‹ La belle MietteChapitre 18 sur 200 · MIETTE EN PRISON · texte numérisé non relu

MIETTE EN PRISON

Quand la nièce de Clamart recouvra ses sens, une légère lueur pénétrait dans la cave.

La malheureuse enfant était restée évanouie plusieurs heures ; le jour commençait à fai>e son apparition.

— Où suis-je? murmura-t-elle d'une voix faible.

L'idée de sa situation lui vint à l'esprit. Elle essaya de se lever, mais ses liens l'en empêchèrent.

Elle n'était pas seule dans ce sombre et triste lieu. La nuit avait été fructueuse en arrestations, et le crime ou la misère donnait à Miette de nomtireux compagnons.

Hommes, femmes, tous dormaient pêle-mêle, couchés sur les planches. De temps en temps, on entendait un ronflement ou une plainte, un râle ou un claquement de dents, des voix murmurant des paroles confuses ou un soupir. La pâle clarté qui venait des soupiraux donnait à cette scène un aspect sinistre.

La position de Miette était des plus pénibles. La jeune fille, toujours garrottée, était étendue sur la terre humide.

— Mon Dieu, mon Dieu, dit-elle avec angoisse, ayez pitié de moi! Un éclat de rire répondit à la jeune fillette.

Elle crul voir dans l'ombre un des dormeurs se lever et se diriger vers elle.

— Qu'est-ce que c'est? fit une voix. Qui est-ce qui se plaint? Miette ne répondit pas.

Le prisonnier heurta la fillette du pied. Celle-ci poussa un gémissement.

— Dieu me pardonne, je crois que c'est une fille! Miette, efîrayée, ne disait plus rien.

— Quel âge as-tu?

Le prisonnier se baissa.

— Tu ne veux pas répondre? Attends, je vais le savoir.

Ses mains rencontrèrent les cheveux de la nièce de Clamait. 11 voulut Vcmbrasscr au visage et y réussit malgré les efl'orls de celle-ci. Mais, soudain, il passa les mains sur ses lèvres.

12f. I.\ |!| I.Li: MM II I

— Qu'osl-cc donc ?

Il sapurocha du soupiiail.

Hii s;mi:l (ili I

CcHc dorniiTi' rvriainal •l.ni iilfiiic (ruii'- ruiiiiiii>ii aliuii (|iii rassura

un peu Miclli'.

-- Uni Ta lail .•.■Ui- I.I.-.mh ,■. im-inMiiir ; la mussr, n'c-l-n- |m-.' - — Chii. niirinnra la nit'cc df r.lainarl.

— Va qiifl niolif avail-t'llf à h' IrailiM- aiii-i. la niKssr'/

— Aut'un.

Naliirellciiifiil. lonjums la nit'in.' iviioiisc. Avoc. ça qu'elh' va s'aniii-cr à ai rt-ii«r les trons jtoiir son plaisir... Je sais hioii (jik^ l'on doit loiijours inoteslor de son iniioronco. mais pas ave les ami^, jia-^ aviM- c(mi\ qui sont avec vous dans It» violon! C'est comme si je le disais (jue les douze mouciioirs {\r poclit' manpu'S dilTéreminent cpie l'on a trouvés sur moi nrapparlciiaieiil, lu ne me croirais \k\<. Kl l'cpciulani je soulieinliai cela devant le liilHinal. cl cependant je vais raconter tout à l'heure au commissaire de police que ses ai:''iits m'ont jiris pour un autre! AIIon<, dis-moi qu'est-ce qui l'a conduite ici : je saurai si ton cas e>l grave! nu'a-t-on tio:ivé sur loi?

— Un collier de corail.

— Kli ! c'est pas mal pour ton àtie! Bifii, petite, très l»ien. Puis...

— C'est lout.

— Où avais-tu pris celte parure"^

— J<^ ne l'avais pas volée, on me l'avait donnée.

— .\ d'autres!

— Je vous assure!

— Comme si on va olïrii- aussi facilement un objet de cette valtîur-lii à une fd le lie!

— Je vous jure !

