LUNE DE MIEL
Ce fut un événement d'une haute importance à Kourou que l'arrivée par le courrie;- de Cayenne de l'autorisation nécessaire pour célébrer le mariage de divers transportés.
Cette autorisation s'était fait allendre presque un an. Elle concernait six couples parmi lesquels, Pierre Til et Céleste, le Pioulotlier et Louisetle, Gérard et Clémentine, Maillone et Miette !
Gérard et Clémentine, Maillone et Miette I Ces deux unions surprendront peut-êlre. L'une était cependant la conséquence de l'autre.
Miette n'avai: consenti à servir Gérard qae parce que Maillone, avec un désintéressement rare, avait consenti à devenir beau-père de son ami.
L'ancien marin avait accepté cette comlition avec la philosophie qui lui était habituelle.
— Si j'épousais une jeune femme, dit-il, je serais capable de ne pas profiter de la première occasion de m'évader qui s'offrirait à moi.. . Ma future comptant de nombreux hivernages, comme on dit ici, rien ne m'arrêtera...
Mielte avait eu beaucoup de peine à arracher un consentement à sa lille.
11 est évident qu'elle n'avait guère la confiance de celle-ci. 11 lui fallut mettre en œuvre toute son habileté et sa rouerie.
LA lîEM.K MlETTt-: 1027
Tandis qu'elle essayait de convaincre Clrnienline, une rrllexinn de la jt'ini.' femme faillit démonler l^lielle.
— Tu me tenais ie luùmc langage lorsque tu m'engageais à épouM r lîarl'c !...
— Ah:...
— Je ne me suis guère félicitôe d'avoir suivi tes conseils. Miellé e;it un ge.-te de colère.
— Je me suis trompée... et puis ?...
— Ton erreur a été fatale.
— Quelle utilité y a-t-il à ce que tu me réprtes cela?
— Chaque fois que je songerai au pas<é je me rappelerai le rôle que tu as joué, toi qui m'as perdue!...
— Tu ne peux nier que je pensais agir dans ton intérêt...
— Ou dans le tien...
— Eh bien... si tu as été punie d'avoir écouté mon langage, ne l'ai-jc pas été aussi de l'avoir tenu ?... A t'entendre, on dirait que tu esseulé à souffrir... N'est-il pas dura mon âge de me promener ici?... J'offre un soulagement à tes misères en te proposant un mari...
— Crois-tu que ma destinée sera meilleure?...
— J'en suis sûre...
— Comment?
— Tu seras absolunieul libre...
— Quelle liberté !
— Tu ne seras plus sous la dépendance des sœurs... Tupoirras aller, venir comme cela te fera plaisir... Plus de règle à observer... On a encore parfois la prétention de nous empêcher de parler comme jadis à la maison centrale.
— C:la ne me fait rien...
— 11 est vrai que tu n'es plus bavarde, toi... Moi cela me gêne...
— Marie-toi alors, toi, et laisse-moi tranquille!...
Miette s'était bien gardée de faire connaître à Clémentine qu'elle riait niterrcs<ée à son acceptalion et qu'elle comptait bien pr(>iil<'r •'lle-mi"'Tn(' tb'avantages qu'elle énumérail.
— L'administration, poursuivit-elle, fournira un troussea!i... .Ne -eras tu pas bien aise de (juilter ce misérable costume de la maison centrale ?...
— Peu m'importe !...
— Je me rappelle cepeiidant que lu l'as endossé aves la plu-^ ummiuIc répugnance.
— Je vivais alûi-s... Maintenant je ne vis plus.
— As-tu lini avec tes airs de somnambule ?...
i(.2s i.\ i!i I.1.I-: Mii:rn:
Mu'ttt' >'mntaliiMiUul. VAW irpril m'aiiinoiiis :
- Tu oomi)aivs riioinim^ i\\\o }o te pioposn ;i Hailx^ le lialavciii ... Tu as lorl!... Co n'osl pas un vieux, oolui-là.. . 11 est jciiiio, rnhu-^tc ri l.ini planlc''... T(i It' sais, puisqu'il la loiuiicincnl pai-lc pnur l»' drclan'r sa Haimiic .'
- J»^ 110 lo riMMiiiiailnis intMiic pa>, taiil j"ai fait pt^u atlt'iilini à lui...
- Ksl-ce pos>i Mo '.'...
— Ft (-«^liii qui t'a sauviM'. ii.> le iMppi''!i'<-lu jia- son vi^airo ?
— J.> 1).^ l'ai pa< iv-ai'il,'-... l)'ali(M-(l l'insiiiK-l (|,« la (■(inMTvalioii l'avait emporlô sur le dtV-ir do nioiiiar... J'ai on pi'ur... J'ai criô... Toiil à coiiî) un indiviiiii niouillô. couvoi'l \\c vaso. s'osl prosonlô à nioi... .Mais dôjà j'avais prolilô do l'occasion qui in'olail oITerle d'eu linir avec rcxisloiicc... J'alloiidais la mort et n'éprouvais plus la inoiudfo frayeur... Jo me souviens avoir opposé uni> certaine résistance, puis c'e<l tout... Je m'ôlais évanouir dans l'eau...
l'ne idée était venue à Miette.
