J7.S LA ULLLL MIL 1 IL
Il se rapprocha de son lit.
-- Je vous prio (le iiu" dire quelles soiil les personnes (pu n'fusiMii il.> vous rendri' le peliL èlre ((ue vous aimez lant.
— Je NOUS les aurais lait ronnaîlrc, si ce misrraltle Salomoii iif m iv.iii vol»'' les trois cents Tranrs
-- Je pourrais, roninie je vous l'ai déjà oITert, lerilcr une démarclu' auprès d'elles.
— I*]|les sont sans cœur et sans pitié.
— Peut-être parviendrais-jc à les émouvoir?
— C'est impossible!
— Mon Dieu, qui sait? Avi'Z-vous conliance en moi ?
— Certes!
— Voulez-vous me confier cette tàclie ? ., Paula était attendrie. Elle saisit la main du brave gareou.
— J'espérerais presque, si...
— A qui faut-il réclamer voire enfant?
— A misé Miette, la sage-femme du chemin de Sainl-Picrre. Félix devint pâle et balbutia quelques mots.
La courtisane s'aperçut de ce trouble.
— Qu'avez-vous? que vous arrive-t-il?
— Ne faites pas altenlion.
— Vous sentez-vous souffrant, ou bien ce nom... vous a-t-il fait impression ?
— Ce n'est rien.
— Connaissez-vous la Miette?...
— Non, madame, non...
— Peut-être... maintenant... ne voulez-vous plus?...
Il hésita une seconde, puis parut prendre une résolution énergique.
— Au contraire, j'y vais, dit-il en se levant.
— Oh! que vous êtes bon! murmura-t-clle.
— Soyez tranquille, je réussirai.
— C'est mon plus ardent désir.
M°" Marguerite rentrait.
— Vous partez déjà? dit-elle au jeune homme. Votre atelier n'est ouveit cependant qu'à deux heures. 11 est vrai que vous n'avez pas encore déjeuné!...
— Il s'agit bien de manger! fit M. Félix avec animation, j'y songerai après.
— Où allez-vous?
— Loin de la me Caisserie, près de la place Saint-Michel.
— Vous serez en retard...
— Peu importe! S'il faut sacrifier l'après-inidi ciiUère, je la sacrifierai. Paula sentait redoubler son émotion.
— Non, je ne pourrai jamais vous prouver toute ma reconnaissance, dil-ellc.
Le contremaître fut bientôt dans la rue.
Il se dirigea immédiatement vers le chemin de Saint-Pierre. Quand il fut sur la place Saint-Michel, il sembla regretter la commission dont il s'était chai-gë.
— Me trouver en face de cette créature qui a causé tant de malheurs! Pourrai-je contenir mon indignation, pourrai-je rester calme, surtout si elle me connaît? J'ai peur, j'ai peur de moi-même!
Félix, fut au moins un quart d'heure à se décider à entrer dan? le ( hemin de Saint-Pierre. Il ne fallut rien moins que le souvenir de la promesse qu'il avait faite à Paula pour lui rendre son courage.
— L'infortunée espère en moi, elle attend avec impatience mon retour... 11 est vrai qu'elle ne se doute pas... C'est égal, je lui ai promis, il faut que je tienne ma promesse î
Un instant après, le jeune homme s'arrêtait devant la demeure du bonhomme Barbe.
Patadais était sur la porte du magasin.
— Misé Miette, à que! étage est-ce? demanda poliment Félix.
— Au second étage, dit le garçon teinturier.
— Merci bien, monsieur.
Félix commença à monter.
Son cœur battait à tout rompre.
— Je ne sais pas, dit-il, si j'aurai le courage de rester calme à la vue de cette atroce créature.
Le contremaître frappa à la porte.
Ce fut Clémentine qui vint ouvrir.
La femme P>arbe était seule.
— Que désirez-vous? demanda-l-olle.
— Je voudrais voir misé Miette.
— Elle est sortie, mais elle ne tardera pas à être de retour. Voulez-vous lattendre?
— Volontiers, répondit le jeune homme, à qui la beauté de la fille de l'accoucheuse paraissait causer une certaine impression.
