‹ La belle MietteChapitre 57 sur 200 · ET C · texte numérisé non relu

ET C

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413 LA BELLK MIETTE

— Mais c'o>t ma vit» que lu (lomarulo-.

— Tant pi>!

F'aiila rolova la W'ic.

— Non!

— Voilà un mot qui le coillcra cher.

— Va-l'en I

— Je sors. Souviens-loi qu'Arnuuu] e^t on mon [loavoir. Clomcnline étail d''jà à la poric ; l'.iuia la rapp^'la.

— Cléincnlinc!

— Que vc;i\-lu'.' L'inforlunOe courbait la tèlc.

— Qu exiges-tu de moi?

— Que lu quilles celle maison, afin que M. Félix ne te voie plus. Paula mit sa tôte dans ses mains et pleura.

— Mon Dieu, quelle position est la mienne I

— Tq me feras le serment de lui cacher ton muvcau domicile.

— S'il le découvre?

— Tu fuiras encore.

— Et Armand?

— 11 te sera rendu.

La maîtresse du contremaîtie secoua la tête.

— Non, je ne puis...

— Je ne te donne qu'un instant pour réfléchir. Ou ton aiiiant ou ton enfant, je le répèle.

— C'est affreux, c'est alTreu\!

— C'est nécessaire.

Paula tomba à genoux.

— Elle est impitoyable !

Clémentine dit froidement :

— Hâte- toi!

Paula avait les ye:ix remplis de larmes.

— Mais, enfin, c'est ignoble, ce que tu fais. Tu es mariée, toi, ton amour est un crime...

— Et le tien?

— Moi, je ne tro-mpe personne. Je n"ai pas un époux...

— Est-ce que ça te regarde?

— Clémentine, si Barbe apprenait que tu le déshonore^, îl mourrait 1 Tu as cependant des devoirs envers lui...

Paula semblait folle.

La fille de la Miette se mit à rire.

LA liKl.LE MIKTTl^ 419

— Ce langage est au moins singiilier dans la bouche d'une créature qui, comme toi, se donne pour de l'argent.

— Tu es cruelle pourmoi, en me pari iiiiain^i... 11 est vrai qu'autrefois... Mais cela n'est plus et ce ne sera ]ilnv..

— Bah! la nécessité...

— Je pi-éférerais mourir... Depuis que j'aime...

On dirait, ma parole, qu'elle pense ce qu'elle dit..

— Si tune crois pas à ma sincérité, Clémentine, je le plains...

— Enfin, que m'importe I

— Je te croyais du cœur, tu en as aussi peu que la mère.

— Décide-toi!

Paula eut encore une pensée de résistance.

— C'est décidé... je resterai et j'emploierai tous les moyens pour ga'der m: in bien!

— Dussè-je tuer le petit, tu ne le verras plus !

— Qu'ai-je entendu?... Misérable!

— .\dieu!

Paula s'élança \cv< ki porte.

— Arrête...

— Qu'est-ce qu'il y a?

— Je ferai tout ce que tu voudras.

— Tu promets de le quitter ..

— Je te le promets.

— Jeté donne jusqu'à ce soir...

— Et .\rmand?

— Tu me feras parvenir la nnuvelle adresse et je te jure qu'il le sera rend'i...

— - Et si tu manques à ta parole?

— Tu seras dégagée de la tienne.

— C'est... convenu.

— Je m'en vais.

— Sois maudite, toi qui m'as ravi toutes mes espérances, qui mas volé mon bonheur sur la terre...

— Ce soir donc...

— Ce soir... Non... Oui, ce suir...

nuand la lillc de la Miellé fut partie, Paula, que son agitation avait ,i:'^que-là soutenue, sentit ses forces l'abandonner.

Elle poussa une plainte, se traîna jusqu'à son lit cl s'évanouit. Ce fut dans les bras du contremaître qu'elle revint à elle. Celui-ci port-iit «ur son visai-e \c< ina-ques d'une vive inquiétude.

400 l.A UKl.Ll Ml 11 il:

— Que t'esl-il arrivé, mi inii;ni)iiui* ? QntMK'- soulTraiioes as-tii (^prmivt'os?

- lîien, rion...

— Comment, rioir.'

