‹ La belle MietteChapitre 64 sur 200 · VI · texte numérisé non relu

VI

1 A MO UT I S r LA

Lorsqiio l<> lioiihomino l'arlio cul pris le poison, sa li'te rctomlia sur s.i couche.

Il SLMuMa éprouviM- le Itesoin de dormir (l> nouveau.

l.a Mielte et sa lillc, qui ne deniandaienl pas micu\ que de le laisser, sorlirent de rappartcmcnt.

— Nous avons un rude moment à passer maintenant, dit la sagc-fennne. Il s'agit d'empcV'hcr les étrangers d'entrer!

— Comment faire?

— 11 en vient fort peu.

— Mais si quelque camarade de mon mari, si quelque voisin tlcmandait^nt à le voir?

— Nous dirions qu'il repose !

— C'est le seul moyen !

— Le plus simple. Décidément tu as peu d'imauinalion.

— Que veux-tu? J'ai la tête perdue!

— Tu la perds pour bien peu!

— Ah! tu trouves?

— La Métisse m'a dit que ton mari souffrirait beaucoup.

— En vérité!

— Il faudra cacher aussi ses vomissements avec soin.

— Il me semble déjà qu'il appelle !

— C'est une illusion. N'es-tu pas heureuse à l'idée que tu vas être veuve ?

— Ce crime m'épouvante.

— Dans quelques jours il fera ton bonheur!

— Ou le remords de ma vie!

— Allons donc! Est-ce à moi que tu vas dire que les remords ne sont pas un mensonge?

— Puisses-tu dire vrai !

A ce moment on frappa à la porte donnant sur l'escalier.

Les deux femmes hésitèrent à aller ouvrir, mais on frappa encore.

Le nouveau venu était Polyte. Comme on le sait, il avait fait lui-même une maladie quelque temps auparavant, et Barbe avait passé plusieurs nuits à son chevet.

Dès qu'il avait appris que le bonhomme était alité, il était accniira et avait offert ses services à sa femme et à sa belle-more.

Inutile de dire que ces dernières avaient refusé. Elles lui avaient seule- Bient permis tout d'abord de voir quelquefois Barbe, mais le moins de temps possible.

Polyte, ayant appris que l'on ne faisait pas venir de médecin, avait hautement manifesté sa dé?approbalio:i.

— C'est une infamie, dit-il. Ces mégères veulent le laisser mourir comme un chien !

Et il allait partout, racontant à qui voulait l'entendre que Barbe man(iiiait de soins.

— ■ On désire sa perte, pas autre chose. La Clémentine est fatinuie sans doute d'un mari plu? âgé qu'elle, ou bien elle a trouvé que le deuil des vêtements de veuve va bien à sa physionomie.

Nous n'étonnerons personne en disant que la Miette et sa fille, à qui on avait répété ces propos, détestaient coidialemcnt le gamin auquel on avait fini par interdire tout à fait de voir Barbe et qui n'en continuait pas moins à venir tous les jours prendre de ses nouvelles.

Ce jour-là, par extraordinaire, Polyte trouva la figure de Clémentine et de sa mère moins revèclie.

— Tiens, c'est vous! dit la Miette.

— Comment va Barbe?

— îlélas! fit la sage-femme, mal!

— En vérité. Et hier, vous m'avez dit qu'il allait mieux. I

— La nuit a été mauvaise.

— Ah!

— C'est peut-être l'influence de forage.

— Possible, mais.. Puis-je le voir?

— Non, il repose... un peu.

— C'est dommage... J'avais une bonne nouvelle à lui annoncer.

— Laquelle? Ne pouvez-vous nous l'apprendre?

— M. Cérct est do retour.

— Qu'est-ce, M. Céret?

— Vous ne savez pas?

— Non.

— C'est le médecin qui me soignait pendant ma maladie.

— Eh bien?

