C.e n'c-t pas nn forrat
-- Il n'y a donc que yle< forçais.
— C'est un ofli'iiT d'a(linini>lralion...
— - Je no l'ignore pas...
— Mais comment l'imaginos-tii?. ..
- Je suis certaine qu'il m'a remarquéi"'... Il me regarde... Je ne serais pa> étonnt^e de l'avoir dtijà renco:itré ailleurs... à Marseille, pent-ôtre...
— En ce cas, il ne doit guère le prendre au sérieux...
— kn contraire, il cor.naîl alors de quoi je suis capaMe...
— Les hommes sont si...
— Ne les m'canise pas... Us valent encore mieux que les femmes.
— Cela ne prouve pas qu'ils vaillent grand'chose... Alors ton M. Pau'e'.,.
— S'occupe évidemment de moi...
- Quelle donnée as-tu?. ..
— Il flâne du côlé de la baraque où nous somme.> installées dep .is riooûdation.
— Mai> t'j n'y es pas .«cule!..
— Qu'importe!
— Tu t'es trompée si souvent...
— Ses regards s'adressent bien à moi...
— Ses regards... 11 ne louche pas au moins...
— Et puis il m'a parlé...
— Il t'a paré?...
— Oh ! il ne m'a pas encore dit grand'chose... On ne s'était pas ce jourli encore rendu au magasin général... Il m'a demandé la cause du relard...
— T. ut cela...
— Ce n'était qu'un prétexte et je voyais bien qu'il avait envie de me poser une autre question...
— Tu ne Tas pas encouragé...
— J'ai fait tout ce que j'ai pu, mais il a l'air timide...
— Comme M. Mébert?...
— Ce n'est pas un merle blanc comme le docteur que ta fille m'a chipé... 11 a plutôt peur de se compromettre ..Il ne se doute pas que je sais la discréiloûniême...
LA BELLE MIETTE I07b
— Ce qui te nuit toujours c'est que Ion ne devinr |);i< tes qii.ilii(''>... Tu ne 'es portes guère sur la figure...
— As-tu l'intention de m'ôlre dé>;igri'able.'
— Jamais de la viel... Ce serait idiot au moment où tu vas devenir une protection, où il sera indispensable de le faire la cour...
— Quand je pense que je regrettais que cet Aral»*3 stupide mVùi préféré Meriem...
— Elle danse si bien !...
— Allons donc!... Elle ne sait môme pas lever la jambe...
— Ce n'est pas comme toi...
— Mn d'un coup de pied, je pochais l'œil des sergos quand ils faisaient les malins...
Miette se mit à rire... Avant de quitter Malvina, elle lui demanda de la tenir au courant de ses nouvelles amours el celle-ci le lui promit.
L'ex-sage-femme ne tarda pas à reconnaître que son amie ne se faisait pa? illusion cette fois.
L'officier d'administration, bien que ne. s'étant pas encore déclaré, affirmait de plus en plus sa préférence. 11 avait des attentions pour Malvina et lui envoyait des rations supplémentaires. Il cherchait à lui être agréable.
Un jour enlin, il se décida à solliciter un rendez-vous qui fut accordé sans peine.
Comme on a pu le voir, les tiansporlées non mariées, bien que n'étant pas entièrement libres comme les autres, n'étaient l'objet q:ie d'une surveillance restreinte.
On les laissait aller, venir dans l'établissement avec assez de facilité. La seule précaution que l'on prît était de les empêcher de communiquer directement avec les transportés célibataires.
On voulait bien que des mariages eussent lieu entre ces derniers et elles, mais on craignait des unions libres susceptibles de porter atteinte à la morale.
Ce but était louable. Il ne fut pas toujours atteint.
L'administration à Kouiou, comme ailleurs, vit non seulement des transporté^ et des transportées déjouer sa surveillance, mais encore des relations s'établir entre des célibataires et des femmes mariées.
Ce lut ce qui l'engagea à créer plus tard à Saint-Laurent d i Maroni un établissement spé -ial pour les ménages.
