L.\ in;i.M: mikite
des promenades de détenues eussent lieu dans les environs de Cayenne.
Oi» devait les conduire, comme par hasard, près des chantiers des condamnés.
La curiosité pousserait hommes et femmes à se regarder, et peut-éire l'amour ferait le reste, mais il était nécessaire que ni les uns ni les autres ne crussent subir une contrainte. Ce fonctionnaire connaissait le cœur humain.
Ce qui fut dit fut fait. Les prisonnières furent divisées en escouades de douze, surveillées par des sœurs de Saint-J<»seph-de-Cluny, à qui leur dévouement lit accepter un rôle un peu scabreux. Un des premiers chantiers visités fut la route de Cayenne à Baduel. Justement l'escouade qui y passait était composée de nos anciennes connaissances : Malvina, Miette, Clémentine, l'Amiraie. Il y avait aussi Louisette et Céleste.
Le gouverneur de la Guyane ne se doutait pas jusqu'à quel point le hasard allait opérer.
C'était le matin, au moment où la chaleur était encore supportable.
La sœur qui dirigeait l'escouade, en apercevant le chantier, parut vouloir inviter les détenues à rebrousser chemin, mais celles-ci, qui marchaient deux à deux, firent semblait de ne pas entendre et, continuant à avancer, ne tardèrent pas à se trouver devant Tendroit où les forçais travaillaient. Elles regardaient ces hommes qui, dans leur pensée, étaient destinés à devenir leurs maris, quand soudain un double cri se lit entendre :
— Louisette!
— Le Roulottier !...
Il fut impossible de les empêcher de se jeter dans les bras l'nn de l'autre et de s'embrasser avec transports.
— Toi ma largue'...,
— Toi, mon chéri!.,.
— Quel bonheur!...
— Quelle joie!...
Leurs yeux étaient remplis de larmes. Le Roulottier semblait surtout saisi.
• — Tu ne l'attendais pas à me voir? lit Louisette.
— Non, certes...
— Moi, jeté cherchais...
— En véiité!... Au fait, comment es-tu ici?...
— A cau^e de toi...
— De moi?...
— Quand j'ai appris en France que l'on allait envoyer à li Guyane des femmes de maisons centrales... j'ai voulu être de celles qui partaient cl je me suis fait pincer...
1006 I.A I! 1:1.1.1; MIiniH
— CoinillClU t's c^-iil i'i i^r .'...
- Dame, j'étais lùeii tMuliarras.si''C... 11 oM Sicile (h se faire iiicllre cw prison pour une luMise, mais pour une eliox; mave... J'ai clierclié à me rappeler les crimes de toules les femmes qui ('Maieiil eu prison lorsque je devais passer eu cour d"assi-es avec loi... Presiiuo loiiles avaient tué leur ijossr.
— Ah!
— Miti. j'avais pas d'eufaul. je \w pouvais pas le tuiM'... VA puis si j'en avais eu un, je l'eusse bien ainu'*, car il eùl été de toi, mou chéri I...
— Bonne petite Louiselte!...
— luie idée me vint alors... Je me rappelai comment tu aiTètais le^ roulottes.
— Par exemple I
— J'allai sur la môme route oîi on nous avait pris jadis... Dès qu'une voiture s'approcha, je me jetai à la t ''le dii cheval en ai^itant un couteau et en criant : La bourse ou la vie!
— C'est drôle.
— 11 y avait dans la voiture un solide gaillard qui s'imagina d'ahord que je plaisantais. 11 m'invita à laisser la bride que je tenais fortement; puis, voyant que je n'obéissais pas, il m'envoya un coup de fouet.
— Le lâche!...
— Je ne bougeai pas pour cela. Il descendit alors de son siège en disant: « C'est donc sérieux ! » Je vis qu'il avait envie de se cavaler et je le retins...
— L'imbécile...
— Par bonheur, un garde champêtre se trouvait dans un champ voisin. 11 l'appela, mais le garde champêtre crut, lui aussi, que c'était une blague. Je fus obligée de lui répéter plusioiirs fois que mon intention était de voler, que j'étais coutumière du fait et enfin que j'avais déjà passé en jugement avec un roulottier. Il se décida à m'emmener.
— Si ça t'eût embêtée il n'y eût pas mis tant de façons...
— Pendant l'instruction, je faillis deux, ou trois fois être mise en liberté et, devant le jury, j'eus beaucoup de peine à me faire condamner à dix ans... Il me fallut répéter à chaque instant que j'étais coupable... On n'a jamais eu une pareille obstination à vouloir innocenter les gens malgré eux..
— C'était rigolo !...
— Je te prie de le croire... Enfin, j'ai fini par réussir... Lorsqu'on a parlé à Clermont du départ pour Cayenne, tu te figures si j'y ai sauté dessus... Me voici... Je te retrouve... Tout est oublié.
Louisette et le Pioulottier avaient pu causer aussi longtemps parce que presque en môme temps une scène du même genre avait eu lieu et qu'une véritable débandade s'était produite parmi les forçats et les détenues.