Pailla ne répondit pa-;, mais oUo l'clala ou saiij;lols.

— Qu'as-tu, ma liicii-aimôe ? répéta Fé'i\. Tu n-' me (li> ri<Mi. MaïKpierais-lu de conlianoo en moi ?

Paula «Mil un monvemcnl passionné.

— Oh! je préférerais mourir I — Apprends-moi alors...

l.a malheureuse fille avait les mains froides et les dents serrées. Félix résolal d'ohtenir à tout pri\ un aveu. 11 voulut savoir si quelqu'un était venu pendant son absence.

— N*es-lu pas sortie au moins?

— Non.

— Ahl j'y suis... Ce Salomcn, ce misérable qui t'a volée, a osé peul-élre... Malheur à lui en ce cas !

— Ce n'est pas lui...

— C'est donc un autre... parle I

La courtisane se rappela ce que lui avait dit Clémentine.

— Si cette femme n'avait pas menti... pcnsa-l-clle. Si rccllenicnl il lui avait fait une déclaration !

Félix insista.

— Le nom du misérahle?

Paula se souleva légèrement sur le lit, puis sa tète retomba sur l'oreiller.

Le jeune homme, effrayé, monta à l'étage où se trouvait l'appartement de M°" Marguerite, la charitable voisine.

— Venez voir ce qui se passe, mon amie se meurt. La vieille dame descendit aussitôt.

Quand ils furent dans la chambre, ils trouvèrent Paula dans un état horrible.

La douleur semblait secouer son corps. Elle ne pleurait plus, mais elle se tordait les bras avec désespoir.

Des plaintes inarticulées sortaient de sa bouche.

— Ce n'est rien, ce n'est rien, fit M^' Marguerite, une simple crise nerveuse qui va bientôt cesser.

— Mon Dieu! dit M. Féli^, suis-je donc désolé 1

— Prenez courage.

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— Je suis précisément obligé de me rendre plus lot que d'habitude à mon alelier... La besogne est pressée et l'on compte sur moi...

— Partez en ce cas... et soyez tranquille.

— Cela m'est-il possible?

— Tenez, vous voyez que son agitation s'apaise.

— Félix, Félix! murmurait toujours la pauvrd créature.

— Elle m'appelle, et vous voulez que je m'en aille?

— Puisque vous ne pouvez faire dilTéremmont.

— Je vais tâcher de rentrer bientôt.

— Vous ferez bien. Bonjour, monsieur Félix!

Il y avait un moment que le contremaître s'étiit relire, quand Paula recouvra un peu de calme et de tranquillité.

— Où est-il, m.on bien-aimé? soupira-t-elle.

— M. Félix est à son atelier ; il va revenir !

La courtisane regarda M°" Marguerite d'un air effaré.

— En étes-vous sûre?

— Parbleu! Il était assez chagriné d'être forcé de s'éloigner.

— Vous dites qu'il est...?

— A son atelier.

— C'est vrai... Je savais qu'il avait une beso-'ne pressée.

— Vous sentez-vous mieux maintenant?

— Oui...

— Puis-je vous laisser un instant seule?

— Certainement...

— Il faut que vous me promettiez d'attendre tranquillement.

— J'attendrai...

La courtisane resta un moment sans avon* personne à côté d'elle.

Inutile de dire que la pensée de la situation présente lui revint aussitôt.

— Ce soir, ce soir, il faudra que je fuie ces lieux! Il faudra que je dise adieu à cette chambre dans laquelle j'ai tant souffert, et aussi tant aimé! Ob! si je pouvais mourir !

La pauvre fille réfléchit un instant.

— Hélas! je suis obligée de vivre! Une mère doit se sacrifier ù son fnfanti Oh! pourquoi ai-je commis cette faute qui m'empêche d'avoii* recours u la justice? Pourquoi ai-je volé ce P»usse?Si je bravais les menaces de laMictto. si j'allais trouver Comté, à qui M. Jacqiiinet m'a dit de m'adresser ?... Et puis, si l'on me condamnait à la prison!... Non, je dois faire ce que j'ai promis à Clémentine, je dois préférer mon enfant à mon amant, et, si je meurs viclime de mon sacrifice, du moins aurai-je fait une fois mon devoir et ce sera pour toutes les fois que j'y ai manqué!

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