I.A BKI.I.K MlKTTl
— (V(>sl vrai...
• - Tu aurais une coiisol itioii.
— l-JKpU'llo?
— Tu pourrais ejK»usi>r la mère... Tu es pn^stiuc sur (\\h' personne ne l'a jwise. oelle-là... Mlle a ilil cependanl ne pas ôlre mal autrefois et mériti'r ce nom de la Belle Miellf ipie lui donnaient les Marseillais!
Gérard eut un mouvement d'impatiente.
Quant à .\le\is Medar.l. il n'était pas le moins aliallii.
Il su[)porlail avec beaucoup de peine toutes les fatiu'ues el il n'avait plus pour lui ij.pinii'r du couraj^e la consdlaliun de voir de temps en teiiiiis la steur Marie-Louise.
Ci'lle-(M élail restée à hord de la Prnsrrp/ia\ et le jcinic homme n'avait même pu lui dire adieu avant son dépari pour Kourou. Il n'emjjortait pas moins le souvenir du dou\ visage de Simonne gravé d'une manière inelTaçabie dans son cieur.
Mais hélas 1 cela n'rmpêcliait pas le travail qui lui était imposé, d'être au-dessus de ses forces.
Il ne larda pas à avoir les lièvres qui viennent à Kourou de l'air qu'on respire, de l'eau que l'on boit, de la terre que l'on foule et dos arbres qui donnent leur ombre.
Alexis Médard fut obligé alors de rester sur le ponton, la tête enveloppée décompresses imbibées d'eau sédative, la ligure gonllée, le teint blême, la contenance abattue. Pour toute nourriture, il absorbait de la quinine, cette désagréable drogue qui est le pain de beaucoup d'babilants de la Guyane.
Cependant, peu à peu, l'établissement de Kourou, auquel on donna ofliciollement le nom de pénitencier des Rochers, commença à prendre tournure.
11 fut décidé que les transportés de la première catégorie quitteraient !e ponton et iraient s'installer dans les cases qui leur étaient destinées.
Les transportés de la première catégorie sont, à Cayenne, les condamnés qui n'ont pas fini leur peine. Dans la correspondance officielle, il était défendu de se servir des mots de barjne et de forçat pour désigner les villes futures el leurs futurs citoyens.
Les cases des transportés ou forçats pouvaient servir de logement à trentedeux hommes. Leur ameublement était des plus primitifs, car il consistait en deux fortes barres de bois dur qui divisaient, à droite et à gauche, la chambre en deux longues travées parallèles à la façade. C'était sur ces barres que le soir, l'on dressait les hamacs pour la nuit. Chaque habitant disposait de deux mètres carrés.
Le réveil avait lieu à Kourou à cinq heures du matin. Par quatre degrés de latitude, c'est toute l'année le moment où le jour commence à poindre.
LA lîKl.lj; MIKTTK 101!
Un quarl d'iiourc était accordé pour la toilette et pour lo dfjrunfr, imh^ on travaillait de six heures à dix heures du matin et de dt^ix heunîs à six hi-nr.'s (lu soir.
Les rayons anlcnt-^ du soleil iui[iosaieiil un repos de i]n:ilre heures au milieu du jour.
En quatre mois, l'ieuvre fut très avancée. Le Lrouverneur de la (îuyaue, «jui vint rendre visite à la nouvelle installalion, se montra enfhanté.
Il se rendit compte de tout ce qui avait été fait et loua le zèle déployé, mais il négligea le revers de la médaille et ouhlia d'aller à l'inlirmerie où se trouvaient les éclopés de la lutte entreprise contre les bois marécageux et le climat malsain.
Il s'en alla en promettant des récompenses.
Les transportés n'avaient eu qu'une médiocre confiance en ses belles paroles.
Maillone rappela à ce sujet l'ordre du jour qui avait félicité .\lexis Médard de son courage après que ce dernier eût sauvé Marie-Louise.
— On avait promis monts et merveilles à ce pauvre diable et maintenant il est là à trembler la fièvre...
— Je croyais, dit Gérard, qu'on lui accorderait au moins sa grâce...
— On a besoin ici de martyrs, fit le Roulottier. Martyr était peut-être un peu prétentieux.
Pierre Til fit observer qu'on pouvait peut-être plus compter sur la parole d'un amiral comme le gouverneur que sur celle d'un simple officier de marine commandant les îles du Salut. Maillone resta incrédule.
Le gouverneur n'oul)lia pas cependant lo pénitencier des Rochers.