« 11 était impossible autrement, dit M. Pierre Zarcone, dans son IJi^luire des liagnes, malgré la vigilani:e extrême de lautorité, d'empêcher les coniniunioations et de réprimer les désordres qui se commettaient journellement.
<< Quelle moralité pouvait-on attendre de ces hommes pervertis, dont les
une l'A UKl.I.K MIKIIK
passions olaieiil sans cesse extiléfs pai- la piTsciiff do ces leiimies déjà prosliliKH's pour la plupart avant leur an ivre à la C.iiyane?
« Quelle ènerj;ii\ du reste, pouvail-on demander à oes nialhenreuses condainnées q;ie les lièvres intei miltentes conduisaieiil allei nativemcnl de leur case a 1 hôpital jusqu'à la lin de leur triste existence? »
\ Kouiou, les premiers mariaqcs avaient donné d'autres résultats à cause des conditions spéciales dans lesquelles ils avaii-nl été contractés.
Cet lit aiiisi que le Houlottier et Luuisette oITraicnt le spectacle du Nonheur le plus comiilel; Tieire Til et Céleste vivaient très unis. Méricm, la bayadère, paraissait enivrer son sei|:neur et maître d'amour et de dan-cs.
Chez Gérard et Clémentine, chez Maillone et Miette, les apparences étaient encore sauvegardées.
La seconde série de mariages, (jui fut cdéhréc six mois après la première, partagea au contraire le sort commun.
Nous ignorons si Malvina mariée eût été lidéle. Il était dans sa destinée d'être toujours autre chose qu'une épouse.
Dhahilude, il est vrai, le.dieu Hymen ne va pas chercher des recrues dans les maisons du genre de celles oij Malvina avait habité; mais, à toute règle, il y a des exceptions.
L'amie de Miette ne devait pas en être une, car l'officier d'administration qui s'intéressait à son sort ne songeait évidemment à rien de légitime.
Obtenir un rendez-vous de Malvina c'était obtenir d'avance tout ce que Ton désirait, et même au delà.
Miette s'en doutait bien, aussi ne fut-elle pas étonnée de l'air triomphant de l'ancienne prostituée le lendemain de l'enlrevae de celle-ci avec son amoureux.
— C'est fait! dit Malvina à sa confidente.
— Cela diirera-t-il?
— Je t'en réponds... Il a Tair très épris.
— Bon... Bon...
— Fiu'ure-tùi qu'il m'a fait toute sorte de piomesses...
— Oh! des promesses I...
— Mieux encore que cela...
— 11 t'a donné...
Malvina tira une pièce d'or.
— C'est superbe 1... Tu travaillais pour bien moins jadis...
— 11 est vrai... Il s'est conduit comme un gentilhomme... Je lui rendrai la monnaie de sa pièce...
La tiansporlée s'exprimait avec un accent de conviction qui fit rire aux -éclats la mère de Clémentine...
LA uKi.LK Mil; m-: lo::
Miette allait <e retirer (iiiand Malviiia la ri'liiit
— C'est le philtre qui est (■aii>c de cela.
— Ah:...
— La pùye ne m'a pas menti.
— Le hasard est si grand... Et puis...
— Elle n'a pas trompé non plus l'Amirale.
— Comment?
— Celle-ci vient de me dire qu'elle tenait aus-i -on ofli'-ier de mariuf^... N'est-ce pas q e c'est épatant'.'...
— Lin elTet...
La Miette resta vivement impressionnée.
Deu.v ou trois heures après, ayant eu une scène avec Maillone, elle ?e rappela le conseil que lui avait donné Malvina de demander son appui à la sorcière.
Elle hésita d'abord, puis elle dit:
— Bah! qui ne risque rien n'a rien!... Si ça ne peut pas faire de bien, ça ne peut pas faire de mail
Il y avait ensuite en Miette un fond de .-uperslition et de ciédulité... On a beau se diie sceptique, on n'est ]jas né pour rien dans la France méridionale...
