I.a Métisse déboucha le llacon
- Ji' ne me trompe pas, c'est la couleur, c'est l'odeur... Clùiuentine sembla impaliontie.
— Eiinn exjdique-loi...
— K\lili(j ne-loi, répéta le nè,:;re.
— Mais je le crois que c'est du poison, dit avec explosion la sorcière, puisque c'est ma dernière invention... la liqueur merveilleuse qui aservi pour jo Lyonnais.
— Ab:...
— Le muindre doute n'est pas permis pour moi... De (ludle manière t'eslu procuré... Je n'en ai vendu cependant à personne... Attends...
La Métisse pénétra dans son laboratoire.
Klle sortit presque aussitôt, le visage boulevers''.
— Il me manque deux flacons que j'avais préparés... Celui-ci en est un... On me les a volés... Est-ce toi, le Rongou?...
— Moi:...
— Clémentine, explique-moi...
— Ce flacon a été caché dans une armoire de notre case par Gérard, par mon mari... Vovant que je ne peux décidément pas l'aimer, voyant que je n'ai pour lui que haine et mépris, l'empoisonneur se réveille...
— Qui le lui a donné ou qui le lui a vendu?...
Je l'ignore, mais ses intentions à mon égard ne font plus de doute...
— Rends-moi m'on flacon...
— Ce sera mon arme, ce sera ma défense... je le garde!... Clémentine sortit de la case sans que la Métisse et le Rongou eussent pu
l'en empêcher. Sur son chemin, la jeune femme rencontra la Miette. Elle alla droit vers sa mère et, la regardant bien en face, les yeux dans les yeux, elle
lui dit :
— Tu es l'alliée de Gérard, toi !... Eh bien, dis-lui que s'il est un empoisonneur, je suis, moi, une empoisonneuse!...
Pendant ce temps-là la Métisse et Djirabo étaient reslés absolument
ahuris...
Le nègre parla le premie;-.
LA in-.i.i.i: mu: ni:
— Élait-elle belle, le teint fmpoiirpr.^, le visa-e plein de cul re.'
— Tu l'admires toujours 1. .
— Et tu t'étonnes que pour elle je risque ma vie?
— Oui, jt; nrcHoiiM!'.. Siiriniit ;it.iv< !.•< av.Tti^^iNiiont^ que te donnent les tarot:^. ..
— Les tarois n ■aniiom- n.-iil-iis p:i> loul a I ln.-'ur.i un dan'(T immédiat?..
— Ils l'annoncent encore...
— On a frappé à la porte... C'était Clémentine.
— Ah ! je donnerais beaucoup pour savoir comment son mari a pu ;nuir un de mes flacons?...
— Puisqu'on ne peut que le les avoir volés?...
— Personne n'est capable, à l'exception de loi...
— Merci !
— Je ne me suis pas éloignée d'ici et on n'est pas entré dans la case depuis... Seul, toi et le frère noir...
— Eh ! parbleu I... Le voleur c'est ton amant: c'est ce beau earçon à qui tu as accordé la confiance et que tu l'imagines être le frère d'un ange, un ange, un génie lui-môme... Vieille folle 1... Il se livre à un petit commerce avec tes produits...
— Tu crois?...
— Ce ne peut être que celai...
— J'ai a})pris, en elTet, qu'il réclamait souvent de l'argent pour laisser pénétrer auprès de moi... II l'a toujours gardé... Il y a aussi divers objets qui ont disparu.
— Tu commences à te douter...
— J'aurai une explication avec lui... Pour le moment, il n'est pas là... .Mais bientôt...
On frappa encore à la porte de la case.
— Est-ce lui?'
La 3Iétisse regarda de nouveau par le trou de la porte; mais elle recula aussitôt avec épouvante.
— Qu'as-tu?...
— Des soldats, des gendarmes dirigés par deux népres... Le Piongou se pencha vers le trou.
— Tranrjuille et Anguilayl... lit-il d'une voix sourde. Des coups plus nombreux retentirent.
— Malheureux, les cartes avaient rais(in... Fuis!...
— Par où?
— 11 y a une fenêtre derrière; miis déjà l.i m;ii>^nii r-t mtoiiréf.
— J'essayerai, néanmoins...
i.A i;i:i.i.K Miiyrii'
Kt tin insi.ml apri^>, tandi-; qiio la porte do la case volait en (^clats, Djiiiilto passait par uiio ft'arltt' ih-vaiil laiiiicllc i1imi\ soldats (''laical posl(^> cependant; mais ils ne parent saisir lel iHre d'une a^'iliU'' et d'une force |)roili- .tjieuses.
Il pa'^sa an miliiMi il'eaN en les i-envcrsant. Il loinha Ini-int'nie ans.^i, mais il se releva au<-^itôt et jiril li fuite vers le grand bois. Traminilli^ et Aupnilay. (pii n'étaient pas entrés dans la case, prévoyant e.'Hc Icnlative de, leur ennemi, se jetèrent à sa poursuite.
