LIV
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(iii fiMiipa à la {lorle : c'iHait le chirurgien.
Li'dni, à sa vue, s'agita sur son faulcui!. Il saisit la luaiu du piaticion.
— Ali! si vous poiivii^z m'arraclier à la mort pour ma femme, pour les Iiaiivros petits 6 très dont je suis le soutien I
— Du courage, du courage, Ledru, lit Polytc.
— J'en aurais si je ne craignais pas la misère pour eux.
A peine le niaron eut-il dit ces mots que son teint devint encore plus pâle ; il eut un râle suivi d'un hoquet et se mil de nouveau à vomir du sang Le chirurgien remit dans sa trousse l'instrument qu'il en avait sorti.
— Tous les soins sont inutiles, dit-il à Comlé, cet homme a à peine quelques instants à vivre.
-- Ma femme, où est-elle? demanda Ledrn.
— Klle va venir...
— Je mourrais moins désolé si elle était ici avec les petits... si je pouvais K s embrasser... J'ai peur, j'ai peur...
Il essaya de se soulever et retomba anéanti.
— Je veux fuir... je veux... partir d'ici... Ah!
Le chirurgien semblait profondément touché. Polyte sanglotait. M. Comté hii-méme, qu'on eût pu croire cuirassé contre toute émotion, avait un air navré. Tout à coup la porte s'duvrit. Une femme échevelée, les vêtements en désordie, se montra sur le seuil. Un coup d'œil lui suffit et elle vint tomber à gemux près du fauteuil où se trouvait Ledru. Jacques, mon Jacques !
- Toi, toi, pauvre Jeanne!
— Oui, moi, moi, qui ne veux pas que tu meures!... La femme de Ledru alla vers le chirurgien.
— Vous êtes le médecin, vous! 11 faut que vous le sauviez. C'est indispensable!... Faites cela pour moi, faites cela pour ses enfants... Us sont si mignons... Si vous saviez quels petits chérubins il y a lui...
Le maçon fit un elTort.
— Tu ne mêles as pas amenés?
— Usélaientà l'école.
— Mais le petit dernier ?
— Georges?... Le monsieur qui m'a tout appris lui a donné la main... Ils vont sans doute être là.
Comme elle venait de dire ces paroles, Pomponne apparut avec le petit Georges.
Jeanne ne fît qu'un bond vers la porte.
— Le voici, le voici ! Georges, supplie ton père de ne pas nous quitter... Il t'obéira, lui qui t'aime tant !
LA CELLE MILITE .riO
L'enfanl ne comprenait rien à cette scène; il joignit cependant ses petites mains. Sa môre eut un éclat de rire farouche. Saisissant le bras de Ledru, elle l'étrei^nit fortement.
— Tu vois que tu ne peux t'en aller.
Ledru, venait de vomir encore du sang eu abondance.
— Adieu, murm!ira-t-il.
Jeanne poussa un cri terrible.
Le maçon avait rendu le dernier soupir.
M. JACQUIXET
Le lendemain, dans l'après-midi, on eût pu voir un individu d'aspect assez bizarre se diriger vers le chemin de Saint-Pierre.
C'était un vieillard penché sur une canne à pomme d'or et qu'une perruque blanche signalait surtout à l'attention des curieux.
Ce personnage appartenait évidemment à un autre siècle avec ses culottes courtes, son habit râpé. Cependant, il paraissait encore alerte malgré sa taille courbée. Il marchait assez vite sans s'apercevoir que les gamins le désignaient du doigt et que les bonnes femmes s'arrêtaient pour le considérer.
Arrivé au chemin de Saint-Pierre, il fît une pause, sortit de leur étui une paire de lunettes, se les mit fièrement sur le nez, puis continua sa route en regardant les numéros des maisons.
A cette époque, le numérotage était fort irrégulier à Marseille. Il n'était pas rare de voir le numéro 25 à côté du numéro 2 et plusieurs numéros 1 dans la même rue. En revanche, le numéro 43 faisait absolument défaut, ce numéro ne plaisant ni aux propriétaires ni aux locataires superstitieux.
Le vieux semblait mécontent de cet état de choses, car il fronçait souvent les sourcils en hochant la tête. Enfin il s'arrêta devant l'enseigne d'un teinturier et parut avoir trouvé ce qu'il désirait.
Cette maison était de piètre apparence. C'était celle où avait eu lieu la noce de Barbe et où il logeait depuis avec sa femme et sa belle-mère.
Le vieillard n'hésita pas et pénétra dans le magasin.
— Y a-t-il quelqu'un?... Y a-t-il quelqu'un?... lit-il de sa voix cassée. Personne ne répondant a son appel, il fit quelques pas vers le fond du
magasin. En regardant autour de lui, il aperçut par terre une lettre décachetée que quelqu'un avait laissé tomber; il se baissa pour la ramasser, car il aimait sins doute à ne rien voir traîner.
Le vieux tourna et retourna la lettre avec une curiosité évidente.
