I. INONDATION
Comme nous l'avons dit, Ch'-ini^iiliiio iHiil rc^i'C UclW. qiutiq lo sa hf^autô oAl chan^i^ d'oxpiv-ssion. Elli^ avait toujours ce rliariiic <\n\ avail fait perdre !a UHe. au pauvre docU'nr >Iol>oil.
Ce jeune homme, pour S(m am >ur, avait tout ouMié, et ses devoirs et sa stiualion dans la maison centrale.
Di' son côt(S elle s'était entièrement donni^e à lui. Il avait eu !e C(cur et le corps de celle crt^ature, que la captivité, les (lélrissures la honte n'avaient pas cmpf'chée de rester extrl^mement désirahlc.
Mvmc après sa dcsllLution, mi^me après son départ si désespéré de Montpellier, on pouvait se demander si M. Méherl était hicn à plaindre de souffrir pour avoir po sédé aussi compi(Hement une telle femme.
Il est des heares qu'on ne paye jamais assez cher et qui, lorsqu'elles sont passées, qu'elles qu'en soient les conséquences, ne laissent qu'un genre de regret, celui de penser qu'elles ne sauraient recommencer avec leurs ineffables délices.
Gérard, l'ancien gardien de Montpellier, soupçonnait en Clémentine la femme qu'elle devait être, malgré l'expression presque dure qui régnait mainlenatit sur ses trait-;.
L'ami de Maillone, viveur et débaurhé, avait été vivement impressionné quand, au retour de la maîtresse de M. Mébert après son évasion, il l'avait eue entre ses bras. Quoique plusieurs années se fussent écoulées, cette impression subsi-;lait encore. Il n'avait pas oublié le sein d'albâtre, les contours harmonieux qu'i4 avait entrevus...
Lorsque Clémentine lui apparut parmi les détenues, ce souvenir lui revint plus viv ice que jamais.
Avons-nous suffisamment dépeint Fétat dans lequel avait vécu la femme Barbe?...
Nous avons parlé de somnolence, d'indifférence pour ce qui l'entourait. Peut-être n'avons-nous qu'imparfaitement expliqué cet état douloureux !
Lorsqu'elle avait été jadis arrêtée après son crime, condamnée, rayée irrévocablement, crjyail-elle, du nombre de ceux qui vivent en liberté, exposée sur un pilori, Clémentine avait été comme écrasée sous le poids du châtiment et de la honte.
Elle s'était crue morte, mais la passion éveillée peu api'ès en elle lui avait
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démonliv ([ii'il n'en élail rien. Elle avait pu éproiiver eiirore h^s deux L-raiide-; joies d'èlre amante et d'être nii're.
On sait, en eiïct, qu'elle avait senti les premiers tressaillemo:il>; d'un enfant, gage de son amour. Cet enfant, liélis! n'avait jamais vu la lumière...
Il avait été tué dans le sein de sa mèie par l'irrémé lialile calastioplic qui avait rendu celle-ci à la maison centrale.
Clémentine, après avoir soulTert horriblement, était une seconde fuis tombée dans une torpeur, dans un engourdissement dont, jusqu'à son départ de la Guyane, elle n'élail plus sortie.
Allons-nous maintenant as>ister à un nouveau réveil?... Ce réveil, après un sommeil de plusieurs années, sera-t-il aussi complet que celui qui eut lieu dans les bras de M. Mébert?...
Gérard souhaitait d'être pour GlJmenline ce que le docteur avait été poui elle... 11 prévoyait des obstacles, et c'était pour ce motif qu'il n'osait se risquer, mabré les railleries de Maillme.
Celui-ci voulut cependant savoir quelles étaient les chances de son ami, et, dans une de ces réunions « habilement ménagées » prescrites parle gouverneur, il se livra à une petite enquête.
Il interrogea la Miette sur sa lille.
— Qu'a-t-elle donc avec ses airs sévères, votre C!éme;itino?... ■ — Dame, el e ne peut pas être bien satisfaite!
— Sa destinée nous est commune à tois et nous ne disons rien.
— Oh ! elie ne parle guère...
— Oui, mais son silence est plus éloquent que bien des discours...
