L.\ 15 KM,K MIIiTTK
KIIc lit allusion à la fameuso armoiro, à sa belle serrure. Elle s'était à un tel point persuadée que Barbe était millionnaire qu'elle eùljuré de bonne foi avoir a|>ei'(;u le trésor ce jour-là.
Sous les vêtements, sous le linge de l'armoire, il y avait de^ lingots d'or »■!. dans le fond, des sacs évidemment remplis de louis.
Quand Barbe, encouragé à la fois par les deux femmes, risqua sa demande, il fut accepté à bras ouverts.
El cependant Clémentine avait déjà ébauché depuis son retour une intrigre avec M. Jean, le teinturier du rez-de-chaussée, le bellâtre que nous avons entrevu le jour du mariage...
Tout le quartier de Saint-Pierre s'occupa de ce mariage, qui fut diversement apprécié. La plupart des gens furent cependant persuadés que la mariée était trop belle et que Barbe se montrait bien imprudent.
Tous les bruits relatifs au trésor furent remis en circulation.
— Diable! diable! disait-on, s'il est vrai qu'il y a des écus, ils vont danser... La Miette et sa fille les feront sortir de la cachette!
l'enfer conjugal
Nous avons raconté comment fut célébré le mariage de Barbe et la scène qui siivit le repas des noces.
— « Il vaudrait beaucoup mieux pour toi, avait dit Miette, en parlant de Clémentine à Barbe, qu'elle ne fût pas la femme! »
Elle avait, certes, raison, et, en s'exprimant ainsi, elle n'avait fait qu'annoncer à Barbe l'existence qui l'attendait.
Ce fut un véritable enfer que la vie du bonhomme.
Où étaient-elles les joies ineffables qu'il avait désirées? Qu'ils étaient loin SCS rêves de bonheur !.. .
Malgré sa pénible profession, malgré la grossière besogne qu'il accomplissait, il y avait chez Barbe une délicatesse de sentiment que l'on rencontre péchez les gens de sa condition.
Clémentine, qui semblait prendre à tâche de le blesser, disait parfois :
— 11 n'a pas compris, l'imbécile !
Hélas ! il avait été, au contraire, alleinlau cœur et avait fait seulement semblant de ne pas comprendre !...
Il ne lui avait pas fallu beaucoup de temps pour savoir quelles étaient les créatures auxquelles il avait lié sa vie
;in-j I \ 1.1 I I i: M II 1 II-.
I.;i .MicUool ClémeiUiiio almsiMiMit ccpciulaiil tic sa lioiiU', de sa ùiihifssti |u'Ur faire il*'' lui It^iir osdavo. Jamais hominc ir»Mil à siil.ir d.'s tvi;ms plus impiloyaMi's !.. .
Les lieux leiiuue- lui pi-irent toiiles ses iV-.Diiomies, lui vciulii.Mit lous ses nioulile-:.
lmilili> (le (lire t]iie la vi(\ille eotisine ne juil plus le voir (|ue dans la rue.
Miellé ne se jT('na pas pniir coiitiiiucr le î,'enrc de vie qu'elle meiiail avant le mariacre de sa lillc. Ses amants s'ètaltlircnt dans la maison el raid('reiit souvent à persécuter Barhe.
(-hMiieiiline montra nuiins d'andaci' (pn" sa mère, mais elle accieillil de nouveiu un armateur avec lequel elle avait eu jadis une liaison, <^t surtout M. Jean, le teinturier.
Piien que, à caii-e du voisinaize, elle eût toutes les facilili's po^siMes pour voir Cl' dernier, ils s'irrivaient, comme on sait.
Il est des individus qui ne peuvent avoir une maîtresse sans ('prouver le besoin de traduire leur alTection banale par de longues ùpîtres.
"^l. Jean (.Hait du nombre. 11 noircissait des pages enlière> pour exprimer, en termes ampoulés, des sentiments passionnés.
l'ne fois, Patadais, qui ne se doutait pis du genre de comniissidu qu'il faisait, monta pour remettre une de ces lettres à Clémentine, que M. Jean croyait seule. Ce fut Barbe qui vint ouvrir et qui prit la lettre.
Darbe tourna et retourna cette lettre cacbetée qui était dcslinéc à sa femaie.
Que renferma't-elle?...
Il ne savait pas lire!...
Le malbeureux eut l'idée de sortir, d'aller trouver un de ses amis el de le prier de lui faire connaître ce que le beau teinturier disait à Clémentine.