— L'autre jour Barbe me disait que, si ce docteur n'avait pas et'' absent, il aurait consenti à le laisser appeler.

— Tiens 1

472 I.A lil.l.l.l. MIKTTK

— M. CiM'ct a l'ii* avcrli. .. Il va venir...

— C/osl iiuiliU*.

— Poiir(]lKM?

— La maladio do mon bean-lils a pertla toute gravité.

— Vous me ilisioz (lu'il avait passé une nuit agitée.

— l'ne indisposilion...

— l'ne crise, iiluttU!...

— Enfin, do quoi vous molez-vous?

— 1)0 ce qui me regarde, misé Miellé.

— Un ni'Mocin, cela coule beaucoup d'argeni.

— ■ M. Cérel m'a soigné pour rien. Voyant ma pauvreté, il n'a pas voulu recevoir d'Iu'noraires. N'e>t-ce pas que c'est beau?

— Cortainemenl. mais le pharmacien ne donne pas ses remèdes gratuitement.

— Tant vaudrait-il!

— Nous n'avons pas d'argent pour les payer.

— Je vous en ferai prêter, je vous en prêterai moi-même sur ma paye...

— Allez au diable!

Polyte s'adressa à C'émenline, qui, pendant cette conversation, avait éprouvé une émotion facile à comprendre.

— Je ne vous cacherai pas, fit-il, que votre conduite à l'égard de voire mari me semble suspecte.

La jeune femme crut devoir payer d'audace.

— Vous ne savez donc pas que vous nous importunez?

— Ah! vous trouvez...

— Restez chez vous...

— Soyez tranquille, ce n'est pas pour vous que je viens ici, je m'en garderais bien : c'est pour l'infortuné dont, je le sens, vous aurez à vous reprocher la mort!

— Allez-vous-en.

— Non!

— Misérable!

La Miellé arrêta Clémentine.

— Ne crie pas si fort, tu vas être entendue de Barbe! Vous, retirez-vous, Po!yte !

— Non pas sans voir mon pauvre ami.

• — Mais, puisqu'on vous dit qu'il dort.

— Ce n'est pas vrai. Écoutez, il appelle!

La Miette et sa fille devinrent pâles de terreur.

LA nKLLK MIKTTE

L'excès de la souffrance empêcha Barbe de coniinuer. (P. 479.)

— Au secours! criait Darbe.

La sage-femme et sa complice ne s'altemlaient pas à cela. Leur eiïaremenl surprit Polytc qui s'élança du côlé de la chambre du malade sans qu'elles plissent le retenir.

Clémentine surtout était atterrée.

— Nous soiiitncs perdues!

UV. eO. - TIIÉODÙME li;..Mn-. - ,^ BILLE MlKmC. - ÉD. J. «OUKP Ef C'«. UV. 6C

kit \.\ lil 1.1.1 Mil. 1 IK

I^ Mirtto no rèpoiulit pas.

- Il va di'coiivrir (iiic lîaiho c^t ciiiixiisunn»'' et alm's il ii'lnVilcra pas à luiiis livrer!

Un ôclair passa dans \c ri\i,'aril de la sago-fcimni' ; sa laillc sembla se redresser. Un ricins conlraela sa bouche.

— Allons donc ! lit-elle.

— Que vas-tu faire?

Pour toute réponse, la Miette ouviil un tiroir et saisit un muleaii, li* même qui avait servi à frapper M. Comté.

— Voilà qui nous aidera à lui faire garder le silence, dil-<'lle. Clémentine frémit.

— Viens avec moi! dit la Illicite.

Les deux complices pénétrèrent dans la cliambre de Barbe dont le teint était devenu verdâlre.

— Qu'éprouvez-vous? disait Polyle.

— Un malaise horrible dont je ne puis me rendre compte!

— Vous souiïriez ainsi cette nuit?

— Non. j'ai dormi, je n'ai presque pas entendu l'orage.

