‹ La belle MietteChapitre 27 sur 200 · LE MAUI.\GE DE I! A U B E · texte numérisé non relu

LE MAUI.\GE DE I! A U B E

Les clioses s'étaient bien passées à la mairie et à Téglise. Le maire avait été bref et la messe avait été courte.

Les mariages d'ouvriers ont cet avantage, c'est qu'ils se bâclent vite. De même que les préliminaires n'en sont pas longs — car on n'a eu à discuter ni chiffre de dot, ni contrai — de même la cérémonie nuptiale est rapidement célébrée. Cela devrait être du goût de to;is ceux, qui n'aiment pas les !o!)gueurs inutiles.

Darbe et Clémentine étaient sortis de chez eux à di\ heures du matin ; ih^ y icntraient à midi indissolublement unis et encore avaient-ils perdu plus d'une heure, soit dans la salle d'atteiitc de l'Hôtel de Ville, soit dans la chapelle obscure où un prêtre leur avait marmoté le conjungo.

Par exemple, si leur mariage était pre.^^que passé inaperçu à Marseille, où l'on n'avait vu ni voitures, ni brillant cortège, il avait causé une certaine émotion dans le quartier de Saint-Pierre qu'ils habitaient et qui, en 1842, appartenait presque à la banlieue. Beaucoup de personnes avaient voulu voir passer les nouveaux époux.

Clèir.entine avait produit une bonne impression dans sa toiletîe de marié:. Le blanc va à toutes les femmes — quand elles sont jolies. Cependant, la Heur d'oranger arborée fièrement avait fait un peu sourire.

Barbe, en redingote noire, avait semblé tout changé à ceux qui ntî l'avaient jamais vu que dans son costume de travail. Le brave homme, qui avait trente ans déplus que sa femme, paraissait écrasé .-ous son bonheur.

C'était un mariage d'amour qu'il faisait, lui!... Quant à Clémentine, son altilude était assez énigmatique, on ne savait si elle était contente ou fâchée. On prétendait, parmi les curieux, qu'elle avait dit la veille à une voisine qu'une jeune lille de vin:^t ans ne pouvait pas aimer un homme de cinquante.

Le lepas de noces eit lieu dans \\u appartement assez piuvrement meublé, m.iis que r>arbe avait fait orner de fleurs peur la circonsîance. On fut une dizaine à table: le marié et les quatre témoins, ceux-ci invités presque obligatoirement, Polyte et son camarade Ledru, amis de Darbe, le teinttn-ier Ji.'an. ([ui babilait la même maison, et deux femmes sculemenl, Cir'mr'ntine f't sa mère.

Cette dernière élait fort connue à Mar eille sous le nom de la lîellc Miette.

:3ô I \ m i.i.K Mii:r ri-

Kllc l'tait joune oiiroro, mais (Ui hVm'iI |mi iliic oxaclomonl si ollc (Hait toujours <li,i,'ne de portor co tiiialilioalif di^ Itolle (]iii lui avait rli' doiim"'.

Quelquefois les passions, plus (pic l'à-e, iais-eiil -iir un visa^'e des traces indt''lèbiles. lAUir leii passe dans le regard, autour ducpiel reste comme un cercle drvorant. l.e cercle s'étend encore, éloignant toute fraîcheur, hanniosant tout charme, donnant aii\ l rails une ri;::idité précoce.

I.a Milite avait liien dans !'(i«il cet éclat somhre qui llélril et rava;.,'»- ; c'était, à Coup sur. une éti-anuc helle-uièrc.

Nous avons dit que Clémenlinc était jolie. Plus grande que la Miellé, elle avait des yeux noirs au doux éclat. Rien de comparable à la hianclieiir de son teint, à la lini-ssc de sa taille, à l'exquise grâce de toute sa personne. La houche élait «harmante; le sourire, presque ingénu.

L'admiration que Barbe avait pour elle élait évideimuent méritée et tout, !e monde l'avait partagée.

Clémentine avait mis un certain empressement, en rentrant dans sa maison, à se débarrasser de sa robe blanche et à reparaître avec le costume qu'elle portait habituellement: la robe tombante des artisanes de Marseille, un (ichu croisé sur la poitrine, laissant voir la gorge sur laquelle une croix, d'or élait retenue par un ruban de velours noir.

Pendant le repas, on fut assez gai. Barbe était placé à côté de sa bellemère, en face de sa femme, et celle-ci avait auprès d'elle M. Jean, le îcinturier.