Les gendarmes n'en pénétrèrcat pas moin> dans la dcinrare de la jù'aye.
Irrités de ce que Djimlio se fût écliappé, ils maltraitèrent foil la vieille. L'un d"ea\ la '^ouflleta; un autre lui doinia un coup de [)ie'l.
— Tu vas venir avec nous, vieille sorcière.
— Qu'ai-;e fait?
— On te l'expliquera... Allons, en jirisoul...
Klle ni^ voulat pas marcher d'abord; mais on se mil à la traînei-. l'aile ne tarda pas à être rendue encore plus hidease par la poussière et la houe.
On la conduisit au logis du commandant provisoire. Durant le trajet des Indiens et des nègres se joignirent au cortège et lapïaye dut reconnaître qu'elle n'était sympathique ni aux uns, ni aux autres, car on ne cessa de raccabler d'injures.
Quand elle fut mise en présence du chef de l'établissement, la misérable écumait de rage.
— Ah! c'est toi, dit l'amant de Malvina, qui donnais asile au Rongou... On m'avait déjà prévenu que tu étais dangereuse.
— Qui cela?
— Cela ne te regarde pa-...
— Parce que si c'est elle, si c'est Malvina, elle a menti! L'officier eut un mouvement d'impatience.
La pïaye s'en aperçut.
— Je suis étonnée, poursuivit-elle, que Malvina ait dit du mal de moi, car c'est à moi qu'elle doit d'être heureuse aujourd'hui... Tout le monde sait combien vins éles bon .. Et c'est grâce à moi...
— Tais-toi, dit brutalement le commandant provisoire... Je veux bien ne pas te faire passer en jugement, mais, à une condition, c'est que tu l'en iras de Kourou... Tu as vingt-quatre heures pour cela... Fiche-moi le camp d'ici et un peu vite !
La sorcière ne demanda pas son reste, mais elle fut accompagnée jusqu'à sa case par les Indiens et les nègres qui l'injuriaient.
Nous avons vu que précédemment ils avaient peur d'elle... Quel brusque « hangement s'était-il opéré?... Comment l'idole était-elle tombée?... Il était
probable que la haine du Rongou n'était pas étrangère à la colère des habitants à l'égard de celle qui lui avait donné un asile.
La Mélisse manifestait une irritation extrême d'être obligée de s'en aller.
— Où me rendrai-je en quittant l'établisscnienl?... Malédic-tinn !. .
Elle passa toute la soirée et une partie de la joiirnéi' du lendemain à faire »os préparatifs.
LIV. U8. - TnÉODORE nr.MIY. — LA lltlLK MIITTE. — El-, t. I.OlKr ET C"
uv. lis
Personne ne lui prtMa son a|i])ui. pas nirine le nczre (|tii avait ca auprès d'elle lerôle el l'emploi d'Ariel, l'ange du feu.
Elle était toiile mcurlric encore par les coups qu'elle avait rerusetnc cessait de marmotter des menaces à l'adresse de ses pcrsécutears.
Peu avant de quitter sa rase, elle alluma du feu dans un réchaud.
Quand le feu eut j)ris, quand une Harame bien claire et bien vive s'éleva, elle sortit un sachet qu'elle portait sur son sein rabougri.
— C'est la poche aux maladies, murmura-t-olle, je ne serai plus protégée, .nais, eux, seront exposés à tous les maux... f^a (lèvre jaune viendrai Kouroii tout exprés pour me venger...
Elle jeta le sachet dans le réchaud et bienlùt il n'en resta plus aucune trace. Elle dit alors d'une voix forte :
— Que la lièvre les consame comme le ft;ii a consumé ce sachet I...
Une heure après, la Métisse s'enfonçait dans le grand bois. On n'entendit jamais plus parler d'elle.
Dans celte même journée, Tranquille et Angiiilay s'emparèrent de Djimbo.
Ce fut après une poursuite acharnée et une lutte terrible qu'ils réussircnl ù renverser et à charger de liens le terrible nègre.
Djimbo avait été frappé d'un coup de crosse à la tête et d'un coup de crosse au bras.
On le conduisit couvert de sang à Kourou. Durant le trajet, il chercha à séduire ses vainqueurs en leur promettant de leur faire partager un trésor enfoui dans les bois et composé de pépites d'or qu'il avait dérobées aux raines de l'Approuag-ue.
Tranquille et Anguikiy le détestaient trop po ir ne pas rester insensibles à la rançon plus ou moins réelle qu'il leur offrait.
Leur capture fui livrée par eux à l'autorité qui enferma Djimbo dans un endroit sûr en attendant un voyage de XOijapoch.
Pendant la nuit, le Rongou lit plusieurs tentatives d'évasion qui restèrent infructueuses. 11 essaya en vain de s'enlever ses fers.
On l'embarqua le jour suivant pour Cayenne où il devait recevoir le châtiment de ses crimes.