‹ La belle MietteChapitre 186 sur 200 · IU · texte numérisé non relu

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.Muill'jHC l'avait trouvé l'iemlu sur la terre. (I'. 1151.)

Un intrépide lieutenant de vaisseau, M. Garpenticr, sollicita l'honneur de ce périlleux commandement. La tcmpiMc lui fit i,'râcc : il cul le bonheiir d'arriver sain et sauf à Caycnne.

Enhardis par son exemple, raconte M. Jussclain, des cnsci,^nes de vaisseau conduisirent, après lui, à la Guyane, deux bateaux à vapeur à haute pression, iEconome et le Stirveillant, plus petits encore (pie rOijdpock.

Liv. 144. — TiiKODOiiE iir.'inT. - i.\ iiBULE j»ii:rrK. — kd. j. houkf sr c'«. uv. 1«4

Ii;<' I.A DKLLt: MIKTTK

h' (>i/(tjH)( k n'apporlail pas do lionnes ni>uvelle>.

\ji lièvre jaune avait écI;U(> sur quelques points isolés. Toute la colonie élail-elle menacée par le lorrihle vomito Jietjrof...

On était justement à la période qui passe pour la plus nicurlrièro ù la Guyane. Au mois de juin ou de juillet, cpiand les pluies cessi'nl, les eaux iXMitrenl pou à peu dans leur lit, les terrains iaondés se découvrent.

.Mors les détritus végétaux, détrempés pendant de lon,'s mois, mis à nu el cliaulTos par un soleil de feu, dégagent des miasmes pestilentiels qui empoisonnent Tair.

C'c->t le moment oii les fièvres paludésnnes accomplissent le plus de ravages.

A Kourou, elles sévi<<iieat avec une intensité elîrayante. L'hôpital pouvait à peine suffire.

Tout le monde cependant n'y était pas admis. On laissait à l'établissement, dans leurs cases, les soldats ou les transporlés qui ne paraissaient que légèrement atteints.

On fil môme sortir certains malades dont la vie ne paraissait pas menacée d'un danger immédiat.

De ce nombre se trouva Alexis Médard dont le médecin dit :

— Il est trop faible pour que cela aille vite chez lui.

Toutefois, comme il ne pouvait pas travailler avec les autres transportés, on l'installa dans une petite case voisine de l'infirmerie.

Un changement considérable s'était accompli chez le jeune homme. Son teint avait acquis une sorte de transparence. Ses lèvres, ses gencives s'étaient décolorées. Les membres étaient devenus grêles tandis que l'abdomen avait pris à leurs dépens un certain développement.

11 marchait avec peine, la tête baissée, les yeux caves et cernés, le regard fixe.

L'abattement de ce malheureux était profond. 11 passait de longues journées étendu dans un hamac, sans avoir la force de remuer.

Alexis Médard songeait à la France; il voyait encore comme dans un rêve les derniers navires du port de Toulon.

11 se rappelait la sensation qu'il avait éprouvée alors que l'^i/Z/er s'éloicnait des côtes du pays natal.

1 avait songé à sa mère dont la douleur et les larmes l'avaient profondément touché.

— Je ne la verrai plus 1 avait-il dit. Et maintenant il répétait :

— Non je ne la verrai plus!...

11 ne se faisait pas illusion, en effet. Ses jours étaient comptés sous ce ciel meurtrier; il ne pouvait supporter ce climat insalubre.

LA BELLK MIKITH lliT

Alexis MiMlartl ne se repiquait copeinlanl pas «l'avoir domamlé à pirlir pour la Guyane. S'il n'y avait pas ("lé Iransporlé, il n'cùl jms oonim Marie-Louise, il ne l'eût pas aimée 1...

Cet amour, malgré rabattement dans lequel il vivait, était resté vivan; dans son cœur.

Le visage sî doux de Simonne Je .Méran était sans cesse présent à sm souvenir. Il lui semblait encore entendre sa voix liarmonicuse (pii lui avait paiié d'espérance et de repentir.

Celle admirable créature ne la reverrait-il plus également?... Mi)iirrail-i| sur ce coin de terre sans avoir la suprême consolation qu'elle se pentliAi une dernière fois sur sa coucbe?

— Ob! il ne tenait pas à lui l'aire connaître son seiM-et, il ne tenait pas à lui dire ce qu'il éprouvait pour elle. Il avait trop peur que la compassion qu'elle avait parfois manifestée à son égard ne se changeât en mépris.