— Sur la gi'ande jkiiiIok/Ip '.'

— Ne l'elTraye pas. Jurer sur la grande panloulle, c'est main tenant le sermeiil ordinaire des grinch^s. Comprends-lu?... Les grinches sont les voleurs. Ils n'appellent pas Dieu Dieu : ils lui ont donné le nom de pantoulli; parce qu'il e;i trop faible. Il laisse faire tout ce que l'on veut!

— Je dis la vérité.

— Tuas donc fait de la résistance, ma mie? N'es-tu pas attachée?

— Je ne peux pas bouger.

— Est-ce avec des cordes qu'ils l'ont liée?

— Avec des cordes!

— Poiirqiuu ne nie le dis;iis-Ui pas plus lût?... Us in'oiil iiiullieiinMisemeiil pris mua cuiilea i en me t'oiiilianl. QifavaieiU-ils peur?... Je suis bien décidé à lie pas alleiiler à mou exisleiice, el ça gôue sur le moment de ne ijouvoir couper sou paiu et sou oignon 1 Mais, attends, je vais voir si personne de Thonorable socirté no possède Tinslrument qui nous est nécessaire. Sois tranquille, je ne les éveillerai pas. Je sais faire mon niélier proprement et avec précision, l'istolc est renommé pour cela.

Pistole. puisque tel était le nom du prisonnier, parut à Miette un garçon d'une vingtaine d'années. Il était grand et maigre. Sou visage portail les traces de rincoiiduite et de la débauche.

Pistole s'approcha des autres donneurs et commença sa visite.

— Rien. rien, lit-il avec impatience. Décidément je n'ai pas de chance, et la rousse n'a pas oublié de fouiller.

Pistole continua ses recherches d'abord infructueusement.

— Voici un ivrogne, dit-il enfin, peut-être avec lui serai-jeplus heureux! Le voleur mit la main sur un porte-monnaie.

— Ohl oh! ce n'est pas désagréable. Il s'approcha du soupirail et compta.

— Di\-hiiit francs! ce ne serait pas trop mauvais à garder si... Non, je ne puis pas, on ne doit pas s'approprier ce qui est à un camarade de prison. Je suis honnête, moi... Oui, mais cet individu est-il un camarade? C'est un ivi-ogne simplement. Lorsqu'il s'éveillera, ou le remettra en liberté et il n'aura rien de^jltis pressé que d'aller boire encore cet argent. Rendons-lui service, gardons ces pièces de monnaie. Il faut tâcher d'être utile à son prochain Picole!

Le jeune bandit empocha le porte-monnaie et reprit ses recherches. 11 mit :ilin la main sur un couteau.

— Petite, j'ai là notre affaire. Tu vas être libre de te remuer, et, si on le demande qui t'a délivrée de tes cordes, tu ne diras pas que c'est moi.

— Soyez tranquille !

En quelques secondes, Pistole débarrassa la captive, qui poussa un soupir de satisfaction.

La pauvre enfant eut cependant de la peine à se mettre sur ses jaudies. Son état de faiblesse était tel qu'il lui semblait que toutes ses forces l'avaient abandonnée. Elle chancela une fois debout. Pistole la soiilint et l'accompagna ju-qu'à un coin du violon où se trouvait un peu de paille sur kKjuelle iMiette s'assit.

— Prends courage, petite, dit le voleur. On est beaucoup mieux en prison (piici. Toi, surtout, tu seras pr.ib iblement enfermée dans \m pénilencier. Si tu sais l'arranger, te rendre favorables les sœurs, lu peux liler une existence d'or et de velours! As-tu encore des parents?

128 i..\ lui.i.i" MiKin:

— Je n'ai i>lii> tiuuii uiu'li-.

— Crois-lii tiu'il le ivclamera?

.Miollr frissonna.

— Non.

