‹ La belle MietteChapitre 40 sur 200 · LA lîKM.K Mil; m · texte numérisé non relu

LA lîKM.K Mil; m

— Jo Mil' lonnolloiiiLVil ; f'i'-;! hi i|!ii...

— G-e>l lui...?

— Wwnl

M. Coiiili'. (]ui avait l.'iiiii aviiL'iiu'iil l'oiaMllc. ciil un i,'csti' (1(> iir-sappointeni^nl.

Cadet avait comiin.^. (/.Mail uu i'us(' L;roiiiii. lise mil à rii'o.

— Que j'i'îais sol de croire à vos jiaroles! LaureiUin e^l incipaltle de dire ce qui n'esl pas. C'est un liouiu'lc luiiniiie qui i;4iu)re même mon pissé. H a de la rorlutit\..

— 11 e>l llalU' d être Tami de M. de Saiiit-lviiiHiMii.

— SaiiU-Lmillion ! Connais pas!

— Chen lie/, lueu dans vos souveiùrs.

— Je clierche en vain.

— C'esl le nom, le surnom ou le faux nom, comme vous voudce/,, d'un indivi(iu qui vous ressemble. Un hlnml, comme vuih, (jui (;sL voyageur de commerce, comme vous, qui a d'aussi tristes antécédents que voin, que l'on a airèlé celle nuil r.vcc vous.

— Je comprends encor.^ moin<!

— Je làclierai de devenir plus intelii,Ml)le.

— Enallendant, je vous somme de me mettre enliberlé.

— Vous oubliez les deux accusations d'assassinat.

— Encore? Je croyais que c'éiait une mauvaise plaisanterie que vous vous étiez permise à mon égard.

— r Je ne plaisante jamais !

— Vous avez tort.

— Et la preuve, c'est que je vais vous faire miUtre a la disposition de M. le prccureur du roi.

— T,;nl mieux, car :e me trouverai au moins devant quelqu'un avec q;:i je. pourrai m'expliquer.

A ce moment Pomponne se montra.

— Voici une lettre pour vo :s.

— C'est bon. Enfermez cet individu dans une cellule.

M. Comté lut altenlivement la lettre qui était du commissa're de police de Saint-Giniez et lui donnait des détails sur l'existence que menait la famille t!e Lauienlin.

« Ces irens-là, disait le rap;!ort, habitent une maison de campagne fort tranquille qui, à ce que Ion raconte dans le quartier, appailienl au li s de la malheureuse femme dont je vous ai, il y a plusieurs SL-maines, signalé d'abord la disparition, puis la découverte du corps.

« Celte famille se compose du père, de la n.ère et de cinq enants. A

LA BliLLE MIETTlî 327

part le père, dont la (Miidnile (^-l tivs invLriiliôcc et qui pa^se Imit jours sans rentrer clie/, lui, je n";ii rien à vou^ signaler de particulier.

" La n)is>re pai-ail rég.ier dan> ie mén igt' à cause même des désordres de celui qui c:i e<t !e cliel'.

0 La dernière fois que ce dernier est venu, il était accompagné d'un sieur Cadet que j' à connu, alors que j'étais secrétaire du commissariat central de police, et qui a subi plusieurs condamnations pour escroquerie. »

3L Comté plia soigneusement la lettre.

— Ceci ne m'apprend rien que je ne savais déjà. Donnons l'ordre d'intioduire la Miette.

Ce fut encore Pomponne qui vint conduire la mère de Cément ine. Nos lecteurs doivent remarquer que c'est la seconde fois 'que la Miette paraît devant le chef de la police de sûreté.

Mais quelle différence d'âge et de position! M. Comté fut très poli avec elle.

— Asseyez-vous.

La sage-femme obéit.

— Vous avez été arrêtée dans un tripot avec des hommes et des femmes de mauvaise vie. Je ne puis croire que ce soit votre état qui vous ail forcée d'aller dans un tel endroit. Vous avez donc la passion du jeu?

— Non, monsieur.

— Eli bien, alors?

La Miette baissait l?s yeux devant le regard pe.-çant du chef de la police d' sûreté.

— Vous ne répondez pas?

■ — Je n'ai pas la passion du jeu.

— On m'a raconté une vieille histoire.

— Ah :

— Un amant qui s'est tué.

— Ce n'est pas moi qui...

— 11 a jir f éré la mort- au déshonneur, vous avez préféré le déshonneur a la mort!... Vous avez été condamnée à six mois de prison pour complicité d'escroquerie.

