I. A r.L(i( Il i; u A Util; NT
Nous avons dOja jiailt'' |)liisi(>urs lois de l'aiilicr^e de la Cloche dWrf/nif, dernier refuL;e des InciMidiaiies. Elle était située, coiniiic nous lavons dit, sur le grand clioinin il'Aix.
Que le locleiir se rassure, nous n'allons pas lui faire ladescriplion d'un de ces somluvs et terribles lieu.K, qui sont des repaires habituels de bandits.
l/auberge de la Cloche dWnjent était gaie et joyeuse comme son nom (!t. son liùlo.
Ce dei'nier s'appelait maître Bo.ivin. C'était un pelil homme qui devait aimer son homonyme, c'est-à-dire le jus de la treille, le contenu des bouteilles poudreuses dont il avait une si belle provision dans ses caves.
Maître Bonvin était petit, gros, rubicond. On n'eût certes pas dit un des complices de la fameuse bande du chevalier do la Torche.
Son hùlellerie était très prospère, et la police était bien loin de le croire un malhonnête homme.
Le joui-, cependant, où nous faisons sa connaissance, il était de moins joyeuse humeur que d'habitude. 11 rudoyait tout le monde .-valets d'écurie, marmitons, rouliers, jusqu'à ses meilleures pratiques. Il avait de gros mots et jurait comme un soldat suisse en goguette.
La cause de son chagrin est facile à deviner. Il craignait que les Incendiaires arrêtés ne le dénonçassent et ne causassent ainsi sa perte.
Il était dans cette situation d'esprit, lorsqu'un homme, vêtu comme un mendiant, se présenta devant lui. Cet individu, qui semblait marcher avec difficulté, s'appuyait sur un énorme gourdin. Un bandeau posé sur un œil lui cachait la moitié du visage.
— £h! que voulez-vous, l'ami? dit maître Bonvin. Si c'est l'aumône, vous tombez mail
— Non, ce n'est pas cela, lit l'inconnu, je désire vous parler en particulier
— Allons donc, croyez-vous que je vais me déranger pour vous?
— J'en suis sûr.
— Ah! vous en êtes... certain?
— Surtout si je prononce un mot à votre oreille.
— Un mot I Lequel?
— Incendiaire!
— Plus bas. Si l'on vous avait entendu I... Venez!
i,.\ ni:ij.i-: miktti;
Mait:e Doiiviii conduisit rhoimne dans un petit salon attenant à la salle commune où ses clients prenaient leurs repas.
— Apprenez-moi vile ce que vous avez ù me faire connaître, car je suis
— Personne ne nous dérangera ici?
— Non, soyez tranquille!
L'inconnu s'approcha alors d'une table el déposa son gourdin. Il se décoiffa ensuite et enleva le larqe bandeau qui le rendait méconnaissable. Une exclamation échappa à maître Bonvin.
— Comment?... Toi I toi !
— Oui, moi.
— Jeannotl
— Celafétonne?
— J'avoue... n'étais-tu pas arrêté?
— Je l'étais, en effet; mais dis-moi, je te prie, où existe-t-il une prison assez sûre pour que je ne puisse pas m'en échapper?
— C'est merveilleux !
— C'est merveilleux, en effet, fit le chevalier de la Torche avec fatuité. Le bandit, en disant ces paroles, se dandinait avec autant d'aisance que si,
suivant son habitude, il eût été vêtu en grand seigneur.
— C'est Hermann qui va être content.
— Est-ce que tu r.e l'es pas, toi?
— Certainement.
— Mais, à propos, qu'est-il devenu, ce pauvre garçon?
— Je l'ignore.
— Je parie qu'il rode comme une âme en peine autour de la noire demeure où je ne suis plus,
— Comment as-tu fait pour te costumer ainsi?
— C'est mon secret... A propos, quelles nouvelles as-tu des compagnons?
— Tu le sais sans doute, la plupart sont arrêtés.
— Les autres...
— Ils se cachent comme ils peuvent. Je donne même l'hospitalité à quelques-ans. Veux-tu les voir?
— Inutile, ma foil
A ce moment, on frappa à la porte. Maître Bonvin devint livide.
— Qui cela peut-il être?... Sans doute la rousse.
— N'aie pas peur, poltron!
— Mais on va voir ton visage, on va te reconnaître. Cache-toi.
— En quel endroit?.,.
— Tiens, dans cet armoire...
2!6 i.A iii;i,i.i: MiKin-;
— Oh ! mais je vais ôloulTiT.
— DépiV-lie-loi.