— Ça vant uhimix, on n'c^l |ia« mal dan^ ltv> niai^on-^ (ic coi icction ! (Vcst là ijuo j'ai fait mon t'-dncalioii. et tu vins (|ii(' «;a nr m'a pa-; mal |irolil(''. Tons les camai'ailt'S 'lisent tiu'il n'y a |ia> commr moi pour les manoMi'^... Mai-< jf te laisse, j'ai sommeil... <•! irailloiirs il est oiicmit de Imiuih' liciiir. Tàclic di' st^.'lior l«'s larmes... de t'eiidni niir, loi au-^si,

— Dormir! répéta Miette (piand l'islolo eut re|(ii-> sa |ilaee. Msl-ce possiido? Il m»' somblo (pio je suis le jonc! d'un soni,'c toriilile. Quand etcommeiil pourrai-jo roi-onvror la lihcM-lé?

La malliiMMcnse créature cul un éclat de rire navrant.

— .Mil je sens que. si on no me délivre pas bientAt, je moniiai!

Miellé lil le tour du violon [)oiir voir s'il n'y avait pi»iir elle aii.iin iiio\eii dt; s'échapper, et .s'approcha des soupiraii\. Une forte i^iille el des hairi aux très rapprochés empêchaient toute communicalion avec le dehors, dont une sorte d'enloinioir en bois interceptait la vue.

Miette alla de nouveau se jeter sur la j>aille avec désesj)oir. Klle ferma les yeux el essaya de .^'étourdir. Le jiliis })rofond silence légnail niainieiianl dans le cachot.

l'nbruilde verrous Irouliia celte trampiillilé, et la plupart des dormeurs s'éveillèrent en sursaut. La porte du violon venait de s'ouvrir.

— Est-ce déjà neuf heures? mnrmiirèrenl plusieurs voix. Le commi>saire est-il là?

— Non, dil un individu, c'est encore un compagnon.

Les prisonniers, sans se soucier du nouvel arrivant, se recouchèrent. Le nouveau compagnon qui venait d'être signalé était une femme qui fit quelques pas à tâtons dans la cave, tandis que Miette l'examinait curieusement.

— Mais non, fit la nièce de Glamart, je ne me trompe pas! C'est la folle, c'est la femme du souterrain oîi j'ai passé la nuit dernière! Gomment se fait-il qu'elle soit ici?

Miette eut tout de suite l'idée d'aller vers la malheureuse que son oncle avait tant torturée, mais elle se retint d'abord, se rappelant comment elle l'avait quittée. L'infortunée poussait de faibles gémissements et se soutenait en s'appuyant contre la muraille. La fillette ne tarda pas à la voirs'aiïaisser.

Miette n'hésita plus et s'élança vers elle. La folle eut un mouvement de frayeur et essaya de se remettre sur ses jambes, mais elle ne put que tomber à genoux.

— Grâce, grâce! fit-elle en joignant les mains. Vous voulez encore me faire du mal !

Un groupe s'était formé autour de la folle. (P, 13) )

— Je ne vous en ai jamais fait. Rassurez-vous, madame.

— Oh ! que je souiïre !

— Qu'éprouvez-vous?

— Je ne sais... mais...

— Rassurez-vous!

— J'ai peur...

ÏJV. n. — TnÉOnOKE nFNRY. — LA PRIXE MlPrrK. — PS>. J. BOI Ff ET C*» .

iiv. n

i3o i..\ i;i;i.i.i'; mii.i tk

— De »|iii? PtTMtnnc n'a l'iiitoiiliou ilc vinis nuiiv,

— - Ces hommes qui sont là... II- Ncalriit me tortiPiT

— N'ayez pas celte idée!

— Ils m'onl saisie |»:ir les . -il. 'M'ux iuMir ni'- ( (unliu r i> i. ll> iii'imiI rr.i]4iir, traînée: ils mont meurtrie, les cruels 1 Personne n'a pris ma défense.

— S'ils recommençaient, je vous défendrais, moi!

— Qui ^les-vous donc?

— - Ne me reconnaissez-vous pas?

— Non.

— La nuit diM'nièrc...

— .Mtcndcz. oli I je me rappel!. I... C'est vous qui vous ôlos enfuie, c'est viKis qui m'avez pris la cl6 de la gril!' . Vnns .m ';i vnii=; aip-; nnn i!;ninai'<f .. une trompeuse. Eloignez-vous I

I^ folle repoussa rudement MicUe.