M- Jean, quoiqu'il n'eût presque jamais la main de la même couleur, était un homme bien considéré dans le quartier et qui avait l'air de faire une grande faveur aux nouveaux époux, en assistant à leur noce. Il se mêlait peu à la conversation et affectait, presque tout le temps, de parler bas à Clémentine qui l'écoutait avec un léger sourire sur les lèvres. Évidemment il débitait à la jeune femme des fadeurs qui n'étaient pas désagréables à celle-ci.

L'autre personnage important de la noce était un M. Matignon, témoin de Barbe, et qui avait, paraît-il, une maison de banque à Âix-en-Provcnce.

Comment connaissait-il Barbe, dont la profession était si infime à côté Ce la sienne ?... Pourquoi le traitait-il comme un ami?...

Ce fut lui qui, au dessert, proposa la santé du marié et de la mariée.

— Souhaitons, dit-il, mille prospérités à Barbe, l'honnête et dévoué travailleur, et à sa charmante femme. Je considère Barbe comme le meilleur des hommes; je suis sûr qu'il fera tous ses efforts pour rendre heureuse celle qui vient de lui accorder sa confiance.

Barbe se leva tout ému et ne put que dire :

— Oh! oui... merci, cher monsieur Matignon...

On applaudit du cùlù le plus hruyaiit do la laMe. do celui de Polyte et du maçon Lcdru.

Polyte, qui élail un gamin fùlô, voulut même compléter le toast de M. Matignon.

— Je désire que misé Barbe ait Beaucoup de mioches, car, comme le disait mon grand-père, les enfants sont la joie d'une maison.

La Miette le regarda de travers et murmura à demi-voix :

— Lorsqu'ils ne sont pas conmie toi...

— Que dites-vous, misé Miette? fit Polylc.

Barbe jugea nécessaire d'opérer une diversion et d'arrêter l'échange de paroles aigres qui allait s'opérer entre sa belle-mère et le gamin.

Dans ce but, il proposa de prendre le café sur une terrasse voisine de l'appartement. Celte terrasse donnait sur une cour intérieure et l'on y était à l'abri des regards indiscrets.

— Nous aurons plus d'air, dit Barbe.

Chacun se leva.

Un inslant après, tandis que Clémentine continuait à coqueler avec M. Jean, Barbe s'approchait de M. Matignon et, lo prenant à part, lui glissait dans Ja main un petit rouleau d'or.

— Qu'est-ce donc?...

— Je vous rends les deu.x. cent francs que vous m'avez prêtés.

— Mais s'ils vous sont encore nécessaires I

— Merci, merci, je vons suis bien reconnaissant... J'ai pu retirer de la Caisse d'Epargne l'argent que j'y avais placé... Je suis de ceux qui pensent que l'on s'enrichit en payant ses dettes... Ahl cela coûte cher de se marier, môme lorsqu'on fait des noces aussi modestes que les nôtres..

— Enfin, fit M. Matignon, pourvu que vous soyez heureux!...

— Je le serai... Je vous en réponds... Je l'aime tant, ma Clémentine !

— Et elle, vous aime-t-elle autant? demanda le banquier, qui eut, malgré lui, un léger accent de doute.

— Elle... c'est un ange! répondit Barbe avec enthousiasme. Ne faut-il pas qu'elle soit bonne, continua-l-il, pour avoir consenti à partager mon alTection, à devenir mon épouse?... J'ai cependant trente ans de plus qu'elle, je suis vieux et n'ai rien de séduisant.

— Vous êtes un honnête homme et un noble cœur, dit M. Matignon... Je sais à quoi m'en tenir...

— Ne rappclc;/. pas une circonstance où je n'ai fait que mon devoir

— Il y en a tant qui no le font pas que vous avez été presque une exception...

— Je vous en supplie... dit Barbe, gêné par c-js élogo'a.

IMS I.\ l!l I.I.K MIKITK

M. .Mati:^ii(»n jela un rdiij) d\n\ tlii cnlr (if ('.Iriiicurnii', i|ui luiiiaïuhiit toujours a\('i' le toiiituiicr. hicii que sa iiutc >t' lui ia|>iii()flir(' d'niv.

Polyle l'I Ix'dru avuionl (omniiMUX' uik* luiivaiilc [lailii' de dauios (|ui atliiait ratt(Mili«Mï de-; autres convives.

— Y a-t-il loii-'lcuips (|ue vous aiiurz ('Jrnieiitiii.-? iiit<'rroi;oa M. :Mati-noii.

