‹ La belle MietteChapitre 28 sur 200 · EXPLICATIONS · texte numérisé non relu

EXPLICATIONS

Barbe ne rentra que le soir. 11 paraissait tout ému.

— Qu'avcz-vous? lui demanda la Miette.

— Un grand malheur est arrivé, répondit-il. L'ami qui m'avait fait demander vient de mourir entre mes bras. Pauvre Bernard, justement le jour de mon mariage!... 11 n'est pas de bonheur parfait... Que vont devenir sa femme, ses enfants?

Miette eut une insidieuse question.

— Ne pourrez-vous pas les secourir, mon cher gendre?...

— Malheureusement pas comme je voudrais, dit ingénument Barbe. Miette et Clémentine échangèrent un regard. L'heure des explications était

ven le et elles voulaient en avoir une à tout prix. Miette agit encore diplomatiquement.

— Je sais bien que vous ne remplacerez jamais auprès de misé Bernard et de ses enfants le mari, le père qu'ils ont perdu...

— Oh I pour cela ce n'est pas possible... Bernard était si bon et il les aimait tantl...

— Sans doute, mais...

— il était ensuite leur unique soutien...

— Enfin, grâce à vous, ils ne resteront pas dans la misère... Clémentine ne s'opposera certes pas à ce que vous leur fassiez le plus de bien possible...

— Je reconnais là soneœur, mais moi-même je gagne peu...

— Qu'importe si vous avez d'autre argent !

Les deux femmes attendirent avec anxiété la réponse de Barbe, mais lui se borna à murmurer :

— D'autre argent, d'autre argent!...

— N'avcz-vous pas à votre disposition de quoi les aider largement?...

— Je ne comprends pa>...

• — Vous êtes donc résolu à ne pas faire encore usage de vos ressources cachées?

■ — .Mes ressouices cachées?

Miette s'impatientait, tandis que Clémentine dissimulait son découragement.

La bclIc-mére de Barbe se décidait en finir.

— Mon cher Barbe, voulez-vous que nous causions franchement?

— Est-ce que nous faisons autre chose, misé M-eltc?...

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— Il est vrai... Lcoiile/-mui avoc atttMition.

— Je vous l'ooulo...

— Il n'y a ici (]Ut> votn^ foiiiino cl votre liclle-inère... Voti^ n'avez donc rien à dissimuler I... Les |)orte> sont closes et personne ne peut nous entendre... Vous ^ics riolic. n'est-ce pas?...

— Riche, moi!

— Oui, fort riche... Vous possédez um^ fortune inim-Mne <pii vous rend l'égal des plus grands nt\.'ociants de Marseille. Vous avez découvert un trésor... où et comment?... Cela ne nous fait rien à ma fille cl à moi... L'esseuliel, c'est que vous l'ayez, et vous l'avez, car je viens de vous voir tressiillir lorsque j'ai prononcé ce mol de trésor.

— Je vous assure que vous vous trompez, misé Miette.

— El moi je suis persuadée que je ne me trompe pa^... Je no sais quels scrupules vous arrêtent encore, vous empêchent de faire des aveux... Vous avez tort d'éprouver cetemliarras avec nous, parce qu'avec nous on ne segônepas!

Pendant que la Miette parlait, le visage de Barhe avait exprimé des sensations diverses. Son œil avait d'ahord étincelé. On eût dit que le pauvre homme devinait le mot d'une énigme difficile. Ses regards s'étaient portés alternativement de Miette à Clémentine.

Comprit-il ce qui s'était passé?... Sut-il en un instant ce qui avait poussé la mère à lui donner la fiile et la fille à l'accepter pour époux malgré son âge, malgré son extérieur peu séduisant?...

Il regarda Miette avec une sorte d'épouvante, tandis que celle-ci continuait ;

— Votre femme vous aime, mais croyez-vous qu'elle vous aimera moins lorsque vous aurez avoué que vous pouvez lui oiïrir les douceurs du luxe, les plaisirs de la richesse?

11 balbutia :

— Je... je ne possède rien.

— Allons donc! reprit la Miette. Vous voulez rire, mon cher Barbe!...

— Rire, moi !... Voyez donc si je plaisante.

L'émotion qu'il éprouvait rendait ses jambes chancelantes, mais il était moins pâle que sa femme et sa belle-mère.

— Vuus auriez l'intention de continuer votre mélior?

— Et pourquoi pas?...

— Misérable! dit la Miette avec une explosion subite.

Mais elle se radoucit tout de suite. Elle ne pouvait croire encore à l'erreu qu'elle avait commise.

— Pardon, pardon, mon gendre... Mais je ne sais pas toujours comprendre à demi-mot... Unchangement subilde votre position étonnerait peut-être... Vous croyez qu'il y aurait du danger...

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