‹ La belle MietteChapitre 179 sur 200 · L.\ ni-l.LE MIKTTK · texte numérisé non relu

L.\ ni-l.LE MIKTTK

l'Amirale. Il n'élail pas impossible d'ailleurs que, crlle-ci se fût adressée à Miette dans l'espoir précisément que son chani^'cmonl de situation serait connu de tous. Si elle arait parlé dans ce but, elle fut bien servie.

La nouvelle souveraine de Ronron eut bientôt des gens pour lui faii-c la eonr.

11 n'y eut pas que des ti-ansporlés qui essayèrent de lui plaire, mais des employés appartenant au personnel libre, des bas officiers, des marins.

L'Amirale cessa de loger avec les autres détenues non mariées. On Tinsialla dans une case avec des serviteurs nègres.

Elle prit aussi avec elle la paysanne condamnée pour incendie qui avait fait le trajet de Marseille à Montpellier dans la même voiture cellulaire que Clémentine et Miette. Cette détenue était destinée à lui servir de femme de chambre et de cuisinière.

Caroline Poilot obtenait du commandant tout ce qu'elle voulait. On fit venir de Cayenne des meubles confortables pour la demeure de la maîtresse du chef.

On eut trouvé probablement à redire à la conduite de celui-ci s'il avait été ailleurs qu'à Kourou, mais celte plage est bien lointaine. Dans nos colonies, les mœurs sont forcément plus faciles que dans la métropole.

L'auteur de cet ouvrage, faisant lui-même appel à ses souvenirs de soldat, se souvient d'avoir vu, dans un fort de l'Afrique française, un commandant supérieur tranquillement installé avec sa concubine dans sa demeure offi>ielle et la plupart de ses subordonnés suivre son exemple.

Un jeune officier ne s'était pas gêné pour retirer de la maison publique de l'endroit une fille, que toute la garnison connaissait fort bien, et pour la garder dans le logement qui lui était fourni par l'État.

Ces ménages illégitimes s'entendaient entre eux. et il existait une sorte do hiérarchie créée par la situation et le grade de l'amant devenu un véritable époux.

Caroline Poilot e;it donc les égards des subordonnés parmi lesquels se trouvaient ceux qui avaient été ses propres gardiens.

Il n'y eut guère qu'une personne qui refusa de baisser pavillon dtv.ini elle; ce fut Malvina. Il est vrai que celle-ci avait une position du même genre.

L'officier d'administration qui l'avait prise pour maîtresse, bien que subordonné au commandant, avait un grade presque équivalent.

La question du ravitaillement était si importante dans un lien dénué de toutes ressources qu'il avait bien fallu la confier à un fonctionnaire susceptible de prendre certaines responsabilités.

L'.\miralc et Malvina devinrent donc rivales.

Malvina avait demandé à son amant une installation du genre de relie de la commandante, mais l'officier avait formellement refusé.

1100 Ï.A RKLLK Mil TTE

L'ancienne proslitiu''e avait tlonc iHé. à son i^ranil rej;iet, ol)lii,'ée de restt-r dans la demeiiie commune des Iransporlécs. Elle y élail cerlainement Irailre parles sivurs elles-rat^mes a ver plus d't\îards que les autres, mais son amourpropre n'en souffrait pas moins.

Miette avait pris oarrtMuoiil parti pour Cart)liiie Poilol qu'elle jugeait plus puissante et dont la situation lui semlilait plus assurée.

Kile commentait à craindre (juc la Mélisse, qui avait si bien réussi à satisfaire l'Amirale et Malvina. n'eût pas aussi bien réussi avec elle.

La sorcière no lui avait pas remis de philtre, mais simplement une ainiilollc qu'elle l'avait ciii,'a.:ôo à faire porter par Maillonc.

Celte amulette consistait en un petit morceau de peau mal tannée sur le(|uel il y avait des signes bizarres.

— Dans ton cas spécial, lui avait dit la Mélisse, ça vaudra mieux que tous les élixirs du monde.

— Tu crois?

— J'en suis sûre...

