‹ La belle MietteChapitre 47 sur 200 · LA COMPLAINTE DU GALÉRIEN · texte numérisé non relu

LA COMPLAINTE DU GALÉRIEN

La Chaîne,

C'est la galère;

Mais c'est égal,

Ça ne fait pas de mal.

Nos babils sont écarlates, Nous portons, au lieu de chapeaux. Des bonnets et point d' cravate:

Ça fait brosse pour les jabots.

Nous aurions tort de nous plaindre, Nous sommes des enfants gâtés; Et c'est crainte de nous perdre Que l'on nous tient enchaînés.

Nous f rons de belles ouvrages

En paille ainsi qu'en cocos,

Dont nous ferons étalage

Sans qu' nos boutiques pay' d'impôts.

Ceux qui visitent le bagne,

N' s'en vont jamais sans acheter;

Avec ce produit d' l'aubaine

Nous nous arrosons l'gosier

Quand vient l'heur' de s' bourrer le ventre,

En avant les haricots !

Ça n'est pas bon, mais ça entre

Toutcomm' le meilleur fricot.

Notr' guignon eût été pire.

Si, comme des jolis cadets,

On nous eût fait raccourcire

A l'abbaye de Monte-à-R'gret.

Salomon avait (iiii. 11 regarda Panla avec un air de satisfaction .'videntc. La malheureuse fille avait fait deseiïorts surhumains pour ne pas perdre de nouveau connaissance.

— Eh bien ! c'est joli, c'est distingué, cela! Tu ne diras pas que je ne sai> rien de beau. Tu ne ris pas !

La courtisane essaya de sourire.

— Allons, embrasse-moi et je m'en irai ! Le misérable se pencha vers le lit.

Mais soudain un jeime liomnie eniia

C'était M. Félix, le voisin de Panla, que M"" Marguerite avait rencontré dans l'escalier et à qui elh» avait ractjiitéce (|ui se passait.

3r,6 r.A iii-i.1,1-: miktte

l^ conlremaltre s;ii>il SaKiiinni cl l'oiivinM roiil.<r au milieu do l'apparlomeut.

11 It* lit relever ensuite d"un coup de pied et le jeta sur \c |)ali'M-.

— Veu\-tu l'en aller, coquin, autrement, jo fais apptîlor la police! Tandis que lo vaurien murmurait de basses iajiires, M. FtMix refeniiait la

porto et s'approchait de Paula.

La pauvio lllle le vil alors pour la pi'cuiiôro fois.

M. FiMix avait vin,2;t-cinq ans h peine. C'était un beau garçon à l'air franc et ouvert, au sourire non et doux d'habitude. Ace moment, il c'iait irrite; son visage exprimait Tindignalion.

— Infâme, torturer ainsi une pauvre créature sans défense I Paula ne disait rien, mais regardait son défenseur.

Son émotion était grande.

— Vous sentez-vous plus mal? demanda le contremaître. Elle eut un signe négatif.

— Le médecin ne tardera pas à revenir, dit M"" Marguerite, qui était rentrée.

— Vous croyez?

— - Il l'a promis.

Félix prit la main de Paula qui pendait hors du lit

— Allons, madame, du courage! Votre indisposition n'est que passagère. Il faut vous résigner à quelques heures de repos.

Au contact du jeune homme, Paula tressaillit, mais elle lui laissa sa main. Il y eut un moment de silence pendant lequel la pauvre (ille, prise d'un attendrissement involontaire, se mit à pleurer.

— Qu'avez-vous? demandèrent à la fois Félix et M""" Marguerite.

— Souffrez- vous?...

— Non, monsieur.

— Y aurait-il de l'indiscrétion alors...? Paula songea à son enfant.

— Nullement, dit-elle, et peut-être abuserai-je de votre bonté et de votre complaisance...

— Ne vous gênez pas.

— Voici de quoi il s'agit, dit Paula d'une voix affaiblie. Je suis mère d'un enfant que j'adore et que j'ai confié à une femme qui lui a trouvé une nourrice. Il y a quelque temps, j'ai fait un voyage. A mon retour, j'ai voulu revoir mon bébé. On ne l'a pas voulu sous prétexte que je devais de l'argent pour lui. On a ajouté que ce ne serait que lorsque j'aurais payé...

— Eh bien?

- Qu'on me le rendrait!

— Continuez.

— Il m'a fallu assez longtemps pour réunir la somme, qui est considérable pour moi... C'est trois cents francs. Ce matin je devais aller prendre mon pauvre petit, quand... celte faiblesse...

— L'un de nous, dit Félix, ne pourrait-il pas vous remplacer?

— Vous, monsieur, si vous étiez assez bon!...

— Volontiers.

— Tenez, la somme est dans ce tiroir ! Félix, qui s'était assis, se leva,

— Le tiroir de la petite table?

— Oui...

Le contre maître s'approcha de la table et fouilla un moment.

— Je ne vois rien.

— Je suis cependant sûre...

— N'auriez-vous pas mis cet argent autre pari?

— Non.

— C'est singulier alors !

Paula se dressa tout h coup livide sur son séant.

— Ahl mon Dieu!...

— Que vous arrive-t-il ?

— Cet argent a dû m'être volé.

— • Comment?...

— C'est ce misérable que vous avez jeté à la porte...

— Est-ce possible?

— 11 s'apprêtait à fouiller quand j'ai perdu connaissance... 11 a tout pris!

— Où puis-je le retrouver?

— Est-ce que je le sais? Seigneur! que je suis malheureuse!

— ■ Tranquillisez-vous, nous tâcherons de tout arranger... J'irai à la police

— Elle l'arrêtera trop tard. Il aura dépensé au moins une partie de la somme. Mon enfant! mon enfant! Je ne reverrai plus mon enfant!

— Donnez-moi toujours l'adresse de la femme à qui vous l'avez conlié?

— C'est inutile, c'est une créature sans entrailles!

— J'irai la supplier en votre nom, je lui expliquerai voire position

— Elle se moquera de vous comme elle s'est moquée de moi.

— J'essaierai toujours...

— Non, non, je ne veux pas que vous vous exposiez à un affront; je ne veux pas...

Paula paraissait folle. Elle avait rejeté la couverture du lit, et se monlrait à moitié nue.

Elle pleurait.

Page 1