L'aubcrgislc poussa le cliovaliiT dans un placard assez vaste qui se trouvait licurcuscmeiil vide •>! alla ouvrir la porte. Il iMit une exolaïuatiou dt> joie.
— Il avait bien liesoiii de nous faire iieiir! Le chevalier cnlr'ouvrit l'arinoirt".
— Qui est là/
— - Ilermanii. Ilorinami l!ii-inrMii'\ dnnt nous [)ariioiis lou! à rin^iii'c.
— Est-ce «pie je ne rt'-ve pas?
r/i"'tait le compagnon dôvoiK' d.' .Icaniini ipii venait de prononcer ces dernières paroles.
— Est-ce possili!.'/
— Oui, c'est bien vrai. nu>n excellcnl llerinann, j'ai pu m'écliappcr!
— J'espère que nous allons quitter ce pays!
— Qui sait?
— Est-ce que vous conipleri<.'z encore rester?
— Pourquoi pas?
— Mais, c'est de Timpriidence!
— Mais, c'est de la folie I appuya Bonvin, qui eût voulu voir à tous les dialdes Jeannnt et les Incendiaires.
— J'ai un plan...
— Vous en avez toujours un...
— Qu'importe 1 s'il est bon.
— • Celui-là doit être mauvais!
— Tu verras plus tard. En attendant, il est nécessaire que je change de costume.
— Comment, vous voulez quitter ce déguisement?
— Crois-tu que je sois désireux de rester ainsi ! il vaudrait mieux être prisonniei'.
— Toujours le même!
— Oui, la captivité ne m'a pas changé. Bonvin, je loue la plus belle chambre de ton hôtellerie.
— Tu plaisantes?...
— C'est le seul endroit où l'on puisse désormais être en sûreté chez toi
— Ne raille pas.
— En eiïet, si la police, ce qui e?t probable, fait une descente, crois-tu <[ue ce sera de la personne qui est dans ton meilleur appartement qu'elle s'occupera d'abord? Non, elle ira dans les caves, elle en fouillera les moindres recoins. Pendant ce temps-là, j'aurai mille fois le temps de prendre la fuite.
LA m:\A.K MIETTK
Les gendarnvs s'étaient éloignés, en emmenant l'-iir capture. (P. 221.)
— El moi?
— Toi, Bnnvin, h taplaco, j'aurais déjà fait le sacrifice de ma tête.
— Quelle lugubio plais:iiiterie! ^
— Ne sais-lu pas que les instigateurs d'un crime sont punis comme ceux ipii l'ont commis!
— Tais-loi!
uv. 28. — TiiK'irxuiK iiK.Nrn
i.A nEi.i.i: iiiF.Tn:. — rn. .i. RurrK et 0\ i.iv. 2S
•JIS 1. \ m ll.l MIKTTK
— Td ('< notre ("oniplitc cl nuli'c ri'Ci'-lt'iii". I.i- in.illiciinMix liùti'lici- «'•! ut Nridàln'.
hc LT;ire: lit-il (11111 tuii suppliant.
— Los oaniiiratli's ariiMt's no iiiaininoronl pas do parlor de tni. Quels in(''na- ;.'cmenls vou\-lu «lu'ils aient pour un xolour (h' Ion esiièce, (pii, sous prélexle •pi'il rnurail (jui-lquc danizer en nous cailiaiil, nous faisait payer le douhle...
Oh! oui. j'en courais, dudan-er! IMùl au ciel,..
(Jui' lu nous oussses fait payer plus ijiei- encore?
(Mie jr ne vous eusse jamais coîinus!
Merci! Mais nous jierdons du temps à liavarder. liistallo-ni(»i !
Déci.Iémeiit...
— Je ne plaisante pas... Et toi, Hermann, procure-moi dos vêlements dioios de ma naissance, dignes de mon rang.
Hermann eoiinaissait le caractère de son maître el ami. 11 sortit sans répliquer. Bonvin prit un trousseau do dés et dit à Jeannot de le s'.iivre. Un instant après, lo chevalier de la Torche était installé à la chamhrc numéro 1 'h' rauherce de la Cloche d'An/pHt.
— Ce soir, je tenterai un dernier eoup, tit-il, quand l'hôtelier l'eut quitté. lleu>sirai-jo? J"ai dans l'idée que oui,
La fatigue accablait le jeune homme.
— Le lit a l'air d'être bon. Si je me couchais ! Ma foi, Hermann m'évcil- It-ra...
