‹ La belle MietteChapitre 60 sur 200 · I. V niM.Li: .\!ii;rTi: «i · texte numérisé non relu

I. V niM.Li: .\!ii;rTi: «i

Misr Barbe se k-vail quand la Miellé jii^^ea a piuiios daiiiiaiailrc : • — Ne te dérange pas, j'y vais, moi !

La sage-femme ne lil que traverser rapiiailr-nirnl cl sdriit par la purle qui donnait dan> la cliambre de Barbe.

— Quelle est celle dame? demanda Frli\.

— Ma mère !

— Ah:...

— Qu'avez-vous?

— Celte personne est dune la Miellé?

— Oui.

— J'ignorais qu'elle fût...

— Vous semblez ému.

— Je n'ai pu être maître de moi.

— Mais enlin...

— Vous désirez savoir quelle est la cause de mon émotion '. -— C'est cela...

— Je ne peu\...

— Que voulez-vous dire?

— C'est un malaise, une indisposition subite I M. Félix était très pâle.

— En efïet, vous paraissez souîTranl...

— C'est fini... Je. ..

— Voulez-vous prendre quelque chose?..

— Oh! je vais beaucoup mieux...

Le contremaître cherchait son chapeau.

— Que vous faut-il?...

— Je vais vous quitter.

— Déjà?

— Une affaire pressée!

— Vo:is n'y songiez pas tout à l'heure...

— Tout à l'heure, c'était différent.

— • Vous avez changé subitement quand vous avez vu ma mère. Est-ce ;ii'elle vous aurait l'ait quelque chose?

— A moi?... Rien...

— Alors à quelqu'un de vos anu<, à un do vu^ parents, pcul-étr.-? réiix hrsita.

— C'était la première ïo'\> que je rcncuntrais M'"' Mielte...

— Vous ne répondez pas ;i ma question... Vous aurait-on raconté quelque fii-loire sur mon compte, sur le sien... Il ne faut pas croire les calomnies...

— Je ne deiuan h-rais pas mieux que d'e-^liui'^r voire mère. mai-;...

iij LA lîLLl.i: MIKIIK

- Mai^^..

- Chaniieons ilc iMiivi'i\>alion, si vous le voiiliz hicii.

— Au coiilraiio. je lions à ce quo vous vous oxiiliiiuir/..,

— Misé lîarl»t\ jo vous saUu' ifsjKN-iuousiMnoiil.

— Roslo/, onc(U"(\

— Je sui.s trop pressé...

r-lêmenline voulut iusisler de nouveau.

Félix s'ini-lina.

— .\(licu. (lil-il en re''eiinanl la porl.- sur lui. La jeune femme élail furieuse.

— Oh! il y a un mystère là-dessous et je le saurai.

fia Miellé sortait do rapparlcmenl du bonhomme lîarhe

— .\s-lu vu ce garçon?... demanda Clémentinf^.

— Timagines-lu que je sois aveugle!

— Le connais-tu?

— Maintenant oui...

— C'était donc, il y a un instant, la première fois...

— Oh! je ne peux pas le dire cela...

— Comment?...

— Sa (i^ure ne m'est pas inconnue, seulement je ne puis me rappoler. ,•

— Chercha...

— Non, décidément, je ne trouve pas...

— C'est l'ami ou le parent d'une do les viLtimr;...

— Attends...

Comme un trait de lumière vint éclairer l'esprit de la saire-femme.

— Tu as trouvé?

— Je le crois.

Elle sortit de l'appartement et revint au bout d'un instant avec un médaillon.

— Regarde, dit-elle.

— Un portrait de femme!

— Oui. Ne découvres-tu pas une ressemblance?

— Je ne me faisais donc pas illusion!

— Réponds. Quelle est cette créature?

— Elle est belle, n'est-ce pas?

— Elle a ses traits I

— Vois ces yeux comme ils sont doux, ce sourire oomme il est gracieux!

— Eh bien?

— Celle femme a été ma rivale et je l'ai emporté sur elle...

Celle maison n'avail qu'un seul étage. .. (I'. 437.)

— Ah!

— Un homme a eu à choisir entre nos deux beautés et il a préféré la mienne... Eile était bonne, aimable, moi j'étais pour hii dure et cruelle... Il a mieux aimé vivre cependant dans le désespoir avoc. moi que dans la joie avec, elle!...

— Comment as-lu ce médaillon?

UV. 55. — TBÉODOUK HENRY. — I, A BEM.E MIKTTE. — ÉD. J. nOUFF ET c'«. LIV. 53

434 I.A IM.I.li; MlKTl'K

— Je le lui ai pris, à lui?

— Qui, lui?...

— • Son m;ui... 11 avait la fail)l^>^so de le porler sur lui, nit'-uie aprt's l'avoir abandoiinr.*. elle: je me rappelle (pie je lui lis pour ("cla une sctnel.

— En vérili^?...

— Je l'avais rendu Idchc, méprisable, cet homme ! Les narines de la mi^chanle femme s'ôlaicnl dilatées. Il y av.iii sur on visage une expression de triomphe farouche.

— Mais enfin de qui parles-tu, de quel homme? Ij Mielli'cul un éclat de rire mélalliipie.

- Ah! ahl c'est elle qui 1' demande!

Clémentine était dans une agitation extrême.

— Qui donc raillcs-lu, ma mère? fit-elle.

I^ Miette semblait ne pas avoir entendu la question :

— Quel lien peut exister entre ce... Félix et cette femme?

— Oui, (piol lien?

La sage-femme continuait d'un air pensif :

— Son fils, peut-être!

Elle releva soudain la tète.