— C/o-t siuL^ulier que lu n'aies luèuie pas sonqé à remercier...
— Il m'avait rendu un si triste service, et puis j'ignorais qui c'était..
— Tu n'as pas cherché à le savoir...
— Non...
Mielto se proparait à frapper un grand coup...
— Eh hien ! si tu as des reproches à lui faire parce qu'il s'est exposé poiutoi là un grave danger, tu les lui feras en lui répétant que doliniliveincnt lu ne, le veux pas pour miri...
— Ahl...
L'ex-sage-femme ne reculait pas, comme on le voit, devant un audacieux mensonge. Elle ne tarda pas à s'apercevoir qu'elle avait produit une vive impression surClèmentine.
— Oui. c'est grâce à lui que je ne t'ai pas perdue !...
La jeune femme fut peu touchée du ton pattiéti(iue avec lequel Miette prononça ces dernières paroles. Elle dit simplement comme parlant à elle-même :
— C'est lui qui m'a sauvée!...
Elle était toute songeuse...
— Je lui dois l'existence, murmura-t-clle.
— Sans lui, l'eau qui a couvert le monticule t'aurait entraînée... On eût recueilli ton corps, quelques jours après, semhialile à celui du malade qui s'est noyé... Si tu avais vu, il était horrible !...
— Mon Dieu !
Clémentine mit sa main sur ses yeux et fit un geste comme si elle eût voulu éloigner d'elle un affreux spectacle. .
Elle garda un moment le sileu'^e, puis elle parut avoir pris une résolution.
— Ai-je le droit, dit-elle, de refuser à cet homme ma vie, puisque je serais
i,.\ luii.i.i: mii:ttk 1020
rnorle si iiour moi il n'avait pas risijiié la sii'une?... E<l-ce iiue je tio lui appirlieiis pas?...
— Tu serais ingrato, en elTet.
— Je ne veux pas rêlrc...
— Piiis-je répondre alors (|(ie tu consens?... Clémentine était jiresque vaincue.
Miette n'eût garde de lui laisser changer de disposition. Elle se liàla de prévenir Gérard de la nouvelle attitude de sa fille.
Elle lui raconta aussi le stratagème qu'elle avait employé.
L'ex-giiichetier éprouva une vive répugnance à se laisser atlrihuer un sauvetage qui était un dévouement de Maillone, mais ce dernier, instruit de ce qui venait de se passer, l'engagea lui même à se parer de son héroïsme.
— Tu me rendras cela à l'occasion.
— En sauvant la Miette si elle court quelque danger...
— En ne la sauvant pas... surtout si je l'épouse !...
— Tu te sacrifieras donc de toutes les manières...
— Ce n'est pas ma faute... Je suis né Teire-Neuve...
Gérard recommença donc à faire sa cour à Clémentine et celle-ci. jusque-là si dédaigneuse, parut lui prêter quelque attention...
L'' transporté s'apercevait bien que parfois elle semblait faiie des elTorts sur elle-même pour l'écouter, mais c'était toujours une preuve de bonne volonté de sa part. Il devait lui en savoir gré.
Enfin il risqua une nouvelle demande en mariage. Elle ne dit pas non.
Sur le conseil de Miette, il se hâta de prévenir l'administration. Clémentine interrogée ne nia pas qu'il y eût consentement réciproque.
Nous savons le reste.
Les préparatifs pour célébrer six mariages à la fois furent elTeotués lorsque les papiers nécessaires arrivèrent de Cayenne.
Le commandant de Rourou tint à ce qu'une certaine pompe fût déployée. Il remplit lui-même les fonctions d'officier d'état civil et prononça, pour la circonstance, un discours dans lequel il vanta les bienfait-^ de la loi en vertu de laquelle ces unions avaient lieu.
Il parla de l'avenir de la colonie intimement lié à la bonne volonté ipie les nouveaux ménages mettraient à avoir des enfants.
Ses recommandation^ firent naître quelques sourires.
Après le mariage civil, le mariage religieux.
Des hommes de bonne volonté étaient allés couper dans la forêt de^ branches d'arbre, de^ fieins, des lianes et des liges de palmier. Ils eu avaient (jrné avec beauioup de goût le hangar qui servait d'église le dimanche après avoir servi de chantier pendant la semaine.
!0:^0 l-A JJII.LE MIKTTK
(.0 lui sous ce licivoaii do verciiirc, devant iiii ;ui!cl imiirovisi', (luc riiuiiiniiier 1m''ii:1 les conjoints, puis il y ont (lUo!(]lle^ divertissemcnls cnnsislanl (.'ii ilaiiM's. joip. ol m;\l do cocaj^'ne. On (il mr-inc une dislrihulion do tn/iff, allniiLiô d'oaii alin d'ovilor Tivrosso suscopldilo do dooliaiiier les mauvais iiisliiii Is.
