I..V bi;lM': miktti
liifiiiiP-, ona-l-ullr, cV>t t'ji qui m'as perdue 1 (!'. 46o.;
LIV. Cl. - TIJKODORE HENRY - L.\ BCM.F. (irurTE. - ÉD. J. BOCFF RT C".
UV. 61.
LA UtLLE MltTTL 4S3
Cliciclie, cherche bien ce moyen. Ne préfères-tu pas, puisque lu dois me quitter, me laisser riche et honorée?
— Bien, très bien, dit la Miette.
Le bonhomme semblait chercher.
— Je me souviens I
— Ah!
— Un jour... je m'occupai à tracer sur du papier un plan des égouls... Avec ce plan que j'ai conservé, il me serait possible... car... c'est... dans les égouts...
Une lueur d'espoir brilla dans l'œil de Clémentine.
— Indiquez-nous... où vous avez déposé... le papier 1...
— Hâtez-vous, fit la sage-femme.
Comme elle venait de dire ces mots, un nouveau vertige s'empara de sa victime. Barbe, qui s'était soulevé légèrement, retomba.
— Hàlez-vous! hâtez-vous! répéta la Miette.
— Je soulTre, je souffre plus que jamais... Laissez-moi!... Li; mort... la mort... Elle est là, là en face... Je la vois!
— Paroles inutiles! Où est le plan?
Le balayeur regarda la mère et la fille d'un air égaré.
— Le plan!... Quel plan?... Je ne sais pas ce que vous voulez dire! Les deux femmes eurent un véritable accès de désespoir.
Clémentine alla vers une armoire qu'elle se mil à fouiller, dans l'espérance de découvrir le précieux papier qui devait servir à faire trouver la route conduisant au lieu où le trésor de son mari était enfoui...
La Miette essayait toujours de faire parler le pauvre homme, mais sans y réussir.
— Deux mots, disait-elle, c'est tout ce que l'on vous demande... deux mots... Où est le plan?... Lorsque nous l'aurons, nous vous le présenterons et vous n'aurez qu'à meltie le doigt... à l'endroit... Ah! il ne m'écoute pas, il ne m'entend pas!
Barbe ne faisait plus attention aux supplications de l'empoisonneuse.
— 11 sera dit, fit celle-ci avec rage, que je n'aurai commis que des maladresses avec cet homme depuis le jour où je lui ai fait épouser ma fille jusqu'à celui... où nous l'avons... Ah! Clémentine...
Elle ne finit pas, elle n'osa pas Unir, mais Barbe avait ciitciid!! el cotU' fois tout rompris...
La plainte prête à séciiappi-r de sa bouche s'arrêta... Luc lueur sululc brilla dans ses yeux mornes...
Il se dressa sur son séant et son regaid terrible alla de !\liclle à Clémentine qui s'était arrêtée pétrifiée.
4S4 l A lUI.l.i; MIIMTK
— Misoral.lcs! dil-il.
Il vo;iIiit lov(>r \c \'\:\< coiinm' iMnir li>> inaiidiif ri 1rs mmht a lu vcii-ranco (lu ciol.
Il n'en (Mil pas le l»Mn|ts.
Le pttisoii, poiiismvaiit sa làcin^ iiii|iil(i\alilr. l'olili-i'a à pivasscf des liurlemenls.
ChMiicntine ne cheroliail plus, la .MnUc naNail phi- iiunii' le coniai.'C de parler, linmoliiles, elles coiisidt^raiciit.
Peu à peu, les cris s'arrtHoreiil, les convulsions de la face ol du coips cessèrent; Harhe ferma les yeux et tomba dans une sorte d'insensihiliiô. L'agonit"* fommençait.
I/iuforluné a\ait perdu ses farullés inleileotueilcs, mais il soulTrail encore, car son corps avait jiarfois des soubresauts.
Trois (juarts d'Iieiirc s'écoulèrrnl pendant Ic^ipiels il lesla dans cet élai.
Soudain les empoisonneuses tressaillirent, l'n liniit de pas se lit eiili ndrc dans Tescalier et Ton frappa à la poitcde l'anticlianihie.
— .\u nom de la loi, ouvrezl dit une voix forte. Clémentine et la Miette se res^ardèrenl elTarées.
— Qu'est-ce que cela peut être?
— Parbleu!... Ne comprcnds-lu pas?... La liousse!..,
— Ah!
— Salomon n'aura pu rejoindre Polytc et Polyte aura parlé.
— Mais alors... on va nous conduire en prison!...
— Comme la dis...
— On nous accusera d'avoir tué...
— Eh! mon Dieu!... oui...
— Le verrou y est. Ne l'enlève pas, au moins!
— Que faire?...
— Nous barricader...
La même voix se fit entendre :
— Au nom de la loi, ouvrez!
— C'est affreux, fit Clémentine. J'ai peur... j'ai peurl
— 11 vaudrait peut-être mieux obéir à la sommation.
