LES FORÇATS CANNIBALES
11 est diflicilc de raconter une histoire de prisonniers de condamnés subis sanl une peine sans avoir à mentionner presque aussitôt des tentatives d'évasion.
C'est qu'ils sont rares les captifs qui acceptent leur sort avec résignation, puis il existe en l'homme une soif de liberté qui le pousse à tout braver pour reprendre possession de lui-même, sortir de son cachot ou échapper à des règles inflexibles.
Dans les maisons centrales de femmes, on essaie peu, comme nous l'avons dit, de se soustraire à la condamnation pi'ononcée. Cela tient uniquement à la conformation physique de la femme qui l'empêche de franchir de hautes murailles, de s'exposer à des dangers exigeant pour être surmontés beaucoup de force et d'audace.
Le désir d'indépendance n'est pas moins grand chez le sexe faible que chez l'a'itre sexe, mais les ressources, pour venir à bout des obstacles, font presque défaut.
Toutefois, nous avons vu quelques créatures énergiques ne reculer devant rien. De ce nombre fut la Manon q li mourut à Montpellier sans avoir cessé de songera l'évasion et dont le but était d'aller retrouver ses eiif;iiii<. les deux petites filles recueillies par M. Comté.
Miette était aussi vigoureusement trempée. Quant à Clémentine, elle avail été poussée par l'amour et une siiualion (jiii devenait de jour en jour {)lu-^ dangereuse.
10(V: LA BKLLE MIKTTE
Dans !cs bagnes, les leiilalivos dVva-ion sont joiirnalnVc^. Mulgn"; los chàtinioiiis ilo loiilc sorle, malf^ri'' les sév(''riU"'s de la loi (jui aiii:moiilc la durée de la peine, il csl des forçais doiil l'unique iicns("'e, l'u liiiun but est de fuir. Nous savons que Maillone tMail de ceux-là.
Il arriva cependant, à IV'poquc où il songeait à associer Miellé à ses projets, un fait de nature à donner à rôllécliir à l'ancien marin.
On venait de crt'er à la Conilù un nouvel élabli-scmcnt p(''nilentiaire et agricole portant le nom de Sainle-Marie.
h\ Comlô est un territoire assez important dont !a concession avait ôt(^ faite en IGOG à )1. de Gcnnes, (bef d'escadre qui s'ôlail tHabli à la Guyane au i-etour d'une expiMilion malheureuse au détroit de Magellan.
Ce territoire était situé tout le long de la rivière d'Ozac en allant vers l'Amazone. Des lettres patentes datées de Versailles, du mois de juillet 1598, l'avaient érigé en comté.
Plus tard M. le comte de Gennes fut disgracié, la concession lui fut retirée, mais l'étendue du pays qu'il avait occupée n'en resta pas moins le coinléde Gcnnes, par abréviation la Comié.
C'est une des contrées les plus fertiles de la Guyane. Les rives de la rivière qui la traverse olîrent le spectacle le plus piUorcs(iue, !a végélalion la plus riche que l'on paisse imaginer.
Ici le palétuvier a dispara, les arbres nains des marécages font place aux géants de la fora. Il arrive parfois que deux de ces colosses se penchent l'un vers l'autre comme deux amis qui se tendent les bras, el réunissent les deux berges par une arche de verdure,
Du haut de ces branches enlacées, des paquets de lianes et de parasites pendent, balances par le vent, com.me des girandoles de fleurs. Palmiers de toute espèce, arbres de toule essence, bois précieux, fleurs rares, se pressent, s'entissent confusément au milieu d'une exliiliilion fastueuse des richesses et des caprices de la végétation tropicale '.
Mais il plane au-dessus de la Comté une légende funèbre.
Le soir, lorsque l'ombre commence à couvrir la forêt, on voit descendre de tous les coins du ciel de longues colonnes de vapeur. Elles s'étendent peu à peu en une immense nappe horizontale sous laquelle la terre entière e.^t comme ensevelie.
Les nègres soutiennent que ce sont de grands zombies (fantômes) blancs qui vicnnenl la nuit s'accroupir sur la coupole de la forêt el y semer le poison de la fièvre.
Les Français, envoyés dans ces pays si dangereux, ont beau chercher à se