— C'est singulier.^. Votre belle-mère me disait... tout à Tlieure.

— C'est depuis que j'ai pris le remède que je suis ainsi.

— Ah! vous avez pris un remède!

La Miette dit aussitôt :

— Oui, une purge... Il n'y a rien d'étonnant à ce qu'elle l'éprouve un peu.

Polyle regarda avec attention les deux femmes.

— Quel est le nom de cette purge?

— Je l'ignore.

— Ah! où vous Têtes-vous procurée?

— Chez un pharmacien de la Grand'Ptue. C'est un voisin qui m'a donné l 'ad res.se.

— Et pouvez-voas me donner le nom de ce pharmacien?

— Ma foi, je l'ai oublié... Mais pourquoi ces questions? L'ami de Barbe eut un air singulier.

— Pourquoi?... Vous le demandez?...

— Oui, est-ce que vous désireriez vous purger aussi?

La Miette, en disant ces paroles, avait pris un air ingénu qui ne trompa pas Polylc. Ce dernier allait répondre sans doute d'une manière ironique, quand Clémentine intervint :

— Vous voyez que mon mari est plus souffrant ! N'avez-vous pas honte de causer ainsi en sa présence? Je suis sûre que vous le fatiguez!

LA Itl-LLE Ml Elit:

— Tu as raison, dit la Miette.

— Vous, Polytc, relirez-vous! continua la jeune femme.

— Me retirer!

— Dépèchez-vous I

Pol\ te haussa les épaules.

La mère de Clémentine torturait le manche du couteau qu'elle avait caihé -nu^ son tablier.

— Eh bien !

Barbe, qui depuis un moment faisait de vains elTorts pour vomir, put prendre la parole.

— Ma femme a raison, Polyte. Ne vois-tu pas que tu nous gènes I Tu reviendras demain.

Polyte sentit presque les larmes lui venir aux: yeux.

— Ah I je vous gêne !

— Oui.

Le gamin se dirigea vers la porte.

— Puissiez-vous ne pas regretter de m'avoir fait retirer!

— Que veux-tu dire?

— Je le sais bien. Votre belle-mère et sa fille me comprennent aussi.

— Ne l'écoute pas, fit Clémentine.

— Sois tranquille!... Polyte, tu as tort de penser du mal de ma femme. C'est une chose que je ne te pardonnerai jamais, entends-tu?

— Malheureux!

Barbe allait répondre, mais une nausée l'en empêcha.

Polyte se dirigeait vers la porte accompagné de la Miette qui ricanait.

— Quelque chose me dit que vous êtes des misérables!

— Veux-tu donc te taire, dit la sage-femme, lâche coquin !

— Il n'y a pas de coquin ici, mais deux coquines : votre fille et vous.

— Tais-toi!

— Pourquoi avez-vous la main sous le tablier. Est-ce vous cacheri(.'z une arme?

— Déguerpis un peu vile.

Po!yte était arrivé à la poite qui donnait sur le palier. La sage-femme l'ouvrit et la lui reforma sur le nez, sans s'inquiéter des menaces que proférait l'ami de Barbe.

La Miette allait retourner près du lit de son gendre, quand elle se trouva face à face avec sa fille horriblement pâle.

— Q l'allons-nous devenir? balbutia Clémentine.

— Ma foi, je n'en sais rien. 11 aurait mieux valu ne pas le laisseï' •<orlir d"ici!

47f. LA utLLt; Miirri-

— Il va nous (It'iiouicr !

— Qui sait?

C'est ct'i'lain. Nous sdiiiincs perdues!

— - Tu to ilépèelies troj)... Je me suis lirée de siliinliniis ;iussi euilturassante-;.

— VoUlc a (oui e(iiiii>ris...

— C'est mon opiiiiou.

— Eh bien'?... Que faire?... Uevons-nous fuir?

— Atleuil.s...

— On monte dans rescalier... Si c'étail déjà...

