‹ La belle MietteChapitre 43 sur 200 · LIV. 4». — TnÉObOKE IlEMt · texte numérisé non relu

LIV. 4». — TnÉObOKE IlEMt

Y. 1.A BELLE MIETIE. - ÉH . i-

34G 1 \ i:i 1 I IMIl- l I K

M. JaC'iuinet rofonna la puiit-.

Clt'incMliiie sourit.

— Snvez-vini"^ que les voisins ponn-aienl ja^cr s'ils nie vovaient seule chez vous, chez un paivon. car vou< n'èles |ia- marie'', inonsirur .la. (piinel?

— Vous le vo\ez bien.

— li'ave/-vous jamais élé.'

— (Mii. je suis vciif, mais, comme j'ai élé lualhciinNix en ména;.,'e, je n'aime jias à parler ilu passé...

— Parilui, alors!...

— Kntre nous, mes mésaventures conjugales m'ont fait prendre Ic^ femmes on hnrreur, et, lorsque j'en vois une, je pense tout de suiic i|irclli- doit tromper son mari.

Le vieillard avait levé ses lunettes sur son front. Son reirard jieri'int s'était lixii sur Clémentine, qui n'avait pu s'empêcher de baisser les yen\.

— Est-ce que la nuit dernière, pensa-l-elle, il aurait vu M. Jean monter chez moi?

M. Jacqiiinet reprit :

— Il s'auit de renseignements (juc j'ai il vous demander. <^(innaissez-vous une nommée Paula?...

— Oui...

— L'autre jour je l'ai vue descendre de chez vous. C'est ce qui m'a donné l'idée de vous demander quelle confianee on peut avoir en elle? Est-elle capable de faire du tort à quelqu'un?. .

— Je la crois honnête, dit Clémentine.

— On dit cependant qu'elle a des dettes. Je vais vous expliquer pourquoi je suis intéressé à la connaître...

La lille de la Miette prit une chaise et s'assit.

— Xe vous gênef pas, j'ai du temps à moi. Le vieillard continua :

— Vous ne savez pas quelle profession j'exerce? Je suis homme d'alTaircs, oui. . oui...

— Où avez-vous donc votre bureau ?

— Assez, loin d'ici, à la rue Requis-Novis.

— Piès de la rue Pierre-qui-Rage.

— Justement... Avant-hier, cette fille s'est présentée chez moi et m'a expliqué qu'ayant un pressant besoin d'argent elle était décidée à payer tous les intérêts que j'exigerais, si je voulais lui prêter une somme...

— Je comprends, vous êtes...

— Non, misé, je ne suis pay usurier. Je me contente d'un bénéfice raisonnable... Cinquante pour cent par an seulement.

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— Ah!

— Naliuellemcnl, je lui ai demandé quelles garanties elle m'olTrait. Elle m'a rOpondu qu'elle n'avait jamais fait tort d'un sou à personne et que sa probité était sa seule recommandation. Que pensez-vous de cela, misé?

— Avec Paula, vous n'avez rien à perdre. Quand elle aura de l'argent, elle payera... Ma mère ne vous donnerait pas d'aussi bons renseignements, mais, moi, je la connais plus qu'elle. Elle ne serait pas... ce qu'elle est, sans la misère.

— En vérité!

— La somme est-elle importante?

M. Jacquinet regarda attentivement Clémentine..

— Trois cents francs.

La fille de la Miette tressaillit.

— Trois cents francs, c'est justement ce qu'elle doit...

— Comment?

— Rien, rien.

La femme Barbe se leva.

— Je vous le répète, vous pouvez avoir confiance en Paula.

— Y a-t-il quelque temps que vous ne l'avez vue?

— Oui, mais, si vous lui remettez les trois cents francs, nous ne tarderons pas à recevoir sa visite.

— Vous croyez ?

— J'en suis persuadée.

Clémentine s'était approchée de la porte.

— Je vous quitte, et, si je puis vous être utile en quoi que ce soit, employez-moi.

— Merci bien.

Quand la femme Barbe se fut retirée, M. Jacquinet alla fermer la porte.

— Décidément la fille vaut mieux que la mère. Elle est obligeante et ne doit rien savoir du crime. Ne l'ai-je pas entendue regretter que la Miette n'eût pas pitié du désespoir de Paula?

Le vieillard secoua la tête.

— En attendant, Paula ne vient pas. Que peut-il lui être arrivé? Tandis que M. Jacquinet faisait ces rédeuons, Clémentine était rentrée

chez elle et n'avait eu rien de plus pressé que de répéter à sa mère ce que venait de demander le petit vieux.

— Tu lui as répondu, au moins, que Paula est une lille qui doit partout it qui ne lui rendra jamais...

— Au ciuilraire, j'ai dit ce que je pensais...

— Maladroite

us i.A ini.i.i: Mil; 1 i k

— Maman, je ne tu coiiii'iiMuls jias.

- C'est que tu n'es pas iult'lliu'eiUc!

— Coniinenl .'... Ton inh'-itM est d'tHre payi-e, n'est-rc; pas?... INmnpioi empiH'lier alors l'Iiumine d'alTaires de prtHcr les trois reiUs fraiirs?

- Kt si m >ii iiilênU «Mail de ne pas être payée ? •— Que veux-tu dire?

— Si je prélt'iais ^irarder l'eiilaiil, ou -^i j'aimais mieux m; [)lus le r.M.dre.'

- Une (iis-tu?

- Tu a> l'air élonnt^ !

- J"avo:n^ 1

— Mil biiMi ! sache (jue Laiir<Milin el C.id<'l a\ iii-iil Ix'soiii d'uu enfant et que, n'en ayant pas d'autre so.is la niaiii, je* leur ai fait payer (piinzc cents francs celui de Paulal

— Est-ce que je rêve?