Tout se |ta<sa bioii. du roslo, el le soir, lorsquo l'on coudiiisil les époux aux oases (pi'ils devaient o-cuper, il y avait ou à peine quelques [)uniti(tiis
Los nouveaux mariés se montraient salis ails de leur sort à un degio dilÏÏiont. I.ouisettc et le Ro.ilollior n'étaient pas les moins heureux.
- Iv-lu content, mon rhori.' disait la 'olie potito hrunc.
— Oui certes.
-- J'étais la maîtresse... Cela te dé[)lail-il bien que je sois la femme?...
— Je suis enchanté.
— Tu me fais oublier toutes les larmes que j'ai versées depuis notre séparation...
— Tu pleurai- ?...
- C'était béte, mais je ne pouvais m'arréler...
— Tu rigoleras à l'avenir.'...
— Si tu m'aimes!
— Ah I lu peux en être persuadée.
Pierre Til avait oublié tous ses préjugés à l'égard du conjungo. Céleste el lui songeaient à la colère qu'éprouverait Lcbuteux, leur ennemi commun, et ils s'en réjouissaient.
— 11 croyait que tu te laisserais éblouir par ses fonctions de fouetteur...
— Cet homme-là m'a toiijours répugné.
— Tu t'es laissée cependant dominer par lui.
— Il m'eiïrayait... C'est une brute capable de tout.
— Maintenant que tu m'as été donnée, s'il ose lever les regards sur loi, je le tuerai comme un chien !
Céleste eut un mouvement de frayeur.
— Espérons que nous ne le reverrons plus et qu'il restera à C lyenne. Miillone éprouvait, on le comprend, une joie médiocre.
— J'ai toujours peur de me tromper et de lui dire maman, disait-il e ! parlant de sa tendre fiancée.
Quant il celle-ci, elle était enchantée.
Les sarcasmes des autres transportées l'avaient laissée fort indifférente. Que lui importait? Son but était atteint. Elle était une des premières casées.
Gérard ne savait que penser de Clémentine toujours froide, réservée, il avaient jusqu'au dernier moment une peur vague qu'elle le refusât en présence du commandant faisant fonction de maire.
LA BELLE MIKTTi: 1031
Son aiixit'lo l'iait vive qnaïul ce dernier ile;iiaiula :
— Voulez-vous accepter le nommé GèraiJ pour époux?
Il respira lorscjuc Clémentine répomlit « oui » d'une voix ferme.
Pendant le reste de la journée, il ne surprit sur le visage de lajeuie femnie aucun signe de contentement ou de regret.
Aux choses aimables ou aux galanteries qu'il crut di'VDJr lui tlir.v ••!! • répondit évasivement.
— Je suis heureux, bien heureux q le vous soyez à rnui...
— Est-ce possible?...
— Vous êtes si désirable...
— Vous croyez...
Ou bien Clémentine feignait de no pa-; entendre.
La situation n'était pas agréable pojr Gérard qui s'imaginait parfois avoir adaire à une statue.
Les deux autres couples qui avaient comparu devant l'oflicier d'état civil improvisé se composaient d'un transporté, outrefois voleur de profession, et d'une robuste villageoise qui, afin de cacher une faute, avait étoulTé son enfant au mome:it où il venait au monde.
Il y avait ensuite Meriem, la femme arabe également condamnée pour infanticide et un forçat d'une couleur très foncée.
Ce forçat, né aux environs de Conslantine, devait avoir tué quelque roumi, non pour soutenir cette guerre d'indépendance qui émeut les sjnliinenlalistes, mais pour l: piller el le voler.
En sa q :alité de vrai croyant, de membre d'une religion qui autorise la polygamie, il avail cru pouvoir faire choix de deux moukaii-es au lieu d'une.
Ces deux, femmes étaient Meriem et Malviua.
L'ex-courtisane, n'ayant pas été recherchée par d'autre mari à cause peutr'.re de sa tournure trop dévergondée, avait accepté cette situation.
— Comment, lui avait dit dédaigv.eusement l'.^mirale, tu consens au partage ?...
— l'ourquui pas?...
— Cela ne me plairait guère à moi!
— Tu es trop diflicile, en vérité!
— La moitié d'un homme, ce n'est pas beaucoup...
— Quelquefois c'est trop!... Puis ça me changera; j'étais habituée jadis ; t.;n avoir un certain nombre, ce sera nouveau pour moi...
— Eiilin, puisque c'est de Ion goût...
— J'ai dans l'idée, d'ailleur.->, que je serai la sultane favorite.
— iSa compatriote lui plaira peut-élre mieux...
11132 LA nELLK MU in:
— Kllc ;i bran ros^omblor à iiiio hoiiri... co sera moi qui sauiai lin faire u'"ilt«>r los ilolii'O^ ilii paraili< de Malidmcl !.. .
I/.\iuira!e se mit à riir...
— Tu ne crois ;!ono pas à mon cxpr-ricncc? domamla M.ilviiia.