— Mlle avait di\-lniil ans à peine, dil lîarlic. (iiiaiid je la liMiconlrai pour lu proinière fois. Mlle venait d'être admise comme ouvrière à la luaunlai-liirc des lalacs de la rue Sainte. Sa beauté me lit une impression que je ne m'expliquai pas. Je voulus revoir Clénieiitinr el, peu à ju'ii, je pris riiabilinle de TaltiMidi-e le malin à son entrée à l'atelier el le soir à sa soi'tie... Je ne me rendais pas compte de ce qui m'attirait vers elle et je fuslonî:lem[»s à comprendre que c'était tle l'anioiirl

— ('onnuent s'apereul-.'Ue du sentiment qu'elle vous ins[»irail?...

— Je ne sais... Peut-être ce furent ses compacriies «pii lui apjMiienl lo it, car une fois je l^s vis me désigner à elle du doigt, en riani aux éclats.

— Kl elle?...

— Elle riail aussi : el je crus voir sur son visage une telle impression de dédain que je rentrai chez moi désespéré. Pendant quelques jours, je m'abstins d'aller aux environs de la manufacture, mais bientôt je n'y pus jilus tenir el j'y revins... Je sentais qu'il m'était impossible de vivra sans l'apciccvoir au moins de tem;is en temps, sans m'cnivrer de sa vue. Lorsque je m'éloignais, j'avais encore devant les yeux sa douce figure, son image radieuse.

— Pauvre homme I dit M. Matignon.

— Obi ne me. plaignez pas, car un jour il me fut permis de la voir, non plus dans la rue, à la dérobée, mais dans sa propre demeure... J'avais fait la connaissance de sa mère.

— La Miette!

— Oui, c'est elle qui a décidé sa fille à devenir ma femme.

— Ah! fit M. Matignon.

P; is se parlant comme à lui-même :

— Dans quel but a agi la Miellé?...

— Comment?... Que diles- vous?...

— Ecout'Z, Barbe, dit M. Matignon avec un bienveillant inlérêt. Lorsque vous avez résolu de demander la main de Clémentine, vous n'êtes pas venu me consulter. Vous vous êtes borné à me prier plus tard d'être un des témoins de votre mariage et j'ai accepté, car je n'avais rien à vous refuser. Je compris alors que mes conseils seraient superflus comme ils le so:itdu reste aujourd'liui ■où tout est terminé...

— Que voulez-vous dire? fil Baibe non sans trouble.

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— Je n"ai qu'un renseignement à vous demander.

— Parlez!

M. Matignon regarda Barbe avec une certaine liésilalion.

— N'avcz-vous pas connaissance d'un bruit bizarre?... Ne savcz-vous pas Mii'iine rumeur court sur vous?...

lîarl e avait pâli.

— Laquelle?...

— On parle d'un trésor que vous auriez découvert un jour dans les égoiils des anciens quartiers de Marseille?...

Barbe balbutia :

— Un trésor?...

— Oui, cela est absurde, n'est-ce pas?... Eli bien, il est des gens qui prennent celte rumeur au sérieux.

Le mari de Clémentine répondit avec un léger tremblement :

— Si j'étais riche, travaillerais-je toujours comme je le fais, conlinuerais-jc à exercer ma profession?

— 11 est probable que vous eussiez quitté le métier pénible que vous exercez... Mais là n'est pas la question... La Miette vous a-l-elle jamais parlé de ces prétendues richesses?

Barbe parut chercher dans sa mémoire.

— En effet, plusieurs fois, la Miette... Clémentine elle-même... Ob 1 mais je les ai si bien détrompées qu'elles ne se sont plus occupées de celte (able...

— Tant mieux, dit M. Matignon, car, je dois l'avouer, j'ai eu peur un instant que, en vous acceptant pour gendre, la Miette ne se fût imaginé que...

— Non, monsieur Matignon, dit vivement Barbe, elle sait que je suis pauvre . . •

M, Matignon quitta la terrasse pour rentrer dans l'appartemonî.

— Il faut que je m'en aille, Barbe.

— Déjcà!

— Je dois repartir pour Aix, mais n'oubliez pas qi;c, si je puis vous être de quelque utilité, je serai toujours à votre disposition.

— Merci !...

LA MliUE ET LA FILLE

Poh le avait déjà battu au jeu de dames deux fois Ledru, décidément moins fort que lui, et tout faisait prévoir qu'il gagnerait encore la troisième partie.

