‹ La belle MietteChapitre 6 sur 200 · LA 15 KL LE .MILTTK · texte numérisé non relu

LA 15 KL LE .MILTTK

remettrez usa femme, à sa femme, eiiteiulez-vo;is, ces oiiiq loiii , on disant que demain j'irai lui rendre visite.

— Oh! mademoiselle Diane, que vous êtes bonne pour les pauvres gens!

— Assez, Léon! Vous savez que je n'aime pas les louanges.

— J'obéis, mais...

La jeune tille posa un doigt sur sa bouche et Léon se tut.

Diane de Mëricourt, car c'est ainsi que se nommait la jeune cliâlciaiiie, ('tait la fille de M. le baron René de Méricourt, un des plus riches propriétaires de la Provence et un des plus fidèles sujets de S. M. le roi Louis XVlll, qu'il avait accompagné dans son exil.

Le baron de ]\Iéricourt, depuis longtemps veuf, n'avait plus qu'une alTection sur la terre son enfant adorée, sa Diane, à qui il laissait faire toutes ses volontés, à qui il avait accordé liberté entière, persuadé qu'elle n'en abuserait pas.

Diane était la plus belle créature que l'on pût imaginer. Elle était grande et sa taille était fine et élancée. Rien de plus charmant que son visage qu'encadraient de beaux cheveux châtain foncé qu'elle laissait tomber sur ses épaules en boucles luxuriantes.

Diane avait des yeux noirs tantôt doux, tantôt hautains. Par moments, on se serait volontiers agenouillé à ses pieds pour lui dire combien on la respectait, d'autres fois on aurait donné sa vie pour la presser entre ses bras et lui dire combien on l'aimait.

En voyant la fille de René de Méricourt, on comprenait qu'elle était aussi bonne qu'elle était belle. Lorsqu'elle souriait, deux mignonnes fossettes se creusaient sur ses joues. 0 amour ! que de promesses dans ce sourire !

Diane avait une robe longue qu'elle releva un peil pour descendre de la terrasse dans le jardin. Elle avait le pied aussi joli que les mains petites.

Elle commença sa promenade.

Ses narines, légèrement dilatées, semblaient aspirer avec délice l'air pur du malin.

Le soleil dorait avec ses plus doux rayons sa chevelure, sur laquelle était po-é un coquet chapeau. En ce moment, on l'eût prise pour quelque héroïne de Walter Scott, Dianah Vernon peut-être, la fière Irlandaise de RoO-Roij.

Diane se laissa envahir peu à peu par la rêverie d'une splendide matinée d'été. Elle sortit du jardin, gagna les champs presque sans regarder auloiir d'elle.

La moisson venait d'être faite; elle se baissa machinalement pour cueillir un coquelicot oublié.

Quelles étaient les pensées qui occupaient la jeune lille? Ln mot qu'elle proiion'M à voix basse va suffire pour nous éclairer. O mol êiuit : Ainn-r!

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Diaiu' s'aiTiHA.

— Pourquoi |irrfiirr lo ilicvalicr à loiit aulii'? A-t-il. par i'\tMii|il(', |iliis d'espril el «le oti'ur (|ue Georccs do Maiillaii. If tiU <lii i)r(uMinMif du roi, rami JMlinio (le mon |vr«'? Non. ('tTlO"J, mais ihM>!..

l.a jouno lillo ivllt^hil ini instanl. Kllc n-piil iMi^iiiio :

-- 1.0 cliovalif'r n'est ni plus Idmu ni plus ainialilo (|Ui'. (ioocges, mais son rc.zanl mo fait uiio improssiou!... Oui. il tu'attin\ il nie iliarnn'... Pounpioi io nior'.'. . On no doit ro iL'ir (juc d-- ••-• ipii o-t lio;itfii\, ot il n'est pas liniilciix doooulor parler son ccour!

Piano passa la main sur ?on frnni.

- Ce soleil rommonreà tMre ciMiid !

La joint» lille alla vers un hisipio.l. <pii éliil du ciHê opposé à C(;!iii où Miette siMail endormi<\ Kilo s'assit siii- un liane de pierre.

-- Je lui ai écrit : « Venez! » Sora-t-il lidèle au rendez-vous?... Oofiiprcndra-l-il riieuie à laquelle j'ai voulu dire que je l'attendais? Non, il a perdu peul-ètrc le souvenir de celte matinée où. hôte de mon père, je l'ai rencontré ici. où, sans que des jiamli^s fussi^it sorties de notre bouche, nos yeux ont commencé des aveux.

Diane pâlit.

— Oli! si je savais (jue réellement il eût oublié!... Elle se calma bientôt.

— Folle, tu tc.forges des chimères pour te faire soulTrir, D'ailleurs, il est encore de bonne heure... attendons !

M'" de Mérii'ourl retomba dans sa rêverie.

Plus d'un quart d'heure s'écoula. Elle se leva tristement.

— 11 n'a pas compris... Eloignons-nous!

La jeune fille reprit le chemin du château, mais comme malgré elle. Elle si; retournait souvent pour voir si, par hasard, celui qui n'était pas venu et qui, peut-être, n'était qu'en retard, n'allait pas la rejoindre...