— Mon Dieu, mon Dieu, (]ue lu es peu eourajzeusel

— N'ouvre pas au moins.

— Allons, allons, du sang-froid!

— Darricadons-nous!

— Ne sois pas si pressée!...

Au milieu du danger, la Miette somlilait avoir tout son sang-fi-oid. Tandis que sa lille mettait le verrou à la porto, elle appliqua sou (cil contre un petit trou, sorte de judas improvisé pratiqué dans la muraille. Un cri de joie s'échappa de sa poitrine.

— Qu'est-ce? fit Clémentine avec émotion.

— Nous sommes sauvées peut-être^, mais il faut se dépêcher...

— Qui est donc là?

— Salomon!

La sage-femme se hâta d'enlever le verrou et d'ouvrir la porte. Elle se trouvait face à face avec son complice.

— Tu ne pouvais arriver plus à propos, lui dil-ellc d'une voix brève.

— Ah!

— N'as-tu pas rencontré quelqu'un dans l'escalier?

— Oui. un gamin ayant une blouse bleue et un mouchoir rouge autour du cou.

— 11 faut que tu rejoignes cet enfant, que lu en fasses ce que tu voudras pour qu'il ne puisse pas parler, que lu le tues au besoin !

— M'expliqueras-tu?

— Plus tard... le temps presse... Hâte-toi... Il s'agit de ton salut à toi... il s'agit de notre salut à tous... 11 sait tout... C'est lui qui a sauvé M. Comté!...

Salomon eut une sorte de rugissement et s'élança dans l'escalier. La Miette laissa échapper une exclamation de triomphe. Elle se retourna vers sa fille.

— Eh bien? dit- elle.

A BKf,I, K MIKTTI- 477

Elle ajouta :

— Salonion le rejoimlra, va... 11 croit trop y avoir inlrrèl pour le manquer...

Clémentine éprouva une sorte d'admiration pour sa mère.

— Je l'ai dit, je le répète, tu as le génie du crime!

— Nous sommes hors de danger !

— Mais si Salomon ne rattrappait pas Polyte.

— II le rattrapera et il Vélourdira! Je suis sûre de notre homme. Hetoarnons auprès de ton mari.

Un nouveau cri de douleur venak de ^e faire entendre du côté de la chamhre Quand les deux empoisonneuses y rentrèrent, Barbe était droit sur son

séant. Le poison, qui lui avait laissé un instant de trêve, reprenait son œuvre!

lie malheureux éprouvait d'horribles tortures.

— J'ai soif! disait-il. Un peu d'eau pour apaiser mes souffrances, un peu d'eau!... Au feu!... Je brûle... Mon Dieu!... Quelle douIe:ir atroce, quelle douleur insupportable !

Sa femme remplit une tasse d'eau qu'elle lui tendit. Il la vida avec empressement et se sentit un peu soulagé.

— Ça va mieux, mais ..

— Qu'éprouves-tu? demanda Clémentine avec un air de sollicitude...

— Une chaleur à la gorge.... 11 me semble que l'on me brû'e le creux de l'estomac avec un fer chaud.. Par moment, je ne peux pas respirer. Une sueur froide me couvre le corps... Je voudrais vomir et je ne le peux pas.

Comme Barbe venait de dire ces mots, les vomissements le prirent tout à coup.

Il rendait des matières verdâlres parsemées de filets de sang.

— Quelle douleur, quelle douleur! répéta-t-il.

La Miette lui tâta froidement le pouls. Il était petit, serré, fréquent.

— La coquine, murmura-t-elle, en pensant à la Métisse, qu'y met-elle donc dans sa liqueur de testament?...

Après avoir vomi. Barbe renversa la tête en arrière. Il avait des mouvements convulsifs dans les muscles de son visage. Par moment, tout son corps semblait se tordre.

Il se plaignait du mauvais goût qu'il avait à la bouche.

