‹ La belle MietteChapitre 39 sur 200 · LIV. lO. — TllLJUOIlE IIIMIV · texte numérisé non relu

LIV. lO. — TllLJUOIlE IIIMIV

314 LA lîKl.l.K MIKITH

— Je suis sûr C\c i,';miicr, tlil-il à un de .^'Js voisins. Colui-oi lo loi>a ilun air moqueur.

— Co:iunenl vous y iiren(li(V.-von<?.. .

- C'osl fort simple! Voyez connue je suis calme, voyez comme je crain> I»e : de penliv mou or. Je n'ai pas en moi Témolion, les Iressaillements p:opres an oueur. Ma \oix n'est pas allérî'e. Je (ItMie le sort, je di'lie le destin! Je raille l.i • liancc; elle sera mon esclave!

— Bravo!

1! y avait plus que de Tironie dans cette approbation appaicnie. M. Jao- »]ninet ne s"y trompa pas.

— Hira bien (]uirira le dcM'nier. lil-il entre les denl.>^. II abattit neuf pour commencer.

Les enjeux des denx tableaux s'accumulèrent devant lui.

Une seconde fois la fortune le servit, une troisième, une quatrième.

Il avait bien raison de dire que son indiiïérence rendrait la clia-sce sm esclave fidèle, car jamais elle ne l'abandonna.

On n'avait vu depuis longtemps une pareille veine.

Les voisins ne riaient plus, les femmes devenaient attentives. Elle> se diMnandaienl quel était ce vieux qui gagnait presque sans s'en apercevoir et dont le calme était imperturbable.

Elles se disnient aussi que peut-être il ne resterait pas aussi impassible devant leurs charmes, et chacune d'elles alla tour à tour lui proposer de la prendre pour associée.

Mais M. Jacquinet refusa toutes ces offres d'une façon assez sèche. A celles qui insistaient, il répondit cependant :

— Nous verrons plus tard.

La partie continuait avec le même bonheur pour M. Jacquinet. Soudain, il se leva.

— Je vends la l)anque.

— Gomment! Vous ne restez pas?...

— Je crois que je commence à n'avoir plus autant mon sang-froid. 11 est temps de m'en aller!...

La banque du vieillard atteignit un prix fou.

— Diable! diable! se dit Miette, il faudra que j'augmente demain mon locataire.

Elle aussi avait joué, mai? d'une manière moins heureuse que M. Jacquinet.

Elle avait perdu une somme assez importante que M. Jean, le teinturier du chemin de Saint-Pierre, l'amoureux de Clémentine, avait prêtée pour payer le lover.

f.A ni'M,i- mii:tte

— Si j'osais, niiirmur;i-t-rlli^, j'irais omiu'unter (|iioli|ue chose au vieux. Essayons.

— Tiens, c'est vous, misé Mieltel Oue faites-vous ici? Est-ce que quelque • •iifant vient de naître en ce lieu?

— Non.

— Seriez-vous joueuse?... C'est un vilain défaut.

— .Mais il me semble...

— - Oh ! moi, je ne suis pas joueur. La meilleure preuve, c'est que j'ai ::\'j:ncl 11 y a douze ans que je n'avais pas touché les cartes.

— Pourriez-vous m'avancer...?

— De l'argent? Certes non, misé ; je suis comme la fourmi, je n'aime pas à l)réter. Ensuite, cela fait perdre l'amitié des gens, et je tiens à la vôtre. Devriezvous, pour me récompenser, diminuer mon loyer, que je paie trop cher, que vous ne me décideriez pas...

— Mais...

— Ma résolution est irrévocable.

Miette s'éloigna furieuse.

— Vieux ladre! dit-elle.

M. Jacquinet s'assit sur la banquette.

Le défilé des femmes commença.

Le petit vieux tira gravement son carnet de sa poche.

— Comment t'appelles-tu?

— .V manda.

M. Jacquinet inscrivit le nom.

— Et toi?