Il ne désirait que sa présence au moment où son âme se séparerait de sork corps et quitterait ce monde où il vivait misérable et flétri.

Il croyait qu'il ne ressentirait aucune amertume, que toute révolte contre sa destinée cesserait en lui si son dernier regard la rencontrait, elle si bonne, si charitable, si résignée!...

Si résignée!

Elle avait donc souffert, elle aussi?

Le jour où il avait parlé de douleurs incurables qu'elle ne soupi; ninait. pas, elle lui avait fait comprendre que son passé cachait un nivr-tère et qu'elle connaissait les orages de la vie.

Cet aveu la lui avait rendue plus chère si c'était possible.

Marie-Louise n'était donc pas seulement un ange, c'était une femiin' qui avait eu sa part des misères humaines.

Il se demandait souvent à quel genre de tourments elle avait été soumise

Était-ce des chagrins d'amour qui l'avaient engagée à prendre le voile?...

Il était alors presque jaloux de ce passé qui cependant, il en avail la certitude, l'avait laissée pure et sans tache.

Alexis Médard n'avait confié à personne son alTeriion pour Simonne de Méran, mais nous savons que quelqu'un l'avait devinée.

Celte personne était Maillone qui venait le voir ipielquefois. L'ancuMi marin était un assez bon diable!...

Maillone avait absolument résisté aux lièvres paludéennes. Il v' < ■ t " ^

de même de la Miette qui, dc{tuis quelque temps, avait des accé .

Dans le ménage Gérard, c'était le contraire qui s'était i>rocl:;iL. iimlis que malgré son séjour dans le grand bois, Clémentine se portail fort bien, Gérard avait contracté la maladie, mais ni lui, ni Miellé n'étaient alt'ints

comme Aloxis ^Irilial. Maillono os^ayait de oi)ii>olei- lo lils du coiifoclionnciir.

— Tu os ici un des moins à plaiiulco...

— Pour(|iioi?

— Tu n'as à siiltir (]u uni"' ooinlamnatioii do (|iit'l(iiies aiinrcs, tandis quo moi qui le parle c'est à iiiM-péliiité qae j'ai été cumlainih''...

— I^ condamnation sera la mt^me si je meurs.

— Tn ne nmarras jtas. ..

— Jo ne me fais pas illusiiui...

— Je suis persuadé que tu retourneras en France. -- Ml nièro:...

— 'lu la reverras...

— l.a jiauvre femme e-t déjà hicn âL,'éc... Ce n'est ique pour elle que je désirerais rentrer dans le pays où je suis né, mais qui a élé témoin do mon crime.

Pour un miséi-ahie petit faux, voilà beaucoup d'embarras... Tu n'as pas élé comme moi un brigand, un assassin couvert de crimes... Figure-toi que, lorsqu'on m'a pris, on avait leliement peur que je ne réussisse à m'échappcr que l'on m"a traité comme une bête fauve. Les gendarmes m'ont mis au cou un anneau de fer et ils m'ont conduit ainsi jusqu'à Draguignan tandis que la foule me huait et m'insultait...

— C'était épouvantable...

— Moi j'ai pris la chose gaiement et, comme le Roulottier, pendant qu'on l'exposait, je tirais la langue aux peintres^ je répondais aux injures par d'autres injures...

— Je serais mort de honte...

— Pas si bêle, moi... Te dire que cela ne me faisait rien d'être traité ainsi serait un mensonge, mais je pensais que cela ne me servirait pas à grand' chose de me désoler... Je me raidissais contre l'outrage... Imite-moi... Nargue la fièvre comme je narguais les badauds et tu verras qu'elle n'aura pas autant de prise sur toi...

— C'est facile à dire...

— Ce n'est pas beaucoup plus difficile à faire...

Maillone plaignait cependant Alexis Médard. Quand il en parlait, il avait une toute autre opinion que celle qu'il exprimait devant le jeune homme.

— On le laisse crever comme un chien dans ce chien de pays...

Il ajoutait ces paroles qui étaient peut-être bien dignes d'être méditées :

— Je ne comprends pas que, lorsque les rjerbiers (juges) ont prononcé, le gouvernement vienne aggraver la peine, que, lorsqu'un homme a élé condamné aux travaux forcés pour quelques ann^'es et même pour la vie, on se permette

i.A i;i:i.i.i: mii: rri-.

de le condamner à mort en l'envoyant dans un pays où l'on ne petit pas vivr<\.. Quand il était seul, il ajoutait tdiit l.as :

— Gai. on ne peut pas vivre en cet endroit... Moi jusqu'ici j'ai éohappé à tout... Par un bonheur inouï, il en est de nu^me de Clémentine... Mais rt-tle chance peut cesser d'un instant à l'antre... J'en rêvions toujoursa mon idée... II me faut dcroper, mais je ne le ferai jtas sans elle...