Et sa voix, tandis qu'il articulait ces plaintes, était tellcmcMl altérée qu'on eût eu de la peine à la reconnaître.

— Le pharmacien a dû se tromper, murmurait-il, car l'idée ne lui venait pas de soupçonner d'un crime sa femme ou sa bclle-mèrc. Est-ce que ce remède fait souffrir toujours ainsi, misé Miette?

La mère de Clémentine ne répondit pas.

478 i.A lîKi.i.K Mil. in:

— Non... Oh! je suis iierdu. je suis |tpnln!... Sa fiMiiine cul la forco d»î lui prontln^ la niaiu.

— Couraiîc !

— Oh! j'avais rai>oii (iavoir ili' la n-pugnance à priMidic celle liquonr couleur ilc sang!

— C'est viai.

— La mort... la uiorl e<t là... je la sens, elle appiuclic... .\li 1 alil ah! mon DitMi!

l)"inlolérables soulTrances s'emparaieiil de nouveau du honlumiuie.

— C'est étrange! Au déduis, je brûle ^ au dehors, j'ai froid, je frissonne!.,. Je sens corame une espèce de eranipe qui me saisit les jambes... Et toujours ce goût Acre, acide, amer!

Le malheureux recommença à vomir.

Clémentine était dans un état voisin du désespoir.

Elle aurait ccrlainemcnt, à celte heure, sacrifié plusieurs années de son existence pour sa-iver la vie de son mari, pour réparer son crime. La Miette restait impassible.

— Allons, tout va bien ! Dans une heure, Barbe sera mort et tu seras libre, fillette.

— Tu me fais horreur! lui répondit Clémentine.

— Horreur, pourquoi?... ■N'est-ce pas toi qui a versé le poison?

— Qui m'y a entraînée?

— Si tu ne l'avais pas voulu, je ne t'y aurais pas forcée.

Ce court dialogue venait d'avoir lieu dans la cuisine. Lorsque les deux femmes rentrèrent dans la chambre, Darbe paraissait aller un peu mieux. La fille de la Miette se prit à espérer la guérison.

— Vous voyez bien, dit-elle à son mari, que vous ne mourrez pas. Clémentine avait prononcé ces paroles, les yeux, baissés, comme si elle

n'osait pas regarder sa victime.

Barbe hocha la tête.

— Je sens que cela va recommencer!

— Seigneur Jésus!

— Il faut que je me dispose à vous quitter...

— Ne parlez pas ainsi, dit la Miette.

Une convulsion venait de s'emparer de Barbe,

— Oh! fît-il, il me faudrait un moment de repos... Je voudrais passer un instant sans ces horribles tortures... J'ai à l'apprendre, Clémentine, des choses bien importantes...

Miette ouvrit de grands veux.

LA |{i;lli; mii tte 47a

— Dois-jc me retirer? {lemaiida-l-elle.

— Vous pouvez rester.

Le bonhomme livrait un combat hL^roï(]ue. II semblait repousser la mort qui s'approihait... Comme pour se donner un peu plus de force, il saisit la main de sa femme.

— Avant tout, dit-il, il est nécessaire que tu me promettes de ne pas m'en vouloir I

— Moi... jamais!... Vous êtes le meilleur des hommes!...

— Pourquoi ne me tutoies-tu plus?... D'ailleurs ne te hâte pas de faire mon éloge... Clémentine je t'ai indignement trompée...

— Je... ne comprends pas...

— Immédiatement après notre maiiage, j'aurais dû le dire... j'aurais dû te foii'C connaître...

— Quoi?

— Je ne sais ce qui m'en a empêché?... J'ai eu de mauvaises pensées, jo le confesse... je l'avoue!... C'est pourquoi je t'ai caché...

L'excès de sa souffrance empêcha Barbe de continuer.

La mère et la fille se regardèrent. Une même pensée, un môme soupçon venait de traverser leur esprit.