La lutte avait donc beaucoup perdu de son intérêt, lorsque Polyte se leva brusquement et, brouillant les pions, s'écria :

240 i..\ i{i;i.i.i: Miiirrr,

— Ma foi. je pi-i'-frivrais danser... .\-l-tin jaiii:iis vu iin<' noce (tii l'on no (linsàl jias?...

F. "un (li's a,<sislanU apiiroiiva :

— iVovl vrai.

— Il faillira oi'[it'nil.inl vous en i)as.s('r, dil la Mirlic avec nue, ^Miniarc.

— C'est bon. lit Polyle, ne vous f;\cliez j)as... Aussi bien, licdru cl moi, nous prendnuis notre revanche ce soir... 11 y u un bid à Sdnl-Iîarnalx'!, où nous irons... N'est-ce |ia<. l.edru?...

("onnue lu voudras... Si, en allendanl, nous i)ensioiis à travailler... Olil dit Polyle avec dédain, moi, je ne travaille jamais un jour de noces,

— C'est (juc, toi, tu n'as [las de femme et d'eiifaiils (jui alleinleiil la paye du samedi....

— Tu as peut-être raison, fil le ,:.;amin ébranlé. Lcdru, lu es un bon j'ère et un bon maçon... Allons voir s'il y a de la besogne au chantier...

I^ départ de Polyte ctdc Lcdru fut bientôt suivi de celui dos autres invités, que >1. Jean dut imitei', lui aussi, an risque de semliler indiscret. Clémentine l'accompagna jusqu'à la porte d'un air engageant :

— Vous monterez quelquefois pour nous voir, n'est-ce pas?... Voti-e visite nous fera toujours plaisir.

Elle tendit son front au teinturier, qui y déposa un baiser après avoir jeté un regard oblique du côté du mari. P.arljc était sans méfiance; il souriait, tandis que Miette murmurait :

— Elle eût bien pu attendre un peu... Décidément, elle ne se gêne pas... Cela n'empêcha pas Clémentine de se dégager assez brusquement lorsque,

une fois seuls avec la Miette, Barbe voulut l'embrasser à son tour.

— Ma jolie... ma bien-aimée petite femme I soupira celui-ci.

— Plus lard ! murmura-t-elle.

Miette faisait de gros yeux à sa fille, quand soudain la porte se rouvrit et Lcdru se montra encore.

— Toi I dit Barbe. Tu n'es donc pas retourné à ton chantier?...

— Nous y allions en elTet, Polyte et moi, quand nous avons rencontré misé Picrnard...

— Ah I oui, U femme de ce pauvre Bernard qui est si malade...

— 11 parait qu'il est encore plus mal, et même misé Bernard accourait pour vous prier de sa part... A votre place, je n'irais pas... Un jour de noces on a beaucoup de choses à se dire qui sont plus pressées que ça.

— Au contraire, j'irai... fit Barbe avec une certaine précipitation. Ma joie ne doit pas me faire oublier un ami mourant... Va prévenir misé Bernard que je me rends aux désirs de son mari...

Barbe se tourna vers la Miette el sa fille.

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Oui' vi.-[.^ t I l'un' 1^1 ■' liit la Miolte. \\'. ill"

IIV. 31 — TIMODOr.F nENr.Y — LA BELLP «Il'.TTB - ÉD. J. nOJPP U

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— Vous comprenez que je ne puis hésiter... Bernard est un de mes bons camaradrt...

— Allez, mon gendre, allez, répondit la Miette.

Clémentine ne dit rien, mais, heureuse d'être débarrassée de Barbe, clic eut presque un sourire.

Quand les deu\ femmes furent seules, la mère prit un air de reproche.

— Tu n'es guère aimable avec lui.

— Qu'est-ce que cela te fait, puisque nous le tenons ?...

— Nous le tenons, nous le tenons... Il faut maintenant le faire parler...

— Sois tranquille... Il parlera... s'il a quelque chose à dire...

— S'il a quelque chose à dire, répliqua la Miette... Poar cela, j'en suis sûre 1...

En ce moment, on frappa à la porte.

— Est-ce qu'il reviendrait déjà?...

La Miette alla ouvrir, mais elle recula avec une exclamation à la vue d'un personnage de mauvaise mine qui entra aussitôt dans l'appartement.

Ce personnage, vêtu d'une longue houppelande, déguenillé et dégoûtant, avait la barbe et les cheveux très longs. Son visage brun, presque mulâtre, portait les stigmates du vice et de la débauche.