— Je ne le veux pas, je ne le veux pas !
— Ils vont enfoncer la porte!
— Plaçons des meubles pour les empêcher de pénétrer. Pour la troisième fois, la voix répéta :
— Ouvrez, au nom de la loi!
Miette avait pris son parti
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— On obéit quand on ost innoront, nuirmura-t-ellc comme si elle avait déjà aiTôlé son systcaïc de défense.
Elle échappaù sa lillc qui s'elTorrait de la retenir et retira le vrirou.
Clémentine, éperdue, poussa un cri et, rentrant dans laclKlm^^ede lîiihc, alla se réfugier prés de celui-ci.
Le pauvre homme, qui ns devait plus recouvrer ses sens, était toiijoui's en proie à des convulsions. Il avait aussi par moment comme un hoquet.
La jeune femme saisit la main qui pendait hors du lit et y resta attachée. Kspérail-elle encore que celui à qui elle avait versé le poison la prolé.-'eraii?
Les ngents de la force publique avaient cependant fait irruption dans l'antichambre.
A leur tête se trouvait un homme ceint d'une écharpe tricolore et qui se tenait droit et ferme malgré la pâleur de ses traits.
Miette poussa un cri :
— M. Comté !
Le chef de la police de sûreté eut un sourire de satisfaction. Il mit la main sur Tépaule de Miette,
— Je vous arrête, dil-il simplement.
La sage-femme était terrifiée. Les agents l'entourèrent. M. Comté s'adressa à un gamin qui était à côté de lui et qui n'était autre que Polyte.
— L'autre inculpée est sans doute dans la chambre du malade. Comment faire pour s'en emparer sans qu'il s'en aperçoive?
— En eiïet, dit Polyte, je connais mon ami; il aime beaucoup sa femme» Une émotion trop vive pourrait aggraver son état.
— Cependant...
— Mais si vous me laissiez pénétrer auparavant avec M. Céret? — • Mon devoir s'y oppose, je vais entrer avec vous.
— En ce cas, laissez ici tous ces gens qui vous accompagnent.
Polyte se retourna vers un monsieur habillé de noir qui était entré à la suite du cortège et qui n'était autre que le médecin qu'il avait proposé le matin aux deux femmes.
— Venez, monsieur, dit-il.
Le docteur entra dans l'appartement h la suite de l'agent et de l'ouvrier et avisa aussitôt une grande cuvette remplie de déjections que la Miette et Clémentine n'avaient pas songé à cacher.
— Mettez-moi cela de côté, fit-il.
11 s'approcha ensuite du lit de Barbe, qu'il considéra. Puis il [)rit le pouls et lesta un instant attentif
4S0 L\ niAAM MlKiili
iViHJaiit ce temps. CU''imMiliii(\ (|iii cMail auviitniillt'-c pivs de la ('(uulii', s.» OdiiMMil k> visauc de ses mains.
l/examen île M, (ÀT.'t ne lui pas lont,'.
— Cet homme \a mourir!
— Quoi! (lit Polyte, il serait jiossiltle!
— C'e-^t oerlaitj. il ne lepriMidra plus sa connaissance.
— Mon Dieu !
- Vous pouvez arrêter sa femme sans crainte île lui causer de Témolion. Il n'éprouvera plus, désormais, auiun set)limenl. Polyte était désolé.
— Quel malheur! qu(>l malheur! je suis donc venu ti'op tard! Clémentine n'avait pas l'ait le moindre mouvement tandis ipic rrf\ se
passait.
Lorsque Comté s'avança vers elle, alors seulement elle releva la lèle.
— Je ne vous suivrai pas! fit-elle. Plutôt mom-ir!
Le chef de la police de sûreté se dirigea vers la porte et fit signe aux agents ipii attendaient
Deux d'entre eux allèrent à Clémcnline qui se leva et saisit une chaise comme pour s'en faire une arme.
On la lui enleva.
Elle se débattit alors en criant : A l'assassin, à l'assassin!
Ses cheveux était^t épars sur ses épaules. Elle semblait folle.
Dans la lutte, un des agents fut mordu à la main. Cet homme lui donna un coup de poing sur la tète qui rétourdit.
Clémentine tomba et ne tarda pas ix se relever. Mais déjà on lui avait passé les menottes. Elle était prise. La rage et le désespoir étaient peints sur son visage. On l'emmena de force dans l'appartement où sa mère également enchaînée se trouvait.
Barbe ne s'était pas aperça de ce qui se passait. Les convulsions et les hoquets avaient diminué et la fin arrivait rapidement.
La .Miette, entourée d'agents de police, n'avait cessé de blâmer la conduite de sa fille.
— Quand on n'a rien fait, quand on n'a rien à se reprocher, on n'a pas besoin de résister! /
A sa vue, Clémentine tenta de s'élancer sur elle.
— Infâme, cria-t-elle, c'est toi qui m'as perdue! Mais la sage-femme hocha tranquillement la tête.