Cette fois, ce fut la Miette qui alla prendre mie tasse d'eau pour ess lyer d'éteindre momentanément le feu qui dévorait Uarbo.

Celui-ci but l'eau avec avidité et eut ensuite un soupir de soulagement.

— Voyons, continuez, dit la mère de Clémentine.

— Ce qui me fit garder mon secret, reprit Barbe, c'est le changement qui eut lieu à mon égard quand vous fûtes persuadées que j'étais pauvre... Je crus que celle qui était depuis peu ma femme ne l'était devenue que par avidité, par espérance de posséder une fortune considérable, mais tout cela a bien changé. Tues depuis quelque temps la meilleure des épouses, Clémentine, la plus douce des amies...

La Miette avait la respiration haletante. Ses yeux brillaient.

— En croirai-je mes oreilles? Le trésor existe donc?

— Oui.

— Imbécile, pourquoi ne l'avez- vous pas dit plus tôt?

Le bonhomme Barbe regarda la sage-femme avec élonnement ; celle-ci ne s'en aperçut même pas.

— Je ne m'étais donc pas trompée, Clémentine!... Victoire!... Où est-elle, celte forlune?

— Elle est...

Le balayeur se pencha pour vomir.

La IMietle semblait avoir oublié l'élat de son cjendre.

4S0 1.\ IM I 1 1 Mll.iTt:

— StMail-.'c dans cflli' maison que vous aviv, transpoilc Id m luol?... Non, •e parie (|u"il est vo<\(' à volic amitMi iloniicilt», vieiiv l't-nard !

liaiiio avail do ooummu lonvorsi' la Irli' en airi('n\ coninu! U le l'aisail après chaipie crise.

Sa voix était à piMm' di-<tinrlr. Il soiilTrail (oiijoiii's liorrililiMucnt.

La sage-liMunu' ne faisait pas allcnlion a cela; ce n'clail ])as a cela (iiTelle songeait.

Le dt^non île la ciipidilé l'agitait an pins liant do:^rù.

Comme le bonlioninie poussait des gùmisscnii-nts. (>||(> dit :

— Cessez de gémir, répondez-moi vite!

Clémentine, bien qu'elle })artaL,'eât rimpaliencc de sa mère, ne laissa j)as que d'être indignée.

— Attends! Ne vois-tu pas ce qu'il endure?

— C'est vrai, c'est vrai... Mais s'il mourait sans dire...

— Ce serait malheureux...

— Tu vois bien?

Darbe était un peu plus calme...

— Où est le trésor?

— En un endroit que moi seul commis...

— En vérité!

— Mais vous nous indiquerez ce lieu? fil la Miette.

— Hélas! vous ne sauriez pas le trouver seules!...

L'n cri rauque échappa à la méchante femme. Sa conslernalion était grande.

— Allons donc, vous voulez plaisanter...

— Le moment serait mal choisi...

— Il est vrai... Mon Dieu, mon Dieu, comment faire?...

— J'étais décidé, si je me rétablissais, à jouir avec vous de ces richesses. La Miette s'arracha une poignée de cheveux.

— Allons, voilà qu'il va falloir regretter sa mort!

Pour la seconde fois Barbe regarda sa belle-mère avec surprise, mais cette impression ne fut encore que passagère. Clémentine venait de prendre la parole.

Tandis que Miette n'avait plus sa présence d'esprit, Clémentine, l'avait maintenant tout entière.

Elle prit la main de son mari dont le corps était tout couvert d'une sueur visqueuse. Elle se pencha vers lui et, sans faire attention à la fétidité de l'haleine du malheureux, à l'odeur nauséabonde et infecte que le poison lui faisait exhaler, elle lui dit de sa voix la plus douce :

— Barbe, mon ami, réunis toutes tes forces. Si tu ne parviens pas à m'indiquer un moyen de découvrir le trésor, je vais rester dans la misère.

Page 1