— Qu'est-ce (|ue cela vous fait? Jai subi ma peine. • Oui, mais cela sert à établir vos antécédents.

- Je ne m'explique guère toutes ces questions. De quoi m'accusez-vous?

— Ne connaissez-vo:is pas deux individus, l'un nommé Laurcnlin, l'autre nommé Cadet?

Mii;tte pâlit, mais son émotion dira peu.

— Ces noms me sont inconnus.

3*Jît LA IJKF.I.i: Mii;irK

On vous a vi:e ropoiulaiit r;inst>r :\\oc l'un d'eux, dans le Iripot.

— C.i'liii (|ui vous a dit cola vous a mrnii.

M. Cornlê so lova cl rogarda li\omonl la saL,'o-fenimo. Celle-ci livssaillit ; il lui souildait (ju'ollo avait vu, autre paît (\no dans ce cabinet, cet œil scrutaloiir.

— Vous m./, luiinollomont avoir parli^ à Cadet?

Miette hésita; cependant elle répondit d'une voix assez assurée :

— - Je le nie.

— - Je dois avouer (pie je ne crois pas a vos protestations.

— Vous avez tort.

- Cadet, m'a-t-on raconté, venait souvent diez vous.

— On vous a trompé encore une fois.

— L'nc enquête pounait peut-être rtablir au besoin le contraire.

— Une enquête?

— On m'a. assuré qu"il est entré dans la maison du clieiniii de. Saint-Pierre le jour même de l'assassinat du maçon. Tiens, vous avez pâli!

— Moi!

— Vous !

La Miette était livide.

— C^t-ce que vous connaîtriez cette trislc histoire?

— Quelle histoire?

— Celle d'un malheureux qui a été assassiné après m'avoir raconté un diamc lugubre dont je sais quels sont les auteurs.

— En vérité !

— Et vous aussi, n'est-ce pas?

— Moi, je ne sais pas de quoi vous voulez parler.

— Comment, vous ne vous souvenez de rien? - Rien...

— Vous avez mauvaise mémoire.

— Je n'ai jamais entendu parler...

— Toute la ville a su cependant qu'un pauvre maçon est mort frappé d'une baie au moment où il venait de me faire d'importantes révélations.

— Je ne m'occupe que de mes affaires.

M. Comté eut un sourire ironique.

— Vous avez là une qualilé rare. Une dernière question.

— Laquelle?

— N'est-ce pas vous qui avez servi d'accoucheuse, il y a huit mois, à une dame qui habitait une maison de camDagnc de Saint-Giniez?

— Il est vrai.

J'ai pris une assiette que je lui ai j-t -j au \i i- .

— N'est-ce pas vous qui fûtes appelée, lorsque soa mari tomba malade, pour donner vos soins et servir de garde?

— C'est moi.

— Ne restâtes-vous pas apros la moit du mari?

— Et puis?

— Vous étiez encore dans la maison quand la malhcui'ease femme, devenue folle de douleur, disparut.

LIV. 12. — TKÉOI^OItE nr.MIY. — LA ULUl t MIETTE. - ÉO . J. ROLFF ET C'» . LIV. 42

330 i,.\ i;i:i,i.i' MiKiri:

Mii-tlo uusiiil de vains cHoits pour .uanlor sa pr(Vseiico d'osprit.

— J'y ôlais en elTol.

— - Vous voyez bien que vous connaissez les noms de Laurcnlin et de Cadel. l^uivntin (Mail le heau-fiviv di' rinforliinr'e qui s'est luùe. Laurenlin, ainsi s'appelait t^palenient le mari de celli' pauvre victime.

La sace-femme se mil la main (ievanl la ll,miiv. VMc avait perdu tout son sanjî-froid.

M. Comté souriait en joiiani avec des liineUes qui ressemblaient à celles de M. Jacquinel.

Il continua :

— Cadel. de])uis la mort de Tt^poux. alors que I.aiirentin était auprès de la veuve, habitait, lui aussi, Saint-Giniez t'I se rendait journellemenl...

— Il est possible que je l'aie vu sans savoir son nom.

— Oui, mais celui de laurenlin, celui de Laurentin!

— Excusez, une distraction...

— Mauvaise raiso.:.

— Mais enlin que me voulez-vous?

— Rien. Et la preuve, ce<l (pie j'ordonne votre mise en libcrtô. I^a Miette semblait stupéfaite.

— Cela vous éton:ie'.^

— Non... nullement. Je suis innocente...

— Personne n'a dit que vous étiez coupable !... Je vous ai adressé seulement quelques questions.

— C'est juste.

\£ chef de la police de sûreté se leva.

