‹ La belle MietteChapitre 42 sur 200 · UN AMOUREUX TIMIDE · texte numérisé non relu

UN AMOUREUX TIMIDE

M.Jean ne quitta qu'au matin la chambre de Clémentine. Quoiqu'il fit le moins de bruit possible en partant, il éveilla la Miette, qui ne daigna même pas se lever pour voir ce que c'était.

— Ma iillc ne m'a pas dit qu'elle recevait cette nuit un de ses amants. Elle a eu tort de ne pas m'averlir, parce que, comme je ne les connais pas tous, je pourrais prendre l'un d'eux pour un voleur et m'eiïrayer inutilement. Ce doit être aujourd'hui le teinturier. Ma foi! mieux vaut lui qu'un autre ! Clémentine fera bien, cependant, d'être prudente si elle veut se marier avec lui, lorsque... Un gendre comme cela m'irait tout à fait... un homme considéré, bien vu... tandis que ce misérable balayeur...

A ce moment, un pas lourd se fit entendre dans l'escalier.

— Tiens, c'est lui qui entre. Clémentine s'y est prise juste à temps pour faire sortir l'autre... Est-elle imprudente!

Barbe resta peu de temps chez lui. Il alla vite à sa besogne. Sa femme s'était levée pour lui préparer du café. Il avait paru confus de tant de bonté.

La Miette riait dans son lit.

— Jamais, même lorsqu'elle le croyait millionnaire, Clémentine n'avait été aussi aimable avec lui. Est-ce que les meilleures femmes seraient celles qui veulent empoisonner leur époux?

Ce matin-là, il y eut encore une scène violente entre la mère et la lille. Cette dernière constata la disparition de l'argent que lui avait donné M. Jean pour payer le loyer.

— On nous a volés, dit-elle à sa mère, quelqu'un a pénétré ici et a enlevé... ù moins que...

La sage-femme se tenait les eûtes comme pour ne pas éclater, tant son hilarité était grande.

— Qui veux-tu qui vienne ici, si ce n'est tes amants?...

— Et les tiens, raa mère?

ni i.A r.ii.i.i: Mii^riiî

— Jo l'adiiuMs, (](ioi(|i:o.. .

— l'Jilin. tu sais rc (|iic cM aruciit i-sl (Icvciia?

— l'arhlfiul

— Je parie (iiio in I as (HK'...

— Tu ijc le trompes point.

— Il ne t"a[»parttMiait pas... Tu iii- l'a^ \p''!

— Ne nriiisulte pas!

— Tu mérites ccpendaiil...

— Ce cpii est à loi ii'esl-il pis à moi?

— Non.

— C'est d'un mauvais cœur.

— Comment rerons-nous pour payer le loyer? Kt dire qi'.o lu le plains que j'aie des caprices, que je dépense trop pour ma loilolle!

— C'est vrai.

— Au moins je ne jcllc pas à la rue ce que je gauMio avec peine, car c'est jeîer à la me que de jouer et de nenire toujours.

— Tu appelles larLient que l'on le donne de rai'i;ent giu'ué avi-c j)i,'iiic.

— Certes, oui.

— Ma fdle, c'est de l'immoralité!

— C'est bien à toi, maman, de parler ainsi, comme si je ne savais pas ce que tu as été.

— Tais-toi.

— Je ne veux pas me taire.

C'était une véritable dispute qui commençait.

Les deux femmes ne tardèrent pas à se prodiguer les insultes les plus grossières et les reproches les plus violents.

Clémentine, menacée par sa mère, lui parla de la hachcltc, et la Miette, qui la savait capable de frapper, s'apaisa alors.

Une heure après, la concorde était rétablie.

— J'ai fait une découverte, dit la Mielte.

— Ali :

— Tu as i;n amoureux dont lu ne le doutes pas.

— Un amoureux !

— Oui. na amoureux qui t'aime sans rien dire, qui, lorsqu'il te voil^ semble pétrifié d'admi ration.

— Tu plaisantes ?

— Je dis la vérité.

— Et quel est ce soupirant?

— Je te le donne en mille.

— Oh! je n'essaierai Das de deviner.

LA i;i:i.I.K MIKTTE 313

— Eh bien, c'est le commis de 31. Jean...

— Patadais?

— Lui-même.

Clémentine se mit à rire.

— Voilà une conquête peu brillante.

— C'est toujours une comjuêlc!

— Et comment t'es-tu aperçue de celle-là?

— Je m'en vais te le dire. Il y a un instant, je suis descendue dans la cour. Patadais y était. A ma vue, il est devenu rouge.

— Ce n'est pas éloananl, il l'est toujours...

— Pas de mauvaise plaisanterie. Il s'est approché de moi et m'a demandé en balbutiant de tes nouvelles...

— Je lui ai répondu (|ue tu allais bien et je lui ai reproché donc pas \enir nous voir quelquefois. Il m'a répondu qu'il n'en avait pas le temps et qu'il regrettait beaucoup cette privation. Il avait des accents si tendres, l'air si l)énélré en s'exprimant ainsi, que j'ai deviné qu'il pensait au plus haut point ce qu'il disait et que...