— Louise.

— Et toi?

— Jacqueline.

— Et toi?

— Reine. Mais pourquoi prends-tu nos noms ?

— C'est une surprise que je vous prépare. 1! eut un ricanement.

La di'rnièi-e qui s'avança fut Paula.

— Je viens te rappeler ti promesse, monsieur M. Jacquinet regarda la courtisane.

— Tu t'appelles bien Paula?

— En eircl.

La pauvre lille attendait, anxieuse et pâle, la décision de M. Jacquinet.

— Tu mas dit que tu me donnerais assez d'argent pour me faire rcndie mon enfant?

^•6 I \ Mi:i.i 1 mm: I I r

- Comltien dois-ln?

— Trois tvnls francs.

— Trois cents francs, c'i'^l cIkm-!

Pailla lordit les niaiiis.

— Vous avr/. (Ml laiit di- rhance. Soyez ^rnéreiixl

On eût dit que levi-'illard j)renail plaisir à torturer la niallieureuse.

— Aprt's tout. (|iiand même lu ne verrais plus ton rejeton.

— Oli ! ne (liles pa^ celai

— Tais-loi ilonc!

— Cette pensùe me fiMait ludiirir.

-- Quelle tendn-ssel

— C'est le seul sentiment dont je sois lièrc! Voulez-vous 'jue je vous prie

à CiMlOUX?

La voix de la courtisane était tiemblante. Elle avait comme des sanijlols mal étouirL-s.

— Grâce! pitié!

Elle fléchit le genou,

M. Jacquinct sembla ébranlé.

— Décidément, marmotta-t-il, elle vaut mieux que les autres!

Tiens, fit-il, risque ce louis au baccara. Si tu ne gagnes pas la somme qui t'est nécessaire, je juie de le la donner.

— Oh I merci !

Paula alla immédiatement s'asseoir devant la table de jeu où le successeur de M. Jacquinel était loin d'avoir autant de chance que lui. Elle [)laça le louis sur le tapis et gagna.

La chance la favorisa, et, quelques minutes après, elle avait l'argent qu'if lui fallait.

Elle se leva aussitôt.

— Bien, très bien! dit M. Jacquinet.

— Tu as ton alTaire? demanda-t-il à la courtisane lorsqu'elle revint vers lui.

— J'ai ce que je désirais. Partons, si tu veux. M. Jacquinet secoua la tête.

— Va-t'en seule, Paula! Je ne surs pas ce que tu crois.. Paula regarda le vieillard avec étonnement.

— Si, par hasard, on ne te rendait pas ton garçon, même en payant ce que tu dois, je te promets mon appui.

La (ourlisane pâlit.

— Croyez- vous qu'il se pourrait... que la Miette...?

— Eh! ma foi, on n'a jamais pu savoir !..

— Quel doute, quel soupçon 1

Précisément la Miette, à la recherche d'un préteur, coudoya Paula. La pauvre fille saisit la mère de Clémentine par le bras,

— Te voilà, toi: j'ai ton argent, j'ai tes trois cents francs ! Je veux mon tils à l'instant même ; va le chercher 1

l.a Miette surprise regardait la courtisane avec effarement. Celle-ci continua :

— Mon Armand, mon Armand! Où est-il? Je change d'idée, je ne veux pas que tu sortes seule d'ici ; je t'accompagne.

Paula avait prononcé ces paroles à haute voix.. Les joueurs, malgré la fièvre qui les agitait, avaient quitté un instant le tapis vert pour voir ce qui se passait. Un groupe nombreux s'était formé autour des deux femmes.

Miette avait recouvré à peu près son sang-froid. Paula était, au contraire, exaspérée.

L'idée qu'elle ne pourrait plus revoir son fils la rendait folle. De tous côtés, on s'interrogeait.

— Qu'est-ce que c'est? Que se passe-t-il? L^ tumulte était à son comble.

