Jen suis sûr... Lo'.îisclte, au lieu de se dépêcher de décairer comme ça se fait irhabitiide, est restée dans la salle d'audience savoir ce que j'allais attraper .. Situ avais vu comm(> elle a piaille lorsqu'elle a entendu qu'on me t:arderail toujours...
Ouand le Roulollier pariait de sa maîtresse, son visage s'illuminait, son teint blafard se colorait.
L'amour est un sentiment si beau qu'il relève même les êtres le plus dé- L'radès lorsqu'il se manifeste chez eux. Alex.is Médard fut surpris du changement qui s'opérait chez le forçat.
— Ah ! ne va pas comparer ma Louisette aux. souris de maison centrale (pie le gouvernement nous enverra quand il y pensera...
— Ne dis pas mal des détenaes des maisons centrales, dit Gérard. J'en ai beaucoup vu, moi, puisque j'étais gardien à Montpellier avant mon mariage... Je t'assure qu'il y en a de jolies.
— T'étais là comme un grand Tare, polisson.
— Malheureusement non... Depuis qu'il y a de satanées religieuses, nous restons à la porte... Autrefois, c'était pas comme ça.... On enavait môme trop... Ça rendait poitrinaire...
— A ce point?...
— Je me rappelle qu'il y en avait une, au moment de mon départ, avec laquelle je me fu^se volontiers payé un caprice... Une belle fille qui s'était évadée avec le médecin de la prison...
— C'est curieux.
— On l'a arrêtée en ville, dans un hôtel meublé où elle s'en donnait avec son amoureux.
— Quel inconvénient y avait-il à ça?
— Aucun... j'ai regretté même de ne pas être l'amoureux quand j"ai vu rame'ner à la piison celte créature qu'on avait emballée presque toute nue dans une voit:ire... Il m'a fallu aider à la transporter, car elle était évanouie... J'ai aperçu alors de superbes nhiets...
— Tais-toi, débauché... Rien que de t'entendrc, l'eau vous en vient h. la bouche... Et comment s'appelait celte femme?
LA i;i:lli; miktth y3i
— La femme Uarbe... ronipoisniintMi-^c de Marseille.
— J'ai assisti''. dit Alexis Médard, à rexposilioii de la femme Rarbe cl de sa mère.
— La belle Miellé?
— Oui, la belle Miette qui avait l'air de narguer la foule.
— C'est, dil le Rouloltior, ce qu'elle avait de mieux à faire... .le me rappelle, moi, je tirais la langue aux. pantrcs.
Les forrats qui écoutaient cette conversation se mirent à rire. Us trouvaient charmante l'attitude que le Roulottier avait eue au poteau d'infamie.
Alexis Médard seul ne se montra pas émerveillé. Il se souvenait de ce qu'il avait ressenti la première-fois qu'il avait vu des criminels exposés.
Il lui avait semblé que c'était des êtres d'une toute autre espèce ceux que l'on vouait ainsi au mépris public... Maintenant sa destinée était de vivre avec ces misérables et de leur être assimilé.
Il méritait aussi d'èlre traité de celte manière... N'était-il pas aussi criminel qu'eux ?
En ce moment, Taltention des forçats au repos fut distraite par un incident inattendu. Deux nègres qui travaillaient dans le même chantier qu'eux s'étaient pris de querelle. Un cercle se forma pour les voir se battre.
Avant de s'élancer l'un sur l'antre, les hommes noirs grimacèrent horriblement.
Leur face se contracta et ils montrèrent leurs dents blanchc> comme de l'ivoire.
Us ne tardèrent pas à s'enlacer. Tons les deux étaient à peu près d'égale force. Si l'un était plus grand et plus lourd, l'autre était plus musculeux. Cette lutte fit la joie des spectateurs.
On encourageait les coniballanls par des cris de toute sorte.
— Allons, Tranquille!
— Allons, T'chimbo !
— Tranquille va l'emporter !
— Quelle raclée !
Tranquille essayait de peser sur T'chinibo pour le faire plier. T'cbiiubo, plus traître, avait tenté plusieurs crocs en jambe, qui, du reste, n'avaient pas réussi.
Tranquille était né dans le pays. C'était un ancien esclave auquel le décret ':i 4 mars 1848, proclamé à la Guyane le 10 juin suivant, avait donné la liberté.
T'chimbo était né sur la côte occidentale d'Afrique, dans le voisinage du Gabon. Nous lui devons une descripliou toute .spéciale, car il a fait beaucoup parler de lui dans l'ile do Cayenne.
