LIV
LA ui:lli; mut \v
— IV pardonner?... Quoi?
— Mes soupçons outrageants, nui jalousie.
— Tout cela nie projivc que lu m'aimiîs. Tu ne m'en veux pa^ alors?
Tu le vois bien.
— C'est vrai, c'est vrai, jamais lu n'as élé.,. Je veux dire... .\près le rei)as. Barbe se relira, la joie dans le cœur.
— Est-ce qu'elle se repentirait de sa conduite, est-ce qu'elb^ airail piis la résolution de nie faire oublier ses mauvais proc6d(''s? Aurait-elle cherchai en <Mle cl aurait-. Ile trouvé quelque alTeclion? A colle idée, je sens un lro.ible étrange s'emparer de tout mon élre. S'il élait vrai pourtant que je ne lui suis plus odieux, je pourrais lui dire que je suis riche, jouir d'une furlune dont je ne veux pas sans elle... A quoi attribuer ce changemenl subit?
Barbe secoua la tête.
— Quoi qu'il en soit, je le bénis!
Pauvre mari! un rien suffisait pour faire renaître ses illusioiis. Il espérait d.' nouveau après avoir élé longtemps sans espoir.
S'il eût entendu les horribles paroles qui avaient élé pr'Jioncécs avant son arrivée, s'il eût pu se donter qu'une atroce pensée élait entrée dans l'esprit de Clémentine et que mieux valaient les durs Irailemcnls dont elle l'accablait d'habitudo que les paroles mielleuses do celle femme!
Miette avait été stupéfaite, elle aussi.
Quand Barbe fut parti, elle tapa sur l'épaule de sa fille.
— Eh bien! eh bien! à quoi penses-tu?
La jeune femme tressaillit.
L'ancienne courlisane eut un éclat de rire.
— Je t'ai dit qu'il y avait mille moyens de se débarrasser d'un homme... Sais-tu quel est le meilleur?
— Parie!
— C'est le poison!
Clémentine élait pâle. Ses yeux lançaient des éclairs.
— Silence! j'eatends monter...
— Tu te trompes...
— Je suis sûre, cependant...
— Tu trembles...
— .l'ai peur que tes paroles... Si d'autres savaient ce que lu dis...
— Sois tranquille !
Ciémenline alla fermer la porte à double tour.
Quand elle se retourna vers sa mère, celle-ci fut surprise de l'expression d:^ son visage. La bouche crispée avait quelque chose d'implacable.
LA Bl-LLi: MIETTli XiO
— Y a-t-il un brenvatre qui ne laisse aucune Iracc? fit-elle froidemciît.
— .le n'en connais pas...
— Ce serait alors de la folio...
— RéllL'chissons. Qui pourrait s'imaginer que tu as empoisonné Bail.e? Qui pouirait s'en apercevoir?
— Les médecins!
— Nous n'en appellerions pas. Est-ce que, dans le quartier, on ne sait pa.> que j'ai l'habilude de soigner les malades? Il faudrait, du reste, agir vite.
— Je suis d'un avis contraire. Il vaut mieux verser à petites doses.
— La rapidité e.ît toujours une bonne chose.
— Comme tu parles tranquillement!
— Le sang-froid est préférable dans des circonstances semblables.
— - A t'entendre, on dirait que ce n'est pas la première foi-... et que lu as l'habitude...
— ?iîe prends-Ui pour une empoisonneuse de profession? — ■ Où nous procurer ça?...
- Quoi donc?
— Le... Ce quil faudrait lui faire prendre?
— Tu es donc décidée?
— Je ne dis pas. C'est pour savoir...
— Sois tranquille, je me charge de tout.
— Maman!
— Eh bien?
— J'ai peur! Décidément, il vaut mieux renoncer à ce projet. La sage-femme haussa les épaules.
^ — Comme tu voudras !
Le soir, le bonhomme retrouva le même accueil qi;e le matin.
— C'est encore mon rêve, mon doux rêve qui dure, se dit-il. Son âme débordait de joie.
IMus de dix fois il l'ut sur le point de s'écrier :
— Réjouis-toi, Clémentine! Nous sommes riches comme tu le désires, nuus pouvons nous offrir tous les bonheurs de la vie!
Au moment de prendre la parole, il se taisait et il murmurait :
— Plus tard, plus tard !
Ce soir-là, précisément. Barbe éiait forcé de s'absenter.
On se souvient de Polylc, l'ami de Ledru. La perte de son ami, assassiné auprès de lui, avait profondément affecté le gamin, fort sensible malgré son pparcnle légèreté, et qui était tombé malade.
l'ai be était allô chez lui dans la journée et l'avait trouvé avec une grosse lièvre.
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Avaul appris que sa nirrc If viMllait ili'iniis iiliisiciirs nuits, il avail ilil :
— Je reviciulrai co soir, c[ c'est nioi (pii resterai aiiinès de lui. Quoique l'atii^ué liii-iiii'me, il vonl.iil tciiii' s.i promesse. Clénienlinc insista pour qu'il ne sorlît pas...
— Non, ce n'est pas iiossihlel... J'ai proinis.
Vovanl qu'il riait hien décidé, elle rultliuMM à se bien couvrir.
— Tes vèlenients sont-ils assez chauds?...
— Oui. sois tranquille 1
Le cœur de l'excellent liommo battait avec violence. En se rendant cliez Polyte, il se demandait :
— Est-ce que le bonheur ne tue pas? Je voudrais mourir!
On pensait, hélas ! à exaucer ce vœu... Tandis qu'il songeait au changement de sa femme, celle-ci faisait cette réflexion à sa mère :
— 11 serait dangereux d'aller chez un pharmacien
— Ah ! tu y songes
— Ce n'est pas ma faute, c'est la tienne, maman...
— Rien n'est fait et lu m'accuses déjàl... Mettons que je n'ai lien dit... Du reste, je n'ai pas dit grand'chose...
— Où donc vend-on du poison à .Marseille?... fit Clémentine d'un air sombre.
— Sois tranquille, lorsque tu en voudras, tu cnauras... Il va dans la rue de la Vieille-Monnaie...
— La Métisse?
— Précisément.
— Oh! je me suis toujours douté qne celte atroce femme faisait un pareil commerce.
— Adieu, ma fille.
— Tu vas te coucher?
— Oui.
La Miette se relira dans sa chambre.
Clémentine resta un moment dans la cuisine, comme si elle y avait eu afTaire. Elle s'approcha ensuite delà fenêtre avec la lampe. Un léger coup de sifflet retentit aussitôt.
— 11 m'a aperçue, murmura-t-elle. Je puis me retirer, maintenant.
La jeune femme entra à son tour dans sa chambre et se mit à se déshabiller. Un moment après on gratta à sa porte et elle alla ouvrir moitié nue. Un homme se montra.
— Jean!
— Clémentine, ma bien-aimée!
Ils tombèrent dans les bras l'un de l'autre avec plus de désirs que d'amour.
LA iu:ll1': mii:tte
Le bonliomme Darbc s'ariôtait, au niùmc instant, devant la maison de Polyte.
Une dernière fois, il répéta le nom de celle pour qui il avait une alTcction si Jurande et qui le lui rendait si peu.
Pauvre mari!