Soudain, un grand bruit se fit entendre à la porte. Un cri retentit :

— La rousse I la rousse ! Voici la rousse! Joueurs et joueuses se précipitèrent sur les enjeux.

Au même instant, un commissaire de police suivi d'agents apparut en éc harpe.

— Au nom de la loi, que personne ne bouge ici !

La recommandation était au moins inutile, car tous les assistants étaient maintenant comme pétrifiés.

— Vous allez tous me donner vos noms et professions.

La première personne à qui le commissaire s'adressa était le vieillard que nous avons vu jouer avec tant de bonheur.

— Comment vous appelez-vous?

— Jacquinet.

— Votre étal?

— Rentier.

— Votre domicile?

— Chemin de Saint- l*ierre. Voici du reste ma caite, où vous verrez tout cela.

Le commissaire jeta un rapide coup d'œil sur la carte où M. Jacquinet avait écrit quelques mots au crayon.

Il ne put retenir un salut respectueux.

LA [îKM.i: Ml KiTh

— Triple Imlor ! pensa le vieux.

— • C'est liien, vous pouvr/, vous itMirci-. Tcikv. vous oi^juMidaiil ù la ilisjiosilion (le la jusliee si votre trinoi^Miaî^i' esl nércssairc. Le rommis^ain^ prorcila à d'aiilres inleriDi^atoires.

I a iiluparl ilt'>; jiniciii-s liiriMil mis en lilicrU'. Ohôi-^sant à des ordi'es scciels. ratztMil pania les leumies et avec, ciliés la Miellé el Panla.

I/inreiilii). ("adiM. le inailiv du Iripol, el ses employés fuienl (\i;aleiii('.;il nrr.Més.

A riiii| lii'iircs du malin, Ic^ pri^oiuiitTs (piillrienl, sous lioiiiit'- csroiic, l,i maison de jeu.

I/aulie conimenrail à clia<ser les omlires de la nuit.

II y avait déjà des passants dans les rues qui s'arrélaieiit avec élonuenienl pour regarder passer ce corlègc de joueurs cl de lille-, oourùsans cl courlisaiies du vice.

Le irajet du port à la rue de la Prison n'esl pas fort long.

L'escorlc s'arrêta bicntùt devant le violon, dont les portes s'ouvriieiit immédiatement pour recevoir la misérahle fournée.

Les femmes furent enfermées avec les filles prises pendant la.nuil, les •hommes avec les voleurs et les ivrognes.

M. COMTÉ A l'œuvre

11 était neuf heures du malin.

M. Comté, le chef de la police de sùrclé, se trouvait dans son cabinet

Il paraissait fort joyeux.

— Allons, disait-il en se frottant les mains, c'est bien manœuvré jusqu'ici. Je vais pouvoir interroger à mon aise la Miette. Lanrcnlin et Cadet. J'ai dans l'idée que la lumière ne peut que sortir de leurs répoascs. C'est égal, M. Jacquinet m'a bien aidé encore!

M. Comté fit un tour dans rapparlemcnt. Il s'arrêta devant une chaise où se trouvaient déposés une culotte courte, un habit i-âpé, une perruque régen':e •et une canne d'or.

— Il ne faut pas que l'on voie ceci!

11 prit ces objets et alla les enfermer dans une armoire dont il prit la clef. En ce moment, l'agent Pomponne entrait.

— Qu'y a-t-il? demanda M. Comté.

— M. l'inspecteur à qui vous avez fait dire de venir.

LA Bi:i,LK MlETTt: 319

— Faites entrer.

L'inspecteur ne tarda pas à apparaître.

C'était lin liomme de haute taille et d'assez bonne mine.

On le nommait .M. Lauroux.

Le chef de la police de sûreté alla vers lui et lui serra amicalement la main.

— Pardon, si je vous ai dérangé, mais c'est pour affaire de service... Est-ce que vous avez visité ce matin le violon?

— Oui, et j'y ai trouvé pas mal de gibier frais.