— Mais comment m'arrangerai-je pour que mon mari ait cela sur lui .'... Encore s'il était dévot, je lui persuaderais que c'est un scapulaire !...

— Cela te regarde !...

Miette avait profité du sommeil de Maillone pour lui coudre le morceau de peau dans sa veste...

L'ancien marin ne savait certes pas de quel charme puissant on se servait pour agir sur son cœur.

Il s'en doutait tellement peu que Miette dégringolait tous les jours dans son esprit et qu'il remarquait de plus en plus la beauté de Clémentine.

Il se rappelait comment il s'était uni à l'ancienne sage-femme.

— Quelle idée bizarre a été la mienne, disait-il, quand j'ai pris ce vieu\ pot, alors qu'il m'eût été si facile d'avoir sa fille... N'était-ce pas son sauveur qu'elle voulait épouser ei son sauveur n'était-il pas moi ?... En vérité j'ai montré une abnégation rare. Certainement Gérard, à ma place, n'eût pas agi de !a même manière.

Clémentine devenait, pendant ce temps-là, très aimable avec lui. Ils se voyaient peu l'un chez l'autre, mais, chaque fois qu'ils se rencontraient, la jeune femme avait pour lui un sourire.

— Bonjour, monsieur Maillone, lui disait-elle. ^

— Bonjour, madame Gérard!...

Elle l'arrêta un matin où il allait à l'abalis,

— Pourquoi ne me dites-vous pas : Bonjour, Clémentine !. .. Autrefois vous étiez plus familier.

— Autrefois, autrefois...

L\ Hlil-LK MIETTE HOl

— Kh bien?...

— On nï'lait pas ridicule comme on l'est aujourd'hui.

— Qui?... on?...

— Voire mari...

— C'est pour lui...

— Je ne tiens pas à lui faire de la peine après tout... C'est un bon L^arr.on. .

— Vous trouvez?

— Et puis il y a votre mère...

— Maman...

— Mais oui...

— En quoi se fâcherait-elle si vous m'appeliez de mon petit nom... Estce qu'il ne vous plaît pas?

— Au contraire.

— Je sais qu'il n'est pas joli... Ne vous gônez pas... Ce n'est pas moi qui l'ai choisil...

— Il est si bien porté!

— Ah ! voilà un compliment I

Elle était presque provocante. Il ne put guère résister.

— Ce n'est qu'une faible partie de ce que je pense!...

— En vérité!

— Comment n'admirerais-je pas votre visage si dou.K, votre regard, votre bouche charmante?

— Oh! oh! vous allez vite maintenant!...

— C'est bien embêtant que je sois obligé de m'arrèler...

Il fit comme un effort sur lui-même, eut un mouvement de tête, puis s'éloigna assez brusquement.

Ainsi qu'on le voit, l'amulette ne produisait aucun effet ou agissait dans un sens qui n'eût pas été du goût de Miette.

Celle-ci se rendit chez la Mélisse.

— Eh bien, eh bien, tu sais que cela ne va pas du toat...

— De quoi parles-tu ?

— De mon mari... de...

— Que veux-tii que j'y fasse?...

— Comment?

— Ne l'ai-je pas dit qu'il ne fallait pas me demander ce qui e<t trop impossible!

— A quoi servent les pïayes alors si on ne s'en serl que pour les choses ordinaires?

— \ rien, c'est entendu!... Pourqu(ji doni- vieiis-tii me trouver.'...

— Allons, calme-toi?... Je suis bien ennuvée...

LA BELLE MIETTK

— Ton mari portt>-t-il lo talisman?

Depuis ce momenl il est pins indifférent encore...

Où le lui as-lu placé?

Dans la doiildurc de sa veste...

Par excnijde!

Ce n'èlait pas comme ça?

• '.0 ne sérail peut-être pas mauvais s'il gaulait toujours «a veste... Mais l.^ soir, il l'onlève, n'est-ce pas?

Certainement !

- je ( harme cesse alors d'opérer... Tout ce qui a pu s'effectuer pendant la journée est détruit...

— C'est vrai... Jai remarqué que c'était la nuit qu'il était le plus froid.

— Tu vois...

— Oue faire?