260 i.A liKi.i.r. mii;ttk
— Tiens, lions, qu'est-ce (ju'il peut y avoir là-dedans? miirmura-t-il. C'est Mon siniplo!... Si jo veux le savoir, 'y n'ai qu'à lire... Cepond.mt, ra ne me rejîarde \xxs... Ma foi, tant pis! Celte lollre est dcraclielôc... Et puis ne f;u)l-il pas que la police connaisse tout ?
L'indiscret vieillard enleva se-; lunettes comme si, au lieu do l'aider, elles l'eussent giMu'' pour y hicn voir, et parcourut la lellro.
Voici ce ([u'elle ronformait :
« Monsieur Jean,
« Vous me diles que vous m'aimez, je n'en suis pas étonnùo, car vous m'avez déjà donné dos prouves d'une alTeolion sincère. Vous sollicitez un rendezvous, je suis prête à vous l'accorder pour vous entendre me répéter de vive voix ce que vous exprimez si bien par écrit.
« Seulement, nous n'avons pas besoin, comme vous le demandez, d'aller sur le bord de l'eau. Venez tout simplement chez moi, lorsque mon mari n'y sera pas. Ma mère ne fera attention à rien.
«( CLÉ.ME.MlNt:. »
Le vieux fit entendre un rire sec.
— Eh bien, voilà du propre !... Une femme mariée qui accepte les déclarations d'un autre homme et qui le fait venir chez elle quand son mari n'y est pas!... De quelle poche cette lettre sort-elle?... Où dois-je la déposer, à qui faut-il la rendre?...
Il regarda autour de lui.
— Personne ne m'a vu... Je crois que je ferais mieux de la garder... Ce serait plus simple et je l'empêcherais de tomber en de mauvaises mains... Puis, qui sait?... peut-être pourra-t-ellc m'être de quelque utilité?... C'est décidé, je la garde, oui, oui, oui.
Le bonhomme, tirant de sa poche un portefeuille bourré de notes et de papiers, y enferma sa trouvaille. Il frappa ensuite sur le comptoir avec sa longue canne à pomme d'or.
— Y a-t-il quelqu'un? Y a-t-il quelqu'un? répéta-t-il.
Enfin un bruit de pas se fit entendre et un garçon, qui devait avoir de dix-huit à vingt ans, se montra.
— Est-ce le monsieur Jean en question? se demanda le vieux.
Un court examen suffit pour le convaincre que le pauvre diable qui était devant lui n'était pas l'amoureux de Clémentine.
Le nouveau venu était laid et avait l'air pauvre, ce qui ne plaît jamais à une femme. Il portait une longue blouse où se trouvait un peu de toutes les couleurs.
Sous son bonnet de papier, on voyait s'échapper une épaisse chevelure d'un
LA l; 1:1.1.1: .MŒTTK 2r.J
rouge si invraisemblable qu'on roût dit obtenu par des procédés artificiels comme les couleurs de la blouse.
Ce garçon avait cependant au visage les taches de rousseur particulières aux individus qui ont les cheveux fauves. Les yeux étaient gris, sa bouche si grande qu'on eût pu craindre qu'elle n'allât rejoindre les oreilles.
.\joutez à ces agréments la claudication. II était boiteux d'une manière surprenante.
— Que demandez-vous? fit-il d'une voix grêle. Le vieux avait remis ses lunettes.
— Pardon si je vous dérant^e... C'est pour vous demander un renseignement... ludiqiiez-moi, s'il vous plaît, où demeure M"" Barbe''
Le jeune homme, en entendant ce nom, devint pourpre.
— Diable!... qu'y a-t-il? pensa le vieillard.
Le boiteux était revenu de son trouble passager.
— Vous ne pouvez pas mieux vous adresser, répondit-il, M"" Barbe reste dans la maison même.
— A quel étage?...
— Au second.
— Je vous remercie bien...
— - Ce n'est pas la peine.
— Pourquoi donc, pensait le vieux en se retirant, me suis-je figuré tout de suite que Clémentine pouvait bien être la femme Barbe?
Lorsqu'il fut près de la porte, il se tourna et vit que le garçon teinturier avait envie de lui poser une question. Il revint sur ses pas.
— Je vous prierais, dit-il au jeune homme, de me donner un renseignement?
— Parlez, monsieur,
— Je désirerais savoir si cette maison est bien habitée. — ■ Je ne vous comprends pas...
— Je vous demande si, en dehors du rez-de- chaussée et du magasin qui, je le vois bien, sont occupés par un honnête industriel, les autres appartements...
— M°" Barbe et sa mère n'ont rien à se reprocher...
— Tiens, c'est la première fois qu'on le prétend... -- Que dites-vous?...
— - Rien... rien... Mais leur logement n'est probablement pas le seul...
— - Il est le seul loué en ce moment...
— C'est différent!
— Au fait, pourquoi m'interrogez-vous ainsi? dit le garçon teinturier. ^- Diable ' diable ! fit le vieux avec embarras.