— Que voulez-vous que j'y fasse?...
— Est-ce qu'elle songe toujours à la petite hi^oire?...
— Quelle petite histoire?...
— Celle de la maison de Mo.itpellier... Le médecin...
— Vous savez?...
— On m'a raconté...
— Je parie que c'est celle pie de Malvina !
Miette ne songeait pas, comme on le voit, à Gérard. Les femmes se rendent si bien justice à elles-mêmes que, lorsqu'il s'agit d'indiscrétion, elles accusent tout de suite une personne de leur se.\e.
Maillone ne s'occupa pas de défendre, en celte ciroonstauce, l'aniienne prostituée.
— Vous croyez, poui>uivil-il, que Clémentine se rappelle le docit'iir...
— Vous êtes trdp curie. ix... D'aillc irs, je n'en sais rien... Je ne suis pas sa confidente...
— Elle eu a donc une autre?...
1021» I.A lilil.i.K MIKTTI.
- Nmi, ('lit' ne l'aodiiti' ses a!laii'i>s à |i(>rs(miit\ .. ol ollr a liicii raison!...
— N'oli-e lillo se Ircuvail-iMlc initMix (inui à la maison cfiilralt' '.'. ..
— Ali 1 par exoinpli', je ne le j)onsc jias!.., 11 n'esl pas de pire deslinéc que celle de la maison centrale... Vivre toujours dans les mt'^nies ateliers, se promener dans les nn^nies cours... Garder le silence 1... Voir sans cesse les njt''nies personnes cl les UR^mcs objets... Quand on se lève le malin, savoir (pi'a telle heure on fera ceci, qu'à telle autre heure on fera cela, sans (|iie rien de nouveau puisse se produire... Et cela pendant des mois, des années... Oh! je suis bien heureuse d'en Otre sortie et je n'ai peur que d'une chose, c'est qu'on nt' m'obliîje d'y rentrer...
— Il n'est pas (pieslion de vous, mais d'elle...
— Kh bien, elle a ici la perspective d'être cntièremenl libre... de se remarier...
— .\h ! croyez-vous qu'elle y consentira?..
— Et pourquoi pas?...
— C'est ju^te... Pourquoi pas?...
— En demandant à parlu- pour Gaycnne nous avons accepté toutes les conditions imposées par l'administration qui nous a averties qu'elle nous embarquait pour aller contracter mariage...
— Vous aussi !...
— Moi aussi... Cela vous étonne?...
— Ma foi, non...
— Pensez-vous qu'il serait bien malheureux celui qui choisirait la Miette?
— Non, certes... 11 pourrait compter sur la fidélité de sa moitié.
— Je ne suis pas si âgée... Mon principal tort est d'avoir été mère d'aussi bonne heure... On n'a plus fait attention à moi... Dans ce pays, pourquoi prend-on une compagne?...
— Singulière question !...
— Il faut que l'homme rencontre en celle qui partagera son existence une associée plutôt qu'autre chose... S'il a de la terre à défricher, il est nécessaire qu'on l'aide !... Dans les bois, une créature qui tremble est un péril même pour ceux qui l'accompagnent; moi, je n'ai pas peur!...
— Je crois à ce que vous dites...
— Enfant, je courais pieds nus et je dormais souvent en pleine campagne, sous un arbre, dans un champ... Q.iand j'apercevais un animal, j'allais droit à lui et c'était moi qui le forçais à fuir...
— Oui, mais ce n'était ni un tigre, ni un serpent boa.
— Parfois, je rencontrais pire... C'était un vagabond qui m'eût pris les quelques sous que je devais rapporter au misérable qui me châtiait impitoyablement lorsque je rentrais les mains vides... C'était un vaurien quelconque qui
m'eut soiiillt-e sans scrupule... Ile.ireuscmeul [)oiiruioi je >avai.s me dt'f'Midre...
— Tudiou!... quelle gaillarde!... ElClémenline esl romuic vous?... Miotic l'Ut un air de dédain.