— Pomponne. Pomponne I L'agent se montra.

— Accompagnez cette femme jusqu'à la rue et dites de la laisser passer. Elle est libre.

Le visage de la mère de Clémentine s'était rasséréné. Elle semblait impatiente de respirer le grand air.

— Bonjour, monsieur le commissaire !

11 y avait dans sa voix des accents joyeux.

— Toi, murmura M. Comté, tu me seras plus utile en liberté qu'en prison I...

— Pomponne, vou> reviendrez dans un moment, ajoula-t-il à haute voix. L'agent s'inclina.

Quand il revint, le chef de la police de sûreté n'y était plus. A sa place se trouvait ce vieillard qui logeait chez la Miette et que nous avons vu gagner au jeu avec tant de persistance.

Pomponne ne parut pas surpris et reçut avec autant de déférence les ordres de M. Ja:quinet que s'il les eût reçus de M. Comté lui-même.

— Allez chercher une liile nommée Pau'a qui est au violon.

— Oui, c'est la seule qui y soit encore, M. Lanroux a emmené les autres.

— Parfait!

Paula ne fut pas peu étonnée de retrouver dms le cabinet du chef de la iiulice de sûreté le vieillard du tripot,

La pauvre créature était en proie au chagrin le plus violent. Ses cheveux blonds tombaient dénoués sur ses épaules, ses yeux bleus semblaient noyés par les larmes.

Malgré tout, la vierge folle était belle, belle dans sa douleur, belle dan-; son désespoir!

— Monsieur,'sivous saviez ce qui airive?... On m'a enfermée avecla Miette Autrefois elle disait qu'elle ne voulait pas rendre mon enfani, maintenant elle prétend qu'elle ne sait pas ce que je veux dire.

— On a rendu la liberté à cette infâme, faites-moi la rendre à moi aussi, que je puisse la confondre, que je puisse revoir mon petit enfant !

— Paula, vos vœux, seront exaucés.

— Oh ! quel bonheur!

— Vous allez sortir d"ici.

— Soyez béni!

— Mais il est nécessaire que vous me promettiez une chose.

— Parlez vite.

— Vous n'iioz chez la Miette que demain.

— Demain!

— II est indispensable, je le répète, que vous me promettiez cela, que vous me le juriez. •

— Pourquoi ce serment?

— Il le faut!

Paula eut un sanglot,

— Ce retard me torture,

— Préférez-vous que l'on vous garde ici!

— Plutôt la mort!

— Êtes- vous décidée?

La malheureuse fille eut im profond soupir.

• — Je le dois, puisque je ne peu\ faire dilïéremmcnl,

— Enfin, vous promettez?...

■ — Je promets.

M. Jacquinct prit la main de la courtisane.

332 i.A l'.r.i.i.i: .M!i:rri:

— Piiula, vous 110 vous lopentircz pas de m'avoir arrordr ro. jour de retard. Si la Miolto continue ;i nitM- (jup vous lui ayoz coiifu'' votre cufaiit, je vous aiderai ù la confondre.

— Merci, merci I Quel iulércH avez-vous donc...?

— Ne vous occupez pas de cela! Uriirez-vous et soyez pleine de cDuliance. Vous connaissez sans diiule de nom M. ('.o[nlé, le chef do la police do siireU''.

— J'en ai entendu parler,

— l'h liien, sa protection vous est ac(iuise comme la mienne. Vous n'aurez qu'à venir le demander ici; on vous dira à quelle heure vous le trouverez.

— Merci encore une fois!

— El maintenant. Paula, rentrez chez vous et ayez conlianre daiss l'avenir.

— Saurai-je pourquoi Je ne puis réclamer mon enfant aujourd'hui?

— Non, et pas une question déplus.

Quand la pauvre mère fut sortie, M. Jaciiuinct se frotta les mains.

— Tout marche selon mes vœux. Paula se demande comment il se fait que je l'empêche d'aller aujourd'hui chez la Miette? Eh! parhleu, parce que j'ai d'autres occupations cette après-midi et que je ne veux rien perdre de cette importante alTaire !

PAUVRE MAni!

La Miette rentra chez elle à midi. Sa fille n'avait été ni inquiète, ni étonnée de son absence, étant habituée à ses désordres.

D'ailleurs, la profession de sage-femme, que, malgré sa triste réputation. Miette excrçiit encore, soit avec des femmes de mauvaise vie, soit avec des étrangers, l'obligeait quelquefois à passer la nuit hors de la maison.

Clémentine parut cependant bien aise du retour de sa mère.