Malgré l'opinion du médecin, Alexis Médard eut un terrihi.' ,ic.é<.

11 lui sembla qu'un ceicle de fer lui serrait le front, puis il éprouva l'indéfinissable sentiment d'anxiété que connaissent bien les fiévreux. Il pa'^sa successivement par les trois stades de froid, de chaleur et de sueur.

Pendant le stade de froid, il eut des convulsions qui faillirent l'emporter.

— Tu avais beau être faible, lui dit Maillone, après l'accès, tu as failli claquer... Décidément les médecins sont des ânes!...

Maillone fit connaître aussi au jeune homme que, durant la période de chaleur, il avait à diverses reprises prononcé le nom de la srcur Marie-Louise. Comme Alexis Médard semblait inquiet, il le rassura :

— Ne t'effraye pas... J'étais seul à côté de toi et j'ai seul entendu. ., Tj l'aimes donc toujours?...

II ne répondit pas.

— Tu manques de confiance en moi... Je sais cependant que ton cteur est pris, bien pris... C'est pas ta faute si tu as une aiïection sans espoir... Autrefois, je me serais moqué de toi car rien ne me semblait béte autant que Tamour... Maintenant je pense toujours que c'est béte, mais je sais aussi que ce n'est pas la faute de ceux (\\i\\ j^incc... Ce n'est pas ensuite vous qui choisissez, c'est une force dont vous ne vous rendez pas compte qui vous pousse... Ca vou> vient sans savoir comment et généralement quand il ne faut pas... Malgré tout, il est nécessaire d'obéir.

Sa liaison avec Clémentine avait, comme on peut en juger, changé radicalement les idées de Maillone.

— Je t'avouerai, continua-t-il, que moi aussi j'ai été vivement im[iressioi)né par la jolie petite sœur, le jour où, tout meurtris par les coups de martinet de Lebuteux, nous fûmes portés à l'ambulance de l'île Pioyale. On ne voulait {tas de nous, elle obligea les infirmiers ù nous recevoir, en disant : k — H y aura toujours de la place pour ces malheureux ! »

— N'est-ce pas que jamais on n'a entendu une voix pareilh'?...

— J'avoue que jamais musique ne m'a fait autant de plai>ir que la voix de la supérieure lorsqu'elle intervint en notre faveur...

Maillone laissa Alexis dans une sorte de ravissenK-nt.

C'était vers cette époque que VOi/fi/jock était arrivé un malin.

11 n'y avait que très peu de passagers à bord de l'aviso. Cependant il en

Hr.O I. V r.KI.I.F MllTTK

c!i'?oeiuiit iliMi\ ffimnos (jiii so liront imliqniT ans'^iliM l;i case du coininaiulaiit.

Cos (loin lemines furent iti iics avi'c Immucdu]) d'é^'ards par le « hcf de riHahliss.Mneiit qui donna l'ordro de 1rs conduii-L' à rii("ii)il;il.

Là les marques dr i"('>itocl se iiiultiiiliiTiMit à rrirard snrloiil de la [>lii^ jeune que les S(eurs de Saint-Joseph de Cluny appelèrent : u Ma mère ».

Les nouvelles dèltar(iuées ne reslôrenl que Irèe peu k i'Iiùpital où on h'iir désigna la case d'Alexis Médard.

— CommiMi!. il est soûl? lit la plus ài^èc.

— Il ne le sera plus désormais, dit l'autre voyageuse.

— 11 était aliandonnê de tons...

— Dieu lui réservait la meilleure des consolations.

Quand elles furent près de la case, la plus jeune voulut entrer la première.

— Attendez... Il est nécessaire de le préparer... Une trop ,!zraiide émotion...

— Vous croyez?...

— La prudence est néccssaiie...

— îlàtez-vons alors!

La jeui.e femme allait franchir le seuil de la case, lorsqu'elle se trouva face à face avec Maillone qui en sortait.

- Vous! dil-i! avec stupéfaction.

— Vous me connaissez?

— Parbleu! Elle demande si je la connais...