Clémentine offrit une chai»e à l'envoyé de Paula.
— Ma mère fait quelques emplettes dans le quartier.
— Ah! la Miette est votre mère?
— Oui Vous semblez surpris?
38) l.A lUvI.l.i: Mil: il H
— NiiIl.Mnciit.
Fi'lix i'Uiit visili|(Mnont l'iiui.
{ n moment dt^ silence sucoéila à ces paroles.
Ce silence fui intoirompu par CU'-Mienline.
— Si, cependant, je pouvais dire à niîi mère ce (jue vous lui voulez, vous ne perdriez pas volrc temps.
— C'est inutile, misé, r'fst ;i la Miette elle-mènie (|u'il est nécessaire que je parle.
— C'est donc iniptirlaiit .'
— En elTet.
La Femme Barbe parut intriguée.
Elle se leva, prit une broderie à laquelle elle se mit à travailler, mais il était évident qu'elle se demandait quel était ce jeune homme et pourquoi il désirait parlera sa mère.
Dans son impatience, elle rei^'arda plusieurs fois à la fenêtre pour voir si la sage-femme rentrait.
— C'est singulier qu'elle ne soit pas là, dit-elle. Ce dont vous avez à entretenir est-il pressé?
— Oui, misé...
— Ce soir, à sept heures, vous ne la manqueriez pas...
— Je préférerais la voir plus tôt...
— Vous demeurez sans doute loin d'ici?
— A la rue Caisserie.
— Près de la place de Lenche?
— Oui.
— Tiens, il y a justement une personne que je connais qui demeure dans ce quartier.
Clémentine ne déplaisait décidément pas au contremaître, qui semblait bien aise de causer avec elle.
Le jeune homme eut un sourire.
— Peut-être je la connais, moi aussi.
Misé Barbe prit un air malin.
— Mon Dieu, cela ne m'élonnerait pas! C'est une femme!
— Comment se nomme-t-elle?
— Paula!
Félix eut un soubresaut.
— Mais c'est pour elle que je viens!
— Ah!
La fille de la Miette n'était pas moins surprise que le jeune homme.
— Que désire-t-elle? fit- elle après avoir réfléchi un instant.
LA BELLI"] MIlilTl': 3Sl
— Vous le devinez, n'est-ce pas?
La lonime du balayeur baissa la tèle, mais garda toute sa présence d'esprit.
— Non, en vérité.
— Paula veut qu'on lui rende son enlaut. Oli! ne dites pas que vous ne savez pas ce que cela signifie!...
Félix s'était animé rapidement . Il y avait presque de la menace dans son accent.
— Je ne vous comprends pas, monsieur. Est-ce que je songe à nier quelque chose?
— Vous l'avez déjà fait !
— Permettez-moi de vous dire que vous vous trompez.
Elle fit celte réponse d'un ton à la fois si ferme et si tranquille que le contremaître ne put s'empêcher de regretter son emportement, diflicile à expliquer du reste.
— Pardonnez-moi, mais...
Il y eut de l'amertume dans la voix de Clémentine.
— Oui, je m'aperçois que l'on vous a excité contre nous.
— Vous faites erreur.
— Je sais bien ce que je dis.
— Comprenez-vous, maintenant, le but de ma visite?
— Je le comprends.
— Paula avait trois cents francs économisés par elle, trois cents francs qu'elle comptait vous apporter, quand un misérable les lui a volés.
— Pourquoi n'est-elle pas venue suivant son habitude? Â-t-elle cru que vous réussiriez mieux qu'elle à attendrir ma mère?
— Non, l'infortunée est fort malade.
— Si je l'avais su!...
— Elle va mieux cependant, et si quelque chose est capable de lui rendre tout à fait la santé, c'est la vue du petit être dont on l'a privée.
— Peut-être avez-vous raison !...
— Puis-je compter que vous m'aiderez auprès de misé Miette? Au besoin, je me porterai garant de la somme que doit Paula.
— Inutile de parler de cela à ma mère, je me charge de tout.
— Que vous êtes bonne !
