‹ La belle MietteChapitre 181 sur 200 · LE COUCOU · texte numérisé non relu

LE COUCOU

M. Chapput, l'honnête directeur de la maison centrale de Montpellier, ava't décidément raison quand il disait de Giémentine :

— Je me mélie de cette eau dormante.

Un nouvel amour avait en effet rendu la vie à la statue. L'animation avait reparu sur les traits de la jeune femme.

Elle pouvait lutter de iioiiveaii. 11 n'y avait plus lien en elle de la moine piiMiniiii'co, aux yeux baissés, au vi>age rigide.

Maillone était un homme tiien dilTérent d'Edouard Mriiort. Ou ne reiMuitiMit pas dans l'ancien b.inditde rKsleicI les timidités du ieiuie ducteur.

Donnc-la-Mort avait des élans vigoureux, des embra<sements rohu^tes.

— Es-lu bien à moi? demandait-il en élreignant sa maîtresse. - Oh! oui...

— - Et Gérard'.'...

— Je le méprise...

Maillone avait un grondement de satisfaction, car il devenait jaloux du niui de Clémentine.

Quant à ce dernier, sa haine pour son rival avait atteint son paroxysme. Bien qu'il ne sût pas exactement où en était les choses, bien que son ancien ami ne vînt plus à sa case, il sentait que Maillone était aimé de sa femme.

11 songea bientôt à se débarrasser de lui.

Un jour à l'alialis, il prit à part le transporté arabe, mari de Meriem.

— Tu viendras avec moi tout à l'heure.

— Où cela?...

— J'ai quelque chose à le proposer...

Quand les deux forçats furent seuls ensemble, Gérard dit à son compagnon.

— Veux-tu m'aider à tuer quelqu'un?... Je te donnerai de l'argent. L'Arabe parut étonné.

— Tu es surpris?

-- Oui...

— Tu le serais peut-être plus encore quand je te dirai qui c'est...

— Maillone...

— Maillone, mon ami Maillone...

Gérard avait appuyé sur ce mol mai.

L'Arabe ne broncha pas cette fuis.

— Tu es de plus en plus étonné, n'est-ce pas?... Le mari de Meriem eut un geste de dénégation.

— Macachel...

— Conimenl?... Ma colère te semble toute naturelle maintenant que je viens de t'apprendre à qui j'en veux?...

L'Afi irain fil un signe affirmalif.

— Pourquoi cela?...

— Si tu ne le sais pis, ponriuoi veu\-tu (ju*^ je lo le dise?... -- E\pIiqur-toi... Je l'exige!...

LA BKl.I.i: MIKTTF

— Hi«jt;iis longlomps jo savais loro/zm/. ..

— Aclirv.>...

l.'Aralic imita lo chant du coucou.

Li C(»l(''rt' (le (Icrard ne coiriaissail pas àc borne... - U'i'^iî^-t'i VI», ini-i'iMliIi'?...

— Mor... ririi...

— Que ra-:-(in raconli' alors^. ..

— ('.i''a le ferait trop de peine...

— Qu'iinporlo!

— Ivi l)ien dans la forint... La femme française va sonvcnl...

— Ai-hève...

— (Vesl là quelle renrontie ..

— Maillone !...

— Le marin...

— Oh.'...

Tiérard crispa les poings...

Il saisit ensuite l'Arahe par le hras,

— Puis-je compter sur loi?...

— 11 est tout naturel que le mari trompé songe à se venger... il est tout nainrcl aussi que, lorsqu'il est plus faible que le séducteur, il prenne queliju'un po ir l'aider... La loi ne saurait le punir...

— Tu consens...

— Quand veux-tu le frapper!...

— ïo:itdc suite. 11 doit être à son chantier...

LWrabe et Gérard se rendirent à l'endroit où Maillone travaillait à son enabarcation, mais il n'y était pas.

— Allons à sa case, dit le mari de Clémentine.

Ils n'y rencontrèrent que Miette qui venait de rentrer et qui paraissait irritée de l'absence de Maillone.

— S'il était chez moil... dit en sortant Gérard, dans le regard duquel brilla un éclair. II me semble que ma vengeance sera meilleure...

Maillone n'était pas chez Gérard, mais il faut dire que Clémentine n'y était pas non plus...

— Où est-il?... Où est-elle?... Que font-ils ?... L'Aiabe eut un rire silencieux.

— De quoi ris-tu?

— En ce moment peut-être le roumi est...

Le transporté imita de nouveau le chant du couco i.

— Tu te moques de moi... Tu railles... .Malheur à loi!...

— Si tu menaces, je m'en vais...

I \ RKI.I K MIKT II'

Uu buiser les rcuiiil uiicure. P. Il:;i.)

