‹ La belle MietteChapitre 166 sur 200 · A i!i:iJ.i-: MiiiiTi: un · texte numérisé non relu

A i!i:iJ.i-: MiiiiTi: un

donner une idéo dn cette inconcevable folie. Voici la di'srn|iii(iii (jii'en fait un témoin oculaire :

<( J"ai vu ces déserts aussi fré(iueiités que le Palais-Uoyal. Des dames en robes traînantes, des messieurs à plumet marchaient d'un pas léi,'er jusqu'à l'anse, et Kourou olTril pendant un mois le coup d'u-il le plus i:alant et le plus magnifique.

« On y avait amené jusqu'à des filles de joie ; mais, comme on avait été pris au dépourvu, les carbets n'étaient pas assez vastes, et trois ou quatre cents personnes logaient ensemble. La peste commença ses ravages, les fièvres du pays s'y joignirent et la mort frappa indistinctement. Au bout de quelques mois, dix mille personnes périrent. ■>

Le lieu ou s'accomplissait cette terrible catastrophe était situé à douze lieues de Cayenne, entre la rivière de Kourou et la rivière de Maroni.

Non seulement les arrivants n'avaient eu que des abris insuffisants, mais encore on les avait laissés sans outils, sans instruments d'aucune sorte. La confusion avait été à son comble, le désordre complet. Les distributions de vivres n'étaient elTectuées qu'irrégulièrement et d'une façon tout à fait insuffisante, la fraude et l'incurie régnaient partout.

Qu'on se représente l'horrible position d'infortunés transportés dans un pays et soas un climat nouveaux pour eux, inondés par des pluies torentielles, brûlés par un soleil torride, attaqués par ces mille ennemis q li, pour être petits, n'en sont pas moins féroces et pullulent sous la chaleur humide des tropiques I

La faim, la soif, la maladie torturaient ces victimes delà plus coupable des imprévoyances. La misère engendra le désespoir, les hallucinations folles. On vit des mères jetant leurs enfants du haut des rochers de Kourou dans la rivière et s'y précipitant ensuite.

Et pendant les sombres scènes de ce drame lugubre, dont h'< péri])éties fatales se déroulaient devant ses yeux, M. de Chanvallon, insoucieux et sceptique, montait un théâtre et faisait jouer des comédies et des arlequinades, ou bien passait son temps en de vaincs discussions avec le gouverneur de Cayenne.

Ce chef écrivit cependant en France le fâcheux état de la colonie et dévoila la conduite de M. de Chanvallon.

Le chevalier Tiirgot fut envoyé à la Guy.ine ; mais sa mission, a!i lieu d'être efficace jiour les colons, n'eut pour résultat que la destitution de M. de Chanvallon et la recherche de ses fautes. Au bout de trois mois M. de Turgol [larlil pour la France avec le fonctionnaire di-gracié, et les éinigranls restèrent plus que jamais abandonnés à eux mêmes.

De quatorze mille individus, neuf cent dix-hnil seulement survivaient en

1012 l.A 1:1:1.1.1: MIKTII'.

■17;)t). Maliiilfs, aiiiai^iis, iiiunlumil-. ils piinMil fuir onlin celle Irrre drlcstrc '.

Il rlail bien ]ionnis aux traiisporlr^ (|iii furciil ilii'mrs sur Kdiiiou d'.iMiir qiu'ltjiu' mrliaiioe, el repeiulanl radiniiiislralioii n'avait pas siMiloinciU riiitoiilioii d'y iiislallor un péiiilonriiT. Kllc voidail y rlaMir le IxToeau i\o la sociêlé fiilure. y Irailor les deux ,i:rand('< (pu'.Nlions do la irsui rcilidii de raLiricnlliirc, coloniale au niovi-u de tiavailliMir.'^ lilanrs cl d(! la moralisalion des Iraiispoilrs par le travail.

A l'i-poipic où so passe notrt' rccil, clic j)i'(''luilail aux essais [ihis sérieux qu'elle devait continuer au Maroni.

Les hommes qui faisait partie du C'Mivoi que l'on devait diri,i,'er sur Koiiroii avaient tous élè choisis sur les pontons de CayciHic. Ceux d'entre eux qui avaient demandé à se marier réclamèrent, mais on leur fit observer que l'élahli.ssemenl que Ion V()ulait fonder était précisément destiné à satisfaire leurs désirs.