Le bandit se déshabilla aussitôt. Un moment après, il dormait aussi tran- • liiillement que s'il n'avait pas eu à ses trousses toute la police de Marseille.
Il était cinq heures du soir quand lo sommeil abandonna ses paupières. Il se leva tout de suite.
— Quel rêve épouvantable! il me semblait que le bourreau me coupait les cheveux afin que le couteau de la guillotine... Je sens encore à mon cou la iraicheur des ciseaux. Prrrou! Je frissonne. Et Hermann qui n'est pas encore de retour!... Mais, non, je me trompe, il est venu. Voici les vêtements que je lui ai demandés. Diable! il a eu bon goût. Où a-t-il pu dérober tout cela? Voyons si co costume me va bien!
Joannot s'approcha d'une glace et commença sa toilette,
— Oh! oh! je suis encore beau garçon! et il faudra que M"" de Mcricourt ait le cœur bien insensible pour... D'ailleurs, au besoin, j'emploierai la force!
Le bandit tira le cordon d'une sonnette. Personne ne se montra. Il sonna encore une fois; toujours le même silence.
La vertu de Jeannot n'était pas la patience. 11 se mit à agiter si vigoureusement le cordon que maître Bonvin finit par se montrer.
L'aubergiste portait sur son visage l'empreinte de l'alarme la plus vive.
LA 15i;li.i; mihttk 219
— Tu veux donc à loule force me perdre?
— Pourquoi personne ne raontc-l-il, lorsque j'appelle?
— Parce que je veux que lu ne sois vu de personne autre que moi.
— Alors pourquoi n'cs-tu pas monté plus tôt?
— Malheureux, ne sais-tu pas avec qui je me trouvais?
— Avec qui?
— Avec un brigadier de gendarmerie.
Le chevalier ne put s'empêcher de frissonner.
— Ah! et qu'avait-il à faire avec toi?
— Rien. Il causait.
— Vous êtes amis.
— Mon cher, il fait bon avoir des connaissances partout.
— Tu es un finot.
— Je le sais bien.
— Mais, enfin, que te racontait-il?
— Rien de bien intéressant, lorsque ton épouvantable carillon s'est fait entendre,
i< — C'est de votre belle chambre que ça part, m'a-t-il dit, qu'y avez-vous donc?
« — Un voyageur, lui ai-je répondu.
« — D'où vient-il ? »
J'ai hésité un peu.
« — D'Arles, je crois.
<( — A-t-il au moins ses papiers?
« — Oui, oui, me suis-je hâté de répondre. »
Pendant ce temps-là, tu continuais à sonner. Mes valets s'élançaient tour à tour vers l'escalier, je les arrêtais tous.
<' — J'irai moi-même, leur criais-je, j'ai à parler à ce monsieur. »
Le brigadier s'est décidé enfin à me quitter. Mais j'avoue qu'il m'a l'ait joliment peur. Qui sait s'il ne s'est pas aperçu de mon trouble?
— S'il a deviné tes inquiétudes, tu es un fameux maladroit.
— Enfin, que voulais-tu?
— Hermann est-il ici?
— Non, il s'est éloigné aussitôt après avoir déposé ces vêtements.
— Quand il reviendra, tu lui diras que je le demande.
— A quelle heure compte<-lu t'en aller?
— Est-ce que je le gêne?
— Tu sais bien que je ne suis pas traM([uille, tant (juc tu es là!
— Eh bien I je te débarrasserai de ma [irésence à la nuit tomb inliv
— Il n'y en a pas pour longtemps. Ah! mon Dieu!
VIO I. A lîKl.l.l Mil ITK
M;iilio ndiivin viMiail df s'approclior ilr la fciu'lic, v[ c'olail rc (|ii'il av iit vil ;iii il.liiirs nui clail la raii^c ilr son CM-Iarnalitiii.
{){i'.\<-ln'
lli'LMi'il''. Muii |iiiL:ailicr «lui r-^\ irNciiii a\rc ii-ois aiili"»;-^ iL:('ii(lafiii('s a .li.'Nal.
IHaM.'!
INiiirMi (|Ui' co ne suit pas |uiiir \iiii> !
TiiMis. ilil Jcaniiiil. il iir.illc smi cheval ! 11 se {lirii^i' mts la porlc di^ i'lu"ilt'll(Mio. Dcscciuls \il(\ il lu' laiit pas (pic lu le las-cs atlfinlii' cl (pic. l'ciivic? lui vienne de le ehci'clier ici.
Iîon\in avait le visage enti("'fcmcnl di''i(iiiip()s('.
Si c'était pour moi!