UV. 141. — TliKODOUK IIKMU. — LA BKLl.K UIKTr». — KO. J. HOII-r nr .;'•. LIV. 141

i.A i(i:i,i.i: Mil I l'i; jiui

— Non... non... Aido-inoi à Irouvc'r...

— C'est bien facile...

— Comment?

— Tu vas voir!...

Le mari de Meriem conduisit Gérard dans la direction de l'endroit où Mailione et Clémentine avaient leurs rende/.-vous. Quand il fiiL à cinq cents méires environ du taillis, il dit à rex-guichelier :

— Restons ici...

— Pourquoi ?

— Tu verras qu'il ne lardera pas à passer...

Mailione et sa maîtresse s'étaient attardés ce jour-là à se dire qu'ils s'aimaient et à se le prouver. Jamais les plaisirs que Clémentine goûtait dans les bras de son amant ne lui avaient causé plus d'enivrement.

C'est elle-même qui le retenait.

— On doit avoir quitté l'ouvrage... lui disait-il.

— Non, pas encore...

— - Vois, le jour baisse... L'ombre croit...

Je t'aime!

-- Moi aussi je l'aime, mais il faut être prudent...

— Tu as raison, Pierre.

— Ce n'est pas pour moi...

— Toi c'est pour moi, et moi c'est pour toi... .\diea!.,.

— Ne prononce pas adieu... Au revoir !...

— Au revoir?... A bientôt... bientôt!... Un baiser les réunit encore.

Un instant après, Mailione se hâtait de prendre le chemin de sa case...

Gérard et l'Arabe entendirent le bruit de ses pas. Les deux transportés raltiMidaient, cachés par un gros arbre.

L'un tenait un couteau fermé dans sa main, l'autre portait un énorme bàlon.

Gérard ouvrit le couteau et se tint prêt à s'élancer.

Mais soudain, un bruit de voix retentit et, dans le sentier que suivait Mailione, apparui'ent deux hommes et une vieille femme allant en sens inverse. 11 était impossible à l'ex-guichetier de surprendre son ennemi. Il ri'ferma son couteau avec rage.

Mailione se rencontra, près du grand arbre qui dissimulait r.\r.ibc et Gérard, avec les gens qui, sans s'en douter, venaient de lui sauver la vie

Les deux homme^ étaient Li-buteiix et le Roulottier... La fcnune était la pïayc.

— llunjnur, Mailkine! dit le Uonlottier.

— H njour, le Roulotlier...

nv, lA iii;i t i: Miirri';

- Oi'i va<-tu coiiiinc cela <i jucssc .'...

— Je itNitit» t ln>7, moi...

l-:i ti \i.Mis.' ..

!•(' rlioisir iiii avWe {toiir le Italeaii delà f<(tmiiianil.inl(>. .. Je iiio suis aîlardé et je inc iléptVhe parce qu'il est tard

— Ksl-cc que |iar hasard, lit le RoiiloUier diii) air ironique. In n'aurais pas renconlrt^ M"" (icrard?,..

— Pounpioi me demandes-tu cela'.'... dit Maillone.

— Pan-e qu'on la clierclie!...

— Son mari?...

— Non, la femme... Elle ne la trouve pas... Peul-(Mre as-tu cHé plus heureux qu'elle...

Maillone comprit au ton narquois du Houlottier qu'il connaissait ou tout au moins se doulait de son secret. II se borna cependant à n'-pondre:

— Je n'ai vu personne.

Voyant que Lehuleux paraissait railleur, il ajouta :

— Et toi que fais-tu en si helle compacrnie?...

— Je me promène...

— Avec la pïaye et avec le bourreau! J'aurais peur à ta place que cela ne me portât malheur.

— Pour quel motif?...

— Si le Lyonnais vivait encore, il te le dirait!... Lebuleux dit au Roulollier :

— Ne fais pas attention. M.iillone m'en veut parce que je Tai fuslii^^é d'importance.

— J'étais attaché sur un banc dans la salle de la Maison-Houge... Carotte et les autres surveillants étaient là pour me maintenir... Il t'a fallu beaucoup de courage pour lever le bras...

— Tu bleuglais comme un âne, tu le tordais, Donne-la-Morl...

— Veux-tu que je te fasse beugler, moi aussi?

— Essaye...

— Allons, allons, dit le Roulottier, ne vous disputez pas... Maillone. n'oublie pas que ta femme t'attend...

— C'est égal, tu fréquentes une mauvaise société!...

— Puisque cela me plaît ainsi.

Maillone haussa les épaules et s'éloigna.

Quand Lebuteux, le Ptoulottier et la pïaye eurent dépassé l'arbre derrière lequel étaient cachés Gérard el l'Arabs, ceux-ci sortirent de ce refuge.

— Il est trop loin, mainienantl dit Gérard avec colère. Ce sera pour une autre foi^...

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