— Oli! ce n'est pas do ea que je doule: Mericm n'est jia^ mal, (pioiipie nii peu néi:i"esso, et IWralie a riialtiliide...
Tii verras, je rcm[)ortcrai,..
— Je le souliailc pour lui...
Malheureusenienl, le eommainlant de Koiirou ne voulut jias pcrmellre crlti», expérience. Il refusa net de donner l'auloiisalion en fai-aul observer (pi'à la Guyane on nelait pas en .\frique, et que l'on n'avait pas lail venir des détenues des maisons centrales de Fraïu-e pour constituer un liareni aux forçais musulmans.
Mis en d.Mneure d'opter. l'Ali^érien n'avait pas liésiié el. avait carrément donné la préférence à sa compatriote.
Malvina en éprouva une vive colère.
— Je ne suis pas babituée ù de pareils procédés.
— -- Allons donc! dit l'Amirale qui ne voyait pas sans plaisir la déconfiture de son amie... Ne m'as-tu pas raci)nté que M. Mébert avait mieux aimé Clémentine qi:e toi?... Et Gérard, à qui tu faisais les yeux doux?...
Malvina essaya de faire contre mauvaise fortune bon cœur.
— Tu as raison, c'est une déveine... Moi qui avais tant de cbance jadis!... .\u salon, c'était toujours moi que l'on prenait...
— C'est précisément parce qu'on t'a trop prise autrefois que maintenant on te délaisse.
— Avec ça que tu es plus recherchée, toi...
— C'est que je me réserve... Je ne me mets pas en évidence... J'attends...
— J'ai dans l'idée que tu attendras longtemps!... Les deux femmes faillirent se disputer.
Malvina fut donc d'assez mauvaise humeur le jour où furent célébrés le? mariages de Kourou. L'Amirale alTecta au contraire d'être ravie.
Pendant ia cérémonie religieuse, elle eut la cbance de ne pas être placée trop loin de l'endroit où se trouvaient les officiers. Elle en profita pour leur envoyer de brûlantes œillades auxquelles ils parurent d'ailleurs prêter peu d'attention. La pauvre femme ne devait-elle plus avoir de succès auprès de notre marine militaire?...
Les cases destinées aux transportés mariés avaient été uniformément bâties. Elles n'avaient qu'un seul étage élevé au-dessus du sol d'un mètre et demi environ, et reposant sur des massifs en maçonnerie.
Cette façon de rez-de-chaussée, ouverte à tous les vents, était destinée à
II le roula jusqu'à sa case. (P
servir (le magasins et à nicltie IV!la.:f^ siipùriear à Tabri de riiiimidilô du sol détrempé par les pluies de i'hivcrriai:e.
Le logement était séparé en doux par une cloison en gauliiie-. Dans la cour se liouvait la cuisine indépendante du corps de logis.
L'ameublement était naturellement des plus simples pour ne pas din; des plus grossiers. 11 avait élé fahriqaé à Kourou même par des forçats qui avaient quelques connaissances en menuiserie ou en ébénisterie.
Li\. 11(1. — TnftODDtlE nEMlY. — I. \ IIKII.K MIKTTK. - l'iO. J. HOUKP BT C'» . HV \W
1034 l.\ nil.lK MllTIK
Il so comiuisail inv -rialtlomonl d'uni' liblo, de quolq ;es escabcaix cl d'niio armoire. Il n'y avait pas do lit, mais des liam ics.
Lors']ie Gôrard se Iro-iva srui, dan> un de ces logis, a'-"- ^i iVmniv il rr lai-~a pas que d'éprouver quelque e;nl)arras.
I.e moment qu'il avait désir.'' si ardomment était copeadanl veau. CJcrnen line s'a'^sit stir un oscaltcau et lui aujirès d'elle.
Il lui passa un hr.is autour de la liille. Elle se laissa faire sans l('Mnoign;'r li.'.'icune unnii.M-e (lu'cUe se fit apcrçne de son action.
II soupira, alors :
- Clémentine !...
VA'i^ li-.'>s.iillil co:nnî ^i celle voi\ l'cilt arrachée à une m;ditalion profondi'
— (, .'nieniiiie i rcpéla-l-il.
la je ine femme se leva et le re.'arda coaime si elle eût élé étonnée, presque efTrayée, de se trouver seule avec lui.
— Je fairae, je t'adore!... murmura Gérard. Elle hocha la télé et dit :
— C'est juste!...
II I ;i avait saisi le- mains et le^ couvrait de baisers.
— Vous me voulez, fit-elle lentement et, pour ce motif, vous m'avez ohligée à rois accorder ma main... Je n'ai pas le droit de vous refu'^rr mon ^orps qui vous appartient... Mais vous n'aurez pas autre chose !
Une L'ien étrange lune de miel commença.
ou LEBUTEUX REPARAIT
Peu après le mariage des transportés un double crime fut commis à Kourou par un des nouveaux époux. Les idylles durent pei à la Guyane!
Le coupable était le voleur de profession dont nous avons parlé et que l'on avait marié à une villageoise condamnée pour infanticide.