PoUnui!
— Je voudrais liicn te voir à ma place. Être iiiiiocenl... r.oiinneiit, miséralile, tu oses pii'londre...
K-l-cc (pic j'ai jamais volé?
Tu encaissais le produit de nos vols. 3îais, dè-pùclie toi donc! f/auberglsle sortit de l'appartement.
Le chevalier de la Torche ('prouvait, lui aussi, une certaine an\i6l(!'. Les trois gendarmes stationnaient toujours devant la porte et leur chef ne reparaissait pas. Soudain, Jeannot les vit descendre de cheval et entrer dans l'auberge.
— Je suis perdu ! niunnura-t-il. Tout est d(!;couvert! Comment faire pour leur échaitper ?
\.'i\ hruit ass(,'z violent parvint, à ce moment, à ses oreilles. Ce bruit, qui était évidemment produit par une lutte, l'ut bient(H suivi d'un cri sourd, puis d'un silence.
Le jeune homme vit sortir un gendarme.
— Je respire, murmura-l-il, ce n'était pas pour moi; mais pour qui élailce donc?
Un groupe considérable s'était formé devant l'hôtellerie. Trois autres gendarmes parurent au milieu de la foule. Ceux-là étaient à pied.
— Qui diable a-t-on arrêté? répéta Jeannot. Serait-ce par hasard le digne Bon vin?
Sa curiosité fut bientôt satisfaite. Les représentants de la force publique reparurent, conduisant un homme dont les poignets étaient solidement liées.
— llermann ! dit tout à coup le chevalier; quel malheur!
L'allection qu'il portail à son domestique était-elle réelle, ou bien l'idée qu'il ne l'aurait plus pour obéira ses moindres caprices, lui faisait-elle impression?
LA UI'LLi: M11:TTK 221
Il eut un moment la tentation de voler à son secours. 11 s'élanra sur son gourdin et fouilla dans la défroque qu'il portait, lorsqu'il s'était présenté au propriétaire de la Cloche (TArf/cnt. II en tira un mignon pistolet anglais- .
— Avec cela, je ne manquerais pas mon homme I Son zèle se calma aussitôt.
— Oui, mais, lorsque j'aurai brûlé la cervelle à un gendarme et assommé un autre, que dcviendrai-je? Je serai entouré, pris et conduit en prison. Celle fois, mon affaire sera claire. Il me sera impossible de nier et encore plus impossible de m'évader. Il vaut mieux me tenir tranquille et penser uniquement à mon salut.
Après avoir fait celle réllexion égoïste, le chef des Incendiaires regarda de nouveau par la fenêtre. Les gendarmes s'étaient éloignés en emmenant leur capture, et les curieux commençaient à se disperser.
— La nuit s'avance, dit Jeannot, dès que je pourrai sortir sans crainte d'être reconnu, je le ferai. Décidément, l'air n'est pas sain en ce lieu: sera-l-il meilleur dans les collines de Saint-Loup?
La porte s'ouvrit. C'était encore maître Bonvin. Le digne aubergiste était plus tremblant qu'auparavant. Il pouvait à peine se tenir sur ses jambes. Aussitôt dans l'appartement, il se laissa tomber sur un chaise.
— Toi encore ici !
— Et où veux-tu donc que je sois?
— Mais ne sais-tu pas que l'on a arrêté ton iidèle, ton Hermann?
— Je viens de l'apprendre.
— Et ça ne te fait pas trembler?
— Il est certain que cela ne méfait pas beaucoup déplaisir; mais que veux-tu que j'y fasse?
— Si on nous prenait, nous, comme on a pris Hermann !
— - Tais-toi donc, pouille mouillée, tu effraierais le plus intrépide
— Si ce n'était que pour moi, mais j'ai une famille, des enfants..,
— Il te fallait y penser avant de devenir notre complice.
— - Puis j'ai de la fortune.., et il est dur...
— Comment donc se fail-il que l'on se soit emparé d'Heimann? Est-ce ' iiiiîiK; Incendiaire ou pour un autre motif?...
^ Alil tu ne sais pasl... Je vais te raconter I
— A peine t'ai-je eu (luitlé, il y a un moment, (pie je me suis trouvé face à face avec le brigadier.
« ■ — Monsieur Bonvin, c'est encore moi !
M — Je m'en aperçois bien. Qu'ya-t-il pour votre service?
« - • Il y a que je viens procéder à une arrestation.»