Les (ifliciers qui le;> accompagnaient emportaient, en effet, les [dans d'inic véritable ville en bois installée sur les deux rives de la rivière et à la construction de laquelle on employa immédialemeiit les forçais.

D'après ces plans, il y avait d'abord quatre baraques destinées à loger l'étatmajor, la gendarmerie el \m détachcmonl d'infanterie. Près de ces baraques étaient dessinés de vastes magasins pouvant contenir tout le matériel, les outils et des vivres pour trois mois.

On voulait que le camp des transportés fût situé à soixante mètres environ de cet ensemble de constructions. On projetait un grand carré long, formé de >"?ize baraques, placées sur deux rangs et dont les pignons formeraient une grande rue, au centre de laquelle on construirait un vaste hangar de trente-six mètres ,1e long sur quatorze de large. Dans la semaine, on se servirait de ce hangar pour mettre à l'abri les ateliers. Le dimanche, ils se convertirait en église paroissiale.

Une forte palissade en pieux de wacapou devait enfermer le camp des transportés, aux angles duquel, commandant les faces du rectangle, on avait l'intention de placer quatre blockaus en bois dur.

En arrière de cette enceinte s'élèveraient les casernes des surveillants, le logement de l'aumônier, celui des sœurs de charité, l'infirmerie, l'hôpital et ses annexes.

Tout cela ne formait que le centre de l'établissement. On avait relevé un certain nombre d'endroits où des cases isolées pourraient être placées pour les concessionnaires et leurs familles.

En attendant la réalisation d'une partie de ce plan, les transportés logèrent à bord d'un ponton placé à l'embouchure de Kourou.

1 Voyage dans la Guyane française, par M. Frédéric Bouyer.

LA lîi-i.Li: MIT r ri: i(m:j

C'était de ce ponton qu'ils parlaient tous les matins pour se livrer a la pénible besogne dont ils étaient char^'és.

Ceux qui n'avaient pas de spécialité, qui n'étaient ni menuisiers ni charpentiers, devaient abattre les arbres dans des forêts marécageuses où ils avaient souvent de la vase jusqu'aux genoux.

Ils étaient obligés ensuite de transporter ce bois, le scier, l'e [uarrir, en faire des planches ou des poutres.

La plupart des forçats marchaient nu-pieds, leurs souliers étant usés et n'ayant pas été remplacés et les sabots ne valant rien avec le soleil brù'ant de la Guyane.

Ils étaient, en outi'e, soumis à un régime débilitant incapable de les soutenir dans leur dur labeur.

L'espérance qui leur était un peu revenue disparut de nuuveau. Le Iioulollier avait perdu notamuienltoute sa gaieté et sa bonne humeur. 11 se plaignait avec amertume.

— Pourquoi donc que l'on m'a montré Louisette?... Est-ce pour m'envoyer ensuite crever ici ?...

— Et encore, dit Maillone, tu nas pas fait connaître que tu tenais beaucoup à le marier avec elle !

— Pauvre lillel... Q:ic devient-elle?...

— Bah! elle n'est probablement pas aussi à plaindre que toi, que nous... On ne la fais pas tremper dans cette vase infecte...

— Je suis sûr néanmoins qu'elle se désole!

— Cela ne vous sert pas à grand'chose ni à l'un ni à l'autre.

— Songe qu'elle s'est fait condamner exprès pour me rejoindre...

— Bah!

— Elle a persuadé aux gerbiers qu'elle avait voulu arrêter toute seule une l'uuiotte...

— C'est elle qui ta dit ça!...

— ïu ne le crois pas?...

— Les femmes sont si menteuses...

— Louisette ne m'a jamais blagué, lit le Houlottier d'un ton courroucé.

— Allons! allons! puisque cela t'est agréable je ne te contredirai pas... IMerre Til avait une inquétude d'un auli'e genre. Il avait peur que Céleste

■leût (ini par accepter Lebuleux.

Cette pensée avait contribué à le rendre très amoureux de M""" de Saint-tieorgcs.

Gérard continuait à songera Clémentine. Il craignait lui au--i .."rrll-' n'en n'acceptât un antre.

— Si cela l'arrivait, lui dit Maillone, ce serait ta fauir. jim^.jiir m nr t tjs léclaré en aucune manière.

Page 1