— Je veux vous porter secours, s'il est possible, mais auparavanl failesmoi connaître comment il se fait que vous n'êtes plus...

I^a pauvre femme regarda la nièce de Clamart d'un air étonné.

— Vous ne le savez donc pas, vous? Je croyais que vou^ n'ignoriez pas.. Vous n'êtes donc pas de mes persécuteurs?

— • Non, certes.

— Vous me le jurez!

— Je vous le jure! Racontez-moi.

— Ils sont venus !e matin, les hommes! lis avaient des Lorches. J'avais si peur que je me suis cachée. Ils ne m'ont pas vue. Sans cela, il? m'auraient tuét..

— Et puis?

— Toute la journée j'ai senti leur présence. Mais j'étais blolie près de mei chers trésors. Oh! je les aurais défendus et je serais morte plutôt que de les céder!

— Enfin...

— Ce n'est que le soir qu'ils sont partis en poussant la grille.

— Alors qu'avez-vous fait?

— Sentant que je n'étais pins en sûreté, je suis sortie.

— Vous vous êtes trouvée dans une cour?

— Oui, dans un endroit entouré de murailles.

— Comment êtes-vous parvenue à les franchir?

— Une porte était ouverte... C'est par là.

— Et personne ne vous a retenue?

— Personne!

— C'est étrange. On avait donc cessé toute surveillance... car vous ignorez quels sont les individus qui ont pénétré dans ce souterrain!...

— Us voulaient me prendra ce que j'ai de plus précieux sur la terre. Miette eut un geste d'impatience.

— Us n'y ont pas réussi, poursuivit la folle, car...

La folle tira de son sein, avec mille précautions, le méilailion ((u'elle avait montré la veille. La nièce de Clauiart se rappela le récit de M. deMonon, et eut une idée subite :

— Fortunée! dit-elle à voix basse.

La pauvre femme tressaillit et s'arracha à la contemplation du portrait qu'elle tenait à la main...

— Fortunée! répéta Miellé.

— Qui m'appelle?... Que me veut-on? demanda la folle avec égarement. La fillelte n'en pouvait plus douter. Elle se trouvait devant la maîtresse du

chevalier d'Aimard, devant la pauvre créature dont le souvenir était resté pour lui un éternel regret, en même temps qu'un éternel remords.

Fortunée était retombée dans son admiration.

■ — Je n'ai pas oublié ceci, fit-elle en sortant de sa poche la petite statue de la Vierge qui faisait partie de ce qu'elle regardait comme ses richesses, mais je tiens encore plus au médaillon...

— Pourquoi donc?

La folle eut un accent profond.

— Tu ne devines pas?... Tu ne comprends pas que c'est l'image de ma fille?

— Votre fille !

— Oui, de mon enfant, de mon enfant bien-aimée! Elle serait à peu près de ton âge, maintenant,

— De mon âge?

— Elle aurait comme toi des cheveux noirs bouclés.

— En vérité!

— Mais l'infâme Clamart...

— Continuez...

— Il a pris soin de me l'enlever! Qu'en a-l-il fait? Je l'ignore! Peul-clre l'a-t-il luùe?

Miette était pensive. Une idée singulière venait de traverser son cerveau. Elle saisit la main de Foriunée, qu'elle regarda avec une sorte d'altondrisscmcnt.

Le jour était luul à fait venu. Les prisonniers, entièrenienl éveillés, s'agitaient dans le violon.

Un groupe s'était formé autour de la folle et de Miellé,

Celle-ci s'aperçut de l'état de nudité dans lequel se trouvait en [lailie la pauvre créature, car ses mauvais vêtements élaient encore plus déchirés que

<32 LA HKl.Li: MU. I Ti:

11' jour jucccai'iit. l'Ile i-Ikm-c(ki autour irelle pour voir si oUc ne pouvait rien se procurer pour la mieux couvrir, mais elle dut y renoncer. Les prisonniers ne tardèrent jias à railhu'.