Col individu était né à Lyon et n'était guère connu que soas le nom i! i Lyonnais.
Un jour, passant prés du magasin aux vivres, il avait eu une idée déplorable. Ayant aperçu un baril vide, qui avait contenu du iafca, il le roula jusqu'à sa case et y versa quelques litres d'eau.
LA UELLt: MIi:riK i03
Ce breuvage, chauffé par un soleil ardent, le jela dans un élal voisin de 'a folie.
Armé d'un couteau de bou-Iier il tua en quelques minutes deux personnes un de ses camarades et un surveillant assez sympathique aux condamnés.
11 fut arrêté, emprisonné malgré le désespoir de sa femme. On l'envoya ;i Cayenne où il comparut devant le tribunal maritime spécial qui juge les l'oiça:-.
Ce tribUi al n'acquitte guère. Le Lyonnais fut condamné à r.inri î.'.n/, ; .lisait qu'il subirait sa peine à Koiirou.
Le pourvoi ayant été rejeté, le conseil privé déclara qu'il n'y avaii ■ :.< [:■ de recourir à la clémence de l'Empereur, et le coupable fut réexpédié, puur , *\ préparer à mourir, au lieu où étaient tombées ses victimes.
Le navire sur lequel il lit la traversée portait en même temps Lebuleax et les bois de justice. Le bourreau accompagnait en quelque sorte son patient qui put fréquemment l'apercevoir pendant le voyage.
Il fut décidé que le condamné serait e.xécuté le lendemain même de so;; a-rivée.
Sa femme demanda à le voir. On refusa d'abord; [luis, celle-ci étant ail- e se jeter aux pieds du commandant, on lui accorda la faveur qu'elle dé. irait.
L'entrevue eut lieu en prései.ce d'un surveillant.
— Eh bien I mon homme, dit la villageoise, on n'a pas eu do pitié pour loi !...
— lis vont me tuer pour une soulogmphie, ma pauvre Colette.
— Quelle idée as-tu eue aussi de boire de cette rinçure?...
— J'avais soif et l'eau pure m'ennuyait... Mais loin de me rafraîchir, ça m'a mis d'abord le feu au ventre, puis c'est monté à la tête... Mon cerveau bouillait...
— ïu avais le visage bien ronge...
— Je ne sais comment j'ai frappé...
— E:t-ce qu'on n'aurait pas dû comprendre que tu n'avais pas frapi exprès ?
- Oui, on aurait dû comprendre... On n'a pas voulu... Le commissair. du gouvernement a dit qu'il fallait un exemple à Kourou. Tant pis pour celui si:;jui on e.>t tombé, tant pis pour moi I...
Colette se mit à pleurer.
Au milieu de ses larmes, elle s'interrompit soudain pour dirf^ ; ;:
— Vas-tu beaucoup soulTrir?...
— Oh! pour cela je n''en sais riiii, <.u ' im i. i.-iuii.n- .■,-... i... ;. m'embête le plus, c'est ce genre de mort... Elrc//yo//é par Lebuleux, puisavoi: la tête d'un côté et le corps de l'autre, ce n'est pas gai...
— Tu pr, férorais t'en aller différemment...
1030 I..\ lilil.Ll-; MllMTK
— lîiei» sur. ..
— N*'e>l-il pas possible (jiie l'on raccorde encore la i,'iàce?...
— I.e ciel loinlx'ra jie ii-èire, mais moi je serai i^mllolini' loiil de mi'^me. Li vilIaL'eoise se pencha vers le oondannié :
— Kl l ediapiier... Ta ne ponrrais jias...
— Sois juge... Ils ne me perdent |)as de vue... D'ailleurs où irais-jo? Colellc re;:arda son mari d'un air t'iran'ic
— ,\I(irs lu aimerais nii(Mix mourir d'une antre manière...
— .\ coup sûr.. .
— Tiens... prends vite...
Profilant d'un moment où on ne les regardait pas, elle glissa dans les mains du l.yonniis un petit llacon.
— Qu'est-ce ?...
— - Du poison...
— Ah!...
Le condamné tressaillit.
— Qui t'a donné cela?...
— La Pinije...
Le Lyonnais se cunlenta de celte explication. Il avait caché le llacon dans son sein, car on lui avait épargné la camisole de force.
— Merci, murmura-t-il.
— Elle m'a juré, fit la Colette, que ce serait vite lini.
— On a des convulsions, on se tord!... n'est-ce pas?...
— Elle assure que non...
— Tu es ma Providence... J'avais bien fait de te choisir...
— Je l'aimais moi aussi !...
Les larmes de la paysanne recommencèrent à couler.
— Console-toi... Tu n'as pas eu de chance, voilà tout!... L'entrevue était terminée. Le surveillant l'annonça aux deux époux.
— Encore un instant!...
— C'est impossible.
Après un dernier échange de baisers entré Colette et le Lyonnais, ils se séparèrent.
On emmena la villageoise qui sanglotait.
Le condamné était aussi vivement ému.