— J'avais peur que tu ne rentrasses pas...

— Tu as besoin de moi?

— J'ai un conseil à te demander.

— Ah! que t'arrive-t-il?

— Tu ne devinerais jamais?

— Eh bien?

— Il s'est mis en colère !

— Qui?...

— Lui...

— Lui?...

— Barbe.

— Ton mari ?

— Mon mari.

— Pas possible!

— C'est cependant la vérité.

— Tu as dû lui faire quelque cbose de bien rort i

— Non. Ça lui a pris comme ça.

— 11 faut soigner le pauvre cher homme, Clémentine, pour que cela no lui arrive plus.

— Sois tranquille. Vois-iu cette vaisselle cassée, ces chaises brisées?

— C'est lui qui a fait tout ce dégât?

— C'est moi I

— Comment, toi?

— Cela signifie que j'ai fait plus de tapage que lui et qu'il a fini par se taire.

— Mais me diras-tu quel motif... ?

— C'est bien simple. Tu sais qu'il a pris en grippe M. Jean, le teinturier, depuis la lettre...

— Il n'a pas absolument tort. Un homme qui est ton... Clémentine eut un éclat de rire.

— Et puis?... C'est toujours ridicule à un mari... La Miette rit à son tour.

— Le bonhomme avait tort de se plaindre.

— Je continue. Ce matin Barbe est parti à son heure habituelle, c'est-à-dire au point du jour. Il avait toussé toute la nuit. Je lui ai oiïert de lui faire de la tisane. 11 a paru surpris de mon attention, mais il a refus '■...

— J'aurais été plus étonnée que lui ..

— 11 est donc sorti pour aller à sa besogne... Voilà-t-il pas qu'il lui a pris la fantaisie de rentrer deux heures après!

— Ah!

— 11 m'a trouvée en tète à lôte avec M. Jean.

— En tête à tête?

— Oui, nous étions en train de prendre du café.

— Du café ! Où ça?

— Ici, sur cette table.

— Je croyais...

— Non, certes...

— Barbe n'avait alors rien à dire.

— 11 n'a pas soufflé mot, d'abord. Il s'est assis, mais il avait la mine sombre, l'air furieux... Je ne l'avais jamais vu ainsi. M.Jean s'en est aperçu et

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na pas tanlù à (lùgiiiM-pir. li.iili.; i»';i pas iiu''iii(* r(''p()n(lii à sos saliitalioiis.

— Tiens, tiens.

— Quand ni)iis aviwis élê seuls, il a tî.inlt'' un iiislanl le sil('ii<'(\ puis il a conHuenoè d'ajuiril assez iloïK-enienl: « (Uémenline, a-l-il dit, lu iiio feras le pi lisir di' ne plus recevoir ici riioinme ijui vienl de sorlir.

I*onr(pioi? ai-je demande''.

— - l'arce que cela me plail. »

— Il a parlé ainsi?

— Je n'en pouvais croire mes oreilles.

— El si cela me déplaisait?

i, — En ce cas, vous plieriez devant nia volonté. Ne sui^-je pas le m dire et n'ai-je pas le droit d*ordon:ior que cet individu que je liais ne meilc plus les pieds ici? »

— De plus en plus forti

— Ecoute ce que je lui ai dit : « Vous le haïssez, j'en suis fâchée, moi je ne le liais pas. >• Barbe m'a saisi le bras. Les yeux lui sortaient de la télé.

„ — Misérable créature, c'est donc vrai ce que Ton prétend dans le quartier, qu'il est votre amant! »

— J3on!

— Qu"aurais-iu fais à ma place?

— Je lui aurais arraché les yeux.

— Moi, j'ai feint de me trouver mal... Si lu avais vu son embarras, son chagrin, son désespoir 1 11 ne savait commcnl me porter secours... Tu comprends, je ne me suis pas dépêchée de recouvrer mes sens, mais, quand j'ai cessé d'élre évanouie, il n'a rien perdu paur attendre. J'ai pris une assiette que je lui ai jetée au visage, et je me suis empressée de mettre l'appartement dans le beau désordre où tu le vois.

— Qu'a-t-il dit alors?

— Il a pris la fuite.

— C'est ce qu'il avait de mieux à faire, le gredin !

— C'est égal. Avoue que, si Barbe devient jaloux, la position ne sera plus louable. Dans quel guêpier m'as-tu fourrée I

— Nous nous sommes trompées.

— Dire qu'il n'y a aucun moyen de réparer notre erreur !

— Aucin?

— Je n'en vois pas.

La Miette regarda fixement sa fille.