T'chimbo, de petite taille, avai'^ sur des jambes courtes, un buste
(îéniesiirr-nuMit Ioiiî:, Sos l>i;is au<si t'^tiiit'iil d'iiiie loiiL,MkMir ptMi ordiiiairo. 11 eilt pu nuuclior à (]iiatri* pallos sans presque se g«îner.
Sa tiMe iroliiMie s'appuyail sur un cou de taureau. Les lèvres ('laicnl di'mesurénionl t:ro>ses ot les \eux à lleur de l(He. Ses dents de devant lirni'cs, d'après la coutume de sa race, donnaient à sa ]iliysionomie un cachet de f«''rocit6 inouïe.
Il ressemblait réellenu'ul au i/Jinfr, ce gorille dont tous les naturalistes signalent les apj)étits sensuels et les inslincls mallaisaiit^.
T'cliimlio (Mait plus c;énéraleincnt apjielè le Hon.Ljou, du nom de la trihu dans laquelle il èlail né. Il avait déjà plusieurs fois signalé son caractère malfaisant et mérité des peines correctionnelles variant de 8 jours à 3 mois d'emprisoiHiemenl. C'était une nature farouche et cynique. Quand on l'avait enrôlé pour la fiuvane, on avait fait un bien mauvais choix.
— Tu périras sur l'écliafaud, lui disait-on souvent.
— Je le sais, répondait-il, la Métisse me l'a prédit !
Il avait évidemment provoqué Tranipiille, neutre très honnête et très doux qui méritait bien son nom.
T'chimbo avait paru fort étonné de voir son adversaire si bien se défendre. Un moment même celui-ci eut presque l'avantage. 11 asséna sur la tête crépue du Rongou un coup de poing qui l'étourdit légèrement.
Tranquille se crut victorieux. Il lâcha T'chimbo, mais ce dernier eut un rugissement.
Il recula de quelques pas, puis, prenant son élan, se jeta sur le nègre de la Guvane. Ce n'était plus un être ayant une ressemblance humaine, c'était une bête fauve, un animal terrible, qui, avec ses griffes, ses dents, allait déchirer sa proie.
Il mordit d'abord Tranquille au visage, puis avec ses ongles crochus lui déchira la poitrine.
Sa victime poussait des hurlements de douleur.
La vue du sang ne fit qu'irriter la fureur de T'chimbo. Ou eût dit qu'il allait dévorer son ennemi.
Les surveillants, les forçats eux-mêmes, comprirent qu'il était temps d'arrêter le Rongou, mais il opposa une vive résistance.
Il ne fallut pas moins de cinq ou six hommes pour le maîtriser et pour le conduire à la maison du commandant. Celui-ci ordonna qu'on l'emprisonnât 'Tranquille fut transporté à l'hôpital du camp tenu par des religieuses.
L'hôpital était installé dans huit cases. Les maladies les plus communes que l'on y soignait étaient la fièvre et la dysenterie. Il y avait aussi les blessures et les piqûres d'insectes.
Il parait que les forçats étaient souvent atteints par un insecte qu'ils appelaient la chique.
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La chique était grosse comme une puce et se logeait ordinairement sous les ongles du pied.
En quelques heures elle s'était reproduite. La chair se tuniùiiail alurs et noircissait, formant une petite boule comme une chique de tahac.
Si on ne l'ouvrait pas tout de suite, la gangrène s'y mettait et l'on était obligé de couper le doigt et quelquefois la jambe. Or, malgré l'habileté des chirurgiens, les amputations sont toujours dangereuses à la Guyane.
A Thôpital aussi, il y avait les malheureux ayant nçu la bastonnade, qui étaient obligés de rester couchés sur le ventre.
Maillone, quoique appelé à recevoir du martinet n° 1 pour sa tentative d'évasion, n'était pas encore de ceux-là.
11 avait été recueilli dans un trop pitoyable état pour subir immédiatement la punition ordinaire. Il se proposait même de rester le plus longtemps possible à se guérir.
Tranquille fut placé à côté de l'ancien marin. H eut bientôt la fièvre et le délire dans lequel il ne cessait de répéter :
— Li méchant Rongou.
Quant à ce dernier, il réussit à s'échapper de la Maison-Rouge qui servait il la fois de prison pour les forçats et de caserne à Tinfantcrie de marine.
La Maison-Rouge était ainsi appelée parce qu'elle était con>lruite en briques rouges. Elle avait deux étages et une cave, c'était dans la cave que se trouvaient les cachots.
T'chimbo se sauva pendant la nuit, et on ignora ce qu'il était devenu. On eut à regretter plus tard de ne pas l'avoir mieux surveillé I...