Le lendemain malin, la guillotine se dressait dans le pénitencier et les transportés, suivant la coutume des bagnes de France, étaient rangés autour, à genoux et découverts.
On avait aussi laissé pénétrer la population indigène des environs de Kourou.
Celte population, comme on le pense liien, n'était pas très nombreuse. Elle
LA UKIJ.i: .Mll-irii: 1037
se composait de trois ou quatre familles d'indions qui liahilaicnl dos Imites dissémint''es.
Ces Indiens, appartenant à la tribu des Galibis, ont la taille petite, la tiHc grosse, le visige aplati, les cheveux longs et raidcs.
Les hommes portent pour tout costume un morceau d'éloiïe appelr ralimln^ qu'ils roulent autour des reins et passent entre les jambes.
Le costume des femmes est tout aussi primitif : il consiste eu un simple petit tablier. En revanche, elles ont des colliers, des bracelets et des jarreliéres ; la coqnettiM'ie de leur costume est là*.
Pour assister à la cérémonie elles n'avaient oublié aucun de leurs ornements.
Il y avait aussi quelques nègres qui, comme les Indiens, ont pour spécialité de cultiver le manioc et de fabriquer des poteries grossières cuites au soleil et enluminées au moyen de sucs végétaux.
Au milieu de ces curieux, on remarquait une vieille femme, sorte de mulâtresse ridée, cassée, sale, hideuse.
On s'écartait cependant pour la laisser passer avec respect et frayeur à la fois. Les nègres et les Indiens se la désignaient en disant :
— La pïaye, la pïiye !...
Pïaye à la Guyane est synonyme de sorcier, de débitant de remèdes, de talismans ou de produits vénéneux que l'on appelle aussi des pïaye. Du débitant le nom a passé à la marchandise.
Quelqu'un qui eût considéré attentivement la sorcière eût pu voir sur ses traits une expression ironique, surtout lorsqu'elle regardait la guillotine.
En ce moment, celle-ci était prête à recevoir sa victime. Lebuteux avait deux ou trois fois descendu et remonté le glaive pour s'assurer qu'il glissait bien dans les rainures latérales et maintenant la lame d'acier poli, prête à accomplir son œuvre, rellétait les premières lueurs du soleil levant.
L'aumônier s'était dirigé vers la case où était enfermé le condamné à mort. Le prêtre qui, peu de temps auparavant avait béni l'union du forçat avec l'infanticide, était allé maintenant le prendre pour l'accompagnera l'échafaud.
Soudain un bruit courut dans la fouie.
L'acteur principal du drame que l'on était venu voir jouer faisait dcfaui
Lebutoux ne devait pas avoir sa proie...
Le Lyonnais s'était soustrait à la guillotine.
— Il s'est évadé?...
— Non, il est mort !
H y eut un nmrmuie de désappointement parmi les transportés eux-mêmes que cette mort privait d'un specl.icle.
l. \'oyafje dans lu Ginjuif fraw-ais'j, par .M. I-'n/dério Uoiiyer.
1038 i.\ nKM.K Mii'iri;
— C'cMail Itieii la poii.o île nous faire agiMioulilcM-...
— F.sl-cc vrai? .. Ne s'esl-il pas cvailù ?...
— (lu a Cdmmniidé une corvi.V-'. de (iiuilrc lioinmos pour einporler son cadavre . ..
— Il s'est tiu^ :...
— Oui...
— De quelle manière?
— On préteiul (pi'il s'est cnipoisomuS.
— Mais comment s'e>l-il proi'urô le poison ?...
— C'est prohablemcni sa femme (jui le lui a fourni...
Pemlant ce temps-là. le chirurgien de rélal)lis>emeal cxaiuinaiL le corps du L\onnais.
Cel:ii-ci avait montré beaucoup de tranquillité durant la nuil. Il ava' demandé à un de ses gardiens de jouer aux caries avec lui.
— Tant vaut-il que je fasse quelque chose pendant mes dernières heures. On lui avait demandé s'il n'était pas fatigué par le voyage.
— r.ah ! j'aurai le temps de me reposer quand je me serai endormi pour toujours.
Vers le malin il eut soif.
On lui oITril du vin.
• — Non du tafia...
On lui en donna largement étendu d'eau.
— Esl-il possible de gâter une bonne chose I
— Tu aimes encore le tafia^ dit le surveillant qui avait fait la partie avec lui... Il t'a joué cependant un vilain tour...
— Ca n'a pas été gentil de sa part, mais je lui ai pardonné... Je n'ai pas de rancune...
Les gardiens ne virent pas lorsque le Lyonnais absorba le contenu du flacon que lui avait rends sa femme.
Il pâlit aussitôt, fut pris d'un tremblement convulsif, poussa un cri et tomba.
La pïaye n'avait pas menti en disant que la mort serait prompte.
On crut d'abord qu'il succombait à une faiblesse passagère, d'autant plus que l'heure du supplice approchait.
On le tàla, on le secoua, on essaya de le faire revenir à lui, mais on ne tarda pas à acquérir la conviction qu'il était dans l'immobilité éternelle.