Le nouveau venu tenait à la main un bâton qu'il déposa lorsqu'il aperçut la table encore mise. La Miette s'était en effet bornée à pousser la table dans un coin lorsqu'on était allé prendre le café sur la terrasse.

Clémentine n'avait pas, elle aussi, dissimulé à cet individu sa répulsion.

— C'est moi, fît-il en grimaçant un sourire.

— Que viens-tu faire ici? dit la Miette d'un ton bref.

— Cette question n'est pas poUe... Salomon tient à assister à la noce, quoique tu ne l'aies pas invité... C'est un mauvais procédé à Tégard d'un ami comme moi... Je regrette cet oubli pour toi plus que pour moi...

— Me diras-tu ce que tu veux?...

— J'arrive trop tard pour le festin... Néanmoins je m'aperçois qu'il reste encore quelque chose... Rattrapons le temps perdu.

Salomon s'empara d'une chaise et rapprochi de la table, sur laquelle il y avait encore quelques reliefs. Il s'assit, remplit une assiette et se mil à manger goulûment.

— Ne te gêne pasl...

— Je me gênais encore moins jadis avec loi... Et cette jolie enfant... J'eusse pu en être le père si elle n'était pas née avant l'époque où tu fus aimable avec moi...

— Tais-toi !

Clémentine ne put cacher un geste de dédain qui s'adressait à la fois â la

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M. file ol à Saloiimn. Ni Wm m raulre ne paniroiit s'en apercevoir.

— Au nuiiiis. {unirsiiivil Saloiuon, a-t-ellp fait un bon iiiariai^e, la petite CIt'-i'lê '.\.. J"a\iiiio (pit' je niamiiie de reiisei-nements... Comment s'a|ipellt>-l-il. rheuienx nidilel ?

— lîail.e.

— Connais pas. . . Pourquoi, diable, s'est-il installé cliez loi au lieu d'ennuener sa femme ebez lui'.'... Kst-re pour avoir sa belle-mère sous la main?., [irôfe lie u'«.'ù'' •• C.ela indique (piil ri"es[ |)a< millionnaire...

— Oi.i ail?

— J'en ^uis presque sûr... La noce a élé modeste... Celte nourriture que lu as servie aux ni viles est de seconde ipialilé!...

Salomon se versa une rasade.

— Le vin est biin eep^-ndant.

— Enfin, lit la Miellé, qu'as-lu donc à me dire? Salomon se leva.

— Maintenant que je suis un peu réconforté, je puis parler...

Il entraîna la mère de Clémenline du côté de la terrasse et lui dit à voi.\ basse :

— ^liélle, j'ai une afTaire superbe à te proposer...

— Une afTaire I à moi?

— Oui, et qui entre bien dans tes attributions de sage-femme et de gardemalade...

— Sais-tu si je le suis encore?

— Diable.'... Est-ce que tu aurais fait fortune?... Est-ce que, malgré les apparences, ton gendre serait...?

Miette lui coupa la parole.

— Cela ne le regarde pas...

— Enfin tu refuses une entreprise où il y aurait plusieurs milliers de francs à gagner pour chacun.

Miette eut un soubresaut.

— Que dis-tu là?

Salomon ricana.

— Ah 1 te voilà plus attentive... Je ne peux pas t"en apprendre davantage pour aujourd'hui... Si tu veux en savoir plus long, sois demain à midi chez la Métisse, la sorcière de la rue de la Vieille-Monnaie... Tu la connais bien, n'est-ce pas?...

Miette hésita un instant, puis répondit :

— Je serai demain à raidi chez la Métisse... ^

— Je m'en vais, dit Salomon.

En repassant devant la table, il se versa un autre verre de vin.

— Dèciilomcnt le vin est bon... l*eut-ètre le nouveau marié ne sera pas niallieureux. car la fille est belle... très belle... Je voudrais être à la place de lîarbe pour la nuit des noces, quoique... Enfin, je le félicite tout de même... — Kt vous aussi, madame, ajouta-t-il, en s'inclinant devant Clémentine, qui était restée dans Tapparlement sans chercher à entendre ce que Saiomon avait pu dire à sa mère.

Pour toute réponse, la jeune femme détourna la tête. Saiomon fit entendre de nouveau son ricanement moqueur.

— Décidément on manque d'égards pour moi... On voit bien que je ne suis ni l'armateur, ni le teinluriet... Tu as fort mal élevé ta fille, Miette. Je ne t'en fais pas mon compliment... ah! ah! ahl...