— Qui sait? C'est peut-être de toi qu'il est épris.

— rSon, on ne se trompe pas à ces choses-là. Quand il prononçait ton nom. sa voix tremblait.

— C'est agréable. Il ne manquerait plus qu'on s'imaginât que je suis sa maîtresse.

— Ma foi l cet amant-!à ou un autre...

— Je préfère un autre. Il n'est guère flatteur d'avoir fait la conquête do ce laideron!

La femme Carbe avait raison. L'aniour-propre d'une femme n'avait pas à être satisî'ait d'avoir rendu amoureux Patadais, car il était question du pauvre être dilTormc et boiteux auquel M. Ja:viuinet s'était adressé^ la première fois qu'il était entré dans la maison du chemin de Saint-Pierre.

Patadais avait, ainsi que nous l'avons dit, les cheveux rouges et les yeux -lis. Sa voix était grêle, sa tournure ridicule, mais on peut être laid et avoir du iM'ur.

Cet être disgracieux avait voué à Clémentine une alTection profonde qu'il ' reprochait comme un crime.

Il se disait en clVet que la jeune femme était mariée et qu'il était infâme de penser à l'épouse de Barbe, cet homme si doux, si bon.

Le pauvre garçon ne se doutait certes pas que la fille de la Miette avait des anianls.

Nature honnête et candide, il n'avait pas remarqué que son patron allait

nu LA nr.i.i.r. Miiirri-:

passer une partie de la joiirni'cau second étairc. D'ailliMiis, ycùt-il f.iil aitiMilion, il n'eùl j>a-^ ru do mauvaises penséi's.

Il avait mis son iilol.' surnu tel jiiédesiul ([u'il iii^ poivait soiii,'er à l'en faire descendre.

Quand il apercevait CUVnentine, il s'arrtMail aussitôt pour l'admirer, et, lorsqu'elle s'éloi^'nait. il la suivait du regard avec ravissement.

Le jour mî^me où la Miette lit part de sa d(Vo;iverlc à sa fille, eelle-ci put s'assurer que la saf,'C-femmcne s'était pa-; irompée.

Misé lîarlie sortait pour faire une commission; Pataduis ijui rmlrait s'arrèla au milieu de la rue, pour la voir.

Sou r(\i:ard, sa l)0U("he béante, tout en lui disait son admiration i)assionnée.

M. Jacquinet. qui était à la fenêtre de sa chambre, ne s'y trompa pas.

— Voilà un jzareon qui a un véritable culte [lour la fille de la belle Miotlc. S'il savait à quelle Messaline il a alTairel

Après avoir l'ait cette réflexion, le petit vieux, referma sa fenêtre.

— Je ne suis pas ici pour m'amuser. Je suis venu pour Paula, car je suis curieux de savoir ce que la Mie.tte lui répondra quand elle lui remettra ce qui lui est dû. Qui sait si la sage-femme continuera à dire qu'elle ne sait pas de quoi on veut parler? En ce cas, il y aura du bruit, car la Paula aime son enfant.

M. Jacquinet se leva et alla ouvrir la porte qui donnait sur l'escalier.

— De cette façon, il me sera plus facile de voir quelles sont les gens qui entrent et qui sortent. Il est môme étonnant que Paula n'ait pas fait encore son apparition. Elle semblait si pressée hier, elle avait tant de peine à attendre jusqu'à aujourd'hui. Est-ce que, par hasard, elle se serait mo(]uéc de moi?

Le petit vieux fit une pause.

— Non, je m'y connais, sa douleur était sincère. On ne joue pas la comédie ainsi... Son chagi-in était véritable. Alors à quoi attribuer son retard?

M. Jacquinet eut un geste d'impatience.

— Celte attente est désagréable, car les occupations ne me font pas défaut aujourd'hui. Je dois faire une perquisition à la demeure de Laurentin, à Saint- Giniez. — Cedoit être décidément là que l'on a mare la malheureuse qui... J'avais pensé d'abord que ce pouvait être ici, mais j'ai changé d'idée; tout me donne lieu maintenant de penser que la belle-sœur du misérable ([ue j'ai fait arrêter n'a pas été transportée hors de chez elle... Enfin, il faudra que le mystère qui entoure ce drame soit bientôt dévoilé...

M. Jacquinet s'était assis. Il se leva de nouveau.

— Et Paula ne vient pas! N'aurait-elle pas tenu sa promesse? .\urait-elle réclamé hier son enfant? Comment le savoir?... Mais j'entends du bruit dans l'escalier... C'est elle, sans doute !

Ce fut Clémentine qui se montra

^""^ Ne vous gênez pas. j'ai ciu ten.,. a moi. (l>. 3.^6.)

.rn^ Si i'es^avaisen l'inlorrogeaul Ahî c'est la femme Barbe qm rentre. S. j es.a)

adroilement...

<l'enlrelicn?

- Très volonliers, monsieur.

- Donnez-vo.is donc la peine d'enUer.

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