Glande agitation comme on le pense ! Le commandant fut averti et montra une vive irritation.
Le médecin essaya vainement de découvrir le poison qui avait servi au suicide.
Il n'y avait pas de dt'-je.'tioii qu'i! pùl analyser. Auriine oliscrvation importante à faire.
Le visage du Lyonnais était livide avec une légère teinte violette. Il en était de môme de ses extrémités.
La bouche, d'abord crispée, avait repris son expression naturelle. 1! paraissait dormir. Au milieu de l'efTareaient, Galette lit irruption dans la prison et voulu se jeter sur le corps du défunt.
— Ah ! le voilà, mon pauvre mari !
Elle avait les yeux secs, l'air exalté.
Le commandant la retint brusquement par le bras.
— C'est vous, c'est vous qui lui avez fourni de quoi se tuer! Elle regarda l'officier sans répondre.
Celui-ci la secoua.
— Avouez donc !
— Que dites-vous ?
— • Vous avez profité de ma faiblesse ..
— Oui, je l'ai vu...
— Et vous lui avez laissé quelqiic breuva.ç:e infernal comme les sauvages en fabriquent dans ce pays.
— Moi!...
— Quittez cet air étonné, je ne plaisante pas...
— J'ignore...
— C'est ce que nous examinerons... Arrêtez-la 1...
On essaya de s'emparer de Colette, mais celle-ci, qui s'était dégagée de l'étreinte du commandant, avait embrassé étroitement le cadavre et ne voulait pl'is le quitter. Elle poussait d'horribles cris.
Le commandant, malgré sa colère, fut impressionné par cette sci-ne cruelle.
— Laissez-là pour le moment... Où sont les deux imbéciles de gardiens qui étaient chargés de la surveillance?
— Les voici...
— ■ Vous ne vous êtes doutés de rien, butors?
— Nun. mon commandant...
— Qu'on les conduise provisoirement à la salle de police !... Lebuteux se montra fort désappointé quand on lui apprit q-i'il s'était donné
beaucoup de peine pour rien.
— ïoi!cherai-je au moins ma gralifi ationl... murnuna-t-il. Encore si pour me dédommager il y avait quelque bastonnade à administrer... Si Pierre Til, par e.xemple...
En prononçant le nom de on rival heureax, une vive expression de haine con!rai-ta les traits de l'ancien boucher.
Lobiilc'.ix ajouta :
— Je reslorai (]Uolt]iies jours ici avant de rcitartir pour ('avcMiiuv.. PoiiliMrc atirai-je l'occasion... Nous verrons !,..
Li's curieii.x qui S(^ prcssaitMil aulour do la {.'iiillotiiio. (iuoi(jiio iiislriiils de ce qui se passait, restèrent assez lon i,Mcmps à s'en aller.
Plusieurs indigènes avaient émis l'opinion que l'cxéciilion aurait lieu (piand même et que l'on couperait la tôle au Lyonnais quoiqu'il ne fût plus en \'u\
ils ignoraient qu'aujourd'hui en France, comme dans tous les pays civilisés, la mort arrtMe les procédures, les poursuites, soustrait enlièreiuont le condamné à la condamnation.
Celait l)on pour le moyen ;\gc de pendre en elTi^io, de brûler et de traîner sur la claie les corps des coupables, de les livrer aux oiseaux de proie des fourches patibulaires.
Actuellement, dès que l'homme n'est plus, sa dépouille a droit à la sépulture. Elle appartient à la terre. A Kourou, on le jetait à l'eau, mais la mer n'esl-elle pas une tombe comme une autre'.*...
Ce ne fut donc que lorsqu'ils virent les transportés se rendre à leurs travaux et le bourreau démonter son instrument, (jue les Indiens el les nègres commencèrent à se retirer.
La pïaye paraissait enchantée de la déception générale.
— Bien fait, dit-elle à un nègre jeune et vigoureux sur lequel elle s'appuyait, bien fait pour tous ces badauds!...
Elle murmura entre les dents :
— Qui sait si le poison a opéré comme je le prévoyais I... Je donneiais beaucoup pour pouvoir examiner le cadavre.
Son vœi devait êtie exaucé, car, au même instant, un soldat d'infanterie de marine frappa sur l'épaule de la sorcière.
— Venez, vous!...
— Que me voulez-vous?
— Venez I
Ce ton n'admettait pas de résistance.
— Je ne suis qu'une pauvre femme, balbutia la p'iaye.
— Vous vous expliquerez devant le commandant... Le soldat désigna le nègre.
— Qu'est-ce que ce moricaud?
— Il me soutient.
— Je le plains d accomplir cette besogne... 11 est vrai que : qui se ressemble s'assemble... Comme les ordres que j'ai reçus ne le concernent pas, il n'entrera pas, lui... Il restera sur la porte de la case... à vous attendre... si on vous laisse partir.
Chienne maudilo, c'est loi qui as lu>'' cet homme! (P. 1013.)