H songea que cet ami pourrait traliir son secret, rendre son désbonneur public.
Mais était-ce réellement la preuve de son désbonneur qu'il y avait dans la lettre?...
Son incertitude était borrible.
Ce papier brûlait ses doigts.
Lentement il brisa le cachet, et les caractères inconnus semblèrent danser devant ses yeux.
Quel supplice pour lui'...
Était-il bien victime d'une trahison?...
Ohl il le saurait, il le sauiait!
Il s'élança vers la porte, mais il se trouva en présence de Clémentine.
.A BKIJ.i: MlKTÏl':
Celle-ci avail-elle c'ié prùveniic?... Savail-elle que le hasard avait mis une arme contre elle entre ks mains de son mari? Elle empêcha celui-ci de sortir.
— Où allez-vous?...
— Que t'importe !
— IS'avez-vous rien reçu pour moi?...
— Oui, certes.
— Eh bien, qu'attendez-vous pour me le remettre?..
— C'est que...
— Je ne comprends rien à cette hésitatiun... Il releva la tèle :
— Clémentine, je désire savoir ce qu'on te dit...
— AOn de m'assurer que tu n'es pas coupable... Clémentine eut une certaine émotion.
— Coupable, moi!. . Qui m'accuse?...
— Des camarades ont prétendu l'autre jour que ça leur faisait de la peine de me voir trahi, joué...
La jeune femme fit avec empressement :
■ — Ces méchantes langues vous ont menti...
— Je n'ai pas cru à leurs paroles, car, enfin, tu peux être dure, impitoyable avec moi, mais ce n'est pas une raison... Oh! répète-moi...
— Il est affreux, que l'on ait tenu ces propos et que vous les ayez écoutés! Vous a-t-on cité un fait?...
— Non, mais la lettre...
11 la montrait. Prestement, elle s'en empara et la parcourut du regard.
— Une mauvaise plaisanlerie de M. Jean, qui n'a pas toujours de l'esprit!,.. Je regrette que vous ne puissiez pas vous assurer par vous-même...
— Ah ! puisses-tu dire vrai !
Clémentine déchira la lettre en mille morceaux.
— Je vous défends, à l'avenir, de m'entrelenir de semblables choses ! Barbe, mal convaincu, se laissa tomber avec accablement sur une chaise,
tandis qu'elle entrait dans sa chambre et refermait sa porte avec hacas. H murmira :
— Que je souffre, que je suis malheureux !
Il se vijyai t san.^ énergie, il se sentait lâche devant celte femme. Son amour, malgré les mauvais traitements dont elle l'accablait, était resté vivace dans son cœur, toujours jeune sous une enveloppe flétrie.
Il aimait Clémentine autant qu'on peut aimer. Mais peut-être l'ascendant de rclic-ci ne s'exercait-il pas toujours sur lui aussi complet qu'il le paraissait.
30 i LA liKI.Li: MIKil !•:
Il y avait souvent oluz Rarlic dos ulisliiialions bizarres, dos révoltes t'i ranges.
1/liomme, mî^mc le plus avili, ne perd pas toujours conscience de sa supériorilù sur la femme.
Harbe relevait quelquefois la t<.Hc. el, chose sinirulière, c'était au nioiucnl où Clémentine el Miette l'accusaient avec le plus de fureur que sa bouche avait une expression dédaignease et qu'un sourire indélinissable éclairait son visage.
Sa pauvreté et les faibles salaires qu'il gagnait étaient un des sujets que les deux femmes abordaient avec le plus d'amertume.
Darbe ne répondait pas, mais il avait presque l'air de railler.
La sago-femmc et sa lille avaient remarqué celle lueur fugitive oA elles en avaient été frappées.
On eût dit alors qu'il y avait chez le bonhomme de la vengeance satisfaite.
— As-tu vu? disait la Miellé. Pendant que nous parlions, il semblait se moquer de nous.
— C'est vrai!...
— Est-ce quil nous aurait menli, est-ce que, par hasard, il serait riche et nous cacherait sa fortune?...
— Allons, maman, toujours des chimères !
— Tu as raison... Suis-je sotte d'en revenir sans cesse à mes anciennes idées !
On le persécutait plus que jamais après ces conversations. 11 devait renfermer en lui ses élans de tendresse, ses expansions. On ne parait guère de lui qu'en ces termes :
— Dieu! qu'il est sale, qu'il est dégoûtant!...