Elle était assez émue quand elle se dirigea vers le carbet de la pïaye. On eût dit qu'elle croyait réellement que cette démarche exercerait une grande influence sur sa vie.
Elle pénétra sans peine dans le logis et put arriver auprès de la vieille femme.
Celle-ci fixa ses regards sur elle
Soudain la Miette poussa un cri.
La pïaye n'était autre que la Métisse!
ex VI II
LLS A M CIREUX DK C. F. i; M K N TI N K
Nos lecteurs se rappellent .sans doute la .Mélisse, cette marchande de poisons qui exerçait daus la rue de la Vieille-Monnaie, à Marseille.
C'était elle qui avait vendu à Mielte la liqueur qui avait servi à donner la mort au bonhomme Barbe
Au moment du procès des empoisonneuses, elle a\ait disparu sans qu'on pût savoir ce quelle était devenue.
Cette aiïrcnse vieille était oiigjnaire de la (liivane anglaise. Elle était
riMiliéo dans son jniys où elle a\.iil i'oiilii:iU' so;i sinistre coniniercc jiisiin'aiijoar où des menaces de po:u-.->uile Tavaienl olili.^^ée à se cacluM' [)rôs de la i)la,uc de Kourou.
Elle avait iirobablenient, dans ses voyages, amassé nnc (iiiantilé suflisanti' de ronds Jaunes pour |)ouYoir vivre sans rien faij'c; mais sa répiilalion de/;m//c lavant accompai^'née parmi les Indiens Galiltis, elle en lirait encore qnel(|iies petits profits.
Elle exerçait maintenant en amateur après avoir exercé pendant longtemps d'une manière plus active.
\jà Métisse tenait aussi, sans doute, à la considération que les indigènes de la Guyane ont pour leurs soricrs qui appartiennent, en réalité, à la grande famille des charlatans.
l'ius les peuples sont ignorants, plus ils se laissent exploiter par leur> méde .ins et leurs prêtres, moins ils exigent d'eux de garanties.
Les clients des pïaycs ont une foi si robusie dans les prescriptions de ceux-ci qu'on n'a pas besoin de leur doi'er la pilule. Ils s'adie>sent à ces emj)iriqiics pour le mauvais œil, le sort jeté par la viei le négresse, le regard oblique. Ils leurs achètent des fétiches, des amulettes, des gris-gris, des pré crvalil's, des boucliers, des armes.
Le sorcier, qui joue un si grand rôle dans la vie créole, a la prétention d'empêcher la mauvaise fortune, de vendre le bonheur!...
Le pïaye n'est pas exclusif; il emprunte ses mystères à tous les rites. Il fait le bien comme le mal. Il ne borne pas sa p lissance au déparlemont des amours. Son empire est plus va-te, plus absolu. Il s'occupe de tout et même d'autre chose. S'il a des receltes infailliiiles à l'usage des amants, il s'intéresse également à la santé publique el guérit les maux passés, présents et futurs
M. Frédéric Bouyer cite un exemple. Un de ses amis souffrait d'une insolation. La lièvre était ardente, la télé brûlait, la congestion était imminente.
On allait mettre en pratique la médication du docteur Sangredo, tirer du sang dans un pays où l'on en a rarement trop pour sa consommation, quand une vieille mulâtresse demanda à traiter le malade à sa façon.
Voici le remède avec la manière de s'en servir :
Prenez une bouteille d'un litre; remplissez-la d'eau aux trois quarts; mettez-y trois grains de maïs, ni plus ni moins; trois grains, entendez-vous?...
Ajoutez-y une alliance d'argent, alliance de mariage, bénite; si l'alliance est en or, n'allez pas pins loin, la réissile est manquée ; il faut une alliance en argent.
A midi, temps moyen ou temps vrai, au choix, le malade est assis dans une chai.se, ou dans un iauleuil, à Tombre d'un manguier ou de tout autre arbre q:ii donne de l'ombie.