M. Comté prit sur la table le carnet dont s'était servi la veille M. Jac(piinet et déchira un feuillet.

— Voici les noms des joueuses que vous devrez garder.

— Je n'y vois pas une fille nommée Paula et qui cependant est détenue...

— Celle-là est moins pervertie que les autres. Laisscz-la au violon jusqu'à, nouvel ordre. Il est même probable que je l'interrogerai.

— C'est bien. N'avez- vous rien autre à me dire?

— Rien...

M. Lanroux allait se retirer. Il revint soudain sur ses pas. — - A propos, il y a encore une femme qui a été jadis..

— Et qui depuis s'est mariée?

— C'est cela.

— Vous voulez parler de la Miette!

■ — Que faut-il en faire?

— Gardez-vous de la relâcher...

— Vous savez qu'elle a U!ie très mauvaise réputation dans le quartier dc' Saint-Pierre I

— Je sais aussi que sa fille est mariée et qu'elle-même exerce la profession^ de sage-femme.

— Parlait, je vais exécuter vos ordres. Au revoir, monsieur Comté!

— Bonjour, monsieur Lanroux.

Quand l'inspecteur fut parti, M. Comté appela Pomponne.

— Allez au violon et amenez-moi le sieur Laurentln...

— J'obéis.

Le chef de la sûreté, quand il fut seul, murmira:

— Le moment est venu de commencer le feu. Laurentin ne tarda pas à apparaîli-e.

Nous n'avons fait que l'entrevoir dans le tripot.

C'était, nous l'avons dit, un homme à peine dans la maturité dc l'Age. Qi;t.'lques cheveux blancs seulement argentaient sa clievel ire noire.

Evid.'uimi'nt il était loin de se sentir à son aise devant le chef de la police '1" '•ûreté.

:i." LA liVAA.E MliiTit:

Celui-ci l'cxamiiKiil truii »i>il scriilalciir. M. CiOmttS comme:it;;i sitn inlcnoqaloiro. - <'ummeiil vous iioininez-voii>^ .' (îcoriies I.amvnlin.

— Vous avoz vie aiTiMi' (l;iii< uu Iriput, au mnini'nt où vous vouiez (h; perdro uuc souinie ronsiilcrablc?

— Ccl ari,'tMit lu'apparlcnait.

— Ne vous pressez pas de dire ci'la. Vous Ctcs fort lié avec uu l\onime qui a 1res mauvaise ivputalion, uu chevalier dinduslrie nommé Cadet.

— Vous vous trouipoz. sans doute! Cadet n'est pas... ce que vous croyez...

— Je ne fais pas erreur. Cadet est aussi appela M. do SaiiU-KmiUioii. Inulilede dire que ce nnni (v<t faux.

— Je l'ignorais.

— ' Je veux bien le croire. 11 y a trois mois, à cause de votre inconduite, Vous étiez plongé dans la misère la plus profonde.

— J'étais sans place...

— Vo;is aviez été chassé de la place O.e teneur de livres (jue vous occupiez chez un négociant à. cause de votre inexactitude.

— On avait prévenu mon patron contre moi.

— Votre femme et vos enfants mouraient de faim. Au lieu de chercher une autre position, vous couriez les eslamincts, les maisons de jeu. C'est là que vous avez dû rencontrer Cadet.

— Il y a moins de temps que je le connais.

— Peu importe !

— Pourquoi?

— Vous le connaissiez toujours à la mort d'un frère qui avait dix ans do plus que vous et avec qui vous étiez brouillé.

— Mon frère avait un très mauvais caractère. Mais je ne comprends pas, monsieur, pourquoi...

— A quoi servirait-il que vous comprissiez? Tout ce que je vous demande, c'est de répondre...

Laurentin baissa la tète.

— Votre frère possédait quelque fortune. 11 avait deux maisons, Tune dans les anciens quartiers, l'autre à Saint-Giniez. C'était cette dernière qu'il habitait avec sa famille. Est-ce que mes renseignements ne sout pas exacts?