— Hé! hé! la pelile, (jue lais-tu donc là à côté <!(> celte feiiinic? I">l-C(> que, lu vas la coiiïer? Kn ce cas. tu auras de la besoi,Mie et un fameux démêloir t(^ sera nécessaire...

On faisait allu>ion aux cheveux de Foitiinée, qui tomliaieiil épars sur ses épaules.

— Ne voyez-Vdus j)as que c'est la mère cl la fille? dit un détenu.

— La mère et la lille! murmura la Miette; qui sait si cet homme n'a pas raison?

A ce nmment retentit le même hruil île verious qui avait éveillé tout li; monde pendant la nuit; la porte du cachot s'ouvrit. Un homme descendit l'escalior et. s'avançant vers les misérables qui se trouvaient là, en désigna trois :

— Venez, vous!

Les trois individus désignés obéirent.

— La rousse commence ses interrogatoires, dit Pistole. Ceux de nous que l'on ne croira pas innocents iront ensuite devant le curieux.

Miette et Fortunée restèrent, pour ainsi dire, en présence l'une de l'autre. On ne faisait plus attention à elles.

— Mais enfin, dit la fillette, vous ne m'avez pas raconté d'où vierit que vous vous trouvez ici?

La folle eut une expression de terreur.

— A peine dehors, des enfants m'ont entourée... Oh! les méchants! Us m'ont suivie en me raillant, en me jetant des pierres... J'ai essayé de prendre la fuite, ils m'ont accompagnée...

Le visage de Fortunée devint hagard.

— Tout à coup, ils m'ont quittée. Oh! j'étais fatiguée, bien fatiguée!

— Ce n'est pas étonnant, vous avez perdu l'habitude de beaucoup marcher.

— Ce bruit. . . ce bruit. . . Oh ! ces cloches, ces cloches ! Le feu, la flamme. .. C'est l'incendie!

Fortunée, en proie à une vive agitation, s'était levée. Miette essaya en vain de la retenir.

Les paroles de la malheureuse créature étaient incohérentes. Elle murmurait des mots sans suite.

— Horreur!.., Bruit... Quel effroi! Ah! mon Dieu!... Je l'ai aperçu... J'ai fui... Le calme a succédé... puis j'ai voulu... revenir... cette fois... Infâmes!... Ils m"ont jetée ici !...

Les prisonniers du violon, qui, ainsi que nous l'avons dit, s'étaient un peu retirés, s'approchèrent de nouveau. Ils regardaient avec la plus vive curiosité

celte pauvre croaliire qui, un instant auparavant, malgré les mauvais traitements dont elle avait été victime, était dans un état si lucide qu'on ne se fût presque pas douté qu'elle avait perdu la raison.

Fortunée faisait entendre ces gémissements qui, dans le souterrain, avaient produit tant d'impression sur la Miette et qui avaient quelque chose de doux et de plaintif, comme ceux d'un enfant. Les détenus, étonnés, n'avaient plus la force de railler. La nièce de Clamart s'efTorçait, mais en vain, de rendre un peu de calme à l'infortunée.

L'inquiétude de la folle avait commencé à mesure que la clarté du jour avait grandi dans la rave. Ses yeux clignotaient. Sortie pendant la nuit de la sombre demeure que lui avait donnée un misérable, elle avait été privée si longtemps de la lumière qu'elle n'en pouvait supporter l'éclat.

— Rassurez-vous, rassurez- vous, disait la Miette, qui ne savait comment tranquilliser la malheureuse.

Celle-ci tomba raide sur la terre, car la cave n'avait aucun briquetage. La nièce de Clamart voulut lui porter secours, mais, au même instant, la porte s'ouvrit de nouveau, et le même individu qui avait emmené trois prisonniers se montra. Il alla droit vers la Miette.

— Viens, toi!

La fillette voulut lui faire voir l'état de Fortunée, mais il ne l'écouta pas.

— Allons, dépêche-toi !

Force fut à la jeune fille d'obéir.

Page 1