— Le bonhomme est vieux...

— Tu veux dire que, s'il moui'ait, je recouvrerais ma liberté. Oui, mais il

LA lîKI.I.K MIKTTI-: 33;^

nia vio dure. Il en a peut-être encore pour vingt, trente ans trente ans, que scrai-je devenue?... Une vieille femme! La Miette saisit Clémentine par le bras.

— N'y ai!rait-il pas moyen de ne pas attendre ause^i loiiglem[)-;?

— Que veux-ti: dire? Je trem'.ile de te oompi-endre.

— Décidément, Clémentine, lu es une sotte I

— Et toi, ma mère, qu'es-tu?

— Allons, allons, voilà que tu te fâches, moi qui ne pense qu'à ton bicnl

— Ce que tu nie proposes est trop...

— Je n'ai rien dit...

— Entre femmes comme nous, on se comprend à demi-mot.

— Changeons de conversation, si tu veux.

— Oui, parlons d'autre chose...

La femme Barbe fit quelques elîorts pour ne pas songera ce que lui avait dit sa mère, mais ses elTorts furent superllus. Elle était distraite, préoccupée.

La Miette se mit à rire ironiquc:i:ent.

— Qu'est-ce que tu as? demanda Clémentine.

— Tu fais la bégueule, mais tu réfléchis à ce que je t'ai dit.

— J'y pense malgré moi.

— C'est égal, ce serait une fameuse chance si...

— Il est vrai...

— Tu pourrais te remarier...

— Ce n'est pas ce qui me tente le plus.

— Cette foi?, tu choisirais un homme riche et jeune au lieu de ce vieux qui te fait horreur.

— M.Jean, le teinturier...

— Oui, M. Jean...

— Crois-tu qu'il voudrait m "épouser?

— II t'aime passionnément...

— C'est un beau garçon...

— Il a des écus.

— Tandis que Barbe que tu croyais riche...

— 11 n'a rien pour lui !

— Ma mère, ma mère, quel mariage!

— Tu le répèlerais mille fois, cela ne changerait pas les choses, à moins que...

— Tais-toi, tu me fais horreur !

Miette croisa les bras.

33Û LA KKl.Li: MIIMIK

— Expliquons-nous francliemcnt. De quoi ;is-Ui peur? Je te connais, ce n'est pas do comiucUrc un rriuje, c'est d'ùlre...

— Maman !

— Ne l'olTraie pas, je ne crie pas. Personne ne nous entend. Tu ne serais jias ma lilic si tu avais des scrupules inutiles...

— 11 me semlilo rêver.

— Tu es bien éveillée cl il s'agit d'ouvrir les oreilles pour entendre ce que je vais te dire. Il y a mille manière^ de se débarrasser d'un époux gênant...

— Kt la justice?

— Eu prenant des précautions...

— Sais-tu qu'il y va de l'écbafaud?

— Bah ! Dis-moi, as-tu vu beaucoup de femmes guillotinées à Marseille pour avoir tué leur mari?

— Jamais!

— C'est que le jury leur trouve toujours des atténuantes.

— II les envoie au bagne ; je préfère encore mon mari! Laisse-moi!...

— Soit!

Miette et sa fille auraient peut-être repris leur conversation, sans l'arrivéj de Barbe.

Celui-ci était confus de sa scène du matin. 11 avait réfléchi et il s'était dit qu'il avait eu tort de brutaliser la jeune femme.

— Ma jalousie est absurde. Clémenlinc peut avoir un mauvais caractère, ne pas ni'aimer, sans avoir Tintenlion de me tromper. 11 est vrai que sa mère...

En arrivant à la porte de sa maison, il tremblait.

— Il va me falloir aiïronter leur colère et leurs regards irrités. Mon Dieu, que je suis malheureux !

11 monta. Ce fut sa femme qui ouvrit.

Son étonnement fut extrême. Elle était douce, avenante.

— Le dîner n'est pas encore prêt, mais tu n'auras pas longtemps à attendre, mon ami.

— Qu'est-ce que ça fait, quand même il ne serait servi que dans une heure!.. J'ai un peu de temps à moi.

Mon ami ! c'était la première fois que Clémentine l'appelait ainsi depuis leur mariage.

Barbe se demanda quelle pouvait être la cause de ce changement soudain.

Un moment, il crut qu'elle avait appris l'existence du trésor. Il ne tarda pas à se dire que c'était impossible.

— Est-ce qu'elle aurait des remords? Voudrait-elle me faire repentir d'avoir eu ce matin, pour elle, des paroles injurieuses?

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