— Cette case est bien ceile d'Alexis Médard?

— Oh! ce n'est pas celle d'un autre...

— Laissez-moi entrer...

— Gomme ça... de cette manière...

— Je vais le préparer...

— A vous voir! C'est singulier de le faire vous-même...

— Comment?

— Vous ignorez donc que la plus grande émotion qu'il puisse éprouver, c'est en vous revoyant...

— Ab:...

— Damel... Vous ne vous en doutiez pas... C'est comme ça... Une vive rougeur couvrit les traits de Marie-Louise.

Maillone l'avait brusquement quittée. L'autre voyageuse se rapprocha inquiète.

— Qu'y a-t-il? Que se passe-t-il?...

— On va noi's introduire...

L'ancien marin était rentré dans la case, Alexis Médard était extraordinairement açilé,

i.A r.Ki.LK Mil- r il:

Pendant toute la nuit précédente, il avait r»*'vt'' à Mario Loi: " |i •<■:' imaginé que la sœur était assise auprès de lui.

Il avait osé même lui faire l'aveu de son amour et, chose si:)|.'alioic, clic ne l'avait pas repoussé, elle ne l'avait pas dédaigné lui le paria, lui le maudit, lui le condamné aux travaux forcés!...

En s'éveillant. il avait soupiré:

• — Ce n'était qu'un rêve!...

Il s? sentait encore plus faible que les jours précédents. .\ya!it essayé de descendre de sa couche, il s'était évanoui. Maillons l'avait trouvé étendu sur la terre et l'avait replacé dans le hamac en le gourmandant.

- Si c'est avoir da bon sens de commettre une pareille imprudence!... Je vais demander qu'on ne te quille plus... Il est nécessaire qu'on te fasse rentrer à l'hôpital.

— Non, non, je l'en supplie. ..

Maillone était bien décidé à dire au médecin que l'état du malade lui semblait très grave quand il avait fait sur la porte même de la case la rencontre que l'on sait.

— Tu ne peux te douter, dit-il à Mcdard, qui je viens d'apercevoir.

— Qui donc?...

— Devine...

— Un homme, une iemme?

— Une femme.

Médard devint subitement pâle.

— Une femme... Ah!

Il se tut. Le nom de Marie-Louise était sur ses lèvres, il n'osait le prononcer... Il avait peur de détruire l'espoir subit qu'il éprouvait.

— Figure-toi que cette femme ressemble à s'y méprendre...

— Elle ne fait que ressembler...

— A moins que je ne me sois trompé et que ce ne oAi tlle to:il à fait...

— Qui?... elle?... dit avec angoisse Alexis.

— Marie-Louise, parbleu!... Là... Là... ne pn'iids pa- iiii. j<' ii;' - [tas certain...

— Et moi, je suis persuadé qu'elle est à Kourou... Tous ces jours-ci j'ai le pressentiment qu'elle sera pré^^enh' nu uinrnciit dr ma iiMii...

— De ta mort?...

— Oui, mais sois tranquille... .le m Vn ir n vol i.MiK'r-; si elle m • montn' le chemin de l'autre patrie, de celle où je vivrai toujours pour l'.'idip.irer et l'aimer... Où est-elle?...

Maillone alla jusqu'à la porte et l.-s dfux femmes entrèrent au .sitùl. Le visage amaigri d'Alexis Médard était couvert de larmes.

n32 LA CELLE MIETTE

— >I;i sdMir!... Ma stinir!... niicl lionluMir do vous avoir... .\li! panltui,

jMIlloil !...

il avail .«^aisi les main«; do Mario-Louiso. Il los embrassait sans (m'cllo songeât à la moindre résistance. Kllc aussi était vivement Iduclice.

.\le\is ne pouvait voir le visage de Tauli-c femme, dissinuilé par une niante assez vaste! Il n'v avail du reste pas fait attention. Ce n'était (jue Siiiiomic (lu'il regardait avec le ravissement le plus profond.

— Vous êtes donc lieurcuK ipie je sois ici.'... dit la sietir.

— Oh! oui...

— Kh liien, Dieu vous réserve une autre joie.

— 11 ne peut y en avoir de plus grande...

— Vous vous trompez... il est aussi queifiu'un que vous chérissez et qui vous client... Oui'Iqa'un (]ue vous avez quille et qui a loul fait pour vous retrouver...

Les regards d'.Vlexis se portèrent sur la vieille femme el il eut un cii tout vibrant d'émotion :

— Ma mère .'...

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