‹ La belle MietteChapitre 165 sur 200 · I.A IJKl.Li: MIKTTK 10i · texte numérisé non relu

I.A IJKl.Li: MIKTTK 10i

Pierre Til et Céleste s'étaient également reconnu-^...

— Toi:...

— Toi!...

— En v'ià (le la cliancc ! . .

Ils s'embrassèrent avec autant d'effusion que le Rouiolticr et sa Inn/ue.

— Que fais-tu ici?...

— Tu le vois, on m'a fourré une pioche entre les mains et il faut que je la fasse fonctionner. Moi qui n'avais de goût que pour les alTaires de Course... scélérat de Lebuteux I...

— Tu le détestes comme moi...

-- N'est-ce pas lui qui m'a fait reprendre?...

— ■ Moi, il m'a deux fois perdue I...

Céleste raconta, elle aussi, à son amant comment elle était à la Guyane,

— Alors, t'es venue pour te marier?...

— Avec toi, si lu veux...

— Tu sais bien que ça me porte sur les nerfs le mariago...

— Je te calmerai quand tu seras ag-ité... Te décide— tu?... Pierre Til ne dit pas non.

La sœur et les surveillants eurent beaucoup de peine à séparer tous ces gens-là,

— Au revoir, le Roulottier !

— A bientôt, Pierre Til !

— • Bonjour, Louisclte !

— Bonjour, Amanda!..

Comme on s'en souvient peut-être, Pierre Til avait connu Céleste sous le prénom d'Amanda qu'avait adopté la pseudo M""" de Saint-Georges.

— .\près le départ des détenues, Gérard fit d'un air pensif à Maillone :

— Il y avait là aussi la mère et la lille...

— Qui ça?

— Les empoisonneuses de Marseille?...

— Eh bien?

— J'ai eu toujours un faible pour la filli'...

— C'est pas la première fois que tu le di; . ..

— Elle est belle femme...

— .Ma foi, si elle te convient tant que ça ..

— Que dis-(u?...

— Épouse-la, puisiiu'elle est venue ici pour le mariage.

1008 LA lîKLLK MIKITH

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KO lin or

liO soir mr-me de \cnv oiiIin'Yuo avec I.tmisotte et CiMc-^to, le rKiiilniiicr cl Pierre Til se liront iiiscriie sur la li-lc des Iraii^porlés ([ui dr^irairiii indlitci' du hénùlice de l'arlirle H de la loi de 18.')4el sollicilaieiit a la fois une couk; siori el une épouse,

fièrarii el >laillone avaient déjà donné leurs noms à tout hasard, mais on sait (jue l'aniMeii marin cliercliail une occasion de s'évader.

Ce ne fut pas senlement parmi les forçats de la roule de Caycnne à lîadiicl qu'il y eut, à la suite des promenades de déicnues, des inscriptions nouvelles. De tous côtés, les demandes allluèrent cl rcntliousiasmc succéda à la froideur.

Le fonclionnaire, qui avait eu Tiiléc de ces promenailes, dul se féliciter de sa clairvoyance.

Le Houlollier avait exprimé le désir d'inirupier ([ue son choix était fait, mais, sur le conseil de Maillone, il s'était alistenu.

— Faut pas montrer d'empressement, car cela pourrait inspirer de la méiiaace.

— Que veux-tu dire?

-^ L'administration comprendrait que tu as le plus vif désir d'avoir ta larijue pour lé'itime...

— Qu'importe !

Alors elle mettrait toutes soilcs d'obstacles, elle poserait toutes sortes de conditions... Elle te la ferait payer.

— Elle est bonne celle-là !

— Elle est vraie... Crois-en mon expérience... Il vaut beaucoup mieuK y aller comme à regret et se montrer prudent.

— C'est bizarre...

— Es-tu certain que ta Louisette ne s'en laissera pas conter par un. autre?

— Ahl pour ça, j'en suis sûr!

— Eh bien! ne te dépêche pas... Attends...

Pierre Til était moins pressé que le Pioulottier. Il hésitait à prendre Céleste pour femme.

— Moi qui avais résolu de ne jamais me marier, dit-il à Maillone qui était décidément le confident de tous.

LA IJEl.LK MIKTTK

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Ils avaient de la vase jusqu'aux ^^eiioux. (P. 10 IJ.)

— On cliangc souvent d'avis...

— En tout cas, je préféierais une jeune fille dont j'eusse J'c'lreMn.', (pii n'eût connu que moi...

— Ksl-ce que tu crains la comparaison ?

— l'ourquoi pas ?...

— C'est diiïéiviil...

I.IV. Il7. — TriKODOIlE UKMtV. — I.A HKI.I.K MIKtTK. — f.D . i. nû'TF RT C'«. I.IV. 127

1010 i.\ i:i:i.i.i-: MiKi'iK

Ainanda a eu un pou trop (ravciiluiTs.

— A'Ions donc !... Tu fais le tliMii-al... Faut p as (li'ilaii^'iier ca, mit» fciiimo (|m a lin peu d'oxpcM-itMire. l-U \n\\< «piaïul on se marie au iia'jnc. on n'a pas lo dr.ùt lit' faire le di li'-ile... Serve/ doni- diî la lleur d'oraii^'er à Monsieur!

Pierre Til n'i'it i>liis d'hésilalion cpiand il apprit que Leliulcux avait demandé la main de Céleste.

I.e bourreau avait su ipie son aiicioniie maîtresse se trouvait parmi les femmes arrivées par la For/i/zir.

Il espéra un moment que M"' de Saint-Georges le préférerait à Pierre Til à cause de la différence de situation.

Pierre Til n'était, en efTet, qu'un forçat, tandis (pi.^ lui, quoique condamné, se considérait comme un fonctionnaire du bagne,

Lcbnteux prolila de la liberté dont il jouissait pour faire immédiatement des déman-lies, aus<i ne larda-t-il pas à lui être répomln qu'il était repoussé avec horreur et indignation.

— C'est donc l'autre qu'elle ciioisit! fit-il avec rage.

Son visage exprima une haine violente. Ses yeux s'injectèrent de sang.

— Us me le payeront... Ils me ie payeront tous deux!...

Lebuteux eût voulu en ce moment qu'une nouvelle punition di'-.cipliuaire lui livrât son rival qui ne serait certainement pas sorti vivant de ces mains !

II fut informé, au contraire, que Pierre Til lui échappait, ce dernier étant destiné à être dirigé sur un pénitencier que l'on créait à Kourou, à l'endroit même oii s'était produit, dans le siècle dernier, l'épouvantable épisode qui a çrrandement contribué à donner à la Guyane son sinistre renom dans l'histoire coloniale.

C'était en 1763, sous le ministère du duc de Choiseul. La France venait de pi^rdre le Canada et la plus grande partie de ses possessions du nord de l'Amérique. On eut l'idée de regagner dans un hémisphère ce qu'on avait perdu (ians l'autre, et la Guyane parut une terre propice à cette entreprise.

On ramassa sur le pavé de Paris et dans les provinces de l'est douze ou treize mille malheureux qui, égarés par des prospectus mensongers, consentirent à faire partie de l'expédition. On les entassa tant sur des navires de commerce que sur des vaisseaux de la marine royale, et on les expédia à Cavenne, sous la conduite de M. de Ghanvalion, nommé intendant général de la colonie.

Après une halte passagère aux îles du Salut, on les débarqua sur la plage de Kourou ; mais les préparatifs quiy avaient été faits pour les recevoir se trouvaient bien insuffisants.

— L'aspect que présenta la plage à l'arrivée des émigrants suffira pour

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