LA PEUR DU POISON
C'était par Maillone que Clémentine avait appris l'arrestation du Piong-ou. La jeune femme attendait son amant dans le taillis où ils se donnaient encore parfois rendez-vous quand elle le vit arriver triomphant.
LA BELLK MIKTTK
— Qu'as-tu?...
Il la mil au courant de ce qui avait «^u lion.
L'ancien marin s'ima-inail qu'elle allail se monlr.T très v;!i:--i;iiif tiî'irc débarrassée de l'homnie (]ui. à différentes reprises, avait menacé sa sécurilé. Il n'en fut rien.
Clémentine pâlit alTi'eusement et baissa la tél<\
— Tu semblés désolée...
— Djimbo m'aimait 1...
— Mais tu ne l'aimais pas toi !... Tu le haïssais même... Elle resta silencieuse.
Maillone la repoussa avec force.
— Oh ! perfide créature !...
Clémentine irritée voulut s'en aller. I! la retint et se jeta même à ses pieds en la suppliant de lui dire qu'elle n'avait aucune aiïection pour le Roni^'ou, qu'elle était tout à lui et point à un autre.
Elle se borna à lui répondre froidement :
— Tu le sais bien '...
il la couvrit de brûlantes caresses sans réussira l'animer. Elle refusa de s'abandonner à lui.
— Avoue donc, s'écria-t-il, que ce né.izrc était ton amant I Elle le regarda en face.
— As-tu le droit de me faire le moindre reproche?...
— Misérable, misérable !...
Maillone méprisa Clémentine depuis ce jour, mais la passion qu'elle lui avait inspirée ne diminua pas. On peut ne pas e.stimer la femme que l'on adore.
Peut-être chez elle aussi cette scène violente produisit nn cban:.'ement. Elle n'en recommença pas moins à accorder ses faveurs à Maillone.
L'impétuosité de ses sens avait besoin de ce mâle... L'ancien marin avait aussi à remplacer le Rongou, car jamais ce soin ne fut confié au maii...
Celui-ci et la Miette continuaient à faire cause commune.
C'était la sage-femme qui avait remisa Gérard le poison que i.lrm. 'l'ine avait découvert dans une armoire de la case.
La Miette, n'ayant pu obtenir de la Mélisse (lu'elle lui en veiidil, avail, pour quelques pièces de monnaie, facilement décidé le nègre de ce!l<'- -i â dérober les deux flacons dont Ja sorcière avait constaté la disparition.
Elle avait porté alors au maii de Clémentine l'un des flacons.
— Tenez, lui avait-elle dit froidement, quand vous serez fatigué de supporter votre femme, vous n'aurez qu'à lui verser de ce breuvage... Vous vous rendrez service à vous-même en me rendant servie*» à m<ii.
11 avait frémi, mais il avait accepté le flacon.
1180 LA BKLLE MIETTE
Le jour où M'iclW a\ail rcncoiilro sa lillc (|iii lui avait dit avec violiMico de rappolor à Gt-rard qu'cllo ciait oapabli' <\o (■(•iiiiiiclirc un tMiipuisonncuifiil. la sago-femme navait pa'^ maiiqur do ^'aoiiuitlcr de la cduiuiissioii.
— Vous avez dtuif tort d'avoir des scrupules, avait-elle iusiiiué à son pMulre... Kllc n'en aurait pas à voire (\i:ard !...
— Vous croye/. .'...
— J'en suis certaine... Il est j.rohaMe ({u'elle cherche une occasion...
— C'est horrihie...
— Si vous n'agissez jias vous-mèuie, c'est elle (pii agira,
— Cela ne m'est pas possihle...
— Comment?...
— Je l'aime trop 1...
— Elle vous déleste, elle!... Vous vous vengeriez de sa trahison...
— Et vous, pourquoi n'empoisonnez-vous pas Maillonc?...
— Maillone?...
— Parce que Clémentine morte, vous auriez respéranrc de l'avoir tout à vous... Eh bien, je suis persuadé que, moi aussi, j'aurais ma femme si voire mari n'existait plus !...
— C'est une illusion...
— Vous vous trompez 1...
Clémentine, de son côté, raconta à Maillonc l'histoire des deux flacons volés à la Métisse. Elle en avait découvert un en possession de Gérard... L'autre n'était-il pas entre les mains de la Miette?...
Ils en arrivèrent à celte conclusion : c'était que leur vie à l'un el à l'autre se trouvait également en danger.
Gérard et Miette n'en étaient pas à leur coup d'essai... comme eux d'ailleurs.
Et il arriva une chose bizarre. Le souvenir de leur passé, qui s'était dressé une fois déjà, se dressa encore au milieu de ces quatre personnages : Clémentine et Gérard, Maillone et Miette.
Clémentine était en possession du poison que son mari avait caché et qui lui prouvait l'intention de l'ancien guichetier d'attenter à sa vie. Gérard, lui, songeait aux paroles de Miette et Miette à ce que lui avait dit sa lillc. Celle-ci n'élait-elle pas capable de pousser aussi Maillone à lui verser la mort? Quant à ce dernier, il se méfiait de sa femme non sans raison.
Ils eurent tous la peur du poison qu'ils pouvaient absorber de différentes manières... Clémentine redoutait à la fois Gérard et sa mère; Maillone à la fois la Miette et son ancien ami.
11 était entré dans les desseins de la Providence que ces misérables éprou- •vasscnt précisément la frayeur de périr comme leurs victimes...