— I.e moyen était mauvais... Il est nécessaire d'en chercher un autre...

— Comment m'y prendre?

- — Tu manques d'imagination...

— C'est la première fois qu'on me le dit.

— Ne pourrais-tu pas persuader à Maillone que le morceau de peau est un pré-eivatif contre la fièvre?

— Ce serait difficile !

— Il est donc bien sceptique?

— On ne lui en conte pas facilement. Ce serait pour toi un mauvais client?...

— Qui sait?

— Moi j'en suis sûre...

— Les hommes sont incrédules jusqu'au moment où ils s'imaginent avoir intérêt à croire... L'ambition, l'amour, la soif des richesses, la ciu-iosité de l'avenir les convertissent à ma science... Ils sont alors auprès de moi, à m'interroger tout tremblants!... Ils quittent leur insouciance tandis que je suis les lignes de leur main ou que j'interroge leur destinée dans les cartes... Maillone n'est pas encore venu, mais si Maillone, qui a certainement entendu parler de moi, nourrit quelque dessein, désire ta fille et est inquiet sur ce qui doit advenir de ses projets et de sa passion, il viendra!...

— Je ne le pense pas...

— Je ne te le dirai pas, car je suis la discrétion même pour ces sortes de choses...

— Tu me cacherais...

— Tu peux en être sûre..-.

— Et si ma fille et lui te demandaient du poison pour Gérard et pour moi?. . .

— Je leur en vendrais!

LE C A B m

Maillone et Génird avaienl dénoncé au couiininilanl de Konroii rapparilion de Djimbo, et l'oflicier s'était empressé d'ordonner des battues pour essiy.r d'arrêter ce redoutable mabaiteur.

Des nègres et des Indiens avaienl prêté leur concours. Ces derniers étaient cbcrcbcurs de pistes, c'est-à-dire connaissaient l'art de suivre les traces d'hommes ou de bêtes fauves, de relever leur passa.e à l'aiJe de< plus simples indic-'s.

Sans doute llndien de la Guyane n'a pas nans cciie <.-ieno.' i'tiabiieie du rastréador des rives de la Plala, car on ne \<\x\ rien découvrir qui fit deviner par où était passé le Rongou.

Djimbo n'était cependant pas bien loin, car, lorsque la Miette sortit do chez la pïaye, le misérable se montra même dans la partie du carbet où se tenait la vieille femme.

Il était entré par une porte basse qui donnait dans une sorte de cave et qui était dissimulée par une mauvaise couverture posée comme un rideau.

La Métisse n'éprouva pa^ la m"in'1r^' «nrpri^e de cott-:' appariiinn. Djimbo avait donc un asile chez elle.

Le Rongou alla vers la sorcière.

— Cette femme? dit-il d'une voix brève...

— Tu la connais?

— N'est-ce pas la mère...

— Oui, d'une créature superbe... Tu Tas vue?... Lœil de Djimbo s'alluma.

— C'est pour elle que je reste ici...

— Ah 1 c'est pour Clémentine que tu commets cette folia, que tu me compromets.

— Tais-toi...

— Tu ne m'empêcheras pas de dire que tu fais là une bêtise, dont lu te repentiras...

Le Rongou resta impassible.

La Métisse continua :

— Ne te rappelles-tu pas ce que j'ai vu dans ton jeu .*... Djimbo haussa les épaules.

1104 LA 1U:LLK MIKTTK

— Tii es sûr de loii alïaiio...

ain (ureiix.

— Ainoiireiix, jo le suis déjà I La sorcitre ricana :

— Je sais ce que c'est chez loi, ramoiirl

— Il me sonilile ijne celle fois je désire avec plus de force, plus d'ardonr...

— Tant pis !...

— Tant imtMix parce que lorsque viendra le moment oîi je pourrai satisfaire ma passion, mon plaisir sera plus grand!

-- Mais alors c'était toi, l'ermite...

— L'ermite !

— Oui le nèi^re qui venait après rinipéralrire...

— Je ne comprends pas...

— Le pape, l'empereur avaient plus de chance que toi!..

— Le pape, l'empereur...