— Non, tu ne rêves pas.

— Que dira la pauvre fille quand elle saura .'...

— Elle se consolera.

^ Je ne crois pas. Elle est capable de s'adresser à la police.

— Je nierai...

— Infortunée Paulal

— P;ains-la, je le le conseille.

— Mais à quoi pensais-tu quand tu as fait un pareil marché?

— Pailla était partie avec un amant. Elle me devait déjà cent cinquante francs. Je croyais qu'elle ne me payerait pas el qu'elle ne reviendrait plus.

— Si tu m'avais consultée, moi qui la connais beaucoup, je t'aurais renseignée...

— Où as-lu fait sa connaissance?

— Elle était ouvrière chez une modiste où j'allais quelquefois... Elle se pricurera l'argent, sois en persuadée, et tu seras obligée de lui rendre son enfant...

— Qui sait?

— N'en doute pas. Si elle n'est pas venue depuis quelques jours, c'est qu'elle doit remuer ciel et terre...

— Je crois le contraire...

— La preuve, c'est ce que le vieux...

— Eh bien, je sais pertinemment que Paula a les trois cents francs et qu'elle aurait pa me payer aujourd'hui.

— Un obstacle quelconque...

— Pas du tout. Elle a sans doute préféré les dépenser en objets de toilette. Les créatures de son espèce sont toutes les mêmes.

LA BELLii Miirrri: 349

— Je ne crois pas.

— Garde tes illusion?, ma lilli% puisi}iic lu eu as encoio...

— Ne le lie pas à ce retard. Mais je réllécliis, pourquoi Laiireiilin et Cadcl avaienl-ils besoin d'un enfant? Je ne comprends pas...

— Je le sais, moi !

— Explique-moi en ce cas...

— Ils avaient besoin du bébé de Paula pour le mellre à la place d'un petit parçon qui est mort!

— Tiens!

— Inutile de te dire de garder ce secret pour toi.

— Je devine... C'est le pupille de Laurentin, celui dont il gère les biens qui...

— Ne parle pas si fort.

— On monte.

— Oui, quelqu'un est sur le palier.

Au même instant, on frappa à la porte.

C'était Patadais qui tenait à la main un énorme bouquet de roses.

— Tiens, c'est vous, monsieur Patadais! Qu'est-ce qui nous procure le plaisir de voire visite?

Patadais était pourpre.

Clémentine eut pitié de son embarras.

— E-t-ce pour nous ce bouquet?

— Oui, misr...

— C'est sans doute votre patron qui vous a chargé... Patadais tressaillit.

— Non, c'est moi...

— Je ne vous savais pas aussi galant.

— Je vais vous raconter. J'ai ma marraine qui habite la campagne et qui vient quelquefois me voir. Aujourd'hui elle m'a apporté des provisions... Comme elle fournit quelques bouquetières du cours Saint-Louis, elle avait des roses dans sa charrette... J'ai pensé qu'il vous serait agréable... et je lui ai demande'...

— On ne saurait être plus aimable. Ces lleurs sont ravissantes. Mais '•' M'ez donc.

— Je ne puis... il n'y a personne dans le magasin...

— Merci, alors, merci encore une fois...

— Bonjour, mesdames.

— Quand vous serez libre, venez nous voir, monsieur Patadais.

— Je n'y manquerai pas.

Patadais une fois sorti, la Miette recrarda sa lill • :

:uio i,.\ lii'i.i 1 MiiiTi-:

— Tu vois que jtMje me siii< |t;i< ti(.tii|irc ; il l'aime! Cùmcnline rcj;arda les rose-;.

— Les belles I1«miis1

— Qui sait? IV'iil-i'Iro iviilVrmoiit-cllo-; un lull.r'

— Tu crois?

— Une déclaialiou quelconque.

La femme B.irl>e examina le bou(iucl avec atlenliun.

— Non, il n'y a rii*n.

— Ilien?

— Uien tiu loul.

— Palailais est (c ([u'on apiielle un amoui-eiix timide. Clémentine cul un so ipir.

— Ilèlas ! c'est la jn-emière t'ois qu(> j'en reiiconli-i' uni

Il faisail nuil close loiscjuc >1. Jacquinet quitta son ai»partement.

— Allons, allons, il est arrivé quelque chose d'exlr.iordinairc à Paula, aulrcmcnl elle sciait venue. Il <"autlra que je rcclierclic son lo;;eincj)t.

LIT Di: DOILEUR

Comme le pensait M. Jacquinet. comme le disait à sa mère Clémentine, un événement imprévu avait em{)èclié Paula de se rendre à la maison du chemin de Saint-Pierre.

Elle habitait, dans la rue Gaisserie, une chambre qui avait été d"aI)ord assez bien meublée, mais qui s'était dégarnie à mesure que la gèiie y était entrée.

En sortant de chez .M. Comté, la pauvre fille était rentrée chez elle, en proie à un malaise général. Elle se sentait la tête lourde et frissonnait.

Obligée de se jeter sur son lit, elle ne put se lever le soir. La fièvre vint ensuite, une fièvre ardente.

Pendant la nuit, elle eut comme des visions. Des soupirs s'échappaient de sa poitrine: le cauchemar la tourmentait.

Au matin, il lui sembla qu'elle allait mieux. Elle pensa à son cnl'aiil et sauta à bas du lit pour s'habiller.

Sa faiblesse était si grande qu'elle avait de la peine à se soutenir. Soudain, ses forces rabandonnèrent tout à fait; elle poussa un cri et tomba.

Lorsqu'elle revint à elle, elle était de nouveau couchée. Près du chevet était assise une bonne femme habitant la même maison.

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