— Elle ne sait ce qu'elle dit. Pauvre enfant, c'est le désespoir qui^l'égare! 11 fallut bientôt q'iitter la maison.
Polyte et le docteur Céret restèrent aupi-ès du malheureux Barbe.
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— Oh! si vous pouviez le sauver I dit rouvrier.
— C'est impossible! rêpoiidil le inédeiiii.
— Essayez encore, je vous eu supplie!
— Dans une heure il aura rendu le dernier suupir.
M. Comté avait eu la précaution de faire venir une voiture qui était restée sur la place Saint-Micliel et qu'un agent alla quéi'ir dès que les deux femmes eurent été prises.
Inutile de dire que celte voiture, la vue des agents, avaient mis les habitants du quartier en rumeur. Il y avait des groupes nombreux devant la maison de la sage-femme quand elle et sa lille apparurent ayanl les menottes aux mains.
— Qu'ont-elles fait?
— On prétend qu'elles ont commis un vol.
— Ça ne m'étonne pas de la part de la Miette, mais la Clémentine...
— Une femme qui a des amants!
— Le bonhomme Barbe, que doit-il penser de cela?
— Il est bien malade, dit-on.
— Qui sait! Peut-être lui ont-elles donné du poison!
— C'est pour cela qu'on les arrête!
— J'avais toujours cru ces femmes capables de commettre un crime.
— Et moi aussi !
— Et moi aussi!
Clémentine et sa mère furent introduites dans la voiture. Deux agents entrèrent avec elles. Un autre se plaça sur le siège.
M. Comté monta dans un fiacre qui suivit.
Les prisonnières et leur cortège s'éloignèrent assez rapidement.
Les commentaires avaient continué à aller leur train, comme on dit vulgairement.
— S'il est vrai qu'elles ont empoisonné Barbe... • — Eh bien?
— Elles seront condamnées à mort.
— Oh ! pour cela elles peuvent y compter!
— L'exécution aura lieu à Aix.
— Non, à Marseille.
— En vérité, monsieur Loustaud, en vérité?
M. Loustaud ét.iit un gros homme qui était premier clerc de maître Jean, notaire, rue Saint-Fcrréol.
Il avait la passion de pérorer au milieu des groupes. Son désir en crilc circonstance fut exaucé à souhait.
A peine eut-il dit que l'exécution aurait lieu à Marseille (ju'il fut entouré et pressé de questions.
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— Nul n'est censé icnoror lu loi. Conuneiil, vouî; no savo'. pas qn'clie prescrit «iiie la ijiiillotine iloil tMre dro^st'e sur la place puliliqiic la plus voisine do l'cndioit où le crinic a rli'' commis?
— C'est donc sur la place S liiit-Micliel (pi'aiira lieu...
— C'est à pn'snmcr...
— Oh! quelle chance! quelle chani'e!
Loustaud. qui apj>artenail au parti de l'opposition, ne laissa pas échaiiper une occasion de nuire au gouvernement...
— Le roi fera sans doute grâce! dit-il ironiquement. Il y eut autour de lui un murmure général.
il ne re<ta piu^ sur la porte que le pauvre être disgracié que nous connaissons sous le nom de Patadais.
— Esl-ctî un rêve? lil-il.
Il essuya une larme qui coulait sur sa joue.
— Ce n'est pas possible... Clémentine n'est pas coupahle... Son mari est hien malade, il est vrai, mais ce n'est pas elle...
\ ce moment, Polyte sortait de la maison, l'air elTaré.
— Comment va M. Barbe?
— Il est mort !
Nous devons ne pas oublier un incident du trajet des deux cmpoisonncnse-;, du chemin de Saint-Pierre à la prison.
La voilure passa devant un cabaret situé sur la porlc duquel deux hommes étaient assis. Ces deux individus étaient Laurentin et Cadet.
Le premier, en voyant les agents de police, ne put retenir un mouvement nerveux.
— Qu'as-tu donc? demanda Cadet.
— P»ien.
— T'imagincs-tu que je n'aie pas compris?
— Alors pourquoi me questionnes-tu?
— Je suis étonné que ta frayeur, quand tu aperçois des individus de la Piousse, ne t'ait pas encore trahi.
— Que veux-tu?... c'est plus fort que moi!
— Je le plains!
A ce moment, Cadet lui-même eut un mouvement nerveux. Il se leva.
— Qu'as-tu à ton tour? fit Laurentin.
Cadet semblait égaré.
— Est-ce une illusion ou un fantôme? J'ai peur!
— Eh bien?
Cadet venait de voir dans le fiacre M. Comté qu'il croyait agonisant dans son lit.
LA liKLI.i: .MlKllh:
Elle rtait venue, la somLre m.ssafjère. (P. iOl.)
Il eut un cri.
— Nous sommes perdus!
Laurentin était redevenu pâle.
— Qu'y a-l-il?
— Il y a... il y a que M. Conité esl vivant et guéri!
— Mon Dieu!