— Le mari, l'autre...

— Le mari!... Malédiction!... Oui, je sais qu'elle est mariée... Mais ce n'esl pas à lui que j'en veux le plus. . .

— C'est à l'autre, n'est-ce pas?...

— C'est à celui qui m'a blessé... Ici... Le Rongou montra son épaule.

— Tuas raison, dit la Métisse, ce rival est dangereux... Je l'ai vu dans les tarots... Mais il ne doit pas être bien difficile de le vaincre à un ange des ténèbres comme toi...

Djimho eut un moment d'impatience.

— Comment me venger?...

— Est-ce avec une balle de plomb ou une balle de marbre qu'ilt'a atteint?. .. Le Rongou ne daigna même pas répondre à cette question bizarre.

— La vieille, dit-il à la Métisse, débarrasse-moi de tout ce qui empêche la femme blanche de m'appartenir.

— Tu t'imagines que c'est bien facile...

— Je le veux !

Il tira de sa poche le couteau-poignard dont il avait déjà menacé Clémentine. ' — Obéis-moi ou sinon je te coupe le cou...

La Métisse fut effrayée.

— Eh bien, j'essayerai... Je ferai tout ce qui me sera possible,

— J'y compte!...

— Et si je ne réussis pas?...

— Il faut que tu réussisses...

Ce fut d'une voix brève, impérative que le Rongou s'exprima.

gui i.i tu.;? .1'. 11"'.;

11 est à remarquer que, comme la Mitisse, il ne se servait pas du palois nè^re, altération bizarre du français qui repoii.s>e certaines voy.-lles d c^r-

lames consonnes

Pour prononcer, par exemple, tortue de mer ou lurliie de terre, .es iie^ies prononceront toti la iw', toti la te.

Cette langue a des tours de phrases qui lui sont propre>. Il y a, à la

us. i:i9. - THÉononE henhy. - la BEii.r mr.TTC. - éd. j. no- kf et r>. uv. \Vi

1106 l.\ nELLK MIKTTR

Ciiiyaiio. un |iro\«'rl>o |>o|uil;iire ii;ii tlil : l.r sin'je stiif sur (juvllc IumuIic il (jrimpr ol dimt la traduolion liluc <'>l :

— Soyez Iranquillc, jo «•onnais mon alTairo. Les nèg^res disent :

— Macaque savr <jiii hois li monte.

Los expressions jtitlorcsiiufs sont aussi noinliriMiscs. Les foiuMs, les cours d'eau, les irrainls paysages fournissent des images (]ni sont jiaifois d'une cerlaint>. poésie.

Ajoutez à cela la prononciation remplie du flegme et de la nonchalance créoles. On ne parle que lorsqu'on y est obligé, on ne travaille que loi-s(|u'on y est contraint,

— Pas travail nicîo passe tafia (ne rien faire vaut encore mieux que du taliaj. Ce proverbe a encore cours parmi les noirs qui, s'ils sont peu empressés à la besogne, considèrent comme le plus grand plaisir de se griser.

Le Rongou ne se servait pas de cet idiome parce que, sans doute, l'on s'était donné la peine de lui apprendre notre langue. Il avait reçu, du reste, un commencement d'éducation, il savait lire.

La Mélisse, elle, savait lire et écrire.

Djimbo voulut aller, ce jour-là, rôder autour de la case de Clémentine, mais celle-ci, qui avait peur d'être de nouveau surprise par le nègre, s'était rendue à rétablissement pendant que. son mari abattait des arbres avec les autres transportés.

Elle avait rencontré TAmirale qui lavait conduite à son logis pour lui en faire admirer les splendeurs.

Le Rongou ne trouva donc personne bien qu'en s'approchanft de la cuisine qui, comme nous l'avons dit, était indépendante du corps de logis, il crut entendre un léger bruit.

Il regarda par la fenêtre étroite et aperçut un cabri appartenant à une race sans cornes et à poil ras qui est spéciale à la Guyane,

Les cabris- marrons vivent à l'état sauvage, mais on les apprivoise facilement. C'était Gérard qui avait apporté celui-là tout jeune encore. Il y tenait beaucoup.