Quinze jours après, on vit débarquera Kourou un aviso qui amenait une partie des détenues de la Fortune.
Le Roulottier et Pierre Til furent surtout enchantés. 11 y avait, à bord de l'ariso, Louisette et Céleste qui, du reste, avaient demandé à être dirigées sur ce point de la cote où elles savaient que se trouvaient leurs amants.
Miette, Clémentine, Malvina étaient également parmi les arrivantes. C'était avec ces éléments que l'on songeait à coloniser.
En même temps que les femmes, l'amiral envoyait des instructions.
On avait écrit en France pour avoir ifs papiers des transpoi-lés i|ui manifestaient rinleiilion d'accepter les liens du mariage.
Il fallait, en eiïet.av'ir régulièrement pour ne [)as cré(»r dei:randcs difficultés à l'avenir et surtout pour prévenir les cas de bigamie, i'ei-reur la plus dangereuse en l'espèce.
En attendant l'arrivée fie ces papiers, il était nécessaire .pie ie-= commandants
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de ])t'iii[(MU'it'rs ]i(irlass»Mit d'iiiie faroii spécialiî leur alli'iitiou sur Ips lioinmes «lui voulait'iil avoir la ohari:o (riiiic fainillo.
l/e\|)i'rioiife lil jilns t iid ne clmi-ir (juc les contM^ssioiinairt'-^ lihrrrs (iiii avaiiMit (l(\|a tr^uv»' dans la culoiiu' dos iiioViMis .issiirrs d'oxislt'iifi".
M ii< a IV'|io,|iu' dû si« [las^f iiDlrc roril. dans li's |)ri'init''rcs atiiires ^\^^ la (raiis|»orlali(ii» à la Giiyant\ les libéras (''l.iioiil nalurolliMiiciil lri;s rares. On m rlail daillc irs à la juM'iode des rssais ol des làloiini'incnts.
I/amiral, i]iii trnail à ce (lu'il n'y ei'il \):i< de siirjUMse poni- les l'ondaninrs eiix-mènies, prescrivait des « relatinns lialiileMU'iil inénaLrées entre eux cl les fcmuies dont ils devaient être les maris. »
Le coniniandanl des Trois-Rocliers. éneri:itpie marin, eut une exclamation en lisant le passajie relatif à ces entreviit\s.
— ï:^apristi ! quel métier veiit-on nous faire faire?
Il se consola en pensant qu'après tout c'était pour un bon motir. Il avait ensuite riial)itude d'obéir.
Scribe tût dit en pareil cas :
L'ii vieux marin sait soutlVir et se laiiO Sans miinnurer.
Les entrevues eurent donc lieu. Elles furent à peu près semblables à celle à laquelle nous avons assisté sur la route de Cayenne à Baduel.
Les prisonnières étaient toujours sous la surveillance des sœurs de Sainl- Joseph-de-Cluny qui les avaient accompagnées à Kourou.
Le costume des gardiennes lit battre le cœur à Alexis Médard, mais hélas! il n'y avait pas parmi elles Marie-Louise!
Dans les propos qu'ils purent échanger, Pierre Til et Céleste se gardèrent de ménager Lebuteux. Quant au Roulollier et à Louisettc, il leur tardait de ne plus se quitter.
— Serons-nous heureux quand nous serons ensemble... quand nous vivrons ensemble... tovijours?
— Oui, mon chéri.
— Ce pays lui-même me semblera agréable...
— Et à moi aussi...
— La vie cependant y est difficile... Il n'y a pas de roulottes... Bah! ta vue me donnera la force de me serrer le ventre,
Louisette aussi était prête à tout endurer pourvu qu'on la laissât avec son bien-aimé.
Comment cet amour si profond, si vrai, était-il né chez ces êtres dégradés
Il iiil^TF ..-. u 11 Miette sur sa fille. (P. 1019.)
qui avaient vécu dans le vice et même dans le crime!... C'est ce que nous ignorons, mais les (leurs n'éclosent-elles pas sur les ronces?,..
Gt'rard continuait à examiner Clémentine avec une extn^me limidili'. Il éprouvait quelque lié^italiun à lui parler et se hornail à (.'\priiner onsuili' son admiration à Mailione.
L'ex-surveillanl clait autrefois plus cnlreprenanl (pie cela. Pourquoi ce <iiangeme:it?...
l.IV. 12S — TIIÛODOIIE llKNtlY. — LA DKr.l.E JIIETfK. — ÉIi. J. n'UPr KT C'». LlV. 128
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