— Je dois reconnaître...

— Je continue. Quand votre frère est mort, «1 a lais>é une veuve et un enfant de six mois.

— Tout cela est vrai.

M. Comté eut un si?ne de satisfaction.

LA ni:i.I.K MIKTTI-

Il r l'jiiiba sur sa chaise. (P. 323.) Liv. 41. — iiiKODone nE.\ny. — l.\ bixi.e uierru. — 6u. j. BuLTi gi c'». Liv. U.

LA lîKLLK Ml El II': 3:î3

— Parbleu!

— Où voulez-vous en venir?

— Attendez donc! Nalurellcnu'nt, c'est cet enfant de six iuom. volrc 1. éveil, q-ii a hi^ri'.é des biens.

— Rien de plus jiisto.

— l.a mort de votre frère vous rapprocha de sa veuve ai:cal)'é.' iiir la . iii'eur. Elle fut tutrice lôgale de son lils et vous le subroge-tuteur. Vons et votre famille soignâtes !a pauvi-e femme malade et comme folle, vo:is 1 1 soi.'nAtes jusqu'au jour...

Le chef de la police de sûreté regardait fixomenl I.aurenliii. 11 iepril :

— Jusqu'au jour où. ne pouvant plus supporter son chagrin, elle se noya dans une citerne située au bout de la propriété.

L'ami de Cadet essaya de se lever, mais ses jambes se dérobèi-ent sr.is lui. 1 icîomba sur sa chaise.

— Le corps, continua M. Comté, ne fut retrouvé, je crois, que quinze jours après le suicide. Il était absolument méconnaissable, si bien qii'onne p;it que supposer que c'était celui de votre helle-sceiir ; d'ailleurs, vous afiirmàl-s que c'était lui.

— Je reconnus la femme de mon frère à un signe particulier qu'elle avait au eu.

— Ci'tte malheureuse créature avait, elle aus>i, quelque forlaiie. Voiis iviez que la tutelle de son enfant vous reviendrait, quoiqu'elle eût des parents

et quoiq-e vous-méiue eussiez un autre frère, à la vérité plus jeune que voa^. Tous ces gens qui n'habitent pas 3Iarseille ignoraient vos désordres et avaient été touchés de vos soins ; vou^ fûtes choisi par eux à l'unanimité. L'enfant fut mis en nourrice et vous prîtes en main l'administration de ce que lui avaient laissé ion père et sa mère. Il y a de cela peu de temps, et cependmt qu'ave/.vous fait de cette fortune? Vous savez que le nouveau subrogé-tuteur est un homme négligent qui ne vous demandera jamais décomptes.

Laurentin semblait écrasé.

Il trouva cependant la force de parler.

— E4-ce pour cela que j'ai été arrrtr?

— Non, mais il m'est permis de vous questionner là-des:us. L'ami de Cadet sembla reprendre (piclque assurance.

— Ce (pio j'ai fait de cette fortiuie?

— Oui.

— Je l'ai admiiiislrée lidèloment et Ioya!em:'nt.

— Vm éles-vous sûr?

— Cerlainemcnt.

324 l.A in 1.1, K MIKlli;

— Nous examinerons cela, l'iic aiilro (jucslion?

— I^aiiucllc?

— Commonl se porte le petit ôtre qui vous a été conlii'?

— J'ai une lettre de sa nourrice <iui me dit qu'il est en boniio sanlé. Il a huit ini)i<.

— Just'N murmura M. Comt(\ l'Age de l'enfant de Pau'a. Le chef de la police de sûreti} continua à haute voix :

— C'est étrange! Voici une autre lettre (juc j'ai reçu; hiei" ipii me dil qu'il a failli mourir. Il est vrai qu'elle n'est pas de la nourriri', mais du maire de la commune qu'habite celte femme.

I^urentin semblait avoir perdu la tête :

— Alors, je mens?