Djimbo, à la vue de l'animal, eut sur le visage une lueur de convoitise.

Il fit le tour de la cuisine et en ouvrit facilement la porte.

Le cabri, à sa vue, fut pris d'un tremblement et essaya de s'enfuir, mais le Rongou était agile. Il ne larda pas à s'emparer du pauvre animal.

Pendant ce temps-là, Clémentine se trouvait toujours chez Caroline Poilot qui avait voulu la retenir à déjeuner.

— Trouves-tu que je sois bien installée?,., lui disait l'Amirale,

— Parfaitement.

— Je sais bien que cela crée des jalousies mais (nic nrimiiurle !... Je suis assez puissante pour les braver et j.^ me (iclie pas mal de ce (pron peut dire... Tu comprends à qui je fais allusion..,

— Non...

— .\ rillu-lre Malvina!...

— Ab:

— Elle est (ière d'avoir un oflicier d'administration... On voit bien que cela ne lui est pas encore arrivé de tomber sur quelqu'un d'à peu près propre... Nous savons où elle était cette gourgandine-Ià avant d'entrer à la maison cen- V traie de Montpellier... C'est sous tous les rapports une mauvaise galel... Klle avait voulu t'assassiner, n'est-ce pas?...

— Oui... c'est à une malbeureuse créature informe, inolTensive qu'elle a donné la mort...

— Elle avait pour complice cette Ernestine qui s'est donné la mort pour échapper à la justice... Figure-toi que la veille de son suicide elle avait passé la soirée chez moi... Je me rappelle son frère, un grand jeune homme sombre... On croit, ma chère, que c'est lui qui a fait boire du poison à sa sœur...

— C'est possible!... Il a rendu service à la Jacquet en lui évitant de rentrer pour toujours à la maison centrale...

— Ce n'est pas mon avis...

— C'est le mien...

— Allons, allons, n'aie pas d'idées noires... Tu n'es pas trop malheureuse, toi !... Ton mari est un beau gars, et j'avoue que ton sort m'a fait quelque envie le jour de ton mariage... Je ne pouvais prévoir alors que je réussirais au>si bien... d'une autre manière... Mais voilà Miette...

C'était la mère de Clémentine en effet. Elle était sortie depuis une l-eure environ du carbet de la Métisse et venait faire sa cour à l'Amirale à Ia(juellf elle se garda bien de dire qu'elle était un instant auparavant avec Malvina.

Bien qu'ayant manifesté sa préférence pour la mailrcsse du cumniandant. l'ancienne sage-femme n'avait pa> cessé toute relation avec celle de l'oriirirT d'administration.

— On ne sait pas ce qui peut arriver! disait-elle. Il faut être bi( i. aw tout le monde...

Malvina n'avait guère paru llattie, ce jour-là, de l'attention de la Mitite.

— Est-ce que par hasard ailleurs on l'aurait mise à In purt.'*:*

— Pourquoi?...

— I*arce que je sais bien que lu e> une des créatures d'' ."^I"'* I AuiumIo...

— Quelle idée!...

-- Cela ne m'étonne pas... E'itre gens du même ûge!...

nos LA BELLE MIETTE

Miette eut toulofois une iiispiratitin qui la lit rentrer en yrâce auprès de Malviiia.

- Mais je crois que l'Ainirali' est mou ainee!...

— (-'est possible!.., Ali! ah !... elle est bonne celle-là!... Ce pauvre commaridant, quelle idée a-t-il de faire sa soupe dans cette vieille marmite!...

Comme on le voit, Malvina continuait à ne pas reculer devant les figures hardies.

'Miette lit entendre un rire approlialeur. Décidément l'Amirale ne pouvait guère compter sur cette amie-là.

Cela n'empéchi pas M"' Maillone de se rendre directement, en quittant Malvina, à la case de la commandante où, ainsi qu'on le sait, elle rencontra Clémentine.

— Toi ici!

— Cela te surprend?...

— Je l'avoue...

— Oh! Clémentine, dit l'Amirale, n'est pas venue d'elle-même... 11 m'a fallu l'amener... Depuis son mariage, je ne l'avais pas vue... Elle est absorbée par son Gérard...