— Votre protégée reveria son enfant.
— Je n'oublierai pas...
Félix avait l'air enchanté. Non seulement il était satisfait d'avoir réussi dans son entreprise, mais on eût dit qu'il éprouvait un secret plaisir à voir Clémentine si serviable...
Des pas se firent entendre dans l'escalier.
:<82 i.\ ni 1 I I" M IL in:
— C/osl ma mèro, sans lioiilc, dil la jeune femme.
Lp visage du contromaitiv se nMiibrtinit. Due expression de haine a[)panit sur ses trails.
Ck^mentine s'en apenuil.
— Qu'avoz-vous?
— Rit'iK rien !
Ce rr('t;iit pas la .MioUc.
On vt'imit, au contraire, avertir sa lillo (|ii(\ rcliMiue par un acc.ourJienKMit, elle ne ronlrcrait que bien avant dans la nuit.
— Ave7.-vous entendu ? demanda la jeiini' femme à Félix.
— J'ai entendu...
— Il faudra vous oonlenler de m'avoir vue.
— Je -ui>^ heureux d'avoir fait la connaissance d'une personne aussi obligeante...
— Diîcs-vous vrai?
— Je n'aime pas à mt-ntir.
1! s'était levé.
— Vous partez?
— Oui, je vais annoncer à Paula que vous vous intéressez à elle et ce que vous me promettez... La pauvre fille va être bien heureuse... Bonjour, madame...
Le contremaître était déjà dans rescalicr. La femme Barbe resta pensive.
— C'est singulier, quelle impression ce jeune homme produit sur moi I Il est poli, aimable, et puis son visage évoque à ma mémoire comme un lointain souvenir.
Elle ouvrit la fenêtre pour revoir Félix. 11 était près de la place Saint- Michel.
— Comme il marche vite, comme il se hàle d aller annoncer la bonne nouvelle ! Serait-il l'amant de Paula ou l'aimerait-ir? Une telle fille pour un homme tel que lui !... Que dis-je? Paula n'est pas mal, elle est même jolie... Je la crois capable d'aimer... Oh! mais pas comme moi! Il me semble que, si je m'éprenais sérieusement de quelqu'un, cane serait pas seulement de l'amour, ce serait de la passion. Je serais jalouse de tout, je déchirerais ma rivale!
Clémentine avait perdu de vue l'envoyé de Paula. Elle referma la fenêtre et s'assit à la place où elle avait causé avec Félix, mais il lui fut impossible de se remettre au travail. Elle jeta sa broderie et resta songeuse.
— C'est peut-être un malheur que ce jeune homme soit venu, murmurat-elle.
LA BKLi.fc; Mii:rri: J83
On frappa à la porte.
— Qui est là?
- :Moi.
Glémeiiliiie reconnut la voix, de M. Jean. Elle eiil un gesle d'inipatience.
— Que désirez-vous?... Je n'ai pas le temps de vous recevoir.
— Je voudrais cependant vous parler.
— Je ne puis...
— Ce que j'ai à vous dire est important.
— Attendez, alors...
Clémentine ramassa la broderie, mit la chaise sur laquelle Félix: s'était assis à sa place habituelle et, après s'être regardée dans une glace, alla ouvrir.
Comme Patadais, Jean portait un énorme bouquet. Il le déposa et saisit sa maîtresse par la taille.
— Laissez-moi.
— Allons, ne faites pas la farouche !
Le teinturier appuya ses lèvres sur celles de la femme du balayeur. Mais, celle-ci, au lieu de lui rendre caresses pour caresses, eut de la répulsion.
— Vous ne voyez donc pas quel dégoût vous m'nispirez? M. Jean recula ébahi.
— En vérité !
Clémentine ne lui répondit pas. S'échappant des bras de Jean, elle alla vers la porte de sa chambre et s'y enferma, laissant son amant muet et ne sachant que penser.
Jean stupéfait entendit monter quelqu'un.
Félix était arrivé, pendant ce temps-lii, sur la place Saint-Michel.
11 se trouva face ;i face avec un individu qu'il lui sembla reconnaître.