UT. 131. — TIlhODOIlE IlF.MtY. — I.A BKLI.K lirKFrK. — KO. 1. ll)Lli Kf .". I.IV. Hl
La pïaye regarda le sdilat avec é|)i)uvaiil(\
— Esl-ce que l'on aurail rinlciiliuii de me leleiiir...
— Vous verrez!...
— Osseo, le génie des étoiles, coiinail mon innocence... - Je me fiche pas mal d'Osseo!
Le groupe arriva clopin-clopuU à la ca^e où était le corps du Lvmih ii>. Ou avait signalé au commandant la pïaye comme pouvant avoir fourni à la •■ ■ime du condamné à mort le poison qui avait été absorbé. Quand il vit enlrer la sorcière, il Tapostropba rudement.
— Chienne maudite, c'est toi qui as tué cet homme! La pïaye tremblait de tous ses membres.
— Moi...
— Oui, toi...
— Comment aurais-jc fait?
— Tu as vendu à sa femme un breuvage enfermé dans ce tlacon?...
Le commandant montrait un flacon qui était, en elTel, celui que Cjlette avait remis à son mari.
— Qi:e Péboan, le génie de l'hiver, m'emuiène dans ses [dus froides cavernes si c'est moi qui ai fabriqué ça!
— J'ai des renseignements précis sur ton compte, la pïaye, lu es la pins abominable coquine que l'on puisse imaginer... Tu es originaire de Georges- Tow.j... Tu as quitté la Guyanne anglaise parce que tu avais des désagréments avec Xattorney général, mais auparavant, tu avais voyagé, tu étai^ même aliie en Europe...
— C'est là que j'ai rencontré Tisté, l'ange du feu...
— Si par hasard tu n'es pas coupable, ce qui me surprendrait fort, lu dois toujours t'y connaître... Regarde le Lyonnais...
La pïaye déguisa mal sa satisfaction.
— Puisque cela peut vous être agréable!...
Elle s'accroupit à côté du corps et garda un instant le silence.
— Oh! lit-elle, c'est une sublime liqueur que celle qui procure >aii- - ■ ,.fiance le sommeil qui ne finit jamais... Là-bas, là-bas, ils uni une poudre blanche, mais c'est horrible ce que l'on éprouve... D'abord un goût âcrc,amer, puis des tortures sans nom... La face devient noire, grimaçante... On se lord dans la douleui', on a un feu qui vous brûle, on vomil... Ici rii-n... rien... O.i dirait qu'Os>eo berce de ses rêves celui à (jui vous vous prépariez à coujier la tète...
La pïaye se redressa d'un air Iriomphant.
— Tu avoues alors (juc c'est loi...
^- Je n'avoue rien...
. 1041 1 A lîKLLE MIKTTE
— Tti jiiMisos que c'est (jiielinrim du iiays...
— Le poison esl l-ien de la C.iyane... l'.lle se île esl capililo de le fournir... Ui fonM le caohe cl iic peniiel (lu'a se< eiilaiils de le troaver...
l,e visage do II piaye s'élail (••lairé. Celle-ci avait relevé son chef hranlant... Klle re,:;ardait le coinniaii.laiil avec audace, l/oniciei' dit :
— Je te crarderais jiien. mais je ne saurais où le nv^lre... Je connais ton carhet... Tu vas èlre l'oltjel d'une surveillance spéciale... Va-l'en!...
Li pïiye s'empressa d'ohùir. En se retirant, cl! ^. jeta un dernier regard sur le Lyonnais et joignit les mains ea signe d'admiralimi.
\ la porte de la case, elle rencontra Leliuteu\ ipii altend.iit sans doute la sortie du commandant et le rcu'arda d'un air railleur.
— On dirait (jue tu te moques de moi. la vii^ille! lit l'ancien garçon boucher,
— Tu ne te trompes pas...
— Li bourreau, dit avec ciVroi à la sorcière son conducteur ipii venait de la rejoindre...
— Je le sais, mais je n'ai pas à le ciaindre car je sais plus forte que lui... et je n'ai pas peur de la guillotine!...
CHLZ .MKRIE.M
On a vu que Lehuleux s'était promis de rester autant que possible à Kourou. Il inventa toutes sortes de prétextes pour cela.
Il prétendit qu'il avait des réparations urgentes à opérer à la guillotine.
— Ce n'est pas cependant l'usage que vous en avez fait ici, lui dit-on.
— Non, en effet, mais il n'est rien qui la détraque plus que les voyage?.
— Vous pourriez la réparer à Cayenne.
— Dans la traversée les dégâts augmenteraient.
— Si on avait besoin de vous là-bas!
— On viendrait vite me chercher...
— Qui donne les coups de martinet en votre absence?...
— Un aide me remplace... Il ne va pas aussi bien que moi, mais il ne fonctionne pas mal tout de même.
Lebuteux fut d'aillears servi par la rareté des voyages de Cayenne à Kourou. Quelques jours s'écoulèrent sans l'apparition de l'aviso, qui faisait communiquer par mer l'établissement au chef-lieu de la colonie.