Lorsque Diane fut près de rentrer, une bonne vint au-devant d'elle.

— W" Claire est arrivée.

M"^ de Méricourt eut un mouvement de joie.

— En vérité ! Oh ! qu'elle est aimable d'être venue à celte heure-ci 1 Diane s'empressa aussitôt de se rendre au salon, où se trouvait une jeune

fille qui se jeta dans ses bras.

— Claire, si tu savais quel plaisir tu me fais 1

— Et moi, quelle joie de te voir!

— Ta mère l'a accompagnée?

— Non, elle m'a confiée à Jean. Peut-être viendra-t-elle me prendre ce 80ir.

Ce fui Gliiirc qui cummcuçu ^l'un•^ vuix LUiUu. J.'. Jl.;

— Si le jour anniversaire de ma naissance ta n'avais passé quelques heures avec moi, je t'en aurais voulu toute ma vie!

— Tu aurais eu tort, car tu sais bien que ce n'est pas ma faute si...

— Je sais que tu t'es constituôe l'ange gardien de Ion pauvre vieux grandpère et que tu ne le quilles plus.

— Quand je m'en vais, il est tout triste, tout chagrin, le cher homme!

LIV. 1. — TIIKODORE HKNKT. — LA BELLE Mil TTE. -- tl>. J. HOIKK KT C". LIV. 7

i.A iii;i.i.i: Mil iir.

JDécidôraont, tu es à la fois bouu. ^i jiue. Claire! Fuurquoi me flaltes-lu ?

Jo uo dis que la vérili^ o\ f.> u est pas ma faule si la vi-riti'' est pour toi une Umaus;e.

r.ltùro méritait le complimoiU que lui avait adressi' son auiir.

<".\"itait assurément une fort jolie blonde. Klle avait de beaux yeux bleu-, une bout'he migiionut\ l'air eracieuv et doux. Ai^ée de deux ans de moins que Diane, elle était sa plus intime amie.

Claire était la tille d'un de- principaux merciers de la Graud'Huc. à Marseille. C'était le hasard qui avait fait naître son atïcolion poarM'" de Méricourt.

Lorsque Claire était encore toute enfant, sa mère tomba mala.U;. Après son rélublissemeat. les médeciiLs ardonnèreiit quelle allât passer quelque temps à la campiigue.

Le père de Claii-e loua à Saint-Loup uue peLitc propriété voisîue de. celle du baron de Méricourt. Les petites lilles ne tardèroal pas à se conaaitre et à s'aimer.

Ouaud son amu- retourna à Jtlarscille. Diane lui bl proiueLlie de venir la Voir .souvent, et, à son tour, chaque fois qu'elle allait à la ville, elle ne manquait pas de vi.siter celle qu'elle eût voulu toujours avoir aujprès d'elle.

Klles grandirent aiasi, ne manquant pas, lorsqu'elles éLaieut etLsemble, d'échanger leurs contideaces, de se faire part de leurs espérances et de leurs chagrins. Depuis quelque temps cependant, Diane el Glaire se voyaient moins.

Un malheur en était la cause.

Le grand-père de cette dernière, à la suite d'une attaque, était resté paralytique.

Claire s'était dévouée à lui. Elle passait son temps à côlè du vieillard, dont eik' était maintenant la providence.

Diane approuvait la piété filiale de son amie, mais, quoiqu'elle eût fait comme e!le au besoin, car son cœur était capable de tous les dévouements, elle ne pouvait s'empêcher de regretter vivement les journées que la fille du mercier passait autrefois avec elle à errer dans la campagne et ;i parler de lears rêves d'avenir.

Claire savait que Diane avait un amour au cœur. Diane n'ignorait pas que Claire aimait, elle aussi. Leur conversation ne tarda pas à tomber sur le sujet qui les intéressait le plus.

Ce fut M"° de Méricourt qui la première interrogea.

— Eh bien! dit-elle, quoi de nouveau?..,

Claire baissa les yeux, mais elle ne rougit pas comme elle faisait habituellement lorsque cette question lui était posée. Elle devint, au contraire, toute pâle. Une larme coula sur sa joue.

Diane parut alarmée ; elle saisit la main de la jo;ine fille.

— Est-ce qu'il te serait arrivé quelque chose de fâchou\?... llti nullioiir peut-èire !

Claire fit un signe aflirmalif.

— Oh! mon Dieu I Est-ce possible? H ne t'aimerait plus? La jeune fille releva la tête.

— 11 le vaudrait mieux pour lui.

— Je comprends, tes parents lui refusent ta main.

— Non, ce n'est pas cela.

— Tu vas me raconter tout, n'est-ce pas?... El si je puis venir à ton aide... Suis-moi, nous allons descendre au jardin !

— Tu rentrais à peine... N'es-tu pas fatiguée?

— Oh! moi, je ne connais pas la fatigue !... Au jardin, nous serons plus à noire aise. J'ai aussi un long récit à te faire.

Diane et Claire ne tardèrent pas à se trouver dehors. Elles entrèrent dans une charmille. Là, elles^ se racontèrent leurs amours et leurs déceptions.

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