— Ce n'est pas ce que je dis! Je constate, voiià toul. Il o<i possible, du reste, qu'on vous ait laissé ignorer sa maladie... pour ne pas émouvoir votre cœur d'on le.

— .\vez-vous encore d'autres cjucstions à m'adiesser?

— Une seule.

— N'avoz-vous pas connu un maçon qui a été a^^sassiné en sortant de chez moi?

— Vous dites?

Ce fut d'une voix altérée que Laurentin prononça ces deux mots.

— Je vous demande si vous n'avez eu aucun rapport avec un infortune qui a été lâchement tué?...

— Je vous répète, je ne comprends pas.

Le misérable joueur avait les yeux hagards. 11 resta un instant comme pétrifié.

— Croyez-vous donc que je sois un meurtrier? dit-il enfin avec effort.

— Je ne crois rien, je ne pense rien. J'interroge, voilà tout! Il résulte donc de vos avcu.x et de mes renseignements que vous aviez un frère qui est mort de maladie, une belle-sœur qui a disparu et dont on a cru retrouver le cadavre quinze jours après dans une citerne. Vous avez ensuite intérêt à ce que votre neveu vive, pour conserver, jusqu'à ce qu'il soit majeur, la tutelle de sa fortune; or, cet enfant était, il y a peu de temps, très malade. Malgré vos protestations d'honnêteté, j'ai dans l'idée que, s'il mo uiait, vous seriez embarrassé.

— Vous avez tort de penser cela !

— Nous verrons.

M. Comté sonna.

— Pomponne, reconduisez cet homme en prison.

Une fois seul, le chef de la police de sûreté se mit ;: prendre quelques notes.

LA BELLi: MIETTC 323

— Maintenant, au sieur Cadet dit de Sainl-Ernillion, lit-il à haute voix. Un instant après, Cadet élait devant le rasé limier.

— Voilà bien un véritable coquin, se dit iM. Comté. L'autre n'est qu'un onfant à côté de ce vieillard du crime qui n"a que trente ans. Nous allons voir comment il se tirera du piéçjo que je vais lui t.^ndrc...

Le vieillard prit la parole à haute voix.

— - Vous vous nommez Jules Cadet.

— Oui, monsieur.

— Vous êtes voyageur de commerce?

— iùî elTet.

- Savez-vous pourquoi vous avez été arrêté?

— Je suis encore à me le demander, monsieur, et je proteste contre la façon dont j'ai été traité. Est-ce parce que je me trouvais dans une maison de jeu que l'on avait le droit de me faire passer la nuit avec des voleurs et des vagabonds?

— On vous a airété à cinq heures du matin ; vous n'avez donc pas passé !:i nuit!

— Enfin, me direz-vous les motifs de celte détention arbitraire?

— Je vais avant tout vous communiquer votre casier judiciaire.

Vous avez subi, à Marseille, trois condamnations pour escroquerie, une Itour vol qualifié. Vous êtes parti ensuite pour Paris. Après y avoir fait un an d'emprisonnement pour vol chez un bijoutier, vous avez été en cour d'assises sous l'accusation d'avoir assassiné une pauvre fille qui avait été votre maîlresse et qui vous po'.wsuivail parce que vous l'aviez délaissée.

— J'ai été acquitté.

— Tau te de preuves.

— (iue vous importe?

--.- Vous êtes passé ensuite ù l'étranger. Qu'y avez-vous fait? Je l'ignore. Vous auriez pu rester en Suisse et en Italie, vous avez préféré rentrer en France pour y commettre de nouveaux crimes?

— De nouveaux crimes?

— Oui, il résulte des déclarations du sieur Laurentin que vous avez assassiné deux personnes.

— Moi!

Cadet, qui s'attendait peu à celte accusation, avait perdu tout son sangfroid.

Comté le guettait un peu comme un chat guette la souris prisniiniére avec laquelle il joue avant de lui donner la mort.

— .\h: lia dit cela! fit Cadet.

— C-old vous élonnc?

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