Lorsqu'il entrait, Clémentine ne manquait pas de dire avec affectation :
— Quelle odeur, que cela sent mauvais !
Et sa mère faisait chorus, et sa mère l'aidait à torlurcr le pauvre homme inolTensif !
Un an s'écoula pendant lequel Barbe supporta assez courageusement cette existence qu'un autre eût trouvée intolérable.
Au bout de cette époque, sa santé s'altéra légèrement. 11 devint triste et morne.
Miellé et sa fille s'en aperçurent, mais cela ne les rendit pas plus humaines.
Un jour, elles dirent de manière à être entendues de Barbe :
— S'il pouvait mourir, quel bonheur!... Ça serait un lier débarras!
— Une autre fois, nous nous méfierions... Nous ne nous laisserions plus tromper par un intrigant.
— Tu te remarierais donc, Clémentine?
— Parbleu!...
r,A liVAA.E MIETTU
Il ae put retenir un rri d'admiration. (P. 306.)
Barbe fut obligé de sortir. Sun chagrin i'etouiïait.
Une fois dehors, il donna libre cours à sa douleur.
Mais c'était l'heure de la besogne. Il prit ses balais et se mit au travail. Ceux des passants qui ne le connaissaient pas étaient étonnés de le voir pleiir>Mà chaudes larmes. Les perFonnes qui le connaissaient disaient :
— Le malheureux, il a voulu d'une jeune femme, de Clémentine, de la (ilk de la Miette!
BPi.iK Mirrra. — éd. i. nouf f et c'« uv. 39
Liv TO. — Tnf.OD.iRF: nF.vnv.
3^'6 I A lîl Ll.l MIKiri-
Cl- a U ira /isi|ii'à la iiuil lomljaiilc.
Tout en travaillant. lîarbc arriva devant uno liouche d'rgoii dont il soideva la plaqno. Ihieouvorturolni ajtp init. et. on se penchant, il vit l'oxlroniilc'! d'une iVIiello de f.M-.
Il dosfon lit IciilciniNit el -c Iroava dans une galerie où il put s'cn^aj^er en l'ais<ant la liMe.
Il .«0 mit ncVinmoins à marcher assez vile, qiioiipic ses pieds, ohanssi'is de gros sabols, s'cnfitnrissenl parfois dans la vase.
Les (^^^'oiils de Marseille, qui vont tons vers le port, sont de virltahles r ie> so.iterraincs comme les égouts de Paris. Un canal coule au milieu.
Harhc, en quittant la première galerie qu'il avait rencontrée, prit la voie pritn'ipale à laquelle ahoulissaient les autres, mais il ne la suivit pas longten"i|»s,
H s'arrtHa devant un grand trou à moitié caché par des décombres. Il dal pa^^ser quelques minutes à démasquer un passage si étroit qu'il fut obligé de ramper.
Après plus d'un quart d'heure de cet exercice fatigant, d.ms une obscuiilé profonde, Darbe put relever la tète puis se dresser. Il battit son briquet, alluma une torche li\ée à la muraille et regarda autour de lui.
Il se trouvait dans une rotonde où n'aboutissait a-icun ruisseau, mais dont le sol était néanmoins vaseux. Il fouilla cette bouc, en retira une pioche et alla vers la muraiile, cherchant apparemment une marque visible pour lui seul.
Dès qu'il l'aperçut, il donna quclquos coups légers, fit tomber de la terre, puis des pierres. Un anneau apparut qu'il attira à lui.
Une large cavilé se montra aussitôt.
- Enfin! murmura Barbe, dont le front était baigné de sueur. Aurai-je a^sez de force pour sortir les six caisses?...
Il introduisit la moitié du corps dans l'ouverture et réunit tous ses cfTorls.
— Victoire! s'écria-t-il.
Il amenait à lui une caisse dont il fit sauter le couvercle dès qu'elle fut dans- la rotonde.
Cinq fois il recommença ce pénible exercice. La dernière fois, il fut obligé d'entrer tout à fait dans le trou.
Barbe prit ensuite la torche et la promena au-dessus des caisses.
Il ne put retenir un cri d'admiration.
Cinq des caisses qu'il venait de retirer avec tant de peine étaient entièrement remplies de louis d'or. La dernière, qui était la plus grande, renfermait des pièces d'argenterie de toute sorte.
La lueur de la torche faisait étinccicr ce? richesses.
Barbe semblait dans le ravissement.
— C'est à moi tout cela, c'est h moi, disait-il... Eh bien! oui, je suis