— Où donc ai-je vu cette ligure?... Le contremaître se retourna.
L'individu était entré dans le chemin de Saint-Pierre.
— Ce visage flétri, cet air cynique, ne me sont pas inconnus... J'y suis!... Cet homme est le misérable qui a volé Paula... Je vais lui faire rendre gorge!
Félix revint sur ses pas, mais Salomon avait disparu. Il avait pénétré sans doute dins une maison voisine de celle de la Miette.
Le jeune homme attendit vainement un moment, puis il prit le parti de se retirer.
— Il est inutile de perdre du temps. Ce filou ne rendra pas l'argent dont il s'est emparé, car il a dû déjà tout dépenser et la police me refuse son concours. . . Je suis impatient, ensuite, d'apprendre à Paula... ce qui s'est passé.
A llKl.l.i; MIKTTF.
lltMail (]«'' il 1.11(1 (|ti;iii(l 11 coiiircmailit' fui df rchtur à l;i maison de la rue Caisserio.
I^ malade l'atlnidail naliiri'lli'iniMil avec iiiipatiniro. • — Kli lii«Mi ? dciiianda-l-ollt'.
— Jo rrois avoir lénssi.
— Qu'a di( la Miotlc?
— Jt' no l'ai |)a«; vue ou. jjIiiIAI, je ne l'ai pas tronv^'c. La ("oiirli-aiic parut (tniUK'-t'.
— Alors?
— J'ai parlé à sa lille.
A Clément i ne?
— Précisément.
Félix lit le récit de ce (|ui s'était passé cl de ce (jue la femme lîarbe lui avait dit.
Uiiand il eut liiii, Paula lioch.i la télé.
• — Cela ne m'étonne pas qu'elle vous ail promis. Elle n'csl pas impitoyable comme sa mère.
— Elle feia tout son possible.
— La Miette a une volonté de fer.
— J'ai des moyens pour la fléchir.
L'ceil de la pauvre créature eut un éclair de reconnaissance.
— Je devine que vou>^ voulez vous imposer des sacrifices... Mon devoir est de vous en empêcher.
— Croyez-vous que, si j'eusse possédé les trois cents francs, j'a'irais attendu SI longtemps?... Non certes... Ne les ayant pas, je ferai une proposition...
— Est-ce que je mérite toute la bonté que vous avez pour moi?
— Certainement; vous soufTiez, vous avez droit à mon appui.
— Vous êtes bon !
— Ce que je fais pour vous, tout le monde...
— Ne diles pas cela. Les braves cœurs sont rares. 11 n'y a presque ici-bas que méchants et pervers.
— Vous avez trop mauvaise idée de l'humanité, Paula
— Ilélas!
La pauvre fille avait les yeux pleins de larme <.
— Ne pleurez pas, amie.
— Quand je pense à ce que je pourrais être et à ce que je suis!
— Du courage!
— Ah ! c'est que vous ne connaissez pas mon histoire! Elle n'est que trop commune. Mes parents étaient fort honorables. Ils appartenaient au petit commerce et avaient leur magasin dans la rue de Rome. Ils sont morts, jeunes
LA HKl.l.K MIKTII-
M J;ic4ii
eiTurc. .. (1'. 391.)
encore, sans avoir va ma lioutc! A dix-sept ans, j'étais oi'pliolino cl aljsolunK'nl sans aulrc ressource que ce que l'on me donnait chez une modiste qui m'avait pri^c pour ouvrière ; quinze sous par jour! Avec cela, je vivais ccpondant, mais sans faire de dépenses folles comme vou-; supposez, quand je vis pour la première fois un jeune homme qui me dit (ju'il m'aimait et qu'il voulait faire de nini ^a femme. J'eus la faiblesse de l'écouler, j'étais perdue!
' LIV. 4'J. -r TUtOUOIlE IIE.NRY. — LA UIM I.B MIEITE. — ÉD. J. IIU', hF tl c'". )V. 49
3S6 LA iUa.I.i: MIKlTi:
Pailla st' tiil. oïl proie à mit' vivo omolioii ; Féliv n'ôlail pas moins allt'id'.