— Klle e-t plus femme, et c'est ce qui Ta perdue... Quand j'essayai de m'évader, les soldats, malheureusement, me reprirent maigre ma résistance... Si j'avais réussi à leur échapper, ce n'est pas moi que l'on eût repinoée le lendemain soir, toujours à Montpellier, ne songeant qu'à faire l'auioiir dan> une maison garnie...
— Ce n'était pas désagréable !...
— J'eusse songé d'abord à mettre le plus de distance possible entre moi et ceux qui me cherchaient.
— C'eût été prudent, en e(Tel...
Miette regarda soiidain Maillone.
— Mais j'y pense, pourquoi m'adressez-vous toutes ces questions au sujet de ma tille, est-ce que vous voudriez l'épouser?...
— Si cela était?
— Vous pourriez tomber plus mal... On vous oiTre une si belle collection de traînée >...
— C'est donc parce qu'il n'y a pas grand choi.\ que la CK-mentine vaut quelque chose?...
— Je n'ai pas voulu dire cela.
— Je vais élre franc avec nous... Ce n'est pas moi qui songe à la femme Barbe.
— Qui est-ce?
— Gérard...
— Ah 1... L'ancien gardien de Montpellier... C'est un beau garçon, et je ne serais pas fâchée de l'avoir pour gendre...
— Cela ne lui plairait peut-être pas autant de vous avoir pour belle-mère.
— Je ne comprends pas pour quel motif...
— Vous vous êtes fait cependant une réputation... Le bonhomme Barbe n'a pas eu tant que ça à se féliciter de vous...
La Miette prit bien la plaisanterie, quoiqu'elle fût de mauvais goûl...
— Votre Gérard n'est pas un bahyeur!
— Je ne sais pas quel métier nous exerçons ici .. Nous ne sommes même plus des galériens.
— Et nous, j'ignore pourquoi on nous appelle encore des détenues puisqu'on ne nous détient pas!...
A la suite de celte conversation, Maillone engagea vivement (iérard à se déclarer à Clémentine.
— Tu as la Miette pour loi...
10i2 LA. BELLi: Mlllli:
— IVirlie ;ui>>i lavail...
Ma loi. à ta place, j ouMif^riis ou la fiMiime uu lo procès... Si tii jxMiseaiix iltMU à la fois, il n'y aura tuiiyori do riiMi faire...
CniMnl suivit lo i-onseil ilo sou caïuarade. 11 parla à GliMuoiUine précisi;iiiont le jour où Malvini confessa à l'Auiirale. dans les termes assez crus qui lui étaient habituels, qu'elle » coucheiait » volontiers av(T, l'ancien irrAlier de Montpellier.
Décidénirnl l'ancienne prii>iiiuée devait toujours avoir pour l'ivale la lill»! de la Miette.
Clémentine était à quelques pas du groupe des Iraiisporlées à la promenade quand Gérard alla vers elle.
11 ne savait guère comin(Mit il s'y prendrait p )ur commencer l'enlrelien. Il débuta cependant en ces termes :
— Nous nous sommes connus à Montpellier,
Elle le regarda comme si elle l'eût vu pour la première fois...
— C'est possible, dit-elle.
• — Vous ne vous rappelez pas mon visage?...
— Peut-être...
— Vous étiez sou\enl dans une cour près de l'inlirmerie... De ma chambre, je vous voyais...
— En vérité...
— Je vous trouvais belle...
Elle releva la tête avec étonnement, se demandant pourquoi l'homme qui était drvant elle s'e.Kprimait ainsi.
Clémentine garda néanmoins le silence.
Gérard s'enhardit.
— Vous n'êtes pas étonnée, n'est-ce pas, de mon langage?...
— Rien ne m'étonne.
— 11 ne vous déplait pas au moins?...
— Que m importe !...
— Vous savez cependant que par l'admiration commence l'amojr... Or, il y a longtemps que je vous admire.
Elle prit un air ironiqiie.
— Vous m'aimerez bientôt?
— Je vous aime déjà avec passion, à la folie...
Elle semblait ne pas compr-.'ndre exactement !e sens des paroles qu'elle entendait.
— A quoi cela vous servira-t-il ? murmura-t-elle.
— Mais, si vous voulez, je deviendrai votre mai-i 1...
— Mon mari !...