I-a ni(tui-ante rciiaida avec aiii^oisse la lil!e du bardii
— Foiliinée, dil celle dernière, Claniarl avait, dans ces derniers temps, ;:iiprès de lui u::o (illi>ttc de quinze ans dont il pi étendait être rom-Ie. Celte enfant. juMir qui il n'a ancune aiïeclion, en éprouve, au contraire, beaucoup |i<iur vous. Elle vous plaint du plus profond du cœur depuis (lu'ellc sait votre Mialheureux sort, et clic ne connaît pas ceu\ (|ui lui ont donné le jour. Quant à son nom, il est bien celui de la jietite ci'éaliire que vous avez perdue, l'^llf s'appelle Miette.
- Miellé:
— \ ous l'avez déjà vue dans le souterrain et dans la prison.
— .le me souviens maintenant.
— Kilo a été bonne pour vous.
— Attendez... Quelle idée! Ces traits m'avaient frappé. Ces clicveux noirs comme l'aile du corbeau, ces boucles adorables que j'aurais embrassées avec amour, celle voix qui me parlait, qui me consolait qeand j'étais auprès d'elle... Ma fille, ma fille, où est ma lille?
M"" de Méricourt poussa Miette, après avoir consulté d'un dernier coup d'œil le médecin.
— La voici !
l.a folle eut un cri étouffé. Une légère rougeur succéda à sa pâleur livide. Les forces lui revinrent un instant; elle se dressa sur sa couche et saisit Miette.
— C'est elle, c'est elle! ce sont bien ses traits... Miette I Miette!
Des larmes coulaient sur sa joue où la souffrance avait creusé de longs sillons. Elle embrassait avec ardeur le visage de celle dont elle était depuis si longtemps séparée; elle la pressait contre son cœur.
— Maintenant, disait-elle, je ne veux plus la quitter, je ne veux pas mourir 1 Le père et la fille vivants, c'est trop de bonheur I Garde ton paradis, ô Seigneur, je ne veux pas y aller encore!
Miette ne partageait guère Témotion de la pauvre mère. Elle était restée embarrassée devant de si grands témoignages de joie et d'affection. Tandis que
LA r-Kl.l.E MIETTE 213
Diane et le docteur étaient profondément touchés, que la religieuse pleurait, elle seule regardait d'un air presque étonné l'attendrissement général. Fortunée s'aperçut de cette indifférence.
— Parle, mon enfant, que j'entende le son de ta voix... Appelle-moi : maman... Tu ne bouges pas?... N'es-tu pas heureuse de m'avoir à côté de loi?
— Certainement.
— Gomme tu dis cela!
— Comment voulez-vous que je le dise?
La pauvre femme ouvrit de grands yeux.
— Oh! fit-elle avec stupéfaction.
Une larme coula sur sa joue amaigrie.
— Ai-je malentendu, ou suis-je folle encore? Est-ce bien ma Miette adorée qui parle ainsi?
Diane lit un pas vers le lit :
— Fortunée!...
La malheureuse créature retomba sur son oreiller :
— Est-ce qu'elle n'aurait pas de cœur?
M'" de Méricourl saisit la main de la victime de Clamart.
— Mais, oui, elle en a! L'étonnement seul... la surprise.
— Miette! dit encore une fois Fortunée d'une voix navrante. Celte fois, la jeune lille eut un éclair de sensibilité.
— Ma mère! fit-elle.
— Vous voyez bien, dit Diane, elle vous donne ce nom si doux... La mourante secoua la tête.
— J'ai perdu toute illusion.
— Vous avez tort !
Fortunée ne léponditpas, mais elle eut un signe de tête éloquent. Elle sentait que Miette n'avait rien éprouvé, alors qu'elle était en proie à une joie profonde. La statue de marbre semblait cependant s'être ranimée. La fillette avait-elle compris quelle mauvaise impression sa froideur avait faite sur les assistants ou bien exprimait-elle réellement les sentiments de son cœur? C'est encore une énigme que nous ne chercherons pas à deviner.
Peu à peu le teint de Fortunée devint plus pâle encore, s'il était possible. Ses yeux se vitrifiaient. Elle avait le regard fixe, Tair hagard; des paroles sans suite s'échappaient de sa bouche.
Tout à coup, elle eut comme un râle et repoussa Miette, qui était restée à côté d'elle.
— Ah ! fit-elle avec épouvante.
Elle se dressa sur son séant et retomba aussitôt. Elle était morte.