— Mais alors... Clémentine... serait...

Elle eut un nouvel éclat de rire.

— Oh! ce serait trop drùlel

I^ femme Barbe arrêta sa mère au moment où elle allait sortir.

— Qu'est-ce qui serait trop drôle?

— Tu veux le savoir?

— J'y tiens!

— Eh bien ! je ne te le dirai pas.

— Parce que, si je te l'apprenais, tu serais loin d'être contente.

— Parle toujours!

— Félix est...

~ Allons!

— Non... Je n'en suis pas sûre... Une autre fois !

Miette était déjà hors de l'appartement. Clémentine resta seule. La jeune femme sentait en elle une inquiétude étrange.

— Qu'est-ce que ma mère ne veut pas me dire? Je sens un mystère que je ne puis pénétrer, mais qui...

Un moment, elle resta silencieuse. Puis elle haussa les épaules et se leva.

LA BELLi: MIETTE 433

— Que m'importe après tout!... Quoi qu'il puisse arriver, je l'aimo et je m'ahanJonne à mon amour!

La Miette ôtait sortie de la maison.

A peine sur le chemin de Saint-Pierre, elle s'était trouvée face à face avec Salomon.

— Toi!

— Oui, moi.

— Tu venais me voir?

— J'ai deux, nouvelles importantes à l'annoncer.

— Quelque chose de fâcheux?

— Tu vas en juger... La première nouvelle, la voici : Cadet et Laurcntin ont été mis en Uberté.

— Qu'est-ce que tu dis là?

— On n'a pas trouvé contre eux de charges suffisantes.

— C'est curie 11 M...

— N'est-ce pas qu'ils ont eu de la chance?

— Es-iu bien certain?... Cela me semble si surprenant...

— Je/ les ai vus!

— Et tu hésites à dire que celte nouvelle est bonne?

— Je l'ai dit qu'il y en avait deux.

— La seconde?...

— ■ Celle-ci est encore plus importante pour nous. Salomon saisit la Miette par la main.

— Comté n'est plus dans le caveau.

La misérable femme eut un soubresaut.

— Allons donc!

— Je te dis qu'il n'y est plus!

— Comment le sais-tu?

— Que t'importe !

— Mais enfin... Qu"est-il devenu alors?... Est-il mort ou vivant?

— Il est vivant!

— En ce cas, nous sommes perdus!

Une vive frayeur se lisait sur le visage de la mère de Clémentine.

— Tu as peur? dit Salomon.

— J'admire ton .lir tranquille!

— Est-ce que je ne suis pas dans le même cas que toi?

— Je ne comprends pas alors-

— Je vais te rassurer un peu.

— Hâte-toi, car j'en ai besoin.

-- Comté vit, mais il ne vaut guère mieux que s'il était mort!

430 l.k ULLLi: MlliïTE

Oïl l'a recueilli hier t'vaiioui sur la plaine Saint-Micliel, cl il n'a pas recouvré ses sens.

- — S'il les recouvre?

— On m'a as>;urè qu il ne pourrait plus parler!

— Il pourra alors t^crire...

— Non. car son t'-tat est désespéré.

— Comment a-t-il pu sVVliapper?

— Voilà la question.

- Pourvu que ce ne soit pas quelqu'un qui sache tout, (jui l'ait retiré du caveau !

— En ce cas, nous serions colTrés...

— Cet événement est singulier. Mon Dieu, mon Dieu, il ne manquait plus (lUC ça !

— Que faire?

— Ai-je eu raison de te prévenir?

— Cette question...

— Voyons, entendons-nous !

— Si cela ne te fait rien, allons à un endroit où nous serons to:it à fait a l'abri des regards... Il vaut mieux que l'on ne nous voie pas ensemble.

— Je comprends ta pensée.

— D'ailleurs, j'ai à parler à quelqu'un...

— Pour une affaire?

— Pour une affaire, oui...

— Il n'y aurait pas moyen de m'y faire participer?...

— Cela ne te décourage donc pas que...

— Non, certes...

— L'affaire en question n'est pas ce que tu penses...

— Quand pourrons-nous donc causer de nouveau?

— Bientôt, si tu veux.

— Où?

— Dans une heure, viens chez la Métisse.

— La sorcière de la rue de la Vieille-Monnaie?

— Oui.

— Soit!

— Là, nous serons sûrs que l'on ne nous verra pa> et que personne n'écoutera notre conversation.

— Je pourrai te soumettre :• mon aise mes plans. La Miette fit un pas pour quitter Salomon.

— Dis donc !

— Eh bien?

LA BLLLE MIETTK 437

— Est-ce avec la Mélisse que la mijotes quelque chose?

— Tu es bien curieux.

— La vieille vend du poison... Est-ce quf lu voudrais lui en aidieter? Miette pâlit.

— Quelle pensée as-tu là...?

— Je ne sais pas, moi ,. Mais le bonhomme Barbe est bien malade...

— Misérable, que signifie?...

— Allons donc, Miette, ne fais pas semblant d'être indignée. TuescITrayéo de voir ton secret entre mes mains et voilà tout!

— Va au diable, va!

La sage-femme était furieuse.

Salomon ricanait.

— Ne te mets pas en colère, dit-il enfin; avec moi, lu n'as rien à craindre... Dacb une heure, je serai à l'endroit que tu m'as fixé.

— Au revoir!

— Au revoir!

— Ah ! fit la Miette quand elle fut seule, voilà un individu qui commence à me gêner. Il connaît trop mes secrets. Il faudra que je me débarrasse de lui, il faudra que je lui suscite une méchante affaire! Et maintenant, chez la Métisse!

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