2J-' LA 1:1.1.1.1. Mil. i ir
Tu l'imagines si imm aiixiflf iMail i,'iaiul('. Ji- iif pouvais im- li'im .^m* nus jamlii's ; iiôamnoins. ]<• pris un air i'Iouih".
- Une arn'>latioa «H o;i im? ■ — Ici nn^mt'.
Dans mon liiMcllcric'.' Dans vnln- aiilitM-^c ' - Mais vous allez nuMMiiiKT. iin! (ir-slKHidi-cr!
Non, le scôlôral ilonl il csl (jneslion ne loge pas die/ \(iii-;; il s'y est -inijilenient réfugié, parce que noiis le iioiirsiiivions. »
-- Tu (•(•inprcnils que j'ai respiré plus liltrcmcnt. Le brigadier s'apprddia de moi et me. dit niystùrieiisemenl à l'on'ille :
— - Nous croyons tenir un nouveau complice des Incendiaires, « La peur me revint aussitôt. Je chancelai.
« — Qii'avez-vous donc, monsieur Bonvin? .' - Ce seul mol : Incendiaire, m'a épouvanté.
- Oh ! nous savons que vous êtes la crème des honnôtes gens et que vous délestez et craignez les scélérats ! »
— Comme il avait raison, ce lion gendarme I 11 ne pouvait pas mieux s'exprimer.
— Mauvais plaisant I Tout cela ne me disait pas qui le représentant de la force publique venait prendre chez moi avec ses hommes.
— - Tu avais peur qu'il ne se moquât de toi?
-- Je l'avoue... D'autant plus que, lorsqu'il me qualifiait de crème des honnêtes gens, il me considérait d'une singulière façon. Tiens, cela me revient encore...
— Continue.
— Mais, enfin, dcmaiidai-je, qui donc venez-vous arrêter et que faitesvous là, sans bouger?
« — Soyez tranquille, me répondil-il, nous avons l'air inactif, mais nous ne le sommes pas. Ici, nous gardons la porte. L'entrée de vos écuries est aussi occupée. Trois d'entre nousfouillent votre maison, vos caves.
" — Mais, alors, c'est un véritable pillage !
(. — Ne préférez-vous pas un peu de désordre plutôt qu'un scélérat qui vous assassinerait? />
Je n'osai rien dire, mais tu comprends que je n'étais pas à mon aise. Une seule chose me consolait, c'était que j'avais dans la poche la clé de l'endroit où je t'ai dit que quelques-uns d'entre vous sont cachés. Soudain, nous entendîmes un grand bruit, et Hermann apparut, se débattant entre trois hirondelles de potence.
■' — Voici notre homme, dit le brigadier, c'e<t bien celui qui rôdait autour de la prison, avant l'évasion du chevalier de la Torche. »
LA HKLLK MIKTTK '223
Le gondarmc appela ceux de ses compagnons qui étaient restés à cheval devant la porte, et bientôt tous joignirent leurs efforts pour contenir et attacher Horniann. Ah! c'est un solide gaillard, je te jure, il leur tenait bien liHe à tons les sî^pf... J'ai vu le moment où il leur échappait! »
— Cela ne m'étonne pas.
— Enfin ils l'ont emmené sans que j'aie pu rien faire pour le délivrer!
— Malheureusement, moi, je ne puis rien non plus.
— La nuit est presque complète, tu ne t'en vas pas?
— Tranquillise-toi. Je pars.
— C'est du côté de Saint-Loup que tu te diriges?...
— Comment diable sais-tu?
— Est-ce que je n'ai pas entendu dire par les camarade^ qu'il y a dans ce village un aimant qui l'attire...
- Eh bien! oui. c'est à Saint-Loup... Allume-moi une lampe! Bonvin obéit.
Jeannot jeta un dernier coup d'œil satisfait sur sa personne, puis il alla veis la porte.
— Adieu! dit-il à l'aubergiste.
— Adieu! fit ce dernier avec un soupir de satisfaction. Sors de manière à n'être pas vu.
— Sois tranquille. Tu sais que je connais ta maison !
— Hélas!
Le chevalier de la Torche se glissa dans les corridors déjà obscurs et sortit de l'hôtellerie par une porte dérobée. 11 hésita un moment et se demanda s'il devait payer d'audace et prendre le grand chemin dWix, ou se jeter dans une ruelle dérobée.
Ce fut à ce dernier parti que le bandit s'arrêta. Bien lui en prit, car il n'eût pas fait quelques pas sur la route d'Aix, sans rencontrer une escouade de gendarmes qui, sous les ordres de Comté, se dirigeait encore une fois vers la Cloche d Argent.