— Tu crois ça? fil la Miette.

— Parbleu!... Je n'en suis pas du reste étonnée... Je ne me fiais pas à l'air endormi qu'elle avait à Montpellier et pendant le voyage... Je pensais bien qu'elle se réveillerait dans les bras d'un beau garçon.

— 11 en est toujours ainsi!... dit Miette en observant sa fille. Celle-ci ne protesta pas.

— Mais loi aussi, la Miette, continua l'Amirale, tu ne détestes pas les jolis garçons...

— En eiïet... Ils ne me déplaisent pas trop...

— Maillone vaut presque Gérard?...

— Je trouve même qu'il vaut mieux...

— Eh bien moi, je ne suis pas de ton avis, et, s'il me fallait choisir... Il est vrai que Maillone n'est pas mon mari!...

— Ce n'est pas une raison... 11 y a des femmes qui préfèrent au leur le mari des autres., ,

En disant ces paroles, la sage-femme regarda fixement Clémentine. Celle-ci comprit l'allusion, car elle rougit. L'Amirale ne connaissait pas la jalousie de la Miette.

— Oui, le fruit défendu parait souvent plus agréable à croquer...

— S'il y a du plaisir, il y a du danger...

— Cela ajoute à l'attrait de la chose...

— T'imagines-tu que je serais, par exemple, de celles qui se laissent

LA BELLE MIETTE n09

chiper loiir lioiiiiiie... Je l'as-^ure qu'on me l;i payerait si l'on y loiich:iit..

— De quel Ion dis-tu ça. Miette, on croirait que «pieiqu'un a des intentions niailionnétes sur ton Maillone.

— Dame!...

— Raconte-moi...

— Clémentine n'iimore rien...

— Moi, maman!...

— C'est drôle, bien drôle, n'est-ce pas, rAmirale, qu'une lillc soit au courant des peines de cœur de sa mère?

Caroline Poilot, qui sentait un secret entrr les deux femmes, eût Iticn voulu quelques détails. Elle demanda des éclaircissements qu'elle ne put obtenir ..

Miette ne voulant pas l'indisposer, les lui promit pour plus tard. Après quoi M"" Gérard et M""* Maillone se retirèrent.

La commandante les eût volontiers retenues à dîner.

— Eh bien... et nos maris?... Ils ont un aiqiétit férore le soir en rentrant.

— Quand reviendrez-vous?...

— Dienlôt:

Clémentine et Miette se dirigèrent du côté de leur case.

En route, l'ex-sage-femme jeta un regard implacable à Clémentine.

— As-tu compris à qui je faisais allusion quand j'ai raconté qu'on voulait me voler Maillone!.. .

— Non... Je suis même très étonnée...

— Je ne mentais cependant pas en disant que lu étais a'i courant de toute cette histoire.

— Tu t'imagines, tu te figures...

— La vérité!... Interroge plutôt ton mari...

— Oh! lui...

— Je l'ai déjà dit, si mes soupçons étaient fondés, malheur à loi! Clémentine eut un geste rempli d'insouciance.

— Malheur à toi! répéta la Miette.

On arrivait à la case de Gérard.

C'iiii-ci venait de rentrer. Il était sur la porte de la cuisine et donnait des marques de colère et de douleur.

— Qu'arrivc-t-ii?

Pour toute réponse le transporté introduisit les deux fruimes dans la cuisine au milieu de laquelle se trouvait le corps du cabri morron

Le malheureux animal avait été saigné et son sang recueilli dan> un vase. II n'y avait pas longtemps que cet acte cruel avait été accomi)li.

Gérard désigna le cabri et. d'une voix rauquc. demanda :

— Qui l'a tué?...

1110 LA BELLK MIKTTK

(ili'im'iilino t't.iit aussi siiiprisi' cl iik^iih' aussi i>eiu('(' (|ue sou uiaii. Kilo aimait le rabri doul la «jiMililIc^sc cl la fauiiliaiilc la (listiayaicul, pcndanl (]u"tlle était seule à la cast».

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