11 sortit en riant aux. éclats, tandis que Clémentine, irritée, allait vers sa mère.

— J'espère, dit-elle, que nous ne verrons plus désormais ce méprisable personnage...

— Je te promets qu'il ne connaîtra pas notre nouveau domicile lorsque nous quitterons celui-ci — ce qui ne peut tarder. Cela te déplairait-il, fillette, d'habiter Paris, où personne ne nous connaît?...

L'œil de Clémentine brilla.

— Oh! oui, je veux aller à Paris, mais lui...

— Ton mari fera toutes tes volontés...

— Ce n'est pas de cela que j'ai peur...

— De quoi donc alors?...

La jeune femme baissa la voi.x..

— Je crains, ma mère, que tu ne te soies trompée, qu'il ne soit pas aussi riche que tu te l'es imaginé... Si ce trésor n'existait pas!...

A cette idée seule que toutes leurs espérances seraient trompées, la Miette pâlit, mais elle ne tarda pas à secouer la tête.

— Sois tran(]uil!e, ma fille. Je ne suis pas femme à commettre une erreur aussi grossière... Ensuite j'ai des indices... 11 n'y a pas de fumée sans feu... Je puis te le dire maintenant... Il y a quelque temps, avant que tu te décidasses à l'épouser, il m'a prêté mille francs...

— Ah!

— Quand je les lui ai demandés, il n'a fait aucune objection et me les 2. remis immédiatement...

— En vérité! dit Clémentine, éblouie.

— Crois-tu qu'il y ait beaucoup d'hommes de sa condition pouvant disposer facilement d'une telle somme?...

— Je ne m'explique pas pourquoi, étant aussi riche, il a continué à mener une existence aussi misérable?...

248 I.A lîll.l.r Mlliïi:

— Fnii!-il quo je te r«'jn''tc Idiit co (jiic jo l'ai dt'-jà dit? Quoi inlrnM aurait le l>(>iili(Miiiiio à iMi(M- sur li's tuits (|ii"il |i(iss('(lt' une iuiiutMnt' lorluuc, aliu's i\[\c cette fortune appartient peul-élre a une famille existant encore? l'our (pi'du ne lui réolaint» rien, p »ur emlorinir les soupçons, il a pr(''f(''ré no rien changer à ^mi exisloïK-e...

— Mais alors c'est fxartcuHMit coiu;ne s'il rlail puivri'l

— Jusqu'il'!, nui, il l'.'i a .•té ainsi, mais nous sauriuis lui faire voir les choses sous un autre aspect, endormir ses scrupules, si par hasard il en avait, et prendre des mesures pour profiler avec lui de ses richesses sans que personne en sache rien. Nous (]uilteroiis Marseille puisipn* c(>la ne le déplaît pas.

— Comment esl-il né ce bruit, demanda Clémeniine, (pu' P.arhe a en sa possession un trésor?...

— Tu m'as déjà posé cette question et je l'ai répondu (jue je l'ignorais, mais on m'a raconté depuis qu'il avait commis lui-même une imprudence. Un jour où \\ avait élé iiuloyé parmi de ses chefs, il aurait dit qu'il pourrait cesser de travailler s'il le voulait et qu'il avait plus d'argent qu'on ne le pensait. A une certaine époque, il passait do longues heures dans les immenses égouts qui s'étendent sous les anciens quartiers de Marseille et qu'il connaît mieux que personne...

— Tout cela, lit Clémentine, est bien inccrtair)...

— Et ma perspicacité, dit la Miette avec orgueil, tu la comptes pour rien'.... Dans ces derniers temps, lorsqu'il venait ici pour te voir et que tu n'y étais pas, je lui parlais, je Tinterrogeais...

— Il a toujours nié!

— Oui, mais d'une manière embarrassée. Parfois, il tressaillait lorsque je le regardais en face et que mes regards plongeaient dans les siens. Cet hommelà est riche, te dis-je, cet homme-là est riche! Et voilà pourquoi, ajouta la Mielte avec entraînement, je n'ai pas hésité à l'engager, comme je l'ai fait, à devenir sa femme!

— Pourvu que je ne me repente pas! Je n'ai pas jusqu'ici à me féliciter beaucoup de lui pour ses cadeaux de noce...

— Il faut du reste, poursuivit la Miette, que nous sachions bientôt entièrement à quoi nous en tenir... Lorsqu'il icnlreia, nous le forcerons à tout avouer, et tu verr is...

— Oh ! j'